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Notes sur la guerre civile grecque (1946-1949)
de : via pilhaouer
lundi 21 mai 2012 - 22h36

par Costas Pateras (KKE)

sur le site du parti communiste genevoix

http://www.lescommunistes.org/spip....

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Le 2 juillet 2006, des milliers de membres et de sympathisants/antes du Parti communiste de Grèce (KKE) et de la Jeunesse communiste de Grèce (KNE) se sont réunis au village de Likorakhi, situé au cœur de la chaîne de montagnes Grammos, pour participer à la cérémonie d’inauguration d’un mémorial commémorant le 60ème anniversaire de la fondation de l’Armée démocratique de Grèce (ADG) et rendre hommage aux milliers de militants/antes qui ont sacrifié leur vie au cours des trois années de guerre civile (1946-1949), dans la lutte contre la réaction locale et l’impérialisme anglo-états-unien.

L’emplacement du mémorial est, lui aussi, hautement symbolique. Il est situé à l’endroit où se trouvait un nid de mitrailleuse de l’Armée démocratique de Grèce, au sein des montagnes où ont eu lieu, en 1948 et en 1949, les plus violents combats de la guerre civile. Dans sa déclaration commémorant le 60ème anniversaire, le Comité central du Parti communiste de Grèce a souligné le fait que la guerre civile a été « la période de lutte de classe la plus intense en Grèce au cours du vingtième siècle », la lutte pour la démocratie du peuple contre la classe dirigeante monarcho-fasciste corrompue et contre ses alliés impérialistes étrangers. Le droit des communistes grecs/grecques et des autres progressistes de rendre hommage aux militants/antes de l’Armée démocratique de Grèce est, en fait, un droit durement gagné, car pendant de nombreuses années après la guerre civile, les membres et les sympathisants/antes ont été persécutés/ées de toutes les façons possibles. Ce n’est qu’en 1989 que le Parlement grec a adopté une résolution déclarant que les partisans/anes de l’Armée démocratique la Grèce (ADG) n’étaient pas des bandits. Cette période de l’histoire a été particulièrement l’objet de distorsions par des propagandistes, des journalistes et des historiens de Grèce et de l’étranger. Leur but est de ternir l’image du mouvement populaire et de miner les luttes passées, présentes et futures en faveur du socialisme, en les décrivant comme des tentatives sinistres, appuyées par les Soviétiques, d’établir une dictature, ainsi que comme un exemple d’agression et de fanatisme.

Les origines

La guerre civile grecque n’est, bien sûr, pas tombée du ciel ; elle a été le résultat d’une série d’interventions et de développements impérialistes relatifs au mouvement populaire et qui remontent à la Seconde guerre mondiale et à la période précédant celle-ci. Le texte qui suit est une description brève et un peu schématique des processus qui ont conduit à la guerre civile. Ce sont des aspects que nous traiterons de façon plus développée et approfondie dans des articles subséquents. En 1940, quand le régime fasciste italien a envahi la Grèce, les communistes et les progressistes grecs/grecques se trouvaient aux premières lignes de la résistance et remportaient des victoires, malgré le fait que des milliers d’entre elles/eux languissaient en prison, et que le Parti communiste de Grèce conduisait ses opérations dans des conditions particulièrement difficiles, étant une organisation illégale et persécutée. Le secrétaire général du Parti communiste de Grèce, Nikos Zachariadis, a écrit une lettre ouverte au people grec, qui est devenue célèbre. Il exhortait ce dernier à résister à l’agression italienne et prévoyait qu’une telle résistance populaire engendrerait une Grèce nouvelle. Après la lâche reddition de l’Ancien régime à la « Wehrmacht », les progressistes grecs ont entrepris la tâche d’organiser la résistance. Cette tâche a atteint son plein développement lors de la 6ème session du Parti communiste de Grèce, en juillet 1941, qui a alors affirmé la nécessité de créer un Front national de libération (EAM). C’est ainsi qu’ont été constitués (a) le légendaire Front national de libération (EAM), (b) son aile militaire, l’Armée populaire de libération nationale (ELAS) et (3), un peu plus tard, la légendaire organisation de jeunesse (EPON). Au cours des trois années suivantes, ces organisations légendaires allaient écrire les pages les plus glorieuses de l’histoire moderne de la Grèce au cours de leur combat contre l’occupation nazie. La preuve de leur effectivité est qu’en avril 1944, ces organisations avaient libéré 90% de la région continentale de la Grèce. Dans les régions contrôlées par le Front national de libération (EAM), les femmes se sont vues, pour la première fois, attribuer des droits politiques ; d’autre part des conseils et des tribunaux populaires démocratiques ont été établis. C’est au cours de la lutte contre l’occupation que le peuple grec, ayant à son avant-garde le Parti communiste de Grèce, a créé ses bases démocratiques.

