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Se rebeller est juste, désobéir est un devoir, agir est nécessaire ! |
Siné : Val fan culo !
dimanche 27 juillet 2008 (23h21) 11 commentaires par Renaud Chenu « Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »
Et ?
Plus sérieusement, attachons nous à démêler ce sac de noeuds pour chercher à comprendre ce que révèle l’Affaire Siné. Du point de vue de Charlie Hebdo en général et de son directeur de publication en particulier. La première chose et certainement la plus anecdotique est une histoire d’hommes, de deux hommes, qui ne peuvent pas se piffer. L’un considérant que le premier est un vieux con gauchiste et le second estimant que le premier est un arriviste droitier. Les deux s’envoyant des élégances à la gueule d’une semaine à l’autre dans les pages de Charlie Hebdo, en particulier sur la politique de l’Etat d’Israël. Le lecteur appréciait. Des positions opposées dans les mêmes colonnes... on était bien dans un journal ouvert où soufflait un vent de démocratie. Vrai ? Ceux qui connaissent l’ambiance dans les locaux de la rue Turbigo se marrent en lisant ça. On se fait chier à Charlie. Pour y avoir traîné un peu à l’occasion de recherches universitaires, la seule fois où j’ai entendu rire toutes les personnes présentes, c’était à l’occasion du nouvel an Chinois fêté à Paris. En voyant une troupe de Dragons dans la rue de Turbigo, une petite fille s’est mise à pleurer et hurler. Un journaliste présent se fendit d’une répartie salace « Pourtant, Val n’est pas là », en référence à l’affaire de pédophilie qui a mené Font, l’ancien compagnon de scène de Val, en prison. Le patron n’était pas là, les salariés se lâchent, ça détend... Charlie est une boîte comme les autres. Avec ses tensions, ses clans, ses jalousies, le chef, sa cour, ceux qui résistent et les balances. Nous étions deux, on compilait des infos pour notre mémoire de maîtrise avec un pote. On avait 21 ans, on croyait en Charlie Hebdo, pour nous ce canard était un mythe. On a halluciné, on a découvert l’envers du décor fade, chiant, puant. A Charlie on ne se marre pas. L’ambiance y est juste une ambiance de merde. Au 44, rue de Turbigo, on est chez Val. C’est son journal, sa propriété, sa chose. Pourquoi pas, personne n’est obligé d’acheter ce canard. Sauf que... De la même manière que Bonaparte s’est appuyé sur les acquis de la révolution pour mieux la travestir en salope impériale, Philippe Val s’est appuyé sur un titre glorieux, une histoire magnifique, pour en faire un brouet et détourner l’histoire à son avantage. Après avoir claqué la porte de La Grosse Bertha1, Val, Cabu, Cavanna, Wolinsky, Siné et d’autres se retrouvent dans un bar et décident de fonder un nouveau canard. Cavanna prend la parole pour dire que le titre Charlie Hebdo est libre. Ainsi est décidé de relancer le titre disparu dix ans plus tôt. Mignon, non ? Ca ressemble à un conte de fée, où tout se termine bien à la fin... Il était une fois, gna gna gna, et ils vécurent heureux. A y regarder de plus près, l’histoire est moins rose. Dans son histoire de Charlie Hebdo, Stéphane Mazurier2 commence en fanfare en allumant Val sur son curieux rapport à l’histoire du journal, illustré dans le seizième numéros hors-série de Charlie Hebdo, publié au mois d’avril 2002 et intitulé : Dix ans de Bonheur. Philippe Val ne revient que très anecdotiquement sur le « premier » Charlie Hebdo et se contente d’une réflexion sur « le sien ». « Octobre 1960 : Cavanna crée le premier mensuel Hara Kiri. Février 1969, Cavanna lance L’Hebdo Hara Kiri. Novembre 1970, De Gaulle meurt. L’Hebdo Hara Kiri titre « Bal tragique à Colombey : 1 mort ». Le journal est interdit par le ministre de l’intérieur, Raymond Marcellin. La semaine suivante, Cavanna lance Charlie Hebdo. Décembre 1981 : fin provisoire de Charlie Hebdo... Juillet 1992 : après dix ans d’absence, Charlie Hebdo reparaît ». L’historien nous signale que cet historique est truffé d’erreurs. Approximations causées par un manque d’appétence à vérifier ses informations ou légèreté traduisant une volonté d’en finir vite avec « l’ancien », pour se concentrer sur « le nouveau », « le sien » ? Le premier numéro du mensuel Hara Kiri est daté de septembre 1960 et non d’octobre, c’est Hara Kiri Hebdo qui est fondé en février 1969 (il devient l’Hebdo Hara Kiri en mai 1969) et l’ultime Charlie Hebdo (sans mention de dépôt légal) paraît en janvier 1982. Par ailleurs, l’idée de la fin provisoire relève de la téléologie : rien ne pouvait laisser alors imaginer que le titre renaîtrait de ses cendres. Par ailleurs Cavanna est présenté comme le seul fondateur des trois titre. Hara Kiri, l’Hebdo Hara Kiri, et Charlie Hebdo. Quid du professeur Choron, gommé de la carte postale, rayé de l’histoire officielle, jeté aux oubliettes. Cet historique s’appuie sur des décisions de justice, qui interviendront à posteriori. Le 30 janvier 1993, la troisième chambre du tribunal de grande instance de Paris reconnaît la paternité du titre à Cavanna. Depuis lors, celui-ci apparaît dans l’ours du journal en qualité de « fondateur ». Plus près de nous, en mars 2002, François Cavanna a récupéré le titre Hara Kiri, journal bête et méchant, qui figure dépuis en dernière page de Charlie Hebdo. En 2002, 42 ans d’histoire semblent donc en voie d’achèvement... Tout rentre dans l’ordre, le fondateur est reconnu comme tel par la justice. Mais il s’agit d’une reconstruction historique, orchestrée par le rédacteur en chef (c’est à l’époque Gébé qui est directeur de publication, il le reste jusqu’à sa mort le 5 avril 2004). La continuité entre les deux journaux est plus que contestable. En outre, les anciens collaborateurs du journal n’ont pas tous souhaité travailler pour la nouvelle version de 1992. Ainsi Arthur3, dans une fausse nécrologie de Val publiée dans le magazine en ligne Zoo d’octobre 1999 donne une explication de son départ de La Grosse Bertha en 1991 (dont le rédacteur en chef était Val) : « Philippe Val était une synthèse de Voltaire, Montaigne et Bernanos réunis. Chaque semaine, ses lecteurs éblouis découvraient la différence entre le bien et le mal, la gauche et la droite, fromage ou dessert, fumeur ou non fumeur et Lagarde ou Michard. Mais aucun de ses subordonnés n’oubliera l’ambiance décontractée au Vittel-Fraise qui régnait dans les réunions de rédaction où l’abbé Val marmottait ses patenôtres en attendant qu’une bonne âme lui suggère les idées qui lui venaient si péniblement à l’esprit. » Ou encore Delfeil de Ton, cité par Stéphane Mazurier : « Ils réécrivent l’histoire, ceux de maintenant... ils la réécrivent si bien qu’il y a eu des des interviews, des pages dans les journaux où j’étais gommé de l’histoire de Charlie Hebdo ! C’est te dire à quel point ils la réécrivent... Et Bernier, ils te le gommeraient... » Réglement de compte ? Certainement, mais qui révèle une pratique systématique à Charlie hebdo. Il y a l’histoire, celle qui cherche à être objective, écrite par les historiens du journal, dont je fais modestement partie et l’histoire officielle, rédigée par les gardiens du temple, sous l’autorité de « l’abbé Val ». Dix ans de Bonheur fait l’impasse sur Georges Bernier, alias le Professeur Choron, sans qui pourtant Cavanna n’aurait « rien pu faire » selon ses propres termes4 C’est Richard Malka qui se charge de lui régler son compte dans Dix ans de bonheur. La société éditrice de Georges Bernier « Stars, Spectacles et Créations », est présentée comme « obscure », ses membres comme « voleurs de titre » qui l’auraient « déposé en douce à l’INPI ». Il n’est même pas désigné nominativement ! Un assassinat en règle. À la mort de Georges Bernier, le 10 janvier 2005 à Paris, Charlie hebdo ne célébrera pas celui qui fut son âme, son inspirateur (la couverture Bal tragique à Colombey : 1e mort, c’était lui) avec Cavanna, l’artisan de sa pérennité économique jusqu’en janvier 1982 (financement, diffusion etc.). Un petit entrefilet de Cavanna, presque gêné. Un numéro pénible à lire pour qui a aimé l’ancien Charlie Hebdo. Ce rapport à l’histoire a un nom. Gommage de personnages clefs de l’histoire, réécriture des événements, mise en place d’une vérité officielle assez éloignée des faits... de là à penser que Val