Je suis un vieux de 45 ans. Autant dire que j’ai connu des mouvements lycéens et étidiants depuis 1974 (et oui, en 3ème on débrayait dans mon collège). Puis 1975 (Loi Fontanet, mais ce fut assez fugitif, sans occupations), 1976 (grève générale étudiante et lycéenne, contre les lois Saunier-Déïté et Haby, avec occupations et manifs qui tournaient à la grosse castagne, près d’un mois de mouvement), 1978 (mouvement uniquement lycéen, dès la rentrée de septembre jusqu’à novembre mais avec des occupations de lycées qui durèrent un mois et plus - Montreuil, Aubervilliers, Drancy..), 1980 (contre une circulaire anti-étudiants étrangers : occupation de Jussieur, 1 mort, des manifestations et echauffourées violentes autout de Jussieur), 1986 (j’étais encore étudiants (et salariés) : tout le monde connaît peut-être : un mouvement très pacifiste et légaliste (pendant 15 jours) contre la Loi Devaquet, des énormes manifs de masse (entre 500 000 et 1000 000 le 4 décembre 1986), pas d’occupation, pas de piquets, reprise des cours entre deux manifs etc.. Mais il est un fait que malgré le caractère très massif et "apolitique" du mouvement, le gouvernement ne cédait pas d’un pousse et attendait benoitement l’essouflement d’un mouvement qui ne le pertubait pas plus que cà. Il a fallu la conjonction de débuts de violences (le 4 décembre au soir sur la place des Invalides), la dramatique mort de l’étudiant Malik Oussékine, et le début de la grève générale très dure à la SNCF, pour que le gouvernement cède sur toute la ligne.
Ensuite je n’ai plus jamais directement participé (sauf à aller au manif). Le dernier grand mouvement d’ampleur fût le mouvement anti-CIP (smic "jeune"). Parti des IUT de province, il fût très puissant, très organisé, et principalement fait de grèves totales des cours, d’AG et de puissantes manifs (mais avec peu d’occupations et de blocages). Les seules violences qui intervinrent dans les manifs, furent le fait de non-étudiants (à la différence des mouvemenst précédents) - c’était déjà le prodrome des "jeunes casseurs de banlieue" mêlés à des hooligans du football (à l’époque). Mais ces violences n’interférèrent pas sur l’issue du mouvement, et ce qui fit reculer le gouvernement sur toute la ligne, ce fut bien le caractère massif du mouvement (Y compris avec des jeunes qui 1 an après, voteront aux élections pour le Chirac de la "fracture sociale").
Depuis ce mouvement anti-CIP de 1994, tous les mouvements lycéens et étudiants ont été des échecs, au sens ou ce pour quoi ils se mobilisaient n’a pas été contrecarré. On sait dans quelles pantalonnades et débandades se termina le mouvement lycéen de février 2005 (!). Ces mouvements, depuis 10 ans, ont toujours été lançé par des minorités politisés ("réformistes" style UNEF, pour aider le PS dans sa compétition avec la droite, ou par des "révolutionnaires", style anarcho-syndicalistes), qui n’ont pas su ou pas pu convaincre les grandes masses de les suivre.
Le problème est bien posé dans l’article : comment mobiliser une grande masse complètement individualiste, qui ne croit pas (plus et : ou n’a jamais cru) aux vertus de l’action collective ; qui certes croient bien dans son immense majorité que l’avenir des jeunes est sombre, et que le CPE / CNE est une infâmie, mais doutent radicalement qu’ils aient un quelconque pouvoir pour changer les choses. Or c’est eux qui doivent ce mettre en marche, pour créer le rapport de force nécessaire. Sinon l’agitation, même vigoureuse et "massive" des minorités ne changera rien. Pour ces dernier, beaucoup vont louper leur année universitaire, et c’est tout ce qui se passera.
En outre il faut comprendre que beaucoup d’étudiants n’ont pas les moyens financiers de se lancer dans l’activisme à corps perdus (passer des semaines et des jours à manifester , occuper la fac etc.) : il faut qu’il travaille pour gagner 3 tunes espagnols, ils ne peuvents pas se permettre de louper x UV (ou UE comme l’on dit je crois maintenant depuis la sinistre réforme LMD, qui n’a comme conséquences que de rallonger artificiellement le temps des études, au détriment des étudiants pauvres et d’origine populaire - et de renforcer ainsi la sélection sociale au profit des "élites").