Ce fait n’est pas passé inaperçu de la classe dirigeante britannique. Il était clair qu’un gouvernement populaire constitué par le Front national de libération (EAM) au sein duquel le Parti communiste de Grèce aurait une position dirigeante était une menace pour les intérêts historiques de la Grande-Bretagne en Grèce et dans la partie orientale de la Méditerranée. Alors, malgré l’occupation nazie, les Britanniques ont déployé tous leurs efforts pour freiner le Front national de libération / Armée populaire de libération nationale (EAM / ELAS), surtout en renforçant la « Ligue nationale républicaine grecque » (EDES), petite organisation violemment anti-communiste, connue pour sa collaboration fréquente avec l’occupant nazi, afin de combattre l’Armée populaire de libération nationale (ELAS). Alors que les troupes allemandes étaient repoussées hors de Grèce, ces efforts se sont intensifiés et ne pouvaient plus être vus autrement que comme des préparatifs systématiques à une attaque contre les organes de résistance du peuple grec. En avril 1944, Churchill a donné l’ordre à la BBC de ne plus décrire favorablement les activités du Front national de libération / Armée populaire de libération nationale (EAM / ELAS). Par une série de provocations bien planifiées, les Britanniques ont purgé l’armée grecque d’Afrique du Nord des soldats de gauche, ce qui a conduit à l’emprisonnement de 18.500 d’entre eux dans des camps de concentration d’Afrique du Nord. Ceci a eu lieu en coordination avec la formation de bataillons ultraroyalistes au sein de l’Armée grecque, tels que les régiments alpins, dans le but de créer des outils qui pourraient être utilisés contre le mouvement populaire. Churchill a déployé beaucoup d’efforts pour porter des politiciens grecs d’avant-guerre comme George Papandreou à des postes de direction au sein du premier gouvernement oecuménique et pour soutenir la création de bandes de collaborateurs agissant librement et d’escadrons de la mort pro royalistes, tels que les bataillons « Grivas’ X ». Une série d’attaques contre le mouvement populaire et contre ses représentants ont abouti à la démission des ministres du Front national de libération (EAM) du gouvernement. Une importante manifestation de protestation avait été convoquée pour le dimanche 3 décembre. Alors qu’une foule se dirigeait en masse vers le Square de la Constitution, la police a ouvert le feu sur celle-ci, tuant 15 manifestants et en blessant une centaine. Après ce massacre, le secrétaire général du Front national de libération (EAM), Dimitris Partsalidis, a déclaré que « le peuple luttera pour la liberté à n’importe quel prix ». C’est ainsi qu’a commencé la bataille d’Athènes entre d’une part, l’Armée populaire de libération nationale (ELAS) et d’autre part, l’armée britannique et les forces de sécurité collaboratrices. Le Front national de libération (EAM) a essayé plusieurs fois de négocier un cessez-le-feu, mais selon les Britanniques, le but fondamental était, comme Churchill le disait, « d’écraser le Front national de libération (EAM) ». Pour écraser le mouvement populaire, l’impérialisme britannique a dépêché 60.000 soldats, 200 chars d’assaut, des avions, entre autres, ainsi que des combattants qui avaient collaboré avec les nazis ! Après 44 jours de violents combats, les unités de l’Armée populaire de libération nationale (ELAS) se sont retirées d’Athènes, et une semaine plus tard le cessez-le-feu a été déclaré. Le 12 février 1945, le Front national de libération (EAM) a signé l’accord de Varkiza, qui comprenait, entre autres clauses, le désarmement du Front national de libération (ELAS) et des bataillons de sécurité ainsi que d’autres mesures visant à garantir la normalisation de la situation.

Il est devenu rapidement clair que l’accord ne serait respecté que par le Front national de libération (EAM) et par le Parti communiste de Grèce. Des groupes paramilitaires, de connivence avec l’appareil de sécurité et avec l’armée britannique, ont entrepris une campagne de terreur. Les partisans/anes de l’Armée populaire de libération nationale (ELAS) étaient massacrés/ées, torturés/ées, arrêtés/ées et accusés/ées de « crimes », alors que les collaborateurs des nazis, lorsqu’ils étaient accusés, recevaient des sentences ridiculement légères. Quelques chiffres montrent l’amplitude de la « terreur blanche », dont la durée s’est étendue de l’accord de Varkiza au 31 mars 1946 : parmi les membres de la résistance il y a eu 1.289 assassinés, 6.671 blessés, 31.632 torturés, 84.931 arrêtés et 8.624 emprisonnés ; 677 bureaux d’organisations de la résistance ont été attaqués ; 165 femmes membres du Front national de libération (EAM) ont été violées. Au cours de toute cette période, alors que plusieurs combinaisons de partis bourgeois ont été au pouvoir, les Britanniques n’ont jamais essayé de mettre fin aux tentatives d’écraser le mouvement démocratique grec et de restaurer la monarchie. Il convient de souligner le fait que l’élection d’un gouvernement travailliste n’a rien changé à cette politique, qui est conséquente avec la nature pro-impérialiste de la social-démocratie en général au niveau mondial, et en particulier dans le cas du Parti travailliste britannique. C’est dans ce climat de terreur que des élections complètement frauduleuses ont eu lieu le 31 mars 1946. Le Parti communiste et le Front national de libération (EAM) ont refusé de participer à ces élections en raison de leur nature et en guise de protestation.

À partir du début de 1946, de petits groupes de partisans ont quitté les villes et se sont installés dans les montagnes pour pouvoir se défendre. Comme première grande opération, ils ont attaqué un poste de police de la ville de Litochori. Ensuite a commencé une série de confrontations avec les forces gouvernementales et les escadrons de la mort paramilitaires. Le 28 octobre 1946, l’Armée démocratique de Grèce (ADG) a été constituée. Au cours de cette période, la terreur s’est intensifiée et a atteint son paroxysme le 17 juin, date à laquelle le parlement a voté des « mesures d’urgence », qui, somme toute, abolissaient tous les droits individuels et politiques et établissaient la loi martiale.

La description des nombreuses opérations effectuées par l’Armée démocratique de Grèce (ADG) au cours de la guerre civile dépasse le cadre de cet article. Il faudrait cependant décrire certains aspects de cette période, tels que la nature de l’ADG, le gouvernement provisoire et les tactiques utilisées par les monarcho-fascistses.

