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Marx et le colonialisme
de : Abdellali Hajjat
lundi 15 mars 2004 - 22h05 - Signaler aux modérateurs
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« L’Angleterre a une double mission à remplir en Inde : l’une destructrice, l’autre régénératrice - l’annihilation de la vieille société asiatique et la pose des fondements matériels de la société occidentale en Asie » Karl Marx (1853).

Ce texte vise à rendre compte de manière impartiale la relation entre Marx et le colonialisme, en posant la question suivante : quelles ont été ses prises de position lors de la conquête des Indes par les Britanniques ?

INTRODUCTION

Toutes les librairies qui se veulent alternatives ont dans leurs rayons ces petits livres, peu onéreux, qui véhiculent une critique plus ou moins construite de notre société capitaliste et sécuritaire. Les maisons d’édition se sont spécialisées sur ce créneau (L’esprit frappeur, Mille et une Nuits, etc.) et, même si l’une d’entre elles (Mille et une nuits) au moins appartient à une transnationale de l’édition (Lagardère). En tout cas, ces ouvrages plus ou moins courts jouent un rôle de transmission des mémoires et des analyses pour les luttes non négligeable dans notre paysage médiatique dépourvu d’intérêt.

C’est sur l’un d’entre eux que je voudrais attirer l’attention : Du colonialisme en Asie. Inde, Perse, Afghanistan [1], qui réunit une sélection d’articles de Karl Marx et de Friedrich Engels provenant de Textes sur le colonialisme [2].

La quatrième de couverture présente cette sélection de la manière suivante : « Rares sont les auteurs, et plus encore les philosophes, qui ont consacré quelques pages de réflexion et d’analyse à l’Asie centrale au XIXème siècle. Rédigées dans les années 1850, les articles ˝anticolonialistes˝ de Friedrich Engels et de Karl Marx exposent les manœuvres britanniques pour s’imposer en Inde, les luttes d’influence entre la Russie, la Perse (l’Iran), les Français et les Anglais, et rapportent la guerre britannique de 1838-1842 en Afghanistan. Alors, toute lecture marxiste est-elle dépassée ? Non, la force de leurs analyses géostratégiques, où se dessine déjà le marxisme sous le propos journalistique, reste, hélas, d’une exceptionnelle actualité ».

Ces articles sont d’une exceptionnelle « actualité », mais sûrement pas de la manière où l’entend Gérard Filoche, qui a établi cette édition. En effet, dans sa postface, celui-ci considère que « Chaque article, présenté à juste titre comme ˝anticolonialistes˝, consacré par les deux auteurs à la Compagnie des Indes (la ˝World Company˝ du XIXème siècle), aux manœuvres britanniques pour s’imposer en Inde […] résonne à nos oreilles comme les prémisses de ce que nous voyons sur les écrans de télévision du monde entier en ce début de XXIème siècle ». On verra que l’« anticolonialisme » de Marx reste à prouver.

Ce texte vise à rendre compte de manière impartiale la relation entre Marx et le colonialisme, en posant la question suivante : quelles ont été ses prises de position lors de la conquête des Indes par les Britanniques ? Dans un premier temps, on montrera que force est de constater qu’il a légitimé, au nom de l’« Histoire universelle », la colonisation britannique. Dans un second, on tentera d’expliquer le pourquoi de ses opinions. Enfin, on nuancera en soulignant l’évolution de Marx sur cette question, notamment vers la fin de sa vie.

[1] K. Marx et F. Engels, Du colonialisme en Asie. Inde, Perse, Afghanistan, Mille et une nuits, Paris, 2002, édition établie par et postface de Gérard Filoche.

[2] K. Marx et F. Engels, Textes sur le colonialisme, Éditions du Progrès, Moscou, 1977.


LES TEXTES : L’ORIENTALISME DE MARX ET ENGELS

« Anticolonialistes » serait le terme pour qualifier les articles de journaux de Marx. Il écrit en tant que journaliste, depuis Londres (et ce fait a son importance), pour le New York Daily Tribune. Le contexte politique de l’été 1853 est celui du débat entre libéraux et colonisateurs sur l’opportunité de la conquête impériale. Marx et Engels vont prendre parti dans la polémique, mais pas dans le sens où on les attendrait. Engels est pris en compte dans l’analyse parce qu’il a exercé une influence déterminante sur les positions de Marx, ils ont en effet écrit ensemble le Manifeste du parti communiste (et des passages entiers d’articles de Marx sont des reprises mot pour mot de lettres que Engels lui a envoyées…) En Algérie, c’est la résistance de l’émir Abdelkader qui fait coulé beaucoup d’encre en France.

