"Populiste" "populisme" sont des concepts désormais trop polémiques et polysémiques pour rendre compte des pratiques et des discours politiques. La plupart du temps "populisme" est utilisé à des fins idéologiques et fonctionne comme l’expression "totalitarisme" usé jusqu’à la corde par les ex-nouveaux philosophes dans les années 1970. Sous couvert de défense des "valeurs démocratiques", il s’agit de décrédibiliser politiquement tous les mouvements politiques progressistes qui souhaitent transformer le monde (précisément dans un sens démocratique) (les commentaires radiophoniques ce matin en rajoutent une couche en mettant des valeurs diamétralement opposées dans le même sac du "vote protestataire" ce qui permet de dire Front de gauche = Front National, comme on disait "communisme" = "fascisme"). Mais il est vrai que Mélenchon a usé de la corde national jusqu’à l’ambivalence typique de la tradition républicaine française elle-même (le discours fascisant de l’Action Française est le produit d’une synthèse où la France traditionnelle rencontre des républicains qui virent de gauche à droite (Barrès, Péguy,...) en proposant la synthèse du "social" et du "national" et en "biologisant" ce dernier). Cette ambivalence nationale a même affecté certains périodes de l’histoire du PCF (de son antiaméricanisme primaire dans les années 1940-50 à la désastreuse affaire du bulldozer de Vitry, en passant par son opposition à géométrie variable au colonialisme français) (c’est pour cette raison que le FN de Le Pen nourrit une admiration cachée et inversée envers le PCF dont il lui a volé le nom dans la résistance antinazie : "Front National"). Tant que le "national" demeure l’expression de la "communauté des citoyens" qui ont décidé de vivre ensemble et qui permet dès la révolution de 1789 à des révolutionnaires étrangers d’être des citoyens français car révolutionnaires, c’est-à-dire tant que le "national" républicain demeure un universalisme, la référence au "national" n’est pas "gênante" - ici il faut oser une comparaison qui explique dans bien des cas l’efficacité idéologique de l’américanisme (voir encore une fois Gramsci, le seul marxiste à s’être intéressé à la question). l’américanisme, même dans sa version la plus américano-centrée demeure un universalisme alors que le « modèle républicain français », inversement, même dans sa version universaliste, demeure franco-centré, ce qui explique la faillite de sa prétention « civilisatrice » dans les pays où la France a exercé de manière violente sa domination coloniale - . Dans tous les cas, quand la référence au national commence à entrer en contradiction avec les valeurs internationalistes du mouvement ouvrier, on sort des rails de la tradition progressiste. Et on peut légitimement reprocher à Mélenchon d’avoir été dans bien des cas en dehors des rails. Cela a été très visible au moment des mobilisations contre le traité constitutionnel européen où Mélenchon a contesté le traité sur des bases plus "nationales" chauvines qu’à partir de la branche universaliste du mouvement ouvrier (des Lumières au communisme). S’en est suivie une interprétation erronée du vote "non" comme "vote de classe" alors qu’il exprimait pour moitié un vote de repli nationaliste réactionnaire. Cette interprétation erronée le poursuit jusqu’à aujourd’hui et empêche le Front de Gauche de comprendre les mouvements politiques de fond qui travaillent la société française et les pays européens. Là encore je suis obligé de faire crédit à Mélenchon d’une évolution très sensible à partir du moment où il est devenu candidat aux présidentielles. Il a choisi de manière très courageuse et très crédible de revendiquer l’immigration (et notamment l’immigration algérienne) comme une richesse politique en rappelant les idéaux universalistes de la gauche contre les valeurs traditionnelles, réactionnaires fondamentalement opposées au progrès, à la modernité de l’extrême-droite lepeniste, en se démarquant à la fois de "l’indignation morale" du genre SOS racisme et du radicalisme ambivalent et démagogique des indigènes de la république (dont le discours est anti-universaliste). Mais ce n’est que mon modeste point de vue et je peux me tromper. FM.
