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L’ABATTAGE RITUEL JUIF ET MUSULMAN DANS LES ABATTOIRS FRANÇAIS
lundi 29 octobre 2007 (12h55) 28 commentaires
Dossier préparé par Philippe RADAULT Dans les abattoirs français, on pratique l’abattage rituel juif et musulman. Cela consiste à égorger l’animal (vache, taureau, veau, mouton) alors que celui-ci est pleinement conscient.
Pour cela, il doit être placé dans un box rotatif de contention, son corps est calé au moyen de pièces métalliques mues par pression hydraulique, sa tête est maintenue relevée, à la limite de la rupture des cervicales et ce, pour que la gorge puisse être mise en évidence.
Ensuite, le box est retourné par une commande électrique, et l’animal se retrouve sur le dos, la gorge en l’air.
Le rabbin sacrificateur ou le musulman se doit de trancher nettement cette gorge, y compris la trachée artère et l’œsophage.
Comme chaque animal est différent, la vache, le taureau, le veau s’adapte plus ou moins bien à l’espace du box rotatif qui lui est réservé. Certains, mal calés, laissent alors libre court à une panique très violente, une fois l’acte de saignée effectué.
La bête se débat, beaucoup de sang jaillit ; il coule partout, dans les yeux exorbités, dans les narines de l’animal, lequel tente de respirer en un râle impressionnant. La bouche se remplit d’écume, des spumosités salissent la trachée, la langue pend au dehors de la cavité buccale.
Cette lente agonie durera plus de quatre minutes. Puis, enfin, l’animal sera évacué du box rotatif et finira par perdre connaissance tout à fait. Alors, le suivant prendra place à son tour.
Le sang n’est que très superficiellement nettoyé après chaque passage. Ce qui est regrettable dans l’abattage musulman, c’est que le couteau n’a pas toujours la taille voulue en fonction de la grosseur du cou de l’animal et qu’il ne coupe pas toujours suffisamment. Dans ce cas, le sacrificateur cisaille la gorge avec son couteau, ce qui provoque des douleurs supplémentaires à l’animal.
Si
ces communautés agissent de la sorte, c’est parce qu’elles ont la conviction
que cela relève d’un commandement d’ordre divin, inscrit dans leur livre sacré
respectif.
Ceci est faux, et ne relève que de traditions prophétiques. Les seules
injonctions concernant la consommation des animaux de boucheries autorisés
sont, pour la Tora : -"Vous ne
mangerez de sang d’aucune chair car la vie de toute chair, c’est son sang et
quiconque en mangera sera supprimé." (Lévitique 17,14) et
: -"Quiconque, citoyen ou étranger,
mangera une bête morte ou déchirée (par un fauve), devra nettoyer ses
vêtements et se laver avec de l’eau ; il sera impur jusqu’au soir, puis il sera
pur." (Lévitique 17,15) Pour le Coran,
les ordres sont les suivants : -"Il vous
est interdit de manger les animaux morts, le sang, la chair du porc, et tout
animal sur lequel on aura invoqué un autre nom que celui de Dieu."
(Sourate 2 – verset 173) La Sourate 5 – verset 3 précise également que "la chair de la bête étouffée, de la bête tombée sous des coups (…) est illicite, sauf si vous l’avez purifiée (en saignant l’animal avant
qu’il ne meure)."
Rien dans les textes sacrés n’empêcherait donc l’étourdissement
préalable par assommement ou par électronarcose de ces animaux, comme cela est
pratiqué dans l’abattage traditionnel : respectivement, coup de matador sur le
front (1)
puis saignée de l’animal (pour les bovins et les ovins), électrocution anesthésiante
puis saignée de l’animal (pour les ovins). Cela évite la panique lors de la
mise à mort et donc, un surcroît de souffrance physique et morale, et ne
s’oppose en rien aux rites juifs et musulmans, contrairement à ce qui est si
souvent avancé.
Car lorsqu’un animal est étourdit, il ne meurt pas, son cœur
continue à battre parfaitement. Il est juste rendu inconscient. Par conséquent,
lors de la saignée, l’animal se vide aussi bien que lors d’un égorgement en
pleine conscience (rappelons toutefois que quel que soit le mode d’abattage
choisi, il est impossible de saigner une bête en éliminant la totalité de son
sang).