Nous avons déjà fourni quelques données sur la terreur utilisée par les impérialistes et par leurs alliés locaux, qui a duré tout au long de la guerre civile. Un exemple des actes barbares qu’ils commettaient est l’étalage, en juillet 1947, dans la ville de Florina, des têtes coupées de partisans. Cet acte survenait dans le cadre du ratissage systématique et massif de la campagne et de la déportation d’environ 700 000 personnes de leurs villages, visant à priver l’Armée démocratique de Grèce (ADG) de recrues. Ces personnes sont devenues des réfugiés internes dans d’autres villages et villes. Le réseau d’îles servant de prison et de camps de concentration s’est étendu pour interner les personnes soupçonnées d’être de gauche, des membres de leurs familles et des militaires accusés d’être de gauche. Entre 1947 et 1950, environ 28.800 personnes auraient été détenues dans des camps de prisonniers. Ces personnes étaient envoyées dans des cachots tristement célèbres de Makronissos et de Yioura, entre autres. Des formes de torture et des actes dégradants de toutes sortes étaient infligés aux personnes qui avaient le malheur d’être détenues dans ces prisons.

Ensuite, les États-uniens sont arrivés, ont retiré aux Britanniques la responsabilité d’administrer la Grèce et ont appliqué la Doctrine Truman. L’étendue et la quantité de l’aide militaire fournie au gouvernement grec se sont développées considérablement. Ce que peu de gens savent c’est que le napalm, utilisé de façon si dévastatrice au Viêt-Nam, a d’abord été utilisé en Grèce. Dans les batailles qui se sont déroulées en 1949 dans les montagnes de Grammos-Vitsi, 388 bombes au napalm ont été utilisées.

L’Armée démocratique de Grèce (ADG)

L’Armée démocratique de Grèce (ADG) était, sous tous ses aspects, une armée populaire démocratique. Des assemblées étaient tenues au niveau des pelotons, au cours desquelles tout soldat pouvait exprimer son opinion ; chaque militant prononçait un serment d’allégeance, qui soulignait les idéaux et les principes de l’Armée démocratique de Grèce (ADG) et la manière selon laquelle chaque militant/ante doit se comporter à l’égard du peuple. L’éducation politique était assurée systématiquement par les officiers politiques assignés dans chaque unité. Les femmes jouaient un rôle important au cours des combats : elles constituaient plus de 30% des effectifs militaires de l’ADG et 70% du personnel médical et de soutien. Ceci était en flagrant contraste avec le rôle réservé aux femmes de la classe dominante grecque. Ce n’est que dans les régions contrôlées par les forces démocratiques que les femmes avaient des droits politiques. L’enseignement médical était assuré par des écoles de formation et par des hôpitaux. 125 travailleurs/euses de la santé avaient reçu une formation. Aleka Papariga, secrétaire générale du Parti communiste de Grèce, a expliqué que, malgré le manque de matériel, « toute opération qui devait être effectuée était effectuée ».

Le 23 décembre 1947, dans les régions libres de la Grèce, le Gouvernement démocratique provisoire (GDP) a été fondé. Il était basé sur douze principes, entre autres la reconnaissance du droit des femmes et des minorités et l’indépendance de la Grèce par rapport au capital étranger. Le Gouvernement démocratique provisoire (GDP) a institué des conseils populaires dans les villages et des assemblées représentatives populaires dans des villes, qui élisaient des exécutifs et avaient le droit de révoquer ces derniers. Des élections ont eu lieu dans 300 municipalités du Nord de la Grèce en 1948 et dans 323 villages du Péloponnèse. Des tribunaux populaires ont été élus, les électeurs/trices ayant le droit de révoquer les élus (des cours d’appel ont aussi été élues). Le grec démotique, langue utilisée par le peuple, a été adopté comme langue officielle et a été enseigné dans les écoles établies par le Gouvernement démocratique provisoire (GDP), et les minorités ont aussi pu étudier dans leurs propres langues. L’éducation était gratuite et obligatoire, et il y a avait une école dans chaque village. La propriété de la terre était réglementée et la terre était redistribuée. Chaque agriculteur avait le droit de posséder une quantité minimale de terre et un niveau maximal était également fixé. Les réalisations de la période du Front national de libération (EAM) ont été développées et approfondies, et elles constituent les éléments de base du peuple démocratique de Grèce.

Après trois années de combat, le reste des forces de l’Armée démocratique de Grèce (ADG), surtout après l’intervention des États-uniens de 1948 et après, ont été forcées de se retirer en Albanie après les violents combats dans les chaînes de montagnes de Vitsi et de Grammos, en août 1949. La résistance a continué malgré tout dans certaines régions telles que Lesbos, au cours de l’année 1950. En Crète, les deux derniers partisans de l’Armée démocratique de Grèce (ADG), Giorgos Tzompanakis et Spiros Blazakis, sont descendus des montagnes après la chute de la dictature, survenue le 24 février 1975.

Les victimes

Le nombre de personnes tuées au cours de la Guerre civile est d’environ 150.000. Selon les données officielles de la direction générale de l’armée grecque, environ 38.839 partisans/anes de l’Armée démocratique de Grèce (ADG) ont été tués/ées ou blessés/ées, 20 128 ont été emprisonnés/ées. Selon les données officielles, 55.528 soldats de l’armée gouvernementale ont été tués.

Plus de 65.000 personnes, communistes et autres combatants/antes et sympathisants/antes du Front national de libération (EAM) et de l’Armée démocratique de Grèce (ADG), ont été obligés/ées de quitter la Grèce et de se réfugier dans des pays socialistes (environ 20.000 ont été privés de leur citoyenneté), 40.000 ont été envoyés/ées dans des prisons et des camps de concentration tels que Makronnissos. Les exécutions de combattants de la Résistance ont continué jusqu’en 1955. Au moins 5.000 ont été exécutés y compris Nikos Belogiannis, membre du Bureau politique du Parti communiste de Grèce, dont le procès est devenu très célèbre. La monarchie a été rétablie conjointement avec le régime réactionnaire, connu pour sa soumission à l’impérialisme anglo-états-unien, la répression qu’il a exercée contre la Gauche, sa mauvaise gestion économique et ses échecs politiques et culturels. Cette situation a atteint son apogée pendant les sept années tristement célèbres de la dictature des colonels, appuyée par les Etats-Unis.