a fait l’école de Moscou... Ce que révèle l’Affaire Siné de profondément dégueulasse. Mais revenons à l’Affaire, à cette « ordure » d’ « antisémite » qu’est Siné. Tout le monde sait que Siné verse dans la brune, qu’il est tellement obsédé par l’Etat Israël que ses « dérapages » n’ont rien d’étonnant et qu’il était grand temps qu’il soit viré. Comment tolérer « un article antisémite dans un journal qui ne l’est pas », selon les dires de Claude Askolovitch qui s’est occupé de flinguer le caricaturiste Siné en place publique le 8 juillet sur les ondes de la Radio RTL. Une bonne purge, ça requinque ! « Antisémite » ! Ça vaut « Collabo » en 45, « Trotskyste » sous Staline, « Sorcière » sous l’Inquisition, « Pédophile » depuis l’affaire Dutroux. Ça salit bien, ça colle à la peau, ça tache éternellement, on ne s’en relève pas. Il faut faire gaffe avec ça. On connaît les ravages de l’antisémitisme. Il n’y a rien de plus odieux que l’antisémitisme, de plus crade, de plus dégueulasse, de plus dangereux. La bête immonde n’est pas morte, on le sait. Tous les jours on peut voir sa sale gueule menacer les libertés, la démocratie, le vivre ensemble. Personne ne devrait jouer avec ça. Et pourtant... Que dit Philippe Val, que dit Claude Askolovitch ( RTL , 8 juillet) que dit BHL (De quoi Siné est-il le nom ?, Le Monde, 21 juillet 2008), que dit Laurent Joffrin (Charlie Hebdo : sanctionner l’antisémitisme, Libération, Rebond, 25 juillet 2008) à propos de ce salopard de Siné ? Il a associé « juif, pouvoir et réussite sociale ». Siné est un sale gauchiste. Comme tous les sales gauchistes, Siné confond capitalisme, argent, juif, Amérique et Israël. Bang ! Un tampon d’antisémite sur la gueule et basta, va rejoindre tes camarades dans les poubelles de l’histoire. Non. C’est faux. Siné n’a pas associé juif, pouvoir et réussite sociale. Il a suggéré une conversion à caractère supposée opportuniste de la part d’un garçon dont la récente geste politique a montré qu’il est brillant en la matière. Il ne l’a pas condamné, il l’a même félicité, avec un poil d’ironie, c’est de bonne guerre, c’est l’arme des Siné de tous les pays, l’ironie ! Dans cette phrase, Siné se fout que Mlle Darty soit de confession juive. Il le signale pour éclairer une opinion : Jean Sarkozy nous confirme encore une fois qu’il tient de son père car tout ce qu’il entreprend semble teinté d’un zest ou d’une louche d’opportunisme, même quand il s’agit du plus beau, en l’occurrence d’une romance avec une jeune fille ! Tout cerveau normalement constitué a compris ça. Des fous dangereux comme Guy Bedos, Gisèle Halimi, Christophe Alévèque, Lefred Thouron et des milliers d’anonymes qui le soutiennent ont compris ça. Ceux qui y voient de l’antisémitisme ont un vrai problème. Un problème grave avec ce qui est de la définition de l’antisémitisme. L’antisémitisme, j’ai vérifié dans le Robert, mieux vaut être précis par les temps qui courent, c’est « le racisme dirigé contre les juifs ». Sur le plan historique, c’est la persécution en veux-tu en voilà, des pogroms en pagaille et enfin la Shoa, la négation de l’humanité, l’horreur absolue. Siné a défendu une thèse révisionniste ? Siné a encouragé la haine raciale ? Siné a fait de la provocation fascisante ? Non. A moins d’être d’un jésuitisme forcené, il faut être une véritable ordure pour affirmer que Siné fut tenté par de telles vilenies. Ceux qui ont décelé de l’antisémitisme dans l’article de Siné sont des pompiers pyromanes. Soit ils sont paranos et dénichent l’antisémitisme là où il n’est pas, et dans ce cas on ne peut rien pour eux, juste regretter qu’ils aient tant de facilité à répandre la peur qui les ronge sur la place publique. Soit ils sont sciemment manipulateurs, et dans ce cas ils sont dangereux pour la démocratie, car ils entretiennent un climat médiatique où l’antisémitisme est maintenu à un niveau artificiellement haut, en tout cas plus élevé qu’il ne l’est réellement. On se souvient tous de cette fausse agression antisémite dans le RER D en juillet 2004 qui avait soulevé l’indignation de toute la classe politique et fut relayée par tous les médias... et