BELLACIAO
mardi 9 avril 2019 (18h33) :
PALESTINE Les Mécanismes de la nouvelle domination colonialiste et les transformations sociales et économiques après Oslo avec les Professeurs Majdi Malki et Ali Djerbaoui, Doyen de la faculté de lettres de l’université de Bir Zeit

De : Allain Graux

Après le rappel historique, par Monsieur Malki, de la situation en Palestine, Monsieur Ali Djerbaoui développe son appréciation : 

Israël, apparemment, si on regarde la carte, a trouvé la victoire. Mais sur le terrain, Israël n’a pas gagné. Les cartes ne reflètent pas toute la réalité de la situation. Le conflit a deux visages ; celui du territoire et aussi celui de la population.

Israël a mis la main sur la totalité de la superficie de la Palestine, mais aujourd’hui les Palestiniens représentent environ 6,5 millions de personnes, soit le même nombre d’habitants que les Israéliens. Les Palestiniens sont présents sur tout le territoire de la Palestine mandataire, dans toutes les villes, à Jérusalem, en Cisjordanie, à Gaza. Ce sont des populations équivalentes.

Le contrôle strict du territoire n’est pas suffisant pour assurer le contrôle réel de la population palestinienne. Pendant et après les guerres de 1947/48 et de 1967, beaucoup de Palestiniens ont été chassés, expulsés, mais maintenant, après cette tragique expérience, les Palestiniens ne sortent plus du territoire. Ils restent. Car Israël voudrait manger tout le gâteau, il ne veut rien partager.

 

Un ou deux Etats ? Question récurrente[1]...

Pour le partage, il y a deux possibilités : partager le territoire ou partager le pouvoir.

Si on partage le territoire, cela signifie deux Etats : un petit et un grand !

Si on partage le pouvoir, l’autorité, cela signifie un seul Etat.

Les Palestiniens n’ont pas de problème avec les deux solutions.

Une solution est à court terme, c’est celle avec 2 Etats. L’Etat unique est une solution à long terme. Moi, je préfère le long terme, mais la plupart des Palestiniens acceptent celle à court terme.

Le problème est chez les Israéliens qui ne veulent aucune des deux solutions.

C’est pourquoi, ils veulent changer la situation juridique[2], pour empêcher la mise en œuvre des solutions à 1 ou 2 Etats. C’est pour cela qu’ils exercent des pratiques très violentes, à Gaza, et à Jérusalem qui sont séparés des territoires de la Cisjordanie. Les villes de Cisjordanie sont aussi séparées les unes des autres[3].

Nous vivons une occupation à long terme, le pire contrôle qui soit.

 

Les accords d’Oslo[4] ont abouti à la création de l’Autorité palestinienne. Nous avons un président, un gouvernement, mais ils ne dirigent pas vraiment, car ils ne contrôlent pas le pouvoir qui s’exercent sur la Palestine et les Palestiniens.

Les Palestiniens voudraient respirer. Pour aller d’un endroit à un autre, il faut franchir les portails[5], emprunter des routes séparées. Pour aller à l’étranger, il faut passer par la Jordanie, car il n’y a pas d’aéroport, pas de frontière contrôlée par l’Autorité palestinienne.

Les Palestiniens, c’est le seul peuple qui aime bien vieillir, car pour les déplacements à l’étranger, les permis dépendent de l’âge, vous pouvez vous déplacer selon que vous avez plus ou moins de 60 ans.

 

Israël pense que la victoire est acquise et que le sujet est conclu. Cependant, le mouvement sioniste a besoin de quelqu’un d’autre à l’extérieur, a besoin de Trump qui reconnaissance Jérusalem comme capitale[6], et de l’occupation du Golan syrien.

Sans le soutien illimité des Etats-Unis, la situation pourrait changer. Car toute chose à une fin.

Tant que les Palestiniens se trouvent en Palestine[7], malgré toutes les difficultés, en nous adaptant à la situation, nous avons acquis une peau très épaisse. Nous avons des services de santé, une université, des institutions. La cause palestinienne est soutenue par beaucoup de peuples dans le monde, plus que celle du gouvernement israélien.