Aussi, dans ce contexte, je ne crois pas que les formes les plus "gauchistes" et spectaculaires d’action soient les plus efficaces dans ce contexte, et eu égard à l’objectif central : toucher les masses amorphes et non politisées : les amener graduellement à la mobilisation, en leur donnant confiance en elle-mêmes, leur offrir des formes d’action et de lutte dans lesquelles elles puissent matériellement s’inscrire, leur offrir, enfin, de véritables espaces d’organisation autonome, spontanée, et non manipulée par les professionnels de la rhétorique (les militants professionnels et les apprentis journalistes, "leaders" etc.).
Ainsi les occupations de nuit me semblent très délicates, ou en tout cas prématurées dans l’état actuel des forces mobilisées : 1) elles entrainent des risques sérieux d’affrontements avec divers élements (police, vigiles ou loubards) 2) elles sont dévoreuses d’énergie (fatigue, mauvais sommeil), plus utile à l’activisme de jour (aller faire débrayer les lycées professionnelles, les IUT, adresser des tracts à l’ensemble de la population, faire des actions symbolique médiatiques (du type celle, très drôle, à Poitiers d’annoncer d’aller bruler des voitures devant la Préfecture. Et de bruler là des voi=tures miniatures rebaptisées "sarkozette" et "villepinette" (ou quelque chose dans ce goût là). 3) elle ne convainque pas les éléments les plus modérés : l’échange ci-dessus entre les deux étudiants de la Sorbonne est révélateur ; l’un reproche finalement à l’autre de n’être pas venu àl’occupation ; que ce n’est pas un convaincu, un dur.. Ce genre de culpabilisation narcissique des activistes repousse les moins convaincus ou ceux qui pensent à avoir à faire des choses plus sérieuses et plus utiles que d’attendre dans le "désert des Tartares" d’une occupation.
De même concernan les blocages : s’ils peuvent une fois par semaine par exemple être intéressant, car ils obligent les étudiants à faire un acte civique : ne serait-ce que d’aller à l’AG pour voter contre les blocages (!), il serait sans doute dangereux de les répéter au quotidien, ce serait un aveu de faiblesse du mouvement.
Enfin le mouvement étudiant actuel doit demander aux syndicats enseignants de se mettre en grève. Particulièrement dans les Universités, les enseignants du supérieur ont les moyens financiers de faire grève : qu’ils montrent l’exemple (je pense au SNES sup, au SGEN CFDT, à FO). 1) Qu’ils appellent les ensaignants à la grève, mais que surtout eux, les syndiqués et élus syndicaux, montrent l’exemple et se mettent en grève. Qu’ils accueillent en début de cours leurs étudiants pour leur dire, pourquoi ils sont en gr-ève et ne feront pas cours (par altruisme et solidarité avec l’avenir des jeunes) : VOILA QUI AURAIT UN IMPACT TERRIBLEMENT EFFICACE, même si ce mouvement est très minoritaire (ex 1 enseignant sur 10 ou 20 ou 30) AFIN DE MOBILISER LES HESITANTS.
(C’est d’ailleurs l’action que mène aujourd’hui des étudiants salairés de mes connaissances à Nanterre)
2) Que des forums se tiennent en fin d’après-midi et début de soirées dans des amphis temporairement "réquisitionnés", où seront accueillis des salariés, des jeunes non étudiants (jeunes travailleurs, chomeurs), des retraités et chomeurs de longue durée, afin de débattre de la situation salariale actuelle en France, de contre-propositions positives au démantèlement en cours du droit du travail et des garanties collectives, et de préparer des formes de lutte transcendant le simple milieu scolaire et universitaire.
La lutte risque d’être de longue haleine (devant se poursuivre peut-être pendant des mois). Il n’ y aura pas de soulèvement massif et rapide, se dégonflant aussi vite, après retrait des projets gouvernementaux. La situation de crise est bien plus profonde que cela.