Engels et l’Algérie [1]

Engels se félicite de la défaite de l’émir Abdelkader du 23 décembre 1847 et de la soumission de l’Algérie au « progrès de la civilisation ». Pour lui la conquête de l’Algérie est un heureux événement puisqu’elle participe de la victoire des nations civilisées sur les peuples arriérés.

Même s’il critique les méthodes de guerre de la colonisation française, il considère néanmoins que la France est en quelque sorte l’instrument de l’histoire universelle qui secoue les sociétés barbares par le développement du capitalisme. « Et si l’on peut regretter que la liberté ait été détruite, nous ne devons pas oublier que ces mêmes bédouins sont un peuple de voleurs »… Il réactive tous les lieux communs racistes de l’époque, qui sont intégrés à la conception marxienne de l’histoire.

Les indigènes sont improductifs, pillards et végètent en dehors de la civilisation, dans un état stationnaire et réputé nuisible par la France. Mais avec la colonisation, ils pourront progresser grâce à leur intégration au commerce international et au perfectionnement des moyens de production. Pour lui, toute forme de résistance à la colonisation étaient au fond réactionnaire : « Après tout, le bourgeois moderne, avec la civilisation, l’industrie, l’ordre et les « lumières » qu’il apporte tout de même avec lui, est préférable au seigneur féodal ou au pillard de grand chemin, et à l’état barbare de société à laquelle ils appartiennent ». De telles analyses ne sont pas anecdotiques, mais elles s’enracinent dans la pensée des rédacteurs du Manifeste du parti communiste. Après avoir dressé, dans le Manifeste, le tableau des grands bouleversements suscités par le développement du capitalisme, Marx et Engels en arrivent à la logique d’extension transnationale du capital. La logique même du capitalisme et le besoin de « débouchés toujours nouveaux » poussent à l’affranchissement des frontières. « La bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu’aux nations les plus barbares » [2]. Elle « force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production (…). De même qu’elle a soumis la campagne à la ville, les pays barbares ou demi-barbares aux pays civilisés, elle a subordonné les peuples de paysans aux peuples de bourgeois, l’Orient à l’Occident » [3].

Engels va encore plus loin lorsqu’il écrit pour la New American Encyclopedia un article sur l’Algérie. Après avoir décrit la situation géographique, climatique, politique etc., de l’Algérie, il décrit les peuples autochtones. Et il recycle les vieilles études de l’ethnologie coloniale. Le territoire est peuplé de trois groupes différents : les Kabyles, les Arabes et les Maures. Il établit une hiérarchie de civilisation entre eux, des Kabyles aux Maures. Les premiers sont un peuple laborieux qui vit dans de vrais villages, excellents cultivateurs, exploitent des mines, fournissent les villes en marchandises etc. Ils ne sont pas européens, mais s’en rapprochent, leur peau un peu plus blanche, leurs cheveux blonds et leurs yeux bleus ont même amené les ethnologues à inventer une théorie affirmant qu’il s’agit d’un peuple indo-européen qui a pris un autre chemin que le leur.

Les Arabes sont des nomades, fidèles aux traditions de leurs ancêtres, et restent en dehors de toute évolution et hostiles à la civilisation.

Enfin les Maures sont pusillanimes, habitués à la cruauté et à la vengeance, et sur le plan moral, « ils se situent très bas ». Le mépris d’Engels pour les Maures s’étend à la langue arabe, qu’il ne veut pas apprendre, et préfère le persan, plus digne d’études sérieuses.

Engels, dans l’esprit du temps, se plaît à opposer les Berbères aux autres indigènes d’Algérie. Cette attitude est typique de la tactique « diviser pour régner » de la conquête coloniale.

Marx et l’Inde

Si Karl Marx connaît Alger puisqu’il y a séjourné en 1882 pour des raisons de santé, il s’intéresse surtout au colonialisme britannique en Asie. La réflexion de Marx porte sur l’explication de la « stagnation » et l’« immutabilité » des sociétés asiatiques. Prenant pour acquise cette stagnation, il va élaborer la notion de système de production asiatique pour en rendre compte. Cependant ce n’est pas sur l’analyse matérialiste de l’économie asiatique, ni sa superstructure qui en dépend (le « despotisme oriental ») qui m’intéresse (d’autres s’y sont penché [4], certains montrant même la proximité avec les théories climatiques de Montesquieu [5]…), mais la logique (orientaliste) qui sous-tend les analyses de Marx et de Engels.