La période de la Guerre civile et de la Résistance du Front national de libération (EAM) a été importante pour la formation du mouvement populaire. Le Parti communiste de Grèce et ses alliés n’ont jamais cessé de lutter pour la démocratie et le socialisme dans les conditions d’illégalité, soit avec le front de gauche de la Gauche démocratique unie (EDA) dans la lutte pour l’éducation et pour les droits des détenus/ues, sur la question de Chypre et de l’indépendance nationale, pour développer une culture populaire vivante et dynamique contrairement aux dogmes bourgeois stériles des années 1950 et 1960. Après la chute de la junte, cette lutte a continué contre les guerres impérialistes contre la Yougoslavie et l’Irak, contre les centres impérialistes que sont les Etats-Unis et l’Union européenne, pour défendre les droits et les acquis des travailleurs/euses. Aleka Papariga a résumé cet héritage dans son discours prononcé à Lykorakhi :

« Le terrorisme et la violence dirigés contre les communistes et les militants/antes de la Résistance sont les facteurs qui ont entraîné la naissance à l’Armée démocratique de Grèce (ADG), pas seulement en tant que forme de défense, mais aussi en tant que tentative héroïque d’appliquer les objectifs de la Résistance nationale.

Si les conditions matérielles soulèvent pour des communistes, pour des anti-capitalistes la question : ’Faut-il contre-attaquer ou se soumettre ?, il n’y a qu’une réponse : ’Il faut contre-attaquer !’ »

Aspects internationaux

Les dimensions internationales de la guerre civile grecque sont particulièrement importantes : l’implication des deux puissances impérialistes majeures, l’activité diplomatique de l’Union soviétique, les missions et résolutions de la toute jeune ONU, les conséquences de la rupture entre la Yougoslavie et le camp socialiste, le large mouvement de solidarité internationale avec l’armée démocratique de Grèce (ADG). A la lumière de tout cela, l’absence de référence à ce combat dans les medias internationaux est remarquable, en contraste évident avec la guerre civile espagnole. On a clairement tenté d’éliminer les points de vue qui vont à l’encontre de la « ligne » impérialiste communément admise. La télévision grecque qui normalement couvre (brièvement !) les activités du KKE et traduit ses rapports sur sa page anglaise, a omis de traduire le rapport en grec du meeting de Lykorakhi du 2 juillet. Un autre cas significatif était le documentaire britannique « La guerre cachée » (diffusé sur Channel 4 en 1986), qui montrait pour la première fois des interviews d’anciens partisans de l’ELAS et de l’ADG et était extrêmement critique à l’égard de l’intervention britannique en Grèce et de la « terreur blanche ». Suite au tollé de la classe dominante britannique, le documentaire a été banni de la télévision britannique et la carrière du producteur a été sérieusement mise en cause. Le fait que les puissances impérialistes, qui ont participé à la répression des forces progressistes en Grèce, tiennent encore le haut du pavé au niveau international est la cause principale de ce silence. Il est beaucoup plus facile de critiquer les gouvernements fascistes nazi et italien et leurs interventions en Espagne (tout en ignorant bien sûr les attitudes hypocrites des pays « démocratiques »).

Dans [la première partie], nous avons décrit le rôle de l’impérialisme britannique en Grèce pendant la période 1944-1947. Le gouvernement travailliste et son ministre des affaires étrangères Ernest Bevin ont été de plus en plus découragés par leur incapacité à écraser l’EAM et le KKE, à établir un régime stable pro-britannique sur base du retour de la monarchie. Les partis et politiciens grecs ont été mis en avant, rejetés puis revenus en grâce à un rythme quasi-mensuel. Il est devenu évident que la « menace communiste » ne pouvait être endiguée que par un investissement militaire et financier massif. L’empire britannique traversait une période cruciale, celle de son déclin. L’Inde était sur le point de gagner son indépendance, les intérêts britanniques en Chine s’effondraient face aux avancées de l’armée révolutionnaire et la Malaisie se révoltait ouvertement contre ses maîtres impérialistes. La Grande-Bretagne a annoncé que son retrait de Grèce aurait lieu le 31 mars 1947, après un hiver pendant lequel l’armée régulière grecque avait été régulièrement humiliée par l’ADG. La perspective de l’effondrement de l’Etat bourgeois grec était imminente.

La doctrine Truman

Cela a amené l’impérialisme américain à agir, afin d’empêcher « l’expansion communiste » en Méditerranée et de maintenir des satellites anti-communistes en Grèce et en Turquie pour menacer les flancs des pays socialistes d’Europe de l’Est et de l’Union soviétique. Le 12 mars 1947, le président Harry Truman a annoncé la « doctrine Truman », c’est-à-dire la promesse d’une intervention américaine en soutien à tout régime faisant face à une révolution socialiste. Cela a été bientôt suivi par un ensemble de mesures économiques ayant le même objectif, le plan Marshall, du nom du secrétaire d’Etat. Le premier avril 1941, les USA ont pris la « responsabilité » de la Grèce ; en définissant sa position, Truman a déclaré : « Le gouvernement grec n’est pas en position de gérer la situation. L’armée grecque est petite en nombre et pauvrement équipée… Le gouvernement britannique, qui a soutenu la Grèce jusqu’aujourd’hui, a déclaré qu’il se trouve dans l’impossibilité de fournir encore du soutien après le 31 mars… La situation est pressante, elle demande une action immédiate. » Le 22 mars, le Congrès américain a voté un budget de 400 millions de dollars d’aide à la Grèce et à la Turquie. Le 20 juin, les gouvernements américain et grec signaient officiellement un accord. Par l’article 8 de cet accord, le gouvernement américain a fait clairement savoir qu’à partir de ce moment il dicterait ce qui serait fait en Grèce.