Ainsi le rappelle le professeur Gilbert Mouthon, de l’École Vétérinaire de
Maisons-Alfort : -"Dans
l’abattage traditionnel, au matador ou par électronarcose, l’animal est
parfaitement vivant au moment de la saignée. Les grandes fonctions sont conservées.
Le cœur bat normalement, la respiration se fait. Il y a confusion entre le fait
d’être vivant et celui d’être conscient ; et c’est là que se joue la différence.
Dans l’abattage traditionnel, l’assommement ou l’électronarcose rend
inconscient l’animal mais ne le tue pas."
L’étourdissement de l’animal fait partie intégrante d’un
processus d’abattage : il est indissociable de l’acte de saignée survenant
juste après et se déroulant, en abattoir, au même endroit : dans la salle
d’abattage. Par conséquent, on ne peut en aucun cas l’assimiler à la "déchirure
d’un fauve" !
J’ai sollicité un entretien avec le recteur de la mosquée de
Paris, le docteur Dalil Boubakeur mais ce dernier n’a pas répondu
aux deux lettres que je lui ai envoyées (la deuxième avec accusé de réception).
En revanche, j’ai été reçu par le rabbin Michel Brami,
responsable des abattages rituels juifs en France, au consistoire de Paris.
Celui-ci m’explique : -"Une
fois que les artères sont sectionnées, la tension artérielle de l’animal
chute ; le cerveau de l’animal n’est plus alimenté ni en sang, ni en oxygène
et on a la mort de l’animal très rapidement ; il meurt en une dizaine de
secondes… Même si l’animal se débat, il ne souffre pas, ce sont des réflexes
nerveux et au bout de quelques secondes, la tension artérielle a complètement
chuté."
Nous sommes loin de ce que le professeur Mouthon m’a confié : -"Il
a été prétendu que l’hémorragie entraînait une hypotension telle que
l’animal n’était plus conscient : c’est faux ! Vous pouvez le constater dans
n’importe quel abattoir où des égorgements ont lieu et l’animal se relève…
Il se relève… Il est parfaitement conscient malheureusement. Et ça c’est une
aberration. Et d’ailleurs des pays européens ont interdit l’abattage rituel
sans étourdissement, la démonstration ayant été faite que l’animal restait
vivant, ce qui était demandé par la religion, et non pas conscient." Il convient aussi de rappeler qu’au moment du tranchage de la trachée artère et des carotides, le cerveau contient encore suffisamment de sang pour tenir. De plus, lors de la section, la moelle épinière n’est pas touchée : celle-ci contient une petite quantité de sang, donc de l’oxygène qui continu d’alimenter le cerveau par le bulbe rachidien. Ceci explique le fait que l’animal puisse vivre plusieurs minutes après un acte d’abattage rituel : il reste conscient, ressent la douleur, peut se relever et même courir durant la phase agonique. De plus, on peut observer la persistance d’un réflexe cornéen, lequel sert de critère pour la perte de conscience :
Puis j’en viens à poser une autre question au rabbin : -"Étourdir
l’animal avant la saignée évite la panique et donc le surcroît de souffrance
physique et morale pour l’animal puisque celui-ci, tout en restant vivant, est
rendu inconscient ; seriez-vous favorable à un étourdissement préalable dans
la pratique de l’abattage rituel ?"
Voici sa réponse : -"L’étourdissement
peut avoir un effet sur l’évacuation du sang… L’évacuation du sang peut se
faire à un rythme beaucoup plus lent, ce qui poserait des problèmes."