Comme Engels, Marx propose une description de la société hindoue. Revenons sur un passage significatif de la pensée de Marx sur l’impérialisme britannique et sur la « nature » de la société indienne (l’Hindoustan dans l’acception de l’époque) :

« […] aussi triste qu’il soit du point de vue des sentiments humains de voir ces myriades d’organisations sociales patriarcales, inoffensives et laborieuses se dissoudre, se désagréger en éléments constitutifs et être réduites à la détresse, et leurs membres perdre en même temps leur ancienne forme de civilisation et leurs moyens de subsistance traditionnels, nous ne devons pas oublier que ces communautés villageoises idylliques, malgré leur aspect inoffensif, ont toujours été une fondation solide du despotisme oriental, qu’elles enfermaient la raison humaine dans un cadre extrêmement étroit, en en faisant un instrument docile de la superstition et l’esclave de règles admises, en la dépouillant de toute grandeur et de toute force historique. Nous ne devons pas oublier l’exemple des barbares qui, accrochés égoïstement à leur misérable lopin de terre, observaient avec calme la ruine des empires, leurs cruautés sans nom, le massacre de la population des grandes villes, n’y prêtant pas plus d’attention qu’aux phénomènes naturels, eux-mêmes victimes de tout agresseur qui daignait les remarquer. Nous ne devons pas oublier cette vie végétative, stagnante, indigne, que ce genre d’existence passif déchaînait d’autre part, par contrecoup, des forces de destruction aveugles et sauvages, faisait du meurtre lui-même un rite religieux en Hindoustan. Nous ne devons pas oublier que ces petites communautés portaient la marque infamante des castes et de l’esclavage, qu’elles soumettaient l’homme aux circonstances extérieures au lieu d’en faire le roi des circonstances, qu’elles faisaient d’un état social en développement spontané une fatalité toute-puissante, origine d’un culte grossier de la nature, dont le caractère dégradant se traduisait dans le fait que l’homme, maître de la nature, tombait à genoux et adorait Hanumân, le singe, et Sabbala, la vache.

Il est vrai que l’Angleterre, en provoquant une révolution sociale en Hindustan, était guidée par les intérêts les plus abjects et agissait d’une façon stupide pour atteindre ses buts. Mais la question n’est pas là. Il s’agit de savoir si l’humanité peut accomplir sa destinée sans une révolution fondamentale dans l’état social de l’Asie. Sinon, elle fut un instrument inconscient de l’Histoire en provoquant cette révolution. Dans ce cas, quelque tristesse que nous puissions ressentir au spectacle de l’effondrement d’un monde ancien, nous avons le droit de nous exclamer avec Goethe :

« Sollte diese Qual uns quälen

Da sie unsere Lust vermehrt

Hat nicht Myriaden Seelen

Timur’s Herrschaft aufgzehrt ? » [6]

En dépit des « sentiments humains », la machine de l’Histoire peut admettre quelques sacrifices, qui sont d’autant plus acceptables qu’il s’agit de civilisations inférieures. On retrouve un point mort dans l’analyse marxienne des sociétés non-européennes, qui doit attirer l’attention des penseurs contemporains dans la fragile élaboration d’alternatives à la globalisation capitaliste.

Revenons sur le texte. Passons la description de la société hindoue, qui ne nécessite pas de commentaires… « Il est vrai que l’Angleterre, en provoquant une révolution sociale en Hindustan, était guidée par les intérêts les plus abjects et agissait d’une façon stupide pour atteindre ses buts. Mais la question n’est pas là. ». En effet, la question n’est pas dans la condamnation de la sanglante conquête, mais il s’agit de se dégager de l’apparence des choses, il faut aller au-delà et surmonter ses sentiments trompeurs pour prendre connaissance des forces souterraines à l’œuvre. « Il s’agit de savoir si l’humanité peut accomplir sa destinée sans une révolution fondamentale dans l’état social de l’Asie ». Sous la poussé des forces du capital qui s’étendent à travers les frontières, l’humanité tout entière progresse et s’unifie en entrant désormais dans le cours de l’histoire universelle. Et l’Angleterre joue un rôle important : « quels qu’aient été ses crimes, l’Angleterre a été l’instrument inconscient de l’histoire en menant à bien cette révolution » [7].

Il considérait l’Inde comme « une proie vouée à la conquête » [8] et « ne pouvait donc échapper au destin d’être conquise, et toute son histoire, si histoire il y a, est celle des conquêtes successives qu’elle a subies. La société indienne n’a pas d’histoire du tout, du moins pas d’histoire connue ». La dimension historique des expériences de vie de la société indienne est niée au nom d’un monopole de la fonction d’agir sur l’Histoire. C’est l’homme européen qui est acteur de l’Histoire, les autres peuples n’en ont pas, ou du moins, reproduisent continuellement la stagnation. Cette conception du monopole du rôle historique, associée à la vision hégélienne de l’histoire, conforte l’idée, d’origine religieuse, que les Européens ont été élus, non par Dieu, mais par leur degré de civilisation. L’Histoire est européenne (pour ne pas dire blanche), celle des peuples non-européens est à jeter aux oubliettes.