Je suis un vieux de 45 ans. Autant dire que j’ai connu des mouvements lycéens et étidiants depuis 1974 (et oui, en 3ème on débrayait dans mon collège). Puis 1975 (Loi Fontanet, mais ce fut assez fugitif, sans occupations), 1976 (grève générale étudiante et lycéenne, contre les lois Saunier-Déïté et Haby, avec occupations et manifs qui tournaient à la grosse castagne, près d’un mois de mouvement), 1978 (mouvement uniquement lycéen, dès la rentrée de septembre jusqu’à novembre mais avec des occupations de lycées qui durèrent un mois et plus - Montreuil, Aubervilliers, Drancy..), 1980 (contre une circulaire anti-étudiants étrangers : occupation de Jussieur, 1 mort, des manifestations et echauffourées violentes autout de Jussieur), 1986 (j’étais encore étudiants (et salariés) : tout le monde connaît peut-être : un mouvement très pacifiste et légaliste (pendant 15 jours) contre la Loi Devaquet, des énormes manifs de masse (entre 500 000 et 1000 000 le 4 décembre 1986), pas d’occupation, pas de piquets, reprise des cours entre deux manifs etc.. Mais il est un fait que malgré le caractère très massif et "apolitique" du mouvement, le gouvernement ne cédait pas d’un pousse et attendait benoitement l’essouflement d’un mouvement qui ne le pertubait pas plus que cà. Il a fallu la conjonction de débuts de violences (le 4 décembre au soir sur la place des Invalides), la dramatique mort de l’étudiant Malik Oussékine, et le début de la grève générale très dure à la SNCF, pour que le gouvernement cède sur toute la ligne.
Ensuite je n’ai plus jamais directement participé (sauf à aller au manif). Le dernier grand mouvement d’ampleur fût le mouvement anti-CIP (smic "jeune"). Parti des IUT de province, il fût très puissant, très organisé, et principalement fait de grèves totales des cours, d’AG et de puissantes manifs (mais avec peu d’occupations et de blocages). Les seules violences qui intervinrent dans les manifs, furent le fait de non-étudiants (à la différence des mouvemenst précédents) - c’était déjà le prodrome des "jeunes casseurs de banlieue" mêlés à des hooligans du football (à l’époque). Mais ces violences n’interférèrent pas sur l’issue du mouvement, et ce qui fit reculer le gouvernement sur toute la ligne, ce fut bien le caractère massif du mouvement (Y compris avec des jeunes qui 1 an après, voteront aux élections pour le Chirac de la "fracture sociale").
Depuis ce mouvement anti-CIP de 1994, tous les mouvements lycéens et étudiants ont été des échecs, au sens ou ce pour quoi ils se mobilisaient n’a pas été contrecarré. On sait dans quelles pantalonnades et débandades se termina le mouvement lycéen de février 2005 (!). Ces mouvements, depuis 10 ans, ont toujours été lançé par des minorités politisés ("réformistes" style UNEF, pour aider le PS dans sa compétition avec la droite, ou par des "révolutionnaires", style anarcho-syndicalistes), qui n’ont pas su ou pas pu convaincre les grandes masses de les suivre.
Le problème est bien posé dans l’article : comment mobiliser une grande masse complètement individualiste, qui ne croit pas (plus et : ou n’a jamais cru) aux vertus de l’action collective ; qui certes croient bien dans son immense majorité que l’avenir des jeunes est sombre, et que le CPE / CNE est une infâmie, mais doutent radicalement qu’ils aient un quelconque pouvoir pour changer les choses. Or c’est eux qui doivent ce mettre en marche, pour créer le rapport de force nécessaire. Sinon l’agitation, même vigoureuse et "massive" des minorités ne changera rien. Pour ces dernier, beaucoup vont louper leur année universitaire, et c’est tout ce qui se passera.
En outre il faut comprendre que beaucoup d’étudiants n’ont pas les moyens financiers de se lancer dans l’activisme à corps perdus (passer des semaines et des jours à manifester , occuper la fac etc.) : il faut qu’il travaille pour gagner 3 tunes espagnols, ils ne peuvents pas se permettre de louper x UV (ou UE comme l’on dit je crois maintenant depuis la sinistre réforme LMD, qui n’a comme conséquences que de rallonger artificiellement le temps des études, au détriment des étudiants pauvres et d’origine populaire - et de renforcer ainsi la sélection sociale au profit des "élites").
