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On ne déjouera pas les CALCULS de la bourgeoisie avec la "calculette électorale"

25 avril 2012, 18:14

Chers tous et toutes,

Je vais vous donner mon avis sur les 6.5 millions de votes FN ,en assumant que je me plante si tel était le cas, et en espérant qu’on va débattre en tout cas, encore et encore.

Le préalable impose qu’on se comprenne bien sur un point essentiel (sinon ça va partir en cacahouètes) et que SURTOUT on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit ni écrit : établir un constat n’est pas compatir ni pardonner.

Je n’ai AUCUNE compassion pour les trouillards qui ont voté FN, même si ce sont des "frères de classes" (ben ouais y a des abrutis dans toutes les familles hein)..

Plus de 6 millions d’électeurs du Front National le 22 avril 2012. Personnellement j’ai encore du mal à m’en remettre mais hélas je ne suis pas surprise, tous nos abandons et nos défaites se paient cash...

La plupart d’entre nous se demande "Pourquoi ?".

Évidemment, je ne parle pas de la poignée (c’est une poignée au regard du pays) de cadres qui ont une doctrine consciente et claire de la xénophobie voire du racisme (les lecteurs assidus de Minute ou de Rivarol, les membres du GRECE ou du Club de l’Horloge ou les fanatiques des groupuscules identitaires ou néo-nazis etc. Ceux-là...hmmm..).

Je parle du gros des troupes. Les 6 millions quoi.

Je vous fiche mon billet que la plupart d’entre eux ne sont pas du lumpenproletariat ni spécialement chômeurs ou travailleurs pauvres (je pense que Hénin-Beaumont, ville emblématique à bien des égards, sert, hélas, de vitrine à cette fable, mais que cela reste une fable, pour ce que je connais du cœur de cet électorat, qui est majoritairement du milieu de la « classe moyenne ». Quant au Sud et notamment au Sud-Est, on sait que le racisme pur et dur est entretenu de longue date par une frange encore vivante d’OAS et de descendants d’OAS qui n’a jamais cessé de faire de la propagande. Qui a oublié les proximités de gens comme Arreckx, UDF, dans le Var, avec les pieds-noirs, l’OAS, et le FN ?...)

Le gros des troupes n’est pas racistes ou xénophobes "par essence", je ne pense pas ; ça dépend du sens du vent en fait....

En revanche, c’est certain, ils ne sont pas choqués par le racisme et la xénophobie, ils peuvent les tolérer, ils peuvent fermer les yeux et les oreilles, ils sont prêts à laisser les autres faire si en échange on leur garantit la survie de leur petite routine, si les autres leur garantissent le développement de leur médiocrité....

Attention, je ne justifie pas ! Je le redis ! Pour moi, être un chiasseux face aux fachos en pensant que fermer les yeux sur les ratonnades assurera son confort quotidien, c’est pas plus pardonnable qu’être un raciste pur et dur.

Je décris. Je décris le principe. C’est le principe de toute collaboration : " Ok, prenez les Juifs, mais foutez nous la paix". Que l’un paye ce que l’autre consomme. C’est le principe du capitalisme : que l’un paye ce que l’autre vend. Et on justifie par la frousse.

On entend beaucoup l’explication "colère, dépit, paupérisation...", explication qui certes recouvre une part de réalité, il ne s’agit pas de le nier, mais explication qui a une connotation misérabiliste qui pourrait tendre à disculper les électeurs du FN.

Marine Le Pen elle, dit que le vote est un vote d’adhésion, et elle a raison sur le sens - mais elle sait qu’elle ment sur le fond de ce sens.

C’est l’adhésion au FN comme remède contre l’objet de LA PEUR.

Le vote FN, ça relève presque de la pensée magique, pensée rendue possible quand les "tabous humanistes" ont été levés un à un depuis 20 ans par la droite dite "classique", souvent avec la complicité de la passivité de gauche...

Dans cette lutte, si je pense que s’il ne faut pas disculper les électeurs FN , il ne faut certainement pas non plus les stigmatiser et les mettre au pilori (attention je ne dis pas qu’il faudrait "les comprendre" ni leur "pardonner", oh que non, encore une fois je précise). Et certainement pas les "prendre avec nous" parce qu’ils seraient eux aussi des "rebelles" et puis qu’on serait de "la même classe". Ah non. Je l’ai écrit plus haut , je défile pas avec un électeur du FN et content de l’être.