Cette « aide » consistait en l’équipement et l’entraînement de l’armée grecque. 5.000 conseillers militaires américains sont arrivés en Grèce et, le 24 février 1948, le général Van Fleet a été envoyé des Etats-Unis pour devenir le commandant en chef de facto de l’armée grecque (à l’aéroport, le premier ministre l’a reçu en disant : « Bienvenue chez vous, général… Voici votre armée ! »). On estime que le gouvernement américain a dépensé près de 50.000 dollars pour chaque partisan de l’ADG, par la fourniture de tanks, d’artillerie, d’avions et toutes sortes d’explosifs, y compris du napalm qui a fait ses « débuts » dans les montagnes de Granmos. Les activités américaines ne se limitaient pas à la sphère militaire. La mission d’aide américaine en Grèce a été mise sur pied sous la direction de Dwight Griswold (dans le cadre du plan Marshall), qui, via la gestion des investissements publics et privés américains en Grèce, exerçait un contrôle étroit sur les affaires intérieures grecques (Griswold a même suspendu temporairement l’aide à la Grèce dans le but de forcer un gouvernement de coalition entre les libéraux et le parti populaire). Le gouvernement grec s’est empressé d’exempter les compagnies américaines des taxes imposées à toutes les compagnies étrangères. Les buts stratégiques américains étaient clairement esquissés dans le Herald Tribune du 27 mars 1947 : « Nous n’avons pas choisi la Grèce et la Turquie parce qu’elles sont de brillants exemples de démocratie et de droits de l’homme mais parce qu’elles constituent des points d’entrée stratégiques à la Mer noire et au cœur de l’Union soviétique. » Le caractère impitoyable de l’impérialisme américain est illustré par le meurtre du journaliste américain de gauche George Polk le 16 mai 1948 à Thessalonique, par les services secrets grec et américain. Polk s’était montré critique à l’égard du régime soutenu par les Etats-Unis et ses manquements aux droits de l’homme. Par un investissement massif, l’impérialisme américain est parvenu à vaincre militairement le mouvement populaire et à mettre en place un régime dévoué à ses objectifs stratégiques.

L’agressivité américaine a été renforcée par la position encore faible du camp socialiste. L’Union soviétique avait été ravagée par la guerre ; elle avait perdu 20 millions de ses citoyens afin de vaincre l’Allemagne nazie et une grande partie de ses régions les plus industrialisées et développées avaient été détruites. Elle faisait face à une tâche de reconstruction énorme. Les nouvelles démocraties populaires en Europe de l’Est avaient été fortement endommagées par la guerre. Elles faisaient face à des Etats-Unis, renforcés industriellement et militairement, confortés par la fondation de l’Otan, alors que, dans la majorité d’entre-elles, la question du pouvoir n’avait pas été résolue lorsque la guerre civile grecque a éclaté. Au même moment, les puissances impérialistes et le régime grec ne cachaient pas leur hostilité envers les démocraties populaires des pays balkaniques. Leurs efforts en vue d’utiliser la guerre civile comme prétexte pour lancer une attaque directe contre ces pays ont échoué. Au contraire, on peut arguer que le combat héroïque mené par l’ADG a fait sérieusement obstacle à leurs plans contre les Etats socialistes naissants dans les Balkans ; le combat de l’ADG constituait une contribution internationaliste à la consolidation du pouvoir socialiste dans ces pays.

Faiblesse de l’URSS et soutien soviétique

En 1945, les bombes atomiques ont été lancées sur Nagasaki et Hiroshima, un message clair à l’URSS. On sait depuis que, pendant cette période, des dizaines de plans de frappes atomiques préventives sur l’URSS ont été formulés à Washington. Il est donc clair que, d’une part, les conditions n’étaient pas réunies pour que les pays socialistes puissent intervenir militairement, mais aussi que les possibilités d’offrir une assistance matérielle quelconque étaient limitées. Cela s’est exacerbé après la rupture entre la Yougoslavie et le camp socialiste. La Yougoslavie, tout en établissant des relations économiques avec les puissances occidentales, a fermé ses frontières aux partisans de l’ADG, a refusé de permettre aux combattants blessés, soignés en Yougoslavie, de rentrer en Grèce et a cessé tout soutien matériel.

L’URSS a pourtant offert un appui diplomatique considérable : au sommet des ministres des affaires étrangères des « grandes puissances » en septembre 1945, elle a soumis une motion de protestation relative à la situation en Grèce. En janvier 1946, à la réunion du conseil de sécurité de l’ONU, elle a soumis une résolution condamnant l’intervention de forces militaires étrangères en Grèce, la terreur fasciste et a appelé à un retrait inconditionnel des troupes britanniques de Grèce. Grâce aux protestations soviétiques et à ses démarches à l’ONU et dans d’autres institutions internationales en 1947-48, des centaines de prisonniers politiques condamnés à la peine de mort ont échappé à l’exécution. En juin 1949, l’URSS proposé à l’ONU une solution pacifique au conflit ; elle appelait à un cessez-le-feu, à une amnistie générale, à des élections parlementaires libres et à la fin de l’aide militaire au gouvernement grec. Ces efforts allaient de pair avec les nombreux appels des forces démocratiques grecques qui incluaient l’appel de l’EAM à l’ONU contre la terreur. Le fait qu’aucune de ces initiatives n’a porté ses fruits était dû à l’intransigeance des puissances impérialistes, ce qui ne devrait laisser aucun doute sur qui devrait porter la responsabilité des conséquences désastreuses et des victimes de la guerre civile.

