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> Judaïsme, sionisme, Palestine, Israël : quelques clarifications

10 janvier 2006, 14:40

Il devenait indispensable d’apporter quelques précisions aux termes si fréquemment utilisés de sioniste set antisioniste. Néanmoins, je vous trouve un peu simplificateurset orientés : pour vous le sionisme c’est un Etat juif sur l’ensemble de la Palestine alors que, historiquement, c’était le projet national juif qui a mené à la création d’Israël, Etat qui n’est pas purement juif puisqu’il y a des Arabes Israëliens qui ont obtenu la nationalité israëlienne et qui votent. Ensuite vous opposez votre définition du sionisme à l’idéal d’un Etat bi-national palestinien et israëlien, qui est, il me semble, une belle utopie. Comment imaginez-vous, du jour au lendemain, faire cohabiter deux peuples qui se sont tapés dessus depuis plus de cinquante ans. Je pense qu’il ya une réalité géopolitique beaucoup plus complexe qui n’est pas prise en compte dans cette optique. Il faut d’abord une volonté de faire la paix de part et d’autre pour aboutir un jour peut-être à une cohabitation des deux peuples dans un même Etat, on a tout de même le droit d’être idéaliste et utopique.
Si vous prenez l’exemple de Chypre, vous pourrez constater qu’il n’est pas du tout évident de faire cohabiter deux peuples qui ont été en guerre, d’établir les règles d’une démocratie en tenant compte de l’existence de deux peuples, dont il faut pouvoir à travers les institutions assurer la représentativité, sans compter la cohabitation des trois religions du Livre, dans un contexte internationale d’exacerbation des identités religieuses (voyez aussi la complexité des institutions politiques libanaises).
Prétendre ensuite que souhaiter un Etat purement juif est du racisme, comparable au régime de l’apartheid en Afrique du Sud est une analogie fausse, puisque ceux qui défendent l’existence de cet Etat juif, défendent aussi le plus souvent, la création et l’existence d’un second Etat, palestinien, à côté d’Israël, ce qui est mon point de vue, le retour aux frontières de 67 avec des aménagements pour que l’Etat palestinien soit viable, point de vue qui ne prive pas les Palestiniens de l’exercice de leurs droits et devoirs de citoyens. Pour retourner à Chypre, si les Chypriotes turcs adhèrent désormais au plan de réunification de l’ONU, ils ont unilatéralement créé une République du Nord de Chypre, reconnue par la seule Turquie, à un moment 1980, il me semble me souvenir, où ils n’envisageaient pas de cohabiter à nouveau avec les Grecs.
Je pense qu’en France, l’on devrait pouvoir débattre de ces questions sans s’invectiver immédiatement avec la violence que l’on peut constater quotidiennement, que l’introduction permanente de la question israëlo-palestinienne dans le champ politique franco-français est déplacée.
Je précise que je ne suis pas juive, mais juste fatiguée ce ce que la complexité des questions qui se présentent à l’opinion se limite désormais à des échanges binaires et manichéens, qui ne laissent plus beaucoup de place à la réflexion : de nos jours les sionistes sont racistes, les antisionistes sont antisémites pour reprendre les principales insultes échangées et personne ne souhaite préciser le sens qu’il donne à ces termes de peur d’être privé de la jouissance d’insulter l’adversaire.