Mais je le redis, je pense que la campagne de Mélenchon, a fortiori dans un tel contexte, à cet égard, a été une des plus mauvaises jamais initiées contre le FN.

Les communistes n’avait jamais lutté ainsi - c’est à dire "de la sorte"- contre les fascistes, même au moment des journées de 1934, c’est vrai, et pour cause : nous avons toujours pensé que c’était une mauvaise manière de lutter contre ce parti, contre ces idées,( et je crois que le résultat de cette campagne ne nous donne pas forcément tort...).

L’insulte, la confrontation directe (qui met l’interlocuteur à un niveau acceptable et le rend "respectable", forcément), l’interpellation personnelle de MLP... ne sont pas de bonnes méthodes contre ce parti, au contraire.

Pour lutter efficacement contre le FN, il faut d’abord ne jamais mettre un orteil sur son terrain, ni de près ni de loin, ni dans les présupposés ni dans les analyses.

Et puis il ne faut RIEN lâcher au local et au national, dans la lutte contre le capitalisme, aux compromissions avec les partis de la bourgeoisie. Dont le PS. C’est essentiel.

Et enfin, il ne faut pas transiger sur les VALEURS communistes. Oui les communistes ont des valeurs et une morale qui ne sont pas exactement celles de la bourgeoisie.

Je ne suis pas la seule à l’avoir dit et répété, évidemment, sur le terrain économique et politique (cela m’a valu de sévère prises de gueule avec de bons camarades avec qui nous sommes dorénavant en passe d’être plus que fâchés, hélas) ;

Un chercheur aussi respectable que JM Harribey l’a dit également et il a écrit plusieurs articles critiques intéressants, sur, par exemple, la différence essentielle entre "démondialisation" et "altermondialisme" où il pointe ces questions (cf par ex. ici http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/2011/06/07/demondialisation-ou-altermondialisme/#more-217).

Pour lutter efficacement contre le FN, il faut aussi savoir adopter un certain type de propagande, il faut réussir à rassembler dans une action toutes celles et ceux très nombreux, qui ne partagent pas ses idées, afin de susciter ainsi l’empathie et un désir mimétique inverse.

Les fascistes se taisent devant le nombre. Ce ne sont pas des gens courageux. S’ils sont minoritaires, ils s’écrasent.

Ce type de propagande "antiraciste", sur le plan sociétal (important et trop dénigré par la gauche classique) c’est ce que nous étions un petit groupe à avoir essayé de faire avec l’initiative : " La Journée Sans Immigrés". Les syndicats et les partis de gauche auraient soutenu cette initiative, le FN aurait pris une claque. Mais en constatant qu’une initiative a-partisane intelligente et généreuse n’obtenait finalement que du mépris de la part de la gauche institutionnelle et des "corps intermédiaires", Le Pen s’est frotté les mains, car elle a compris quel espace démentiel était ouvert devant elle, DANS LES TÊTES. Bref.

Le fascisme, lui, a donc fait sa révolution, pendant que "la gauche" (y compris "la gauche de la gauche") s’y refusait (ou plutôt , pendant qu’elle parfaisait sa révolution réactionnaire, comme l’a décrite Eribon en 2007) : le candidat de l’extrême-droite était une femme de moins de 50 ans, mère de famille, divorcée, décontractée, qui chante du Dalida pour répondre à un journaliste... Les candidats du PS et du FDG eux, étaient des hommes, blancs, cultivant le côté "franchouillard", en costard-cravates, de plus de 55 ans, très paternalistes, et qui pouvaient difficilement se revendiquer d’avoir eu un métier un jour...

Cherchez l’erreur... :(

En 2007 Sarkozy pourtant avait déjà gagné avec ce genre de "nouveau style", en incarnant la rupture, même si cette rupture là ne nous a pas plu (c’est rien de le dire), elle était ô combien réelle.

Ruptures et PEUR.

Car finalement, sur le vote FN, je trouve qu’on entend très peu cette autre explication (pas la seule mais une fondamentale je pense), à savoir LA PEUR.

Cette peur qui est commune au xénoPHOBE , à l’ouvrier qui a peur de se retrouver au chômage, au vieux qui a peur de ce qu’il ne connait pas, au paysan qui se sent de plus en plus acculé et qui a peur de perdre sa terre, au commerçant qui a peur de perdre 30 ans de travail et d’investissements dans la crise, la peur d’un monde qui change à toute vitesse et qu’on ne comprend pas ou plus, car, notamment, il n’existe plus d’organisation politique populaire de masse à même de permettre une analyse et une compréhension claire du monde.

