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Onze magistrats,onze sans-papiers

Publie le mercredi 19 février 2003 par Open-Publishing

LE MONDE - EDITION DU 20/2/03
Onze magistrats décident de parrainer onze sans-papiers en grève de
la faim à Lyon
Ils évoquent la dette de la France envers l’Algérie.

Lyon de notre correspondante

Le teint gris, un jeune homme marche difficilement, soutenu par deux
membres du collectif des sans-papiers, pour rejoindre son matelas et
se recroqueviller sous plusieurs couvertures.
A côté de lui, un autre se plaint de douleurs au foie. Jacqueline
Bosle, médecin du Secours populaire, est inquiète à son sujet et
explique qu’elle cherche un lit pour l’hospitaliser au plus vite.

Dans une petite pièce prêtée par DiverCité, un collectif
d’associations qui travaillent sur les banlieues, 11 sans-papiers
algériens, 9 hommes et 2 femmes, dont une diabétique, suivent une
grève de la faim à Lyon depuis le 4 janvier, pour demander leur
régularisation. La plupart a été déboutée de leur demande d’asile.

Deux font l’objet d’un arrêté de reconduite à la frontière. Au
46e jour de leur jeûne, alors que la préfecture du Rhône ne leur a
laissé que l’espoir d’une autorisation provisoire, ils viennent de
recevoir l’appui du syndicat de la magistrature (SM), de la
coordination nationale des sans-papiers et de 12 élus municipaux de
l’agglomération lyonnaise.

"LA SOLIDARITÉ NATIONALE"

Albert Lévy, membre du SM et substitut du procureur de la République
de Lyon, a en effet indiqué, mardi 18 février, que 11 magistrats du
siège et du parquet de Lille, Nîmes, La Rochelle, Paris et Lyon, tous
syndiqués au SM, allaient parrainer chacun un gréviste, "jusqu’à ce
que leur situation soit résolue dans le sens voulu". "La France,
compte tenu de sa politique passée de colonisation, est comptable de
la situation de ces gens qui viennent demander la solidarité
nationale au nom des engagements passés. Elle a une dette", a-t-il
plaidé, précisant que c’est la première fois que son syndicat
s’engage dans une telle démarche.

De son côté, s’appuyant sur la régularisation de 27 Kurdes à Bordeaux
après 38 jours de grève de la faim (Le Monde du 13 février), Roland
Diagne, l’un des membres de la coordination nationale des
sans-papiers, a dénoncé "l’inégalité" de traitement et demandé que
s’applique à Lyon "la solution bordelaise". En un peu plus de deux
ans, trois grèves de la faim ont été menées à Lyon par des
sans-papiers. Les deux premières se sont soldées par des
autorisations de séjour temporaire avec droit au travail. Cette fois,
la préfecture du Rhône semble déterminée à ne pas céder à ce qu’elle
considère comme "un chantage au suicide" et à laisser le collectif
gérer l’état de santé des grévistes. Refusant au nom de la
"déontologie et du secret médical" de dépêcher "dans un lieu privé"
un médecin de la Ddass pour examiner les grévistes, comme le
demandait le collectif, la préfecture l’a renvoyé sur les services
d’urgence. "Ces Algériens, qui sont entrés pour les plus anciens sur
le territoire français en 1999, demandent un titre de séjour auquel
ils n’ont pas droit, estime le secrétaire général de la préfecture du
Rhône, Gilbert Payet. Ils doivent être raisonnables."

Sophie Landrin