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L’EMIGRATION CUBAINE : TOUS EGAUX ?
vendredi 19 mai 2006 (10h37)
ON a souvent tenté de singulariser l’émigration cubaine, mais d’un côté, elle n’a pas été et n’est pas très différente d’autres communautés qui résident hors de leurs pays d’origine. Par conséquent, vu d’un autre angle et comme tout groupe humain, elle n’est pas homogène. Ce qu’on appelle la communauté cubaine à l’étranger s’est d’abord appelée de l’exil. Ce qualificatif était assez justifié au début des années 60 quand environ 126 000 cubains ont quitté l’île, appartenant la plupart à la même classe sociale touchée dans ses intérêts par les mesures de redistribution de la richesse introduites par le gouvernement révolutionnaire. Il s’agissait de gens aisés qui pensaient revenir au plus tôt. Beaucoup d’entre eux sont partis du pays en croyant fermement que les Etats-Unis envahiraient l’île pour empêcher la consolidation d’un processus qui leur enlevait des privilèges. Ils partaient se mettre à l’abri des événements et considéraient cela comme naturel. C’était une attitude très catégorielle d’individus manquant d’une raisonnable perception de la souveraineté et de sens patriotique. La propagande nord-américaine et les manœuvres entreprises pour entraver le développement d’une société moins injuste, ont beaucoup influé dans les attitudes prises. Elles ont abouti à l’un des plus tragiques épisodes avec l’Opération Peter Pan, à travers laquelle ont été sortis du pays des milliers d’enfants qui ont été contre leur gré séparés de leurs parents et de leur terre natale, au prix de manques et d’abus durant des étapes décisives de leurs existences. Mais l’émigration à partir des années 70-80 prend un caractère économique, semblable à celle de toujours et qui maintient 191 millions de personnes hors de leurs pays d’origine, selon des données de l’ONU. Cette même source indique que durant ces cinq dernières années les déplacés ont été au nombre de 25 millions, la moitié d’entre eux des pays sous-développés vers d’autres pays sous-développés et l’autre moitié de ceux-ci vers les riches pays du Nord. Ceux qui sont partis de Cuba à partir des années 80 se différencient des autres antérieurs car ils ont été formés à l’intérieur d’une expérience de changements radicaux qui leur donne une vision différente sur des thèmes de base pour l’existence, comme peut l’être une vaste attention sociale, parmi d’autres droits citoyens. Malgré les privilèges pervers - comparés aux autres groupes d’émigrants - que la loi d’Ajustement cubain leur octroie, ils font face à de nouvelles situations, comme le manque de temps à consacrer à la famille, en particulier aux enfants, sans compter leur crainte de les voir tomber dans le piège de la drogue et des mécanismes de violence que les mineurs reçoivent de leur entourage et des médias des Etats-Unis. D’un autre côté, si le blocus et les bombardements contre l’île ne faisaient ni chaud ni froid à ceux qui sont partis dans les années 60, ceux des années postérieures réprouvent car ils ont été victimes eux-mêmes de ses effets. Ils condamnent ceux qui le défendent ou stimulent d’autres formes d’agression. La plupart d’entre eux n’adoptent pas la citoyenneté nord-américaine et c’est l’une des raisons pour lesquelles leur influence est réduite dans la politique étasunienne. Ils maintiennent cependant des points de contact avec un ensemble de valeurs communes pratiquées dans l’île où sont restées leurs familles auxquelles ils ne souhaitent rien de mal. Ils n’ont pas abandonné leur pays pour des raisons politiques ni idéologiques. Ils partent essentiellement pour des raisons économiques. Non seulement ils ne participent pas aux manigances politiciennes à l’abri desquelles certains prospèrent et sont devenus des millionnaires, mais ils s’opposent aussi à ceux qui font tout pour augmenter les sanctions ou tout type d’acte de guerre contre Cuba. Ces différences ont été visibles à divers moments. Ils ont récemment repoussé avec vigueur les mesures de restriction aux voyages et à l’envoi d’argent. (E.C.) De : GRANMA vendredi 19 mai 2006
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