L’ouvrier qui a peur de se retrouver au chômage par définition il est actif ; le paysan qui a peur de perdre sa terre ; il est encore dessus, le vieux qui a peur de voir arriver une mosquée dans son village, par définition, il n’en voit pas... etc. LA PEUR assise sur LE FANTASME.

La peur de perdre, l’angoisse de perdre. La peur de l’inconnu, la peur de la misère, la peur des lendemains, la peur de la guerre, la peur de la révolution (bien entretenue par "la gauche" là encore), la peur de l’Autre...

La peur qui ne naît pas comme un orage dans un ciel serein, la peur qui a été inoculée, valorisée, légitimée, patiemment , savamment, dans ce pays, en Europe même, depuis des années, comme réflexe premier et justifié à toutes choses.

La peur qui paralyse, la peur qui rend idiot, la peur qui fait accepter l’inacceptable, qui fait tolérer l’intolérable, la peur comme réflexe de survie premier profondément ancré dans nos cerveaux reptiliens : "Moi d’abord, sauve qui peut"...

La peur, c’est pourtant une vieille ficelle de manipulation des masses...

Or, la peur n’évite pas le danger. Au contraire.

Face à la re-création de cette hydre monstrueuse qui touche aujourd’hui un cerveau sur trois (via l’UMP et le FN notamment), l’extrême-gauche n’a hélas, pas fait grand-chose, se retranchant parfois derrière sa faible importance numérique, et n’a organisé aucune lutte concrète, alors que c’était autrefois une des choses qui faisait sa spécificité, voire, une partie de sa légitimité.

Quant à la gauche autoproclamée radicale, elle n’a fait, souvent, qu’alimenter certes différemment, cette peur : peur de la mondialisation, peur de la délocalisation, peur du déclassement social, peur du chômage, peur des Chinois, peur des agences de notation, peur des "Arabes", peur des musulmans etc, etc.

Mais voilà, chez "nous" aussi, le "vieux monde" (incarné en France le PS, le PG et le PCF), sous la poussée du développement phénoménal des forces productives partout dans le monde, achève de mourir et de disparaître... Ce vieux monde a encore quelques attraits nostalgiques mais c’est l’attrait final et morbide...

Il faudra nous recréer ou périr.

Et il faut bien reconnaître que le FN prospère , démultiplié, certes, par la crise (et les comportements de la bourgeoisie, car elle a bon dos « la crise »), sur un terreau que, malheureusement la droite comme la gauche, la plupart du temps avec des intentions différentes, -et la gauche y compris radicale probablement avec les meilleures intentions du monde-, ont labouré et cultivé chacune à leur manière et à leur façon : LA PEUR.

Nous ne combattrons pas le FN si nous ne combattons pas aussi LA PEUR en soi, si nous continuons à favoriser les réflexes défensifs et réactionnaires au détriment des réflexions offensives et progressistes. Si nous continuons à accepter que la peur soit une excuse valable à la connerie fascisante.

Non, il n’y a pas de "marche arrière" possible et envisageable pour le prolétariat s’il veut se sauver, et avec lui, sauver la Terre. L’Histoire n’a pas de marche arrière, c’est ça que Marx disait aussi quand il disait qu’elle se répète deux fois, d’abord comme tragédie, puis comme farce (la farce pouvant tourner au cauchemar).

"La vita continua anche senza di noi" ("la vie continue sans nous"), comme chantait Vasco Rossi.

Cela implique, à gauche, d’arrêter de faire du populisme électoraliste, d’arrêter de mentir en racontant qu’on pourrait "REVENIR EN ARRIÈRE" avec des propositions social-chauvines, national-fordistes, des propositions de type "démondialisation", des propositions « d’altercapitalisme » rigoureusement impossible, qui toutes engraissent le terrain de prédilection du FN.

Soit parce que ces propositions rendent directement les esprits de la classe poreux au nationalisme et au national-socialisme.

Soit parce qu’elles apparaissent souvent jolies et sympathiques mais totalement irréalistes, voire des "mensonges" de plus (et en effet, elles le sont la plupart du temps, car la lutte des classes telle qu’elle monte aujourd’hui implique la dictature du prolétariat sur la bourgeoisie, et cela, il faut l’assumer, sinon on vend du pipeau ; or, assumer cette perspective politique, celle de la souveraineté du prolétariat, c’est bien ce que la totalité de la gauche institutionnelle, et une partie de l’extrême-gauche, refuse de faire).