Marx et Engels n’ont pas beaucoup écrit sur le monde extra-européen pour la simple raison que pour eux le vieux contient est le lieu où s’écrivent les pages les plus glorieuses de l’Histoire. Incontestablement prisonniers de leurs représentations ethnocentriques, aveuglés par leur conception de l’histoire-progrès, ils considéraient que les seuls sujets de l’histoire aptes à se battre contre le capital sont les prolétaires d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord. Acceptant la frontière entre « nations civilisées » et « nations barbares », la logique orientaliste pousse Marx à se situer dans le devoir de la « mission civilisatrice ». Même si des critiques sont émises sur la violence de la colonisation, les conséquences de celle-ci sont finalement peu de choses au regard des effets éminemment civilisateurs. Pour Marx, l’Angleterre est à l’origine de « la seule révolution sociale qui ait jamais eu lieu en Asie » [9]. Il va jusqu’à préférer la colonisation britannique aux précédentes (Arabes, Turcs, Tatars et Mongols), car c’est la première fois que l’Hindoustan est colonisé par un peuple supérieur, les précédentes ayant été « hindouïsées ». La question n’est pas de « savoir si les Anglais avaient le droit de conquérir l’Inde, mais si nous devons préférer l’Inde conquise par les Turcs, par les Persans, par les Russes à L’inde conquise par les Britanniques » [10]. Le capitalisme, qui a sa légitimité historique en Occident en créant les conditions de possibilité de la société socialiste, a, en Orient, le rôle (inconsciemment) sinon le devoir de « moderniser » les sociétés « archaïques » et condamnées à disparaître, même si ce fait peut choquer la sensibilité.

Dans ce cadre, les massacres coloniaux sont évidemment secondaires. Au contraire ils sont les instruments nécessaires pour mettre en pièce des « formes politiques figées et mortes » [11]. Les massacres sont dénoncés uniquement dans le but de souligner l’hypocrisie des classes dominantes. Mais cela ne débouche jamais sur l’identification des indigènes comme opprimés ou persécutés dont les combats relèveraient d’une résistance légitime à l’expansion coloniale. Sans doute parce qu’il ne s’agissait pas d’ouvriers mais d’indigènes soumis aux coutumes « fanatiques ». Ainsi ni les indigènes ni les tribus ne sont pensés comme sujets de l’histoire avec lesquels il faut se solidariser.

De là on peut souligner les limites et l’européocentrisme du slogan qui a fait le tour du monde : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Généreux et universel en apparence, il ne se dirige en fait que vers les classes ouvrières d’Europe et d’Amérique du Nord. Donc pour que les indigènes deviennent sujets de l’histoire, ils doivent passer sous les fourches caudines de la modernité capitaliste, devenir des prolétaires. Et c’est ce rôle que joue la colonisation, un rôle de « régénération ». Avec l’apparition de grandes usines et de manufactures de coton en Asie, les paysans indigènes vont s’entasser dans les centres urbains. De là émergera les prolétaires révolutionnaires aptes à devenir sujets de l’histoire et détruire le système qui les exploite et les opprime.

[1] Voir Olivier Le Cour Grandmaison, « Le colonialisme au service de « l’Histoire » universelle », in Contre-temps, Paris, n°8, automne 2003, pp 174-189. Les citations d’Engels de ce paragraphe proviennent de cet article, sauf indication contraire.

[2] K. Marx et F. Engels, Manifeste du parti communiste, Éditions sociales, Paris, 1970, p 35.

[3] Ibid.

[4] Voir, entre autres, le recueil d’articles du Centre d’Etudes et de Recherche Marxistes, Sur le « mode de production asiatique », Éditions sociales, Paris, 1969, et Karl Wittfogel, Le despotisme oriental, éd. De Minuit, Paris, 1964.

[5] Voir Miklòs Molnàr, Marx, Engels et la politique internationale, éd. Gallimard, coll. « Idées », Paris, 1975, p 201.

[6] « Cette peine doit-elle nous tourmenter Puisqu’elle augmente notre joie, Le joug de Timor n’a-t-il pas écrasé Des myriades de vies humaines » Citation du Divan occidental-oriental. K. Marx, « La domination britannique en Inde », in Du colonialisme en Asie, op. cit., pp. 32-34.

[7] K. Marx, « Chroniques anglaises », in Œuvres IV. Politique I, Paris, Gallimard La Pléiade, 1994, p 720.

[8] « Les Résultats éventuels de la domination britannique en Inde », in Du colonialisme…, op. cit., pp. 43-44.

[9] K. Marx, « Chroniques anglaises », in Œuvres IV. Politique I, op. cit., p 720.

[10] « Les Résultats éventuels de la domination britannique en Inde », in Du colonialisme…, op. cit., pp. 43-44.

