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Parfum de cachot autour des élections du 21 décembre en Catalogne
de : Stéphane Ortega
lundi 6 novembre 2017 - 18h35 - Signaler aux modérateurs
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Opposé à tout processus d’autodétermination de la Catalogne, comme à toute autonomie élargie, le Premier ministre espagnol utilise toute la puissance de l’État pour réduire à néant les velléités d’indépendance. Les élections du 21 décembre sur fond d’incarcération de dirigeants catalans ne devraient rien y changer.

Belote, rebelote, et dix de der. Le gouvernement espagnol a repris la main et impose ses règles aux indépendantistes catalans. Un temps dépassé par la puissance de l’élan pour un référendum décidant de l’avenir de la Catalogne, Mariano Rajoy a joué une drôle de guerre d’usure avec les responsables politiques catalans tout au long du mois d’octobre. À l’instant où ces derniers ont franchi la ligne rouge de la déclaration d’indépendance, l’État espagnol a déroulé toute la panoplie de sa contre-offensive.

Sitôt la déclaration unilatérale d’indépendance (DUI) prononcée le vendredi 27 octobre, le top départ des contre-mesures a été donné. Dans l’heure, le Sénat autorisait le gouvernement à recourir à l’article 155 de la Constitution pour suspendre l’autonomie de la région catalane. Une première depuis la fin de la dictature au nationalisme espagnol exacerbé de Francisco Franco. Sans attendre, le Premier ministre destitue le président, le vice-président et les membres du gouvernement catalan, le soir même. Le directeur des Mossos d’Esquadra — la police régionale — subit le même sort. Les représentations catalanes dans le monde sont fermées. Mariano Rajoy dissout le parlement et convoque des élections le 21 décembre. La numéro deux du gouvernement espagnol, Soraya Saenz de Santamaria, est nommée à la tête de la Catalogne. C’est le premier acte de ce qui ressemble à une punition.

Le deuxième acte est judiciaire et s’est joué en quelques jours seulement. Lundi 30 octobre, le procureur général de l’État espagnol requiert des poursuites contre les membres destitués de la Generalitat. Le lendemain, la Cour constitutionnelle donne un avis favorable au recours du gouvernement madrilène déposé afin d’annuler la décision du parlement catalan. L’indépendance est officiellement illégale au regard du droit espagnol. Le même jour, la juge de l’Audience nationale Carmen Lamela convoque Carles Puigdemont (ex-président), Oriol Junqueras (ex-vice-président), Carme Forcadell (ex-présidente du parlement) et les membres du gouvernement catalan à Madrid. Ils sont accusés de rébellion, sédition et malversation et risquent jusqu’à 30 ans de prison. Huit membres de l’exécutif catalan, dont Oriol Junqueras, sont incarcérés jeudi 2 novembre. Cinq autres, avec Carme Forcadell, ont obtenu un report et sont convoqués de nouveau le 9 novembre à Madrid. De son côté, Carles Puigdemont, sous le coup d’un mandat d’arrêt européen, s’est retranché en Belgique avec 4 ministres de son gouvernement.

Élections du 21 décembre : piège à cons ?

Un parfum de défaite politique pour ces élections. Les représentants indépendantistes, destitués par Madrid, sont sommés de concourir à un scrutin convoqué par le gouvernement espagnol duquel ils se sont déclarés indépendants le 27 octobre. Pour ajouter à l’humiliation, ils doivent mener campagne pendant que plusieurs de leurs responsables politiques de premier plan sont incarcérés ou menacés de l’être. Finalement, une victoire des indépendantistes les conduirait à réoccuper leurs postes à la tête d’une région d’Espagne.

Pour autant, rien ne permet d’imaginer qu’une nouvelle tentative d’engager la déconnexion avec Madrid ne se heurterait pas au refus de négocier du gouvernement espagnol et à l’utilisation de nouveau de la Constitution de 1978. À moins de parier sur la fragilisation de Mariano Rajoy, de la chute de son gouvernement et de l’arrivée d’une nouvelle majorité plus conciliante. Mais ce scénario est plus qu’improbable au vu du consensus politique qui a prévalu au déclenchement de l’article 155 de la Constitution. Son vote au Sénat a en effet été validé par le Parti populaire (PP), Ciudadanos et le Parti socialiste (PSOE).