Soit, enfin, parce que dans nombre de banlieues, les "beaux discours" électoraux de la "gauche" sont de plus en plus souvent en contradiction flagrante avec les actes de cette gauche, et que cette contradiction repousse ceux qui devraient avancer et se défendre dans les limbes du repli sur soi et de la passivité.

A ce jeu-là du national-protectionnisme, le FN a donc bien deux, voire trois longueurs d’avance sur tout le monde. Et on préfère toujours l’original à la copie.

Oui, il faut accepter de perdre des voix en disant que nous, prolos, nous n’avons pas les solutions pour replâtrer les ravages du capitalisme ; que nous, pas plus que la bourgeoisie, nous ne savons comment atténuer aujourd’hui les dégâts de la recherche permanente de profit, mais que nous avons des idées pour un tout autre type de société en revanche !

Pour lutter contre "LA PEUR", nous n’avons pas mille solutions : il faut mettre l’imagination au pouvoir, remettre nos valeurs sur le devant de la scène : internationalisme, solidarité, métissage culturel, social, ethnique... L’imagination au pouvoir pour réfléchir et créer notre monde de demain, dès maintenant.

Je n’ai évidemment pas "la solution" pour demain, elle ne peut jaillir que de l’en-commun, de la discussion totale, dans l’absence de mépris, dans l’ouverture d’esprit.

Nous n’en prenons pas franchement le chemin. Contrairement à ce qui est avancé ici ou là, le Front de Gauche tel qu’il existe est, je le pense, un frein à cela, parce que le présupposé de base est la caporalisation et la mise en rang de ceux qui l’approchent.

Et que pour lutter contre les partis de l’Ordre que sont l’UMPFN (l’Ordre pour les prolos car pour les bourgeois, c’est les partis de l’anarchie complète) il faut être le parti de la Liberté.

Or, pour nombre de celles et ceux qui veulent se battre aujourd’hui, il ne peut plus y avoir d’a priori, de rigidité hiérarchique, et de chefs autoproclamés (toujours les mêmes depuis 40 ans, au passage), de petits clans et de coteries qui décident pour « la masse »…

(Le caporalisme, lié à l’absence d’organisation réelle - pas de collectif, pas d’AG, pas de sections...-, c’est une des principales choses qui m’a tenue à l’écart de ce mouvement qui n’en est pas un. Non, on ne me grimpera plus sur le dos pour aller poser son cul au Palais Bourbon. Je refuse le chef. Je refuse le patron. Je refuse le kapo. Je refuse le leader. Je refuse la gestion phalliste des foules.).

Donc, non, je n’ai pas LA solution miracle et j’ai conscience que cette position, de dire qu’il faut mener le combat contre LA PEUR, dans les têtes, dans les cœurs..., certains vont me dire qu’elle est « métaphysique », qu’elle ne « donne pas à bouffer ni ne paye le loyer » etc... Je signale que le vote Front de Gauche n’a pas non plus fait ce miracle depuis 3 ans bientôt (au contraire, les luttes à mener et les organisations à créer auraient plutôt été stérilisées par la succession électorale). Le vote PS ne le fera pas plus, nous le savons.

Tout ça pour dire qu’ on ne craint donc rien à essayer de voir et faire voir les choses autrement dans ce combat !

Gambergeons, gambergeons, ! Personne ne peut prétendre avoir "La" solution face à ce FN "nouveau siècle" qui se relève en Europe (ce n’est pas que un "problème fançais" hein faut aller voir chez nos collègues hollandais, ce pays qui fut un modèle d’ouverture et de tolérance, où a mené le laisser-aller sur ce sujet... ouahou.)

Je trouve que JM Harribey a aussi raison sur un point (entre autre) dans sa série de papiers sur démondialisation/altermondialisme en tout cas : non le FN n’est pas un "parti qui pose les bonnes questions et apporte les mauvaises solutions. C’est un parti qui a les mauvaises solutions car il ne pose pas les bonnes questions".

Pour aujourd’hui, si nous voulons avoir une chance de vivre, et pas seulement de survivre, nous devons nous retrouver, et rapidement. Nous retrouver et créer et imaginer et inventer…le communisme du 21ème siècle. C’est comme ça combat le fascisme et pas autrement.

C’est long et confus pardon , mais j’ai peur de me faire mal comprendre... Sur ce sujet, je m’en voudrais...

LL