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> 500.000 jeunes redisent "non" au CPE : reportage photo Paris

17 mars 2006, 07:52

Il faut souhaiter que les manifestations de demain soient réellement "monstres", car sinon je crains que le mouvement étudiant va s’effilocher. Hier à Paris, les cortèges de certaines fac étaient en nombre inférieur à celui du 8 mars (nanterre par exemple), heureusement compensé par de nouveaux manifestants (lycées notamment). Mais l’usure commence à se faire sentir, et les partiels approchent. Les "non-étudiants" doivent prendre le relais, dès demain. Dans les communes de Seine-Saint-Denis où je vis et travaille, par exemple, on est très en dessous de ce qui pourrait se faire en matière de mobilisation (peu d’affiches, peu de distribution de tracts, pas de réunions publiques...). j’ai l’impression que beaucoup d’organisations de gauche et d’extrême-gauche (dont je ne sous-estime pas cependant la faiblesse militante) se contente d’applaudir les étudants, sans se mouiller plus en avant. Le reportage hier de Libération sur la "Mission locale d’Aubervilliers" est assez révélateur sur le niveau de sous-information de beaucoup. Le maire PCF, qui se fend de communiqué massivement diffusé pour tout et n’importe quoi (il y a quelques mois c’était pour les jeux olympiques à Paris par exemple !) est resté muet. Les unions locales des syndicats n’ont rien fait. Les socialistes locaux organisent jeudi prochain un nouveau colloque "retour sur les évènements et violences urbaines avec des professionnels et acteurs de terrain" (un ancien commissaire de police, des éducateurs, des fonctionnaires municipaux !) : il s’agit non pas des évènements actuels, mais des émeutes de l’automne (bonjour la "réactivité"). On dirait que la gauche classique se contente d’espérer engranger les dividendes de la chute de popularité dans les sondages du gouvernement, de multiplier les déclarations médiatiques. Seuls l’extrême-gauche (et encore, pas tous) et les anars se bougent, mais je ne suis pas sûr que leur discours et leurs actions impactent réellement sur les grandes masses. Alors avant de "rêver" à un grand mouvement subversif type "mai 68", encore faudrait-il occuper le terrain populaire. En 68, dans des villes comme celles du "9.3", le PCF quadrillait le terrain : encartant des centaines de militants, voire des milliers de personnes dans chacune de ces communes, les vendeurs de l’Huma dimanche sillonaient les cités en porte à porte, les réunions de cellule réunissaient mensuellement des centaines de personnes... C’est aussi cette présence, ce climat de "conscience de classe" qui a permis le déclenchement d’une grève générale (même si ce fût aussi pour s’affronter à la Direction PCF et aux appareils, mais cela est une autre histoire). Sans la grève générale ouvrière, on ne souviendrait plus de 68 et du mai "étudiant"."Autres temps, autres moeurs", certes. Mais la question des masses, pour qui rêve encore à une rupture avec la société de marché, est incontournable. De ce point de vue la focalisation sur la Sorbonne est symptomatique de l’ânerie de ceux qui se prétendent "radicaux" : alors que ces quartiers ont totalement été déserté de toutes présence "populaire", vouloir y concentrer le "foyer de la révolte" est absurde : les forces de répression, massivement soutenus par les habitants et commerçants de ces quartiers, passent pour des "victimes", et peuvent pratiquer une répression de masse (arrestations, fichages, et demain, condamnations). Les loulous de banlieue de l’automne dernier ont mille fois plus d’intelligence stratégique et tactique, que les résurgences "autonomes". Ils choisissent le moment et le terrain de l’affrontement, se dispersent dès que l’ennemi a concentré ses forces, reviennent dès que celui-ci diminue sa présence. Le problème est qu’ils n’ont aucune ou peu de "conscience de classe" (mais comment s’étonner de cela, puisque les organisations "ouvrières" les ont toujours ignorées. En vérité les jeunes et travailleurs précaires et peu qualifiés ne sont pas défendus par les syndicats. La classe moyenne est hégémonique sur le prolétariat). Mais ces imbéciles de "totos" pourraient simplement prendre quelques leçons tactiques chez eux ! (attaquer les flics là où ils sont le plus massivement concentrés, dans des quartiers bouclés et hostiles... Seuls les plus chanceux ou les innombrables provocateurs à la solde de la préfecture infiltrés peuvent échapper à l’interpellation !). Ces autonomes sont ainsi appelés par anti-phrase : incapables d’une quelconque action "autonome", ils ne peuvent que "squatter" des rassemblements étrangers à leurs moyens d’action (les étudiants pacifistes, qui eux, même s’ils ne rentrent pas sagement à la dispersion, souhaiteraient plutôt, des actions de type sittings pacifiques etc.), être à la remorque d’évènements et de lieux qu’ils n’ont en rien décidés. C’est sur ce type d’imbecillité, maintenant bien rodée et bien connue des forces de répression (c’est un système quasi-pavlovien) que s’appuie les forces de répression pour diviser les mouvements, réprimer sélectivement les éléments les plus révoltés, gérer son fonds de commerce de la "gestion des peurs" à peu de frais (finalement).
Bref, y a du boulot, et je ne suis plus autant optimiste qu’il y a une semaine !