n’était qu’affabulation d’une jeune femme mythomane qui s’était elle même dessinée des croix gammées au marqueur sur le ventre. Tout le monde s’était emballé, de Libé au Figaro, en passant par TF1, RTL, LCI..... Personne n’avait fait d’enquête sérieuse. Pendant quelques jours, on avait agité le chiffon rouge de « la France antisémite », sans oublier de stigmatiser les jeunes de banlieues désignés par cette jeune femme égarée comme ses agresseurs... et patatras ! On n’a pas fait de progrès depuis ? Il y a bien assez de vraies agressions antisémites en France et dans le monde pour qu’on n’en invente pas ! Non ? Philippe Val a-t-il fait une faute ? Une faute grave ? Si oui, cela mériterait des excuses publiques. Mais il ne s’excusera pas. Pourquoi ? Parce qu’il est d’une sincérité affolante dans cette affaire ! Il fait dire à Claude Askolovitch qu’il a découvert la tribune de Siné après publication. Il se fout ouvertement de notre gueule, de la gueule des lecteurs de Charlie Hebdo. Un Directeur de publication sait ce qui passe dans son journal, d’autant plus dans Charlie où la masse d’articles en une semaine est assez mince. C’est pas long à lire un Charlie. Et le bouclage, il n’y assiste pas au bouclage du lundi le Directeur ? Par ailleurs les lecteurs attentifs de Charlie savent que Val était assez obsédé par ce qu’il y avait dans la zone de Siné. Donc il ment ouvertement. Il reconstruit l’événement à son avantage. Vieille habitude du personnage. Et a au passage créé de toute pièce une affaire d’antisémitisme qui n’existe pas. Gravissime. Siné piégé donc ? Possible. Mais pourquoi donc ? On n’oserait penser que l’antisémitisme n’est qu’un prétexte trouvé pour se débarrasser d’un gêneur dans la rédaction. Quel genre de gêneur ? Du genre qui prend la défense de Denis Robert5, du genre qui n’est pas dans la ligne du Boss ? Il faut dire que Charlie Hebdo a le même avocat que Clearstream, et que Siné était le dernier résistant à la « ligne » du patron depuis la disparition de Gébé... On n’oserait le penser, non... Utiliser l’antisémitisme, cet outil inflammable, pour salir un homme qu’on ne peut pas saquer... pour le mettre au banc... non... Et d’appeler le contexte au secours. Forcément le contexte, quand il n’y a rien dans le texte ! Yvan Rioufol termine son article Ce que dévoile l’affaire Siné (Le Figaro blog, 25 juillet 2008) avec un grand sens du hachoir « aussi, l’empressement des pétitionnaires à lui venir en aide [...] participe d’un vent mauvais visant à banaliser les considérations antisémites et à rendre suspect la libre critique des idéologies ; singulièrement de l’idéologie islamiste et ses liens avec le terrorisme, comme vient d’ailleurs de le rappeler Barack Obama. » Bah voilà, on est tous des antisémites, alliés objectifs du terrorisme, et Barak Obama le magnifique, sans le savoir, condamne Siné. Même lui, c’est dire... Rien que ça. Et c’est ce genre de type qui trouve Siné lourdingue... Val est un inquisiteur. Sous des oripeaux moralisant à prétentions satiriques, le polémiste n’est qu’un vulgaire gardien de l’ordre moral et social. Il dit chaque semaine le bien et le mal, dans les longs prêches qui sont sa marque de fabrique. Il définit ce qui est critiquable de ce qui ne l’est pas. Il roucoule ses odes à la liberté et fait des courbettes à Jean Sarkozy, qui doit le mépriser d’être si dégoulinant de respect coupable. Val n’est qu’un petit courtisan voulant à tout prix garder un accès aux plateaux télé, quitte à sabrer son journal, à saigner sa rédaction. Il a hérité d’un brûlot et en a fait un infâme brouet. Il règne sur des cerveaux féconds et inventifs et le sien est d’une stérilité affligeante pour le titre qu’il dirige. Val est un curé, un curé censeur. Il espérait que ça passerait, il avait dû parier que personne n’oserait soutenir un homme taché du sceau de l’infamie. Plantage, mec. Siné, on l’aime parce que c’est un type bien. Toi, on te conchie, car ce que tu as fait est tristement dégueulasse. Charlie Hebdo est mort, Vive Siné ! De : Renaud Chenu dimanche 27 juillet 2008
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