En attendant les dates limites de dépôt et de validation des listes électorales pour le scrutin du 21 décembre, les négociations et tractations politiques vont bon train en Catalogne. La politique politicienne retrouve tous ses droits. Côté indépendantiste, les discussions pour faire liste commune ont peu de chance d’aboutir. Carles Puigdemont a bien annoncé son intention de se présenter, mais sa formation (PDCat – centre droit) est en recul dans les sondages par rapport à 2015, dépassant juste les 10 %. À l’inverse, l’Esquera Republicana catalana (ERC), l’autre force indépendantiste historique, progresse nettement. Elle est tentée de se présenter sous ses couleurs. Elle conditionne sa participation à une liste commune avec PDCat à un front commun englobant au moins la CUP, malgré son recul dans les sondages (-2 %). Le camp favorable à l’unité espagnole (PP, Ciudadanos, PSC) présentera des listes en ordre dispersé, mais fera bloc après le 21 décembre dans le nouveau parlement catalan. Entre les deux, la gauche radicale se déchire, à l’image des relations entre Podemos et sa branche catalane Podem, sur la position à tenir vis-à-vis d’un bloc anti-155 commun avec les indépendantistes.

Silences européens

Le caractère totalement inédit de l’incarcération de huit membres du gouvernement catalan élus en 2015 n’a provoqué que de rares réactions en Europe. Les chancelleries des pays de l’UE sont étonnamment silencieuses. Pour la France, le dernier communiqué du ministère des Affaires étrangères date du 27 octobre. Il confirme la position de la France depuis le début de la crise : « La France souhaite que l’Espagne soit forte et unie ». La diplomatie française « ne reconnaît pas la déclaration d’indépendance que le parlement catalan vient d’adopter » et affirme que « la constitution doit être respectée ». Depuis le néant. Même silence des autres dirigeants des pays membres de l’Union européenne. Les protestations sont restées marginales. À l’exception de la Première ministre de l’Écosse, de députés nationalistes belges ou corses et du député européen José Bové (lui-même incarcéré au début des années 2000), peu de voix se sont exprimées sur le sujet.

Dans les médias, le traitement est sensiblement du même acabit. Le jour où les ministres catalans ont été placés en détention, le journal de TFI n’y a consacré que quelques secondes. Même non-événement pour les leaders des grandes formations politiques françaises. Aucun commentaire. Du côté de la société civile, les associations ou les forces sociales font le service minimum. La Ligue des droits de l’Homme a produit un communiqué tenant en cinq lignes pour exprimer son inquiétude. Mais pas de condamnation de l’État espagnol. Enfin, silence radio du côté des trois grandes confédérations syndicales françaises.

La rue va reprendre la parole

Le soir du placement en détention des ministres catalans, 20 000 personnes ont manifesté à Barcelone, et plusieurs milliers d’autres dans nombre de localités catalanes, pour exiger « la libération des prisonniers politiques ». Ces demandes de libération concernant également Jordi Sanchez et Jordi Cuixart. Les deux responsables des associations catalanes (Omnion et ANC) sont en prison depuis le 16 octobre en attendant leur procès pour sédition. Le samedi 4 novembre, les accès à Barcelone ont été coupés. Même chose à La Jonquera où des tracteurs ont perturbé la circulation.

Parallèlement, le syndicat indépendantiste inter-CSC a appelé à une grève générale le 8 novembre, appuyée par la CUP. Si les motivations du préavis sont d’ordre social afin d’éviter que la grève soit déclarée illégale par les autorités catalanes contrôlées par Madrid, la revendication porte sur la répression. Cette grève sera un test dans la mobilisation du camp indépendantiste avant la manifestation du week-end à venir à Barcelone que les partisans de l’indépendance espèrent massive. Cependant, s’ils ne parviennent ni à faire baisser les velléités répressives de Madrid ni à obtenir des avancées politiques par la voie électorale, la tentation d’emprunter d’autres chemins, plus radicaux, risque de grandir.

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