Aussi, dans ce contexte, je ne crois pas que les formes les plus "gauchistes" et spectaculaires d’action soient les plus efficaces dans ce contexte, et eu égard à l’objectif central : toucher les masses amorphes et non politisées : les amener graduellement à la mobilisation, en leur donnant confiance en elle-mêmes, leur offrir des formes d’action et de lutte dans lesquelles elles puissent matériellement s’inscrire, leur offrir, enfin, de véritables espaces d’organisation autonome, spontanée, et non manipulée par les professionnels de la rhétorique (les militants professionnels et les apprentis journalistes, "leaders" etc.).
Ainsi les occupations de nuit me semblent très délicates, ou en tout cas prématurées dans l’état actuel des forces mobilisées : 1) elles entrainent des risques sérieux d’affrontements avec divers élements (police, vigiles ou loubards) 2) elles sont dévoreuses d’énergie (fatigue, mauvais sommeil), plus utile à l’activisme de jour (aller faire débrayer les lycées professionnelles, les IUT, adresser des tracts à l’ensemble de la population, faire des actions symbolique médiatiques (du type celle, très drôle, à Poitiers d’annoncer d’aller bruler des voitures devant la Préfecture. Et de bruler là des voi=tures miniatures rebaptisées "sarkozette" et "villepinette" (ou quelque chose dans ce goût là). 3) elle ne convainque pas les éléments les plus modérés : l’échange ci-dessus entre les deux étudiants de la Sorbonne est révélateur ; l’un reproche finalement à l’autre de n’être pas venu àl’occupation ; que ce n’est pas un convaincu, un dur.. Ce genre de culpabilisation narcissique des activistes repousse les moins convaincus ou ceux qui pensent à avoir à faire des choses plus sérieuses et plus utiles que d’attendre dans le "désert des Tartares" d’une occupation.
De même concernan les blocages : s’ils peuvent une fois par semaine par exemple être intéressant, car ils obligent les étudiants à faire un acte civique : ne serait-ce que d’aller à l’AG pour voter contre les blocages (!), il serait sans doute dangereux de les répéter au quotidien, ce serait un aveu de faiblesse du mouvement.
Enfin le mouvement étudiant actuel doit demander aux syndicats enseignants de se mettre en grève. Particulièrement dans les Universités, les enseignants du supérieur ont les moyens financiers de faire grève : qu’ils montrent l’exemple (je pense au SNES sup, au SGEN CFDT, à FO). 1) Qu’ils appellent les ensaignants à la grève, mais que surtout eux, les syndiqués et élus syndicaux, montrent l’exemple et se mettent en grève. Qu’ils accueillent en début de cours leurs étudiants pour leur dire, pourquoi ils sont en gr-ève et ne feront pas cours (par altruisme et solidarité avec l’avenir des jeunes) : VOILA QUI AURAIT UN IMPACT TERRIBLEMENT EFFICACE, même si ce mouvement est très minoritaire (ex 1 enseignant sur 10 ou 20 ou 30) AFIN DE MOBILISER LES HESITANTS.
(C’est d’ailleurs l’action que mène aujourd’hui des étudiants salairés de mes connaissances à Nanterre)
2) Que des forums se tiennent en fin d’après-midi et début de soirées dans des amphis temporairement "réquisitionnés", où seront accueillis des salariés, des jeunes non étudiants (jeunes travailleurs, chomeurs), des retraités et chomeurs de longue durée, afin de débattre de la situation salariale actuelle en France, de contre-propositions positives au démantèlement en cours du droit du travail et des garanties collectives, et de préparer des formes de lutte transcendant le simple milieu scolaire et universitaire.
La lutte risque d’être de longue haleine (devant se poursuivre peut-être pendant des mois). Il n’ y aura pas de soulèvement massif et rapide, se dégonflant aussi vite, après retrait des projets gouvernementaux. La situation de crise est bien plus profonde que cela.