Là encore, la parole scientifique du professeur Mouthon semble
infirmer l’assertion : en effet, lorsque je lui demande : -"Un
animal abattu d’une manière traditionnelle, au matador ou par électronarcose,
se vide-t-il aussi bien de son sang qu’un animal abattu rituellement ?" Il
me répond, catégorique : -"Tout à
fait de la même manière. Il n’y a aucune différence." Le
rabbin poursuit son explication sur le déroulement de l’abattage rituel juif : -"Après
l’abattage rituel, il y a une vérification des poumons essentiellement, et des
autres organes. Il faut voir s’il y a un organe qui manque ou s’il y a un organe
en plus. On regarde si les poumons ne sont pas perforés. Donc, on les gonfle et
on voit s’il n’y a pas de perforation. Mais avant cela, il y a déjà une première
vérification des poumons, lorsqu’ils sont encore à l’intérieur de la bête (laquelle
vient de mourir) : on sectionne le diaphragme et le rabbin entre la main et tâte
le poumon pour savoir s’il y a une adhérence. Si tel est le cas, il la repère
et lorsque l’on sort l’organe, il va vérifier s’il y a une perforation ou
non."
Je lui demande : -"Et que
se passe-t-il dans le cas d’une perforation ?" M.B.
: -"Et bien ce n’est pas kasher ; on ne peut pas
consommer, c’est interdit."
P.R.
: -"Que devient alors la bête ?" M.B.
: -"La bête continue un circuit traditionnel
normal, elle est remise dans la circulation classique." P.R.
: -"Si je vous suis bien : au début, le mode d’abattage est religieux ;
si une bête, à la suite d’un examen post-mortem, est déclarée non kasher,
elle rejoint le circuit traditionnel habituel. Mais est-ce que les gens qui vont
acheter cette viande vont être informés qu’il y a eu un autre type d’abattage,
celui-ci sans étourdissement préalable?"
M.B.
: -"La viande ne peut sortir de l’abattoir qu’après
agrément des services vétérinaires. Ce sont eux qui décident si cette bête
peut sortir de l’abattoir ou pas."
En d’autres termes et pour formuler très clairement ce que le
rabbin n’a pas spécialement précisé : rien n’indique au consommateur
ordinaire qu’un animal a supporté un acte d’abattage rituel.
Par ailleurs, seul l’avant des animaux, de la tête à l’arrière
des épaules (coupe à la huitième côte, pour les bovins) peut être consommé
par les personnes de confession juive, sous l’appellation "viande
kasher" et vendu dans les boucheries spécialisées. Tout l’arrière des
carcasses, le dos, les flancs, les cuisses, toutes les parties en liaison avec
le nerf sciatique sont refusées par la religion juive (viande illicite) et
seront donc également remises dans la circulation classique (hypermarchés,
bouchers détaillants, restaurants, cantines scolaires etc.).
Ceci est une tromperie pour les consommateurs qui n’adhèrent
pas à la religion juive, les non-croyants et les protecteurs des animaux qui
souhaitent que les bêtes soient étourdies avant d’être saignées.
Citons le témoignage d’un ancien enquêteur appartenant à une
association de protection animale : -"Dans un abattoir que je
visitais, 50 gros bovins ont été égorgés par un sacrificateur juif ; seul 23
animaux ont été choisis et déclarés licites pour être kasher. Les 27 autres
animaux, refusés, ont été remis dans la circulation classique. Les parties
arrières des 23 animaux choisis ont été également remises dans la
circulation classique." Dans
le cas de l’abattage rituel musulman, la totalité d’un bovin peut être consommée
par les personnes de confession musulmane et vendue sous l’appellation
"viande halal" dans les boucheries spécialisées. Mais en ce qui
concerne les ovins, les musulmans consomment davantage d’abats que de viande de
mouton : les carcasses de viande non consommées sont alors remises dans la
circulation classique (de l’ordre de 50%). Exemple : sur 100 moutons égorgés
selon le rite musulman, en pleine conscience, environ 50 seront vendus entièrement
(carcasses et abats) dans les boucheries halal spécialisées mais seulement les
abats des 50 autres seront vendus dans ces boucheries, tandis que les carcasses
seront remises dans la circulation classique. Là
encore : aucune information pour le consommateur quant au mode d’abattage
pratiqué. Ceci
est une tromperie pour les consommateurs qui n’adhèrent pas à la religion
musulmane, les non-croyants et les protecteurs des animaux qui souhaitent que
les bêtes soient étourdies avant d’être saignées. Lors
du tranchage de la gorge, l’œsophage est lui aussi sectionné. Du fait des réactions
physiques de l’animal conscient et d’un stress maximal, la bête peut vomir. Les
contenus de l’estomac appelés "bols alimentaires" ou "résidus
stomacaux" contiennent beaucoup de bactéries, des parasites, du suc
gastrique (acide). Lors de cette régurgitation, cette vomissure souille la
plaie de la gorge tranchée, se mélange au sang expulsé et se répand sur les
viandes du cou consommables appelées "collier" ou "chaînette".
