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Pourquoi relancer la candidature de José Bové ?
vendredi 18 août 2006 (20h40) 6 commentaires Comment les Verts peuvent-ils contribuer à éviter le fiasco électoral de 2002 ? Le soutien des Verts à la candidature de José Bové est-il plié ? Questions à Michel Bourgain, Maire (Verts) de l’Île-Saint-Denis :
Les Verts ont élu démocratiquement leur candidat. L’affaire semble pliée, Pourquoi relancer la candidature de José Bové ?
« La seule chose qui pourrait me conduire à réexaminer ma candidature serait l’hypothèse où le candidat d’Extrême droite, au plus haut dans les sondages, menacerait la démocratie ». En d’autres termes, D. Voynet serait disposée à s’effacer avant le premier tour si le scénario du 2e tour de 2002 se profilait. Pourquoi n’envisage-t-elle pas une troisième situation : la candidature de José Bové ? Le reproche qu’elle lui adresse « d’entretenir le fossé entre une gauche radicale et une gauche réformiste et gestionnaire » est-il fondé ? Seule, une partie de la LCR - ce qui ne fait qu’une très petite minorité du regroupement potentiel - conditionne actuellement son soutien au candidat commun au refus d’union avec les socialistes. De plus, ce refus contredit la position constante des mêmes d’appeler au second tour à battre la droite. L’entrée des Verts dans ce regroupement isolerait encore un peu plus cette position sectaire et contribuerait à surmonter les différences réelles. La nature même des institutions de la Vème République, aggravée par l’inversion du calendrier électoral, ne rend-elle pas très difficile l’existence d’un parti qui renonce à être présent à la présidentielle ? Difficile mais pas impossible. Tout d’abord, dans l’esprit d’encourager l’autonomie des gens, notamment par la démocratie participative de proximité, l’élection municipale, plus collégiale, permet aux Verts de mieux s’enraciner et donc d’exister durablement, indépendamment des présidentielles. Ensuite, le soutien à un candidat extérieur aux Verts ( envisagé par notre candidate ) n’exclut pas de garder une certaine autonomie tant dans la campagne que dans la répartition des circonscriptions législatives. Notre parti doit, de plus, mesurer l’intérêt de présenter son candidat indépendant, au regard du résultat final... Une candidature verte solitaire réduirait les chances d’une candidature d’union alternative. Elle encouragerait la multiplication des petites candidatures. Cette dispersion créerait elle-même les conditions d’un remake de 2002, défaite à la clé, ou déboucherait à la veille du premier tour sur un désistement pour le candidat socialiste (cf. supra). Dans les deux cas, les Verts sortiraient plus affaiblis du combat électoral qu’ils ne l’étaient à l’entrée. L’hostilité au traité constitutionnel, dénominateur commun à la gauche radicale, peut-il fonder le refus, par les Verts, du choix de José Bové ? L’arc des forces altermondialistes, écologistes, syndicales, mutualistes, coopératives, communistes, trotskystes... susceptibles d’appuyer d’une façon ou d’une autre la candidature de José Bové, a mené campagne, sur le Référendum européen, essentiellement pour refuser la généralisation de la « concurrence libre et non faussée ». Je n’imagine pas que les tenants du Oui au sein des Verts étaient favorables à cette option. Ainsi, dès lors que le peuple, avec une forte majorité de l’électorat de gauche, socialiste et Verts compris, a tranché, il nous revient de nous projeter dans l’avenir sans ressasser une déception compréhensible. Les élections de 2007 nous offrent l’occasion de prendre l’initiative pour proposer un cadre institutionnel qui freine la dynamique ultra-libérale et qui favorise un projet d’Europe écologique et solidaire. Il n’y a aucun obstacle à nous réunir, avec d’autres, autour de cet objectif. N’est-ce pas, au demeurant, le souhait exprimé par la plupart des tenants du Oui et du Non au sein de notre parti, pour éviter son déchirement et pour le remobiliser sur le futur ? Venons-en au programme. Le PC, sans lequel il serait très difficile de construire un pôle de radicalité, ne reste-t-il pas très favorable au nucléaire, très centralisateur et très productiviste ? La candidature de José Bové est précisément une opportunité pour que l’écologie politique « féconde », selon l’expression de D. Voynet, tant la gauche radicale, plus proche de nous sur de nombreux combats, que la gauche modérée. D’emblée, José a placé sa candidature sous le signe de l’anti-productivisme et on n’imagine pas que ce combattant anti-nucléaire de renommée mondiale mette son chapeau sur cette question. La plupart des forces