[11] F. Engels, Le Rôle de la violence dans l’histoire, Paris, Éditions sociales, 1971, p 38.


EXPLICATIONS

Le lecteur, ou la lectrice, peuvent être surpris de leurs prises de position. Plusieurs éléments d’explications doivent être pris en compte. Elles sont le reflet de la réflexion de l’époque sur l’Asie, et l’Orient en général : un orientalisme imbu d’un eurocentrisme à toute épreuve. Comme l’a montré Edward W. Saïd dans L’Orientalisme [1], ce dernier agissait comme une structure d’attitudes et de pensées en vue de légitimer (scientifiquement, philosophiquement, etc.) les conquêtes impériales européennes. Cette structure de pensées disposait du privilège de la scientificité qui lui conférait une pleine autorité. Elle s’imposait à tout ceux qui abordaient la question de l’« Orient ». Et Marx n’échappe pas à la règle. Le fondement de ces analyses est l’équivalence entre universalisation du capital et celle de la civilisation. Tout le discours de légitimation des atrocités de la colonisation est repris tel quel. Par la conquête, par l’extension du capitalisme, on civilise.

Les causes profondes de ces analyses ne sont pas conjoncturelles, mais structurelles, en ce sens que les deux auteurs perpétuent l’héritage de la philosophie de l’histoire de Hegel.

Mais on peut se demander où est partie la sympathie de Marx pour les peuples opprimés. C’est que les orientalistes ne conçoivent pas l’humanité en termes d’individus mais en vastes entités collectives, en généralités abstraites. Ils ne s’intéressent pas aux individus qui se cachent derrière les substances sémantiques que sont les « Orientaux », les « Arabes », les « Juifs », les « Musulmans », des « Asiatiques », les « Sémites » etc. Ce « constant désir de généralisation » (Wittgenstein) aboutit à une déshumanisation totale, voire totalitaire en ce sens que l’attribut définit intrinsèquement et uniquement les dispositions, attitudes et pensées des individus.

Mais pourquoi Marx ne s’en est pas dégagé ? Il semble qu’« une vague de sentiments disparaît donc lorsqu’elle rencontre les définitions immuables construites par la science orientaliste » [2].Autrement dit, la puissance du langage orientaliste était telle qu’il semblait difficile d’en échapper.

[1] Edward W. Saïd, L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident, Seuil, Paris, 1980.

[2] Idem, p 181.


NUANCES

Il est nécessaire de nuancer ce qui précède sur plusieurs points, soulignés par Sebastian Budgen [1], qui répond à Olivier Le Cour Grandmaison, notamment en lui reprochant de ne pas avoir pris en compte les apports de la littérature anglo-saxonne.

1) Il faut faire une nette distinction entre Engels et Marx. S’ils se sont mutuellement influencés (Marx recopiant parfois mot pour mot des phrases contenues dans des lettres de Engels…), Marx a évolué de manière significative, contrairement à Engels. C’est pour cela que les nuances portent surtout sur les changements de position de Marx.

2) On ne peut pas lire de la même manière les différents types d’écrits (lettres, articles, écrits théoriques etc.). Les textes sur le colonialisme sont principalement des articles de journaux, qui étaient des « travaux alimentaires » pour Marx, et ne peuvent pas être mis sur le même plan que ses ouvrages théoriques. Néanmoins, la forme de l’écrit ne justifie bien sûr pas le manque de recul de Marx des représentations orientalistes.

3) Ainsi il faut distinguer les préjugés personnels de Marx et Engels, et la logique de leur méthode. On ne peut jeter l’opprobre sur une réflexion aux apports scientifiques évidents, sous prétexte des préjugés apparaissent dans leurs œuvres. Autrement dit, il ne faut pas jeter le bébé de la riche théorie marxienne avec l’eau du bain orientaliste.

4) Il faut prendre en compte les écrits de Marx des années 1840 et 1850 et ceux postérieurs aux Grundrisse et au Capital (première édition en 1867), et surtout ceux de la dernière période.

Aijaz Ahmad, dans sa critique [2]d’Edward W. Saïd, a montré comment Marx a été influencé par les « Travels » de Bernier [3]. Ce qui explique sa vision orientaliste, mais il n’émet pas de jugement moral sur la colonisation. Selon Ahmad, Marx analyse simplement les conditions de possibilité d’une révolution en Hindoustan. Pour Marx, l’émancipation de l’Inde de la tutelle coloniale est une pré-condition à cette révolution : Les Hindous profiteront des fruits semés par la bourgeoisie britannique que si « les nouvelles classes dominantes [sont] renversées par le prolétariat, ou que [si] les Hindous eux-mêmes [sont] assez forts pour se débarrasser du joug britannique » (22 juillet 1953). L’avenir de l’humanité est donc lié à une révolution en Asie, Marx se situant dans la problématique de la révolution en permanence.