 

La démographie

Israël peut tout contrôler par la force, mais il ne pourra pas conserver cette force pour l’éternité. Moi, je ne parle pas de la force armée, mais de celle plus importante, quelque chose de plus important : le facteur démographique.

La Palestine est de moins en moins « un territoire sans peuple pour un peuple sans terre ».

Les Palestiniens restent optimistes, malgré les pires souffrances qu’ils subissent par l’occupation. Mais cette force injuste n’a pas pu limiter notre présence. A chaque fois que l’on se fait tabasser, on se relève.

C’est pourquoi les Israéliens devraient partager le pouvoir.

Nous resterons toujours là ! Nous sommes là ! Avec le soutien des peuples libres, de pays comme la France.

 

Quel est le but final des Israéliens ? Expulser ?

L’objectif de la politique israélienne est de limiter le nombre de Palestiniens et de les chasser des territoires où ils sont toujours présents. Mais ils ne peuvent pas y arriver, alors ils de contrôler et limiter notre présence.

A Gaza, ils ont « libèré » l’intérieur, quitté le territoire, mais avec le blocus autour, la plus grande prison du monde pour deux millions de personnes. Pas d’accès, pas d’entrées, pas de sorties !

En Cisjordanie, il y a plus de 600 points de contrôle où chaque Palestinien doit présenter une carte d’identité où figurent des informations rédigées en hébreu, avec un numéro d’identification

Avec ce numéro, le soldat peut voir sur son écran, le profil complet de chaque Palestinien. A chaque déplacement, un soldat peut contrôler toute notre vie.

Il ya 7 000 prisonniers Palestiniens dans les prisons israéliennes, alors que selon le droit international,, il est interdit d’être emprisonné hors du territoire occupé.

Israël torture la vie des Palestiniens.

 

L’économie

Depuis 1994, après Oslo, c’est Israël qui perçoit les taxes et les droits de douanes sur les produits palestiniens exportés. Dès qu’il y a un problème, Israël bloque les droits et les taxes. Alors, l’Autorité n’a pas les moyens de payer les fonctionnaires, seulement la moitié du salaire. La situation s’aggrave. Et ce sont les peuples européens qui payent pour construire les institutions, pour l’éducation, la santé. Pourquoi les pays européens acceptent-ils cette situation ?

 

Israël essaye de faire oublier la cause palestinienne à la communauté internationale.

En Occident, on traite Israël comme un cas exceptionnel. C’est pour cela que ces gouvernements ne veulent pas ou ne peuvent pas agir pour régler la situation, car cela nécessite, exige, de pratiquer une pression sur Israël. Une pression réelle.

Que fait l’Union Européenne ? Au lieu de résoudre, elle gère par des donations financières à l’Autorité palestinienne. Elle croît que par ce don, la situation va rester toujours calme. En fait, cela nous laisse juste de quoi survivre au quotidien, sans solution au conflit. C’est pour cela que le conflit n’est pas résolu et qu’il va continuer. Tous les jours, il y a des incidents, des conflits, des problèmes. La misère continue à cause de cette position de l’Union européenne.

 

Il nous est interdit de lutter avec des armes sans être accusé de terrorisme.

Il nous est interdit de lutter pacifiquement.

Il nous est interdit de soutenir le BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanction).

Pourquoi le boycott efficace contre le régime d’Apartheid en Afrique du Sud, nous serait interdit contre Israël ? Pompidou disait : « Je suis contre l’occupation, mais Israël est un cas exceptionnel »...

 

Les intervenants répondent aux questions de la salle.

L’Etat unique.

La solution a deux Etats est compliquée, rendue impossible du fait de la colonisation (900 000 colons dans les territoires et à Jérusalem-Est). On se trouve actuellement dans un Etat unique, mais pas celui voulu par les Palestiniens, car il est dominé par les Israéliens qui contrôlent tout le territoire.

Nous voulons les mêmes droits, nous voulons partager les mêmes droits, partager l’Etat.