altermondialistes, écologistes et même trotskystes du rassemblement potentiel partagent ce point de vue, lequel est relayé par une minorité agissante au sein du PC. La sortie du nucléaire à un horizon permettant la constitution volontariste d’une offre alternative, assortie d’un arrêt de la construction de toute nouvelle centrale, devrait pouvoir être acceptée par ce parti. Cette position n’est-elle pas au demeurant celle que nous exigeons du PS dans le cadre d’un accord de coopération ? Un tel point de vue ne néglige-t-il pas le fait que sur nombre de sujets (la place de l’automobile, l’agriculture, la science...), le PC, voire certains altermondialistes, sont encore très éloignés des positions écologistes ? Qu’ils se limitent à critiquer l’inégale répartition des richesses sans remettre en question le productivisme ? Nombre d’entre eux, comme la plupart des gens des milieux populaires urbains, juxtaposent encore, sans les lier, les revendications économiques, sociales et environnementales. Ils explorent peu les voies de l’alternative et limitent souvent leur bataille à une redistribution plus égalitaire de la richesse actuelle, sans envisager de la reconsidérer ni de reconvertir l’appareil productif. Cette faiblesse affecte un peu moins le monde rural dans lequel beaucoup de paysans et d’autres s’y engagent concrètement. Il convient également de souligner que nous-mêmes en appelons à ce lien encore de façon théorique plutôt que pratique, de façon incantatoire plutôt qu’opérationnelle. Nous aidons encore trop peu à faire progresser nos concitoyens sur ces questions. Noël Mamère a, dans son article du 8 août à Libération, rappelé la difficulté et la nécessité de cette exigence. Qui peut penser surmonter ces difficultés en s’éloignant de ceux qui les vivent ? Est-ce que ces insuffisances ou limitations peuvent justifier que l’on rejette les porteurs de ces conceptions ? D. Voynet ne prend-elle pas en compte ces préoccupations quand elle dit : « J’ai envie de m’adresser aux citoyens et d’essayer de populariser un projet d’écologie politique aujourd’hui peu attentif aux difficultés des classes populaires » ? Le projet d’écologie politique n’est pas un projet tout prêt qu’il suffirait de populariser par un bon marketing. Pour que les couches populaires s’approprient l’écologie comme vecteur d’amélioration de leurs conditions de vie immédiates et d’émancipation de leur condition exploitée et aliénée, un énorme travail est nécessaire. Effort de co-construction d’un projet concret articulant redistribution / remodelage / reconversion de la richesse. Ce projet politique a besoin d’être éclairé par la théorie, d’être encouragé par les « politiques publiques », mais, et c’est le plus difficile, d’être construit, partagé et porté pas à pas avec et par les couches populaires, leurs syndicats, leurs associations, leurs partis. Cela suppose un vrai engagement des Verts de mettre le peuple au centre de nos préoccupations, de nos priorités, de nos choix. D. Voynet nourrit-elle l’illusion de se faire entendre par les couches populaires sans aucune autocritique d’une participation gouvernementale qui a débouché sur la présence de Le Pen au 2ème tour des présidentielles de 2002 ? Sans prendre des distances fermes avec la meute médiatico-politique qui a traité d’ignorants celles et ceux qui s’apprêtaient à dire non au référendum sur le TCE ? Sans expliquer son absence sur les révoltes anti-discrimination des banlieues ou sur la révolte anti-précarité des étudiants ? Sans la présence d’un candidat Vert identifié, notre électorat ne risquerait-il pas de se disperser dans l’abstention ou l’écologie « apolitique » ? Ce risque serait doublement contrebalancé, en cas de soutien à José Bové. La décision, dûment expliquée à la population, de rompre avec l’esprit de boutique en faveur d’un projet commun et de dépasser les querelles et divisions secondaires, provoquerait soulagement et estime. Le regroupement d’un pôle alternatif modifierait le rapport de forces dans le partenariat avec la gauche « modérée ». Il dynamiserait les hésitants, désireux de ne pas rééditer le scénario 1997-2002. La victoire électorale ; mieux assurée de la gauche au 2nd tour de la présidentielle, donnerait une représentation écologiste plus forte aux législatives qu’en cas de face à face avec le PS. Il paraît en outre bien imprudent d’ignorer la probable très forte aspiration au vote utile vers le candidat socialiste, en cas de multiplication des petits candidats. Souvenons-nous de la raclée que nos candidats aux élections législatives ont prise après la présidentielle de 2002, malgré le score de Noël Mamère, jamais atteint