"Populiste" "populisme" sont des concepts désormais trop polémiques et polysémiques pour rendre compte des pratiques et des discours politiques. La plupart du temps "populisme" est utilisé à des fins idéologiques et fonctionne comme l’expression "totalitarisme" usé jusqu’à la corde par les ex-nouveaux philosophes dans les années 1970. Sous couvert de défense des "valeurs démocratiques", il s’agit de décrédibiliser politiquement tous les mouvements politiques progressistes qui souhaitent transformer le monde (précisément dans un sens démocratique) (les commentaires radiophoniques ce matin en rajoutent une couche en mettant des valeurs diamétralement opposées dans le même sac du "vote protestataire" ce qui permet de dire Front de gauche = Front National, comme on disait "communisme" = "fascisme"). Mais il est vrai que Mélenchon a usé de la corde national jusqu’à l’ambivalence typique de la tradition républicaine française elle-même (le discours fascisant de l’Action Française est le produit d’une synthèse où la France traditionnelle rencontre des républicains qui virent de gauche à droite (Barrès, Péguy,...) en proposant la synthèse du "social" et du "national" et en "biologisant" ce dernier). Cette ambivalence nationale a même affecté certains périodes de l’histoire du PCF (de son antiaméricanisme primaire dans les années 1940-50 à la désastreuse affaire du bulldozer de Vitry, en passant par son opposition à géométrie variable au colonialisme français) (c’est pour cette raison que le FN de Le Pen nourrit une admiration cachée et inversée envers le PCF dont il lui a volé le nom dans la résistance antinazie : "Front National"). Tant que le "national" demeure l’expression de la "communauté des citoyens" qui ont décidé de vivre ensemble et qui permet dès la révolution de 1789 à des révolutionnaires étrangers d’être des citoyens français car révolutionnaires, c’est-à-dire tant que le "national" républicain demeure un universalisme, la référence au "national" n’est pas "gênante" - ici il faut oser une comparaison qui explique dans bien des cas l’efficacité idéologique de l’américanisme (voir encore une fois Gramsci, le seul marxiste à s’être intéressé à la question). l’américanisme, même dans sa version la plus américano-centrée demeure un universalisme alors que le « modèle républicain français », inversement, même dans sa version universaliste, demeure franco-centré, ce qui explique la faillite de sa prétention « civilisatrice » dans les pays où la France a exercé de manière violente sa domination coloniale - . Dans tous les cas, quand la référence au national commence à entrer en contradiction avec les valeurs internationalistes du mouvement ouvrier, on sort des rails de la tradition progressiste. Et on peut légitimement reprocher à Mélenchon d’avoir été dans bien des cas en dehors des rails. Cela a été très visible au moment des mobilisations contre le traité constitutionnel européen où Mélenchon a contesté le traité sur des bases plus "nationales" chauvines qu’à partir de la branche universaliste du mouvement ouvrier (des Lumières au communisme). S’en est suivie une interprétation erronée du vote "non" comme "vote de classe" alors qu’il exprimait pour moitié un vote de repli nationaliste réactionnaire. Cette interprétation erronée le poursuit jusqu’à aujourd’hui et empêche le Front de Gauche de comprendre les mouvements politiques de fond qui travaillent la société française et les pays européens. Là encore je suis obligé de faire crédit à Mélenchon d’une évolution très sensible à partir du moment où il est devenu candidat aux présidentielles. Il a choisi de manière très courageuse et très crédible de revendiquer l’immigration (et notamment l’immigration algérienne) comme une richesse politique en rappelant les idéaux universalistes de la gauche contre les valeurs traditionnelles, réactionnaires fondamentalement opposées au progrès, à la modernité de l’extrême-droite lepeniste, en se démarquant à la fois de "l’indignation morale" du genre SOS racisme et du radicalisme ambivalent et démagogique des indigènes de la république (dont le discours est anti-universaliste). Mais ce n’est que mon modeste point de vue et je peux me tromper. FM.