Son soutien à la résistance indienne et chinoise entre 1856-59 est confirmé par sa condamnation radicale de la barbarie des guerres de l’opium en Chine.

Sous l’influence des mouvements paysans de Russie, Marx change significativement sa compréhension de la Russie, contrée non ouest-européenne, jusqu’alors décrite comme une société socialement stérile, arriérée. Sur la possibilité d’une révolution sociale en Russie, il écrit : « Cette fois, la révolution commence à l’Est, dans cet Orient que nous avons considéré comme le soutien invincible et comme l’armée de réserve de la contre-révolution ». Marx ébauche ici la notion d’un développement historique non-unilinéaire.

Sebastian Budgen critique Olivier Le Cour Granmaison sur le fait qu’il ne mentionne pas certains passages consacrés à l’accumulation primitive et le chapitre supprimé du tome 1 du Capital. Ni le soutien de Marx aux forces anti-esclavagistes dans la guerre civile américaine, ni le soutien de la lutte pour l’émancipation nationale de l’Irlande.

Cependant, c’est à la décennie 1872-83 que Marx étudie véritablement les sociétés non-européennes. On observe trois grands mouvements :

1) Lors de changements introduits à l’édition française de 1872-75 du Capital. On passe de : « Le pays le plus développé industriellement montre seulement aux moins développés l’image de leur propre avenir » à : « Le pays le plus développé industriellement montre seulement la voie à ceux qui le suivent sur la voie de l’industrialisation l’image de leur propre avenir ». Il ne rompt pas avec la logique « développementaliste », mais il nuance un peu. Pour lui, « L’Angleterre est par conséquent le seul pays où ce processus a été développé jusqu’au bout…, mais tous les pays d’Europe occidentale connaissant un processus similaire », ce qui laisse la possibilité d’autres trajectoires historiques.

2) Lettre et écrits sur la Russie.

― Lettre à Mikhailovsky de 1877 : il prend ses distances avec la « théorie historico-philosophique qui s’imposerait fatalement sur tous les peuples ».

― Lettre à Vera Zassoulitch de 1881 : il écrit que « l’inévitabilité de ce développement est limité aux pays d’Europe occidentale » et parle de la commune agraire comme la « possibilité d’un régénérescence sociale en Russie ».

― Édition russe du Manifeste de 1882. Marx se pose la question si la communauté villageoise doit absolument passer par sa dislocation par la logique capitaliste pour aboutir au mode de vie communiste. Il répond que « la propriété communautaire villageoise de la terre pourrait servir de point de départ à un développement communiste ».

3) Surtout les carnets de 1879-82, à paraître dans MEGA. Il y traite des cas des Iroquois d’Amérique, des Aztèques, des aborigènes australiens, des paysans de l’Inde du Nord, de l’Irlande antique, de l’Indonésie, de l’Algérie etc. Il critique l’usage abusif de catégories eurocentriques, comme le féodalisme, et insiste sur les luttes anticoloniales. Pour Kevin Anderson [4], ces carnets illustrent un véritable tournant dans les positions de Marx sur les sociétés non-occidentales pré-capitalistes (et sur la question du genre), car « il s’éloigne des modèles modernistes de développement adoptés dans le Manifeste du parti communiste et autres écrits de jeunesse, où il voit le capitalisme comme une étape par laquelle toute l’humanité devrait inévitablement passer ».

Dans ces carnets, Marx insiste sur la caractère artificiel et non progressiste de la colonisation britannique : « la suppression de la propriété communale de la terre ne fut qu’un acte de vandalisme britannique, qui n’a pas signifié une avancée pour les peuples autochtones, mais une régression ».

Par ailleurs, « Il n’y a pas le moindre doute sur le fait que le chemin de fer a accéléré pour ces pays la désintégration sociale et politique », ce qui contraste avec ces premiers écrits sur le rôle de l’Angleterre qui serait instrument de l’Histoire en posant les fondements de la civilisation occidentale en Inde.

Enfin Marx s’élève contre l’exploitation et le pillage de l’Inde. Pour lui, « tout cela représente au total plus que le revenu total des 60 millions de travailleurs agricoles et industriels d’Inde. Cette saignée exige vengeance. » Que de changements…

[1] Sebastian Budgen, « Notes critiques sur l’article d’Olivier Le Cour Grandmaison », in Contre-temps, op. cit., pp 185-189. Sauf indication contraire, les citations proviennent de cet article.

[2] Aijaz Ahmad, In Theory : Nations, Classes, Classes, Literatures, London, Verso, 1994.