auparavant par les Verts. Comment peut-on prétendre qu’un candidat alternatif commun renforcerait le poids électoral des Verts ? Une élection présidentielle se gagne avec l’arithmétique mais aussi et surtout par la dynamique politique. Dans le processus de regroupement, les Verts élèveraient leur influence auprès des écologistes associatifs et des altermondialistes et, par effet de levier, auprès des électeurs. Plus fort que l’addition de quelques pourcentages gagnés par les petits candidats dispersés, un score à deux chiffres du candidat alternatif unitaire pèserait plus lourd dans les conditions de l’union pour faire gagner la gauche au 2nd tour. Les Verts pourraient en sortir avec une représentation parlementaire plus forte qu’en cas de face à face avec le PS. Le potentiel d’estime pourrait également se traduire dans des listes vertes, ouvertes et citoyennes plus influentes aux municipales. N’est-il pas trop tard pour un tel scénario ? Mieux vaut rectifier le plus tôt possible une trajectoire perdante que de s’enfoncer... L’orgueil n’est jamais bon conseiller et le déjugement momentané sera largement compensé et relativisé lors du résultat. La déclaration de candidature de N. Hulot repose de toutes façons cette hypothèse. Enfin, la préparation autonome des Verts pour cette élection est suffisamment avancée ( programme, examen des circonscriptions...) pour que nous osions nous montrer à la hauteur de nos responsabilités. Prendre le risque de l’unité pour gagner en influence et éviter la défaite de la gauche, est vraiment un beau challenge. En rejoignant le pôle alternatif, les Verts ne laisseraient-ils pas le champ libre à Nicolas Hulot et à son écologie « apolitique » ? L’influence médiatique de N. Hulot ne peut être sous-estimée, quelque soit le scénario emprunté par les Verts. L’hypothèse où le conseiller de Chirac accepterait la proposition de N. Mamère de porter la parole de la candidate Verte D. Voynet est improbable, voire invraisemblable. Elle apporterait, en effet, de l’eau au moulin à la construction d’un pôle écolo-centriste (écolos + Kouchner et autres centristes du PS et de l’UDF) que la très grande majorité des Verts rejette. L’hypothèse plausible d’un N. Hulot, candidat « apolitique », poisson-pilote de la droite, mettrait par contre les Verts devant un choix lourd de conséquences. Si la candidature Verte était maintenue, une part significative de nos électeurs modérés serait attirée par l’audience médiatique de N. Hulot et nombre de nos électeurs de gauche se rendraient au vote utile. L’apport des Verts au rassemblement du 2nd tour serait, dans ce cas, insignifiant, la victoire de la gauche sérieusement compromise et la représentation parlementaire des Verts quasi-nulle. Le soutien à la candidature de J. Bové contribuerait, par contre, à clarifier les enjeux sociétaux (économiques, sociaux et politiques) de l’écologie politique. Dans ce cas, il est raisonnable de penser que la part des électeurs écolos attirés par l’illusion apolitique serait compensée et dépassée par une part plus importante d’électeurs populaires qui ont de la sympathie pour l’écologie mais s’abstiennent, faute d’y retrouver leurs préoccupations quotidiennes et immédiates. N’oublions pas qu’avec le grand débat démocratique qui s’est produit lors du référendum, puis la révolte anti-discriminations des banlieues, suivie de la lutte étudiante contre la précarité, l’attente est grande chez des millions d’électeurs en quête d’espérance . Il nous revient d’hisser nos initiatives politiques à la hauteur de ces responsabilités. Hier, l’expérience a montré que l’écologie de « l’entre deux » ni gauche- ni droite, chère à Waechter , était intenable. Aujourd’hui, dans un contexte différent, les Verts sont devant un choix similaire. L’aiguisement des contradictions économico-sociales provoquées par l’ultra-libéralisme ainsi que l’urgence environnementale qui l’accompagne réduisent la marge d’équilibre que nous essayons de tenir entre la gauche modérée et la gauche radicale. D.Voynet invite à nous tenir à cet « entre deux », au risque de l’écrasement ou de pencher au centre, c’est-à-dire à droite. En quoi la gauche y gagnerait ? José Bové nous propose de nous ouvrir délibérément du côté du peuple qui souffre, qui se bat et se débat avec ses espérances et ses illusions, avec ses limites, sa combativité et son inventivité, pour construire une alternative écologique et solidaire. C’est un vrai projet de gauche. Avec lui, avec le rassemblement alternatif, nous pouvons placer le peuple « au centre ». De : michel bourgain vendredi 18 août 2006
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