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Contre l’emploi des techniques de marketing par la gauche dite radicale.

12 juin 2007, 16:06

Tout d’abord je salue le public très réactif de Bellaciao. Je souhaitais ouvrir le débat, des commentaires contradictoires et intéressants ont été postés.

Attention néanmoins, il faut rester vigilent contre l’agressivité internétique qui gangrène les espaces de discussion virtuels :
« Tout fait ventre sur le site de notre ami »
« Un peu de savon mon ami ? »

Bon. (J’ai d’ailleurs peu de réactions à proposer après la lecture de ce dernier commentaire.)

La question de l’usage du marketing et la personnalisation spectaculaire d’idées politiques ne doivent pas être une évidence. Si on fait le choix de les utiliser, il faut que ce soit dans un cadre très précis, et accompagné de mises en garde critiques. Je regrette par exemple qu’Olivier Besancenot n’explicite jamais publiquement cette question, et la participation au show politique me paraît parfois trop évidente et agaçante pour qui se bat contre la mise scène généralisée de nos vies.

Ceci étant dit, j’entends tout à fait les arguments pragmatistes avancés ici (ex : il faut bien aller à la télé pour défendre nos idées), et ne propose rien d’autre qu’une vigilance constante contre l’intégration spectaculaire, qui risque à tout moment de désamorcer le caractère subversif des interventions. En effet, on sait que le contenu du message peut être désamorcé par les conditions de son expression. Par exemple, il est possible que les dénonciations d’Olivier Besancenot sur un plateau structuré de façon à l’enfermer dans une caricature du "petit gauchiste de service, idéaliste mais sympa", désamorcent la portée de son message, et il ne suffit pas de dire à la télé "les patrons font des bénéfices scandaleux" pour que ce soit entendu. La transmission d’un message n’étant pas mécanique il faut rester méfiant et vigilent.
Il semble bien qu’en définitive vous ayez relativement raison : il vaut mieux y aller quand même, se mouiller, mais en étant très vigilent sur le comment, et surtout en pratiquant des mises en abîmes critiques du type :
" Je sais bien que vous me prenez pour le gauchiste de service, et que vos questions visent à me faire passer pour un puéril idéaliste, mais ce n’est pas à vous madame Ockrent que je m’adresse, c’est au spectateur, au chômeur, au jeune précaire, etc. "
C’est risquer de se mettre à dos les journalistes, mais il faut tenter de désamorcer l’intégration de la même façon que le spectacle désamorce la portée subversive de nos messages. Sinon, les patrons de TF1 s’amuseront à mettre en scène sur leurs plateaux des caricatures folkloriques des résistances venus dire que les patrons c’est pas bien, et se targueront ensuite de leur ouverture. Est-ce qu’ils nous inviteraient si nous étions vraiment dangereux ? On peut et on doit au moins se poser la question...

Ensuite il est évident que je ne réduis pas la LCR à son marketing, et bien sûr les autres partis tombent encore plus sous le coup de cette critique : il s’agissait de critiquer les plus difficilement critiquables. Pour ce qui est des élus communistes qui s’exhibent en costard cravate, pas besoin de moi pour voir combien ils font vomir.

Je suis donc d’accord avec un certain pragmatisme, mais très maîtrisé et vigilent. C’est justement par pragmatisme que je me demande quel est l’intérêt de participer à des élections bidon, sans jamais être critique sur ces élections et sur sa participation. Tant d’argent et d’énergie pour perdre des législatives bourgeoises, me semble assez peu pragmatique. Pas besoin d’excuses électorales pour tracter et afficher, au contraire, cela réduit nos actions à une démarche politicienne (= on ne parle aux gens que pour obtenir leur vote).

En réaction à l’avant-dernier commentaire, je rappellerais qu’être contre la forme parti ne signifie par être contre l’organisation. De même il évident que dénoncer la permanence archaïque d’une IV Internationale complètement déconnectée de la réalité sociale, ne signifie pas être opposé à l’internationalisation des luttes.

En conclusion, je prendrais pour exemple la mobilisation contre le G8 qui a été menée à Rostock cette année. Elle était internationale, dynamique et plurielle. A-t-on eu besoin d’un parti ou de la IV Internationale pour réunir et permettre une vie en commun de milliers d’anti-capitalistes en Allemagne ? C’est la démonstration pratique que l’on peut agir sans parti, et surtout que l’on n’a aucune leçon d’organisation à recevoir des Organisations. Depuis le temps que la forme parti existe et échoue, on a le droit d’être critique et de proposer autre chose à côté.

D’ailleurs, pour suivre le denier commentaire, les médias alternatifs qui se développent, sur internent notamment, prouvent eux aussi que l’on n’a pas eu besoin d’un parti pour créer ces espaces coopératifs.
Quelles bonnes raisons de conserver des structures lourdes, nationales, centralisées, quand tant de résistances se développent en dehors d’elles ?

Les résistances futures se feront au travers de collectifs, par leurs unions plurielles, pour des échéances précises (un G8, une élection, un certain référendum en 2005, un certain mouvement en 2006), car nous, jeunes, refusons massivement les cartes et les drapeaux passéistes.

Chaleureusement,
Rehan.