[3] Marx écrivait à partir de Londres. Il se basait sur des rapports officiels et des ouvrages d’orientalistes (Voir à ce sujet Marx, Engels et la politique internationale, op. cit., pp. 221-223).

[4] Kevin Anderson, « Marx’s Late Writings on Non-Western and Pre-Capitalist Societies and Gender », à paraître dans la revue Rethinking Marxism.


CONCLUSION : DÉCOLONISER LES ÉSPRITS

On peut se demander ce que Marx aurait pensé de la conquête impériale des Etats-Unis et de l’Angleterre contre l’Iraq de 1991 à nos jours. Heureusement, la décolonisation est passée par là, et les partis ou groupuscules politiques qui revendiquent l’héritage marxiste, dans leur grande diversité, ont pris le parti anticolonialiste. Mais de manière tardive concernant les premières décolonisations (le parti communiste français par exemple a voté les pouvoirs spéciaux pour l’armée coloniale en Algérie en 1956). D’une manière générale, les gauches françaises ont soutenu les conquêtes coloniales, de Marx (dans un premier temps) à Léon Blum (qui voyait dans la colonisation une formidable occasion de répandre la « civilisation »).

En dépit des nuances que nousavonsapportées(Marx ne revient jamais, à ma connaissance, sur ses écrits de jeunesse abordant le colonialisme, on constate seulement un revirement, sans que Marx ne le revendique en reprenant de manière critique ses premiers textes), il n’en reste pas moins que lire ce genre de propos de Marx aujourd’hui suscite des interrogations. Il est significatif que les rares fois où Marx et Engels ont été amenés à écrire sur un environnement extra-occidental, ils se sont pris aveuglément dans la matrice orientaliste (je vous ai épargné les passages où Engels tentent d’expliquer la « stagnation orientale » par le climat désertique…).

Mais après affirmer cela, qu’est-ce que nos contemporains peuvent en retenir ? Bien sûr, Marx et Engels étaient des hommes de leur temps, comme il était difficile de demander à Aristote de ne pas être esclavagiste au temps de l’Antiquité. Néanmoins, je pose la question suivante : que nous apprend une attitude intellectuelle qui, lorsque la réalité extra-européenne ne « rentre pas » dans le cadre théorique (qu’il ne s’agit pas de remettre en cause), élabore des subterfuges pour conserver sa validité ? Le prolétariat n’existait pas en Asie. Qu’on le crée ! Et peu importe à quel prix et quitte à passer une alliance objective avec le capitalisme mondial qui a un rôle historique à jouer :

« L’Angleterre a une double mission à remplir en Inde : l’une destructrice, l’autre régénératrice - l’annihilation de la vieille société asiatique et la pose des fondements matériels de la société occidentale en Asie » [1]

Mais il serait abusif de classer Marx dans la lignée des colonialistes, comme il le serait tout autant dans celle des anticolonialistes (comme le prétend Gérard Filoche [2]). Son attitude est on ne peut plus ambivalente. Il n’a de commun avec les colonialistes que l’accord sur le résultat d’« annihilation de la vieille société asiatique ». Il se rend compte des ravages… tout en les considérant nécessaires.

Cela nous renvoie à la véritable actualité des Textes sur le colonialisme, non pas dans l’analyse des sociétés extra-européennes, mais dans la problématique d’élaboration d’un projet révolutionnaire mondial, dont le mouvement dit « altermondialiste » doit faire face. Nous nous trouvons devant une situation historique. Le marxisme (autant le mouvement que la pensée, les changements intellectuels de la dernière période de Marx étant peu diffusés en dehors des cercles universitaires jusqu’à aujourd’hui), dans son extension mondiale, était imbibé de cet ethnocentrisme véhiculé par l’impérialisme culturel. Il a de commun avec l’idéologie du développement [3] son évolutionnisme négateur de l’altérité civilisationnelle. Aujourd’hui, par un retournement ironique de l’Histoire, le « culte grossier de la nature » dénoncé par Marx en 1853 est revendiqué par une partie croissante de l’altermondialisation soucieuse de l’écologie. Le cadre du « développement » occidental est remis en cause. Certains pensent à une « décroissance soutenable » [4] pour préserver la planète du naufrage. Nous sommes donc face à ce défi historique : élaborer des alternatives civilisationnelles en dehors de tout ethnocentrisme.

Sa possibilité est même la condition de son succès. Si nos penseurs contemporains ne parviennent pas à sortir des ornières orientalistes (qui persistent encore aujourd’hui) pour penser le monde, ils échoueront. Il est nécessaire de confronter les analyses à des contextes historiques radicalement différents. De soumettre les conclusions à des interlocuteurs à l’échelle mondiale, pour faire participer toutes les visions du monde dans la perspective d’un projet commun. De décoloniser les esprits. Cette vigilance passe par la prise en compte de la domination culturelle dans les cadres d’analyse, qu’il s’agisse de l’impérialisme culturel au niveau mondial [5], que de l’idéologie intégrationniste en France par exemple [6].