Les comités de solidarité

En plus de cela, des comités de solidarité ont été fondés dans tous les pays socialistes. Ils faisaient partie d’un mouvement de solidarité internationale massif, qui a développé une base particulièrement forte en Grande-Bretagne et en France.

En 1943, le Comité pour l’Unité grecque (CUG) a été fondé par des progressistes grecs et britanniques dans le but d’informer le peuple britannique des activités de l’EAM/ELAS. Le CUG a coopéré avec la Fédération des syndicats de marins grecs (FSMG) qui avait été fondée la même année à Cardiff et avait développé un travail politique parmi les marins grecs sur le mouvement de libération national. Elle entretenait des liens étroits avec l’AKEL et le Parti communiste de Grande-Bretagne et a publié un hebdomadaire « La Grèce libre » et plusieurs brochures sur la situation en Grèce.

En 1944-45, le CUG a intensifié ses activités en réponse à la répression de l’EAM, parrainée par les Britanniques. En plus de sa coopération avec le PCGB, il a développé des liens avec certains parlementaires de la gauche du parti travailliste, poussant à un changement de la politique britannique, au soutien aux militants persécutés de l’EAM, aux communistes et autres personnalités de gauche. Après la victoire électorale du parti travailliste en 1945, on se rendit compte de la nécessité d’établir un groupe de pression officiel et permanent. Et ainsi naquit la Ligue pour la Démocratie en Grèce, le 7 novembre. Son premier président était Compton Mackenzie, un parlementaire travailliste. Dans son premier communiqué de presse, il a déclaré que ses objectifs étaient une Grèce démocratique, sur base d’une amnistie générale, des élections libres et des sanctions appropriées pour les collaborateurs nazis. De plus, la Ligue revendiquait une aide matérielle pour les démocrates emprisonnés et leurs familles.

La Ligue a mené de nombreuses campagnes pour la défense des prisonniers politiques et en soutien aux forces démocratiques en Grèce. En 1946, trois parlementaires travaillistes ont visité la Grèce et ont écrit un récit choquant sur les conditions en vigueur là-bas, sur la « terreur blanche » et l’implication des troupes britanniques, intitulé « Tragédie en Grèce ». Après la guerre civile, la Ligue a poursuivi son travail de défense des militants emprisonnés (en particulier les condamnés à mort) et pour l’abolition des camps de concentrations tels que Makronissos. Cette activité s’est poursuivie continuellement, y compris pendant la période de la Junte (1967-1974).

En France, le Conseil National de la Résistance (CNR) et le Parti communiste français ont lancé, en janvier 1946, une campagne de solidarité avec le mouvement populaire en Grèce. Les députés communistes ont condamné la terreur et promis leur soutien actif aux démocrates grecs ce même mois. Le PCF a agi en concertation avec de nombreux Grecs vivant en France alors (y compris beaucoup d’exilés politiques de gauche). On y retrouvait des membres du KKE et de l’EAM vivant en France : Memos Makris, Dimitris Fotopoulos, Elli Alexiou, Marianna Veaki notamment. Ces activités présentaient trois pôles.

 Etablir un bureau de presse permanent pour informer le peuple français sur la situation en Grèce (Hellas press)
 Mettre sur pied un comité de solidarité français (Comité Français d’aide à la Grèce démocratique)
 Envoyer des missions d’intellectuels, d’artistes et de journalistes français en Grèce afin de s’informer de la situation et, à leur retour, d’écrire des articles, de donner des conférences, etc.

Le PCF a supporté financièrement ces projets de façon officielle. De nombreuses personnalités françaises ont participé au Comité, notamment Jacques Duclos, Frédéric Joliot-Curie, Paul Eluard, Louis Aragon, Elsa Triolet, Picasso, Henri Bassis, Le Corbusier, Yves Farges et beaucoup d’autres. Le groupement d’intellectuels autour de la revue Les Temps Modernes, dont Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, a également joué un rôle très actif. Le Comité a reçu également un soutien massif de la part de la CGT. Son président Léon Jouhaux a visité la Grèce en septembre 1946 pour soutenir le 8ème congrès de la Confédération générale grecque des travailleurs et son président communiste Mitsos Paparigas, qui était attaqué par le régime. La CGT a rassemblé un million de francs pour son fonds de solidarité. Au début de 1948, le Comité avait déjà rassemblé deux millions de francs français !

La Conférence internationale pour l’aide à la Grèce démocratique s’est tenue à Paris en avril 1948, avec des délégués de 23 pays. L’Etat bourgeois français a tenté d’étouffer l’évènement en refusant d’accorder des visas aux représentants d’Europe de l’Est. Les USA ont interdit au candidat à la présidence Henry Wallace de participer à cette conférence. En dépit de cela, la Conférence internationale a eu un impact massif. Un Comité international a été fondé ; un appel à la Croix-Rouge pour une aide humanitaire immédiate, un manifeste de soutien à la lutte du peuple grec et une condamnation de l’intervention américaine ont été adoptés.

La solidarité de la gauche française ne s’est pas terminée avec la Guerre civile. L’Humanité et Les Temps Modernes ont publié des articles importants condamnant les camps de concentration. Ils ont été rejoints par des magazines tels que Esprit et des journaux comme Libération et Le Figaro.