Le vomi peut également entrer dans la trachée artère de l’animal et ainsi
passer dans le poumon, ce qui aura pour effet de contaminer la cage thoracique.
L’abattage
rituel offre donc un risque sanitaire supplémentaire possible. Après
avoir assisté à plusieurs abattages rituels dans un grand abattoir public, je
suis allé m’entretenir avec le directeur du lieu, M. Gérard Vergracht. Son témoignage
est intéressant. Avec virulence, il me dit : -"Je suis
résolument contre l’abattage rituel et je n’arrive même plus à y assister. Ce
sont des souffrances anormales pour un animal. Je ne suis pas d’accord. On le
fait parce qu’on est obligé. On a aussi des obligations de par la Préfecture :
il faut qu’on le fasse pour ne pas que cela soit fait autre part que dans un
abattoir ; il faut prendre conscience de ça aussi… On doit, de
par un cahier des charges contractuel, le respecter. Mais ma position
personnelle, elle est claire et nette : je ferai tout pour qu’on évite de le
faire. Quand je pense
qu’il y a des maîtres d’écoles qui viennent avec des lycées faire voir des
choses comme ça, je suis scandalisé. C’est du massacre, des souffrances
terribles pour l’animal : je suis persuadé qu’il souffre… Et c’est d’autant
plus pénible que souvent, nombre de musulmans veulent assister à l’abattage
rituel et emmènent leurs enfants avec eux. C’est déplorable… déplorable…
Une des raisons pour lesquelles on a arrêté la mise à mort des moutons dans
notre abattoir est celle-ci : on leur mettait toujours le coup de pince électrique
anesthésiante sur le crâne pour leur éviter un égorgement en pleine
conscience. La communauté musulmane n’était pas contente… Mais j’avais l’agrément
des services vétérinaires." P.R.
: -"Avez-vous subi des pressions visant à la restauration d’un abattage
rituel en pleine conscience des moutons ?" G.V. : -"Oh bien sûr ! voire des menaces… voire des menaces…"
Dans le souci du respect des religions, ce rapport n’a pas pour
but de faire interdire l’abattage rituel mais bien de faire imposer l’étourdissement
préalable des animaux avant le sacrifice.
Et il n’y a rien qui s’oppose à l’assommement ou à l’électronarcose
préalable des animaux abattus rituellement. Cela se pratique déjà dans
d’autres pays européens.
Mieux même : les deux religions considèrent les animaux comme
des créations divines, donc dignes de respect. Pour le Coran et la Tora, il
convient le plus possible d’éviter les souffrances d’une bête lors de sa mise
à mort.
En conclusion : en refusant l’amélioration du traitement réservé
aux animaux abattus rituellement, les communautés juives et musulmanes se
trouvent en contradiction manifeste avec leur texte sacré respectif.
(1) Le matador, appelé aussi pistolet d’abattage, est un appareil dans lequel on place une petite cartouche de poudre. On l’applique sur le front de l’animal, et au déclenchement, une tige perforante métallique s’enfonce rapidement dans le cerveau, ce qui a pour effet d’assommer l’animal, lequel s’effondre aussitôt.
LES DIFFÉRENTES PHASES DE L’ABATTAGE
RITUEL 1- Retournement du box rotatif de contention.
2-
Saignée de l’animal conscient.
3-
Lavage du couteau pendant que l’animal se vide de son sang.
4- Plusieurs instants après, ouverture du box rotatif.
5-
L’animal est évacué par sa patte accrochée à un treuil.
6-
Traîné dans son sang, il continue toujours à se vider.
7-
Bien après, il sera estampillé : égorgé « halal » -abattage rituel
musulman- (ce qui veut dire « permis »).
De : Philippe RADAULT lundi 29 octobre 2007
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