L’annihilation culturelle est encore en marche. L’expansion impérialiste continue aujourd’hui, et elle draine avec elle ses bulldozers culturels. Chaque village qui meurt de faim, chaque famille qui fuit les fléaux économiques dus à la globalisation capitaliste sont autant de réserves civilisationnelles qu’il s’agit de préserver, et d’explorer, pour inventer. La vie doit prendre le pas sur toute autre considération. Malheureusement, Marx n’était pas dans une logique de préservation de la vie, mais dans une perspective messianique qui pouvait nier l’homme dans son être, à la manière d’une nécessité de l’Histoire.

Marx et Engels ont leur actualité à ce niveau parce qu’ils nous indiquent ce qu’il ne faut pas faire. La dimension de l’impérialisme culturel leur a échappé. Or nous sommes loin du compte à mon avis au vu des écrits de ceux se réclamant du marxisme. Un seul exemple illustre mon propos : la postface de Gérard Filoche.

Nous avons rapidement mesuré la teneur des propos de Marx et de Engels. Cependant, Gérard Filoche n’a apparemment pas aperçu la violence symbolique des justifications de l’annihilation culturelle.

La question qu’il se pose est de savoir si l’Angleterre a fait « avancé » l’Inde. Un anticolonialiste sauterait de sa chaise (ou se retournerait dans sa tombe…) pour dénoncer toute tentative visant à justifier a posteriori les ravages du colonialisme. La réponse qu’il apporte consiste à souligner le prophétisme de Marx concernant les progrès des technologies, à affirmer sans sourciller que « le capitalisme joue encore un rôle progressiste ». La barbarie se fait progressiste. L’article se conclut sur une phrase « étonnante » de Marx : « Il s’agit de savoir si l’humanité peut accomplir sa destinée sans une révolution fondamentale dans l’état social de l’Asie ». On a vu ce qu’il en était de cette affirmation. Mais la révolution mondiale passe-t-elle par la destruction du monde « arriéré » non-européen ? Frantz Fanon avait raison lorsqu’il affirmait ceci :

« Ce travail colossal qui consiste à réintroduire l’homme dans le monde, l’homme total, se fera avec l’aide décisive des masses européennes qui, il faut qu’elles le reconnaissent, se sont souvent ralliées sur les problèmes coloniaux aux positions de nos maîtres communs. Pour cela, il faudrait d’abord que les masses européennes décident de se réveiller, secouent leurs cerveaux et cessent de jouer au jeu irresponsable de la Belle au bois dormant » [7].

Abdellali Hajjat

[1] « Les Résultats éventuels de la domination britannique en Inde », in Du colonialisme…, op. cit., p 44.

[2] Ex-trotskiste français, rallié au parti « socialiste ».

[3] Voir Gilbert Rist, Le Développement, Histoire d’une croyance occidentale, Paris, Presses de Sciences Po, 1996 (rééd. 2001).

[4] Lire la prometteuse réflexion de Serge Latouche, « Pour une société de décroissance », Le Monde diplomatique, novembre 2003.

[5] Pour des perspectives stimulantes dans cette direction, voir l’indispensable Edward W. Saïd, Culture et impérialisme, Fayard-Le Monde diplomatique, Paris, 2002.

[6] Voir les travaux de Abdelmalek Sayad et de Saïd Bouamama.

[7] Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre, La Découverte/Poche, Paris, 2002, p 103.



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Commentaires de l'article
> Marx et le colonialisme
15 octobre 2005 - 17h02

Intéressant débat qui fait réfléchir et réagir. Je vois dans les critiques contre Filoche les habituelles gérémiades petites bourgeoises et nationalistes de ceux qui n’ont rien appris des leçons de l’histoire universelle et qui confondent la "Morale" -quelle morale dirait Lénine - et l’économie comme le dirait le Marx de "Misère de la philosophie. Tous ces gens là qui pérorent sur le colonialisme ne connaissent rien de l’esclavage salarié . Qu’ils relisent donc le premier livre du Capital où Marx compare la durée du travail des esclaves dans la Caraïbe à celle des ouvriers européens qui dès l’âge de cinq ans parlois sont amenés à descendre dans la mine pour contirbuer à faire bouillir la marmite. C’est vraiment débile de confondre une analyse historique et une position politique . Evidemment pour les "âmes sensibles" il est dur d’avaler que le progrès des civilisations s’est fait sur le sang et les larmes.
J’en sais quelque chose , je suis matériellement , physiquement et politiquement du côté de ceux qui sont dans la merde depuis ma plus "tendre " enfance , ouais !






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