Le poète Paul Eluard a visité la Grèce pour la première fois en mai 1946. Il a dénoncé l’intervention impérialiste britannique, lors d’une manifestation de masse au théâtre Attiki, en déclarant : « Le peuple grec nous montre qu’aucune cause n’est perdue lorsque cette cause est la défense de la Liberté ». Il a visité de nouveau la Grèce trois ans plus tard, voyageant dans les fiefs de l’Armée démocratique de Grèce dans les montagnes de Vitsi-Grammos. Son message qui a été récité dans les mégaphones pour les conscrits de l’armée nationale, représente tout l’esprit du mouvement de solidarité internationale. « Enfants de Grèce, paysans, ouvriers, intellectuels, j’en appelle à vous qui faites partie de l’armée d’un gouvernement qui ne vous représente pas. Une guerre fratricide comme la votre est plus terrible que n’importe quelle autre guerre ; elle bénéficie uniquement à ceux qui vous ont menés ici. Vous qui vous trouvez dans le camp des prisons et des tortionnaires, je vous presse de penser à tous ces innocents qui, chaque jour, payent votre avenir de leur sang. Je vous implore ; pensez à l’enfer de Makronissos et des prisons où des dizaines de milliers de patriotes, sûrs de leur victoire, attendent quotidiennement la torture et la mort. » Quelques réflexions

La camarade Aleka Papariga dans son discours lors du mémorial a fait référence aux questions qui se posent à propos de la décision du KKE de commémorer le 60ème anniversaire de la formation de l’Armée démocratique de Grèce (ADG) :

« Pourquoi remuons-nous les souvenirs, pourquoi amenons-nous de nouveau cette lutte particulière dans le discours public, une lutte que certains ont baptisée une ’guerre de bandits’ et que d’autres jugent être une guerre civile impitoyable des deux côtés ? »

Il s’agit d’abord, bien sûr, d’honorer les militants qui ont combattu dans les rangs de l’ADG : ceux qui ont été tués, emprisonnés, torturés et exilés durant la guerre civile et les années qui ont suivi. Cela afin de souligner les sacrifices que ces hommes et femmes ordinaires ont accomplis dans la lutte pour la démocratie, l’indépendance nationale et le socialisme.

Il s’agit ensuite de se souvenir de l’intervention impérialiste anglo-américaine, de leurs gouvernements fantoches, des îles-prisons telles que Makronissos, de la violence et de l’intransigeance de la classe dominante. Cela en soi est déjà suffisant, mais il en découle bien sûr différentes questions qui sont d’une importance cruciale dans le monde d’aujourd’hui.

C’est une occasion de contrer la réécriture de l’histoire, les calomnies et les mensonges qui ont caractérisé le discours majoritaire sur cette lutte (c’est-à-dire celui de la classe dominante) depuis 60 ans. Le langage de la droite est instructif. L’ADG était considérée entre autres comme « étant dirigée par l’étranger », comme une armée « bulgare », une armée de « bandits ». Cette attaque idéologique patente allait de pair avec une historiographie d’opportunistes et de sociaux-démocrates qui s’étendait, en les déformant, sur les erreurs réelles et imaginaires de l’ADG et du KKE, et qui minimisait l’importance de l’intervention impérialiste en Grèce et le niveau de violence dirigée contre le mouvement populaire. Cette approche cherche à désorienter les progressistes et à les empêcher d’essayer de rechercher un changement radical. Face à tout cela, il est urgent de réaffirmer que la lutte de l’ADG était la continuation de la lutte démocratique anti-impérialiste de l’EAM contre l’occupation fasciste, cette fois contre l’impérialisme anglo-américain et leurs collaborateurs domestiques, urgent aussi d’expliquer au peuple les véritables raisons de la guerre civile ; en particulier à la lumière de l’anti-communisme renouvelé, dont un exemple a été la motion récente passée par le Conseil de l’Europe.

L’étude des expériences et des leçons de la Guerre civile grecque - période de la lutte de classe la plus intense jusqu’à présent dans l’histoire grecque - est inestimable pour le mouvement populaire d’aujourd’hui. Les erreurs commises peuvent être convenablement analysées dans leur plein contexte historique, la vraie nature de la réaction intérieure et de l’impérialisme, les formes nécessaires de la lutte, le développement des institutions du pouvoir populaire dans les zones libérées, le travail idéologique réalisé parmi les rangs des combattants, etc.

Après les contre-révolutions en URSS et dans les pays socialistes d’Europe de l’Est, l’impérialisme est entré dans une phase nouvelle, plus agressive. Les compromis anciens ont été abandonnés, libérés de l’influence contraignante du bloc socialiste. Cela a signifié de nouvelles guerres coloniales et des attaques féroces contre les droits sociaux et démocratiques de la classe ouvrière partout dans le monde. Les peuples résistent bien sûr, que ce soit en combattant contre l’occupation au Liban, en Palestine et en Irak, en conservant des gouvernements démocratiques et anti-impérialistes comme au Venezuela ou en poursuivant leur développement socialiste comme à Cuba, ou encore par les luttes de la classe ouvrière partout dans le monde contre les restructurations. Les puissances impérialistes utilisent toutes les approches - diplomatique et militaire - nécessaires pour écraser la résistance – sans succès jusqu’ici.

Cela s’accompagne d’une bataille idéologique pour criminaliser ceux qui résistent, en les accusant de « terrorisme », et pour décourager les autres de suivre le chemin du combat. Allant même au-delà, ils parlent maintenant de la « nécessité de combattre les idées et organisations extrémistes ». Les mouvements populaires et ouvriers, les mouvements et les luttes de libération nationale sont diffamés et on invoque un « humanisme » pharisien afin de présenter leurs combattants armés comme des terroristes et des assassins patentés. Et cela alors que le terrorisme d’Etat des Etats capitalistes s’accentue tant contre leur propre classe ouvrière que contre d’autres peuples et pays, en utilisant tous les moyens, politiques, diplomatiques et militaires, menant la violence d’Etat impérialiste à des niveaux sans précédent et la dotant de nouvelles caractéristiques de classe.

La propagande bourgeoise prend constamment et de façon consistante pour cible la lutte de classe, indépendamment des formes qu’elle peut adopter, la déclarant obsolète et nuisible aux intérêts du peuple. Ce faisant, elle tente de calomnier les idées les plus hautes et nobles que l’humanité ait connues, c’est-à-dire les idées et les objectifs communistes.

On notera que, dans le même temps, abondent les arguments soutenant la « réconciliation de classe », le « dialogue social » entre les soi-disant « partenaires sociaux ». La collaboration de classe est présentée comme le moyen de faire face aux « défis modernes », comme le chemin menant au progrès social.

Un argument courant de la bourgeoisie est d’affirmer que le droit de la classe ouvrière et de ses alliés d’utiliser la violence est extrémiste. Elle dissimule le fait que la violence du mouvement populaire est utilisée défensivement contre la violence de la classe dominante, tandis qu’en même temps elle continue à masquer la violence de l’Etat bourgeois, de ses institutions et de sa machinerie. De même pour la violence à plusieurs facettes que les capitalistes exercent sur les travailleurs sur les lieux de travail. Quand des armées impérialistes occupent des pays ou envoient des escadrons de police pour réprimer les piquets de grève, comment devrait répondre le mouvement populaire ? La bourgeoisie cherche à empêcher le peuple de se poser la question de base à propos du pouvoir que Bertolt Brecht a exprimée de façon concise : « A qui appartient demain – à qui appartient le monde ? »

Sous cet aspect, les points de vue réformistes et opportunistes convergent vers l’idéologie impérialiste, chose qui est également présente dans les discussions sur la « non-violence ». Certaines forces, en particulier autour du « parti de la gauche européenne », sont non seulement arrivées à la conclusion que la lutte armée était devenue obsolète, mais remettent même en cause la légitimité de cette forme de lutte. Outre qu’elles excluent l’usage de la force dans la lutte de classe à l’intérieur du pays, elles critiquent ouvertement les peuples qui résistent aux attaques militaires impérialistes. Dans le contexte de l’agressivité renforcée de l’impérialisme aujourd’hui, appeler les mouvements à s’abstenir d’utiliser toutes les formes possibles de lutte constitue en fait un compromis avec l’impérialisme : une caractéristique de base de l’opportunisme. C’est également évident au vu de la position prise par ces forces concernant le déploiement de troupes en Afghanistan, la participation de leurs pays à la nouvelle force d’occupation de l’Onu qui sera déployée au Liban, etc.

Un argument semblable considère « la lutte armée comme un dernier recours ». Cela semble être raisonnable à première vue, mais tant l’expérience que la réalité réfutent cette thèse. Les partisans de cette proposition tendent d’une manière non dialectique à opposer le travail pacifique de masse à l’activité armée de groupes élitistes de partisans, en affirmant la supériorité morale de la non-violence. En présentant la question comme une question morale, il en découle que, s’il est possible d’organiser une manifestation avec succès, c’est alors une erreur d’effectuer également des actions armées. En fait, en période de luttes de classe intenses, toutes les formes de lutte peuvent être utilisées, de la grève à la guérilla. Les expériences des mouvements de résistance en Europe pendant la Seconde guerre mondiale illustrent cela, y compris la Guerre civile grecque. Dans ces situations, il est dangereux de tergiverser (un danger implicite de ce slogan). Le mouvement populaire n’a pas d’autre option que d’agir d’une manière décidée pour contrer la violence de la classe dominante afin d’amener une conclusion favorable.

Cette thèse alimente l’illusion quant à la possibilité que la classe bourgeoise, que ce soit dans son propre pays ou dans le cadre de l’occupation d’une autre nation, remettra allégrement le pouvoir au mouvement populaire. Il ne peut y avoir un « partage » du pouvoir, ni de « troisième » voie ou de chemin « intermédiaire » en faveur des intérêts du peuple. Du moins telle n’a pas été l’expérience des mouvements communiste et de libération nationale au XXe siècle. Certaines des conclusions de base qu’a tirées le KKE lorsqu’il a évalué d’une façon critique ses activités de 1944 à 1947 sont centrées précisément sur ces points. L’histoire de notre mouvement est jonchée d’avertissements salutaires, ainsi que de fausses espérances qui ont rapidement abouti à la désillusion, à la capitulation et à l’assimilation comme ce fut le cas des diverses tendances de centre-gauche.

En nous souvenant aujourd’hui de la lutte de l’Armée démocratique de Grèce, nous affirmons le droit des peuples de résister à l’impérialisme et de décider de leur propre avenir. La résistance héroïque du peuple libanais à l’invasion israélienne soutenue par les USA et le grand mouvement de solidarité qui s’en est suivi, ainsi que le rôle des communistes au sein de celui-ci, montre que la résistance au prétendu « Nouvel Ordre mondial » est à la fois possible et nécessaire.

Néanmoins, aussi longtemps qu’un mouvement communiste distinct n’émerge pas suffisamment fort et capable de conduire une contre-attaque stratégique, les mouvements populaires, les forces progressistes radicales qui émergent seront plus vulnérables à la confusion et à la manipulation.

Les évolutions récentes ont contredit ceux qui proclamaient la « fin de l’histoire » et « l’inévitable défaite » du marxisme-léninisme et des partis communistes. Au contraire, les faits eux-mêmes mettent en lumière le rôle indispensable des partis communistes et du socialisme comme seule alternative à la barbarie capitaliste.



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