Nous vivons sous un système pire que l’apartheid.

Nous n’avons pas d’existence juridique et légale. Selon Israël, nous sommes des résidents, pas de citoyens[8].

Si cette situation continue, Israël ne pourra pas éternellement nous priver de nos droits. Maintenant ou plus tard, nous aurons tous nos droits. A l’intérieur d’Israël, 2 millions de palestiniens sont des citoyens d’Israël. Pourtant ils ne disposent pas des mêmes droits que les citoyens de culture juive. Netanyahou a fait une loi qui instaure, non pas un Etat pout tous, mais un Etat pour une partie de la population.

Mais malgré les mesures prise pour nous chasser, nous sommes toujours là.

Israël se tire une balle dans le pied tous les matins...

 

Monsieur Malki

La solution à 1 état est la seule possibilité. Israël doit accepter la tolérance et la justice. Mais actuellement, l’Etat strictement israélien, un Etat juif, ils seront jetés à la mer. En Afrique du Sud, l’expérience montre que cela ne s’est pas passé, les blancs ont reconnu le caractère criminel de l’apartheid et de la répression. Ils sont restés. Israël doit apprendre de cette leçon.

 

Israël n’est-il pas le gendarme des Etats-Unis au Moyen-Orient, pour contrôler les réserves de pétrole ?

La solution, ce n’est pas uniquement avec les Etats-Unis, elle sera plutôt régionale, avec une pression exercée sur les pays arabes. Il faut changer l’équilibre des rapports de force.

Israël a besoin de se présenter aux yeux des pays occidentaux, comme utile à leurs intérêts. Or, les pays arabes ne sont pas les ennemis de l’Occident. C’est la politique américaine qui complique les rapports entre les Arabes et Israël. Le soutien américain est à cause du lobby sioniste des Etats-Unis.

 Si le pétrole ne va ps vers l’Occident, il y a d’autres pays proches. L’utilité d’Israël n’est pas vraie, réelle, c’est Israël qui impose cette idée.

 

Un éclairage sur la situation politique palestinienne.

La situation es très compliquée...La division n’est pas une raison, mais un résultat.

Gaza et la Cisjordanie sont des terres séparées, ce qui facilite la division. Cela rend service à Israël qui souhaite garder cette séparation. A Oslo, il avait été convenu qu’il y aurait une seule zone, avec une passerelle entre Gaza et la Cisjordanie. Cela n’a pas été réalisé, si cela avit mis en œuvre, la division n’aurait pas persistée.

 La division est aussi idéologique : une partie est pour la paix négociée, une autre partie pense que les négociations menées depuis un quart de siècle, n’ont abouties à rien. Au contaruire, cela a consacré la colonisation.

En fait, Israël ne comprend que le langage de la force, de la résistance. C’est pourquoi cette division a été renforcée par la géographie[9].

 

La loi fondamentale de juillet 20018

Cette loi qui limite nos droits n‘a pas limité notre existence. Ils nous mettent dans une cocotte–minute. La pression va aboutir à l’explosion, une nouvelle intifada.

Nous avons plus de reconnaissance internationale qu’Israël, nous avons obtenu d’être un Etat non membre de l’ONU, donc un Etat[10]. Le problème qui reste, c’est la situation monopoliste du monde, après la chute de l’URSS, l’équilibre a été rompu. Nous allons en Chine et en Russie, mais la Chine ne veut pas de confrontation avec les Américains. C’est identique pour la Russie, et comme pour l’UE.

Nous essayons de flotter dans ce monde déséquilibré, de rester à la surface.

 

Le rôle de la Jordanie.

La Jordanie, pour la droite israélienne, c’est la Palestine. Pour Sharon en 1981, la solution c’était la Jordanie. C’est pourquoi la Jordanie s’inquiète pour son existence, car elle pense qu’Israël chassera les Palestiniens en Jordanie. C’est pourquoi la Jordanie soutient la solution à 2 Etats.

 

Les deux peuples peuvent-ils coexister ?

Aujourd’hui deux millions de Palestiniens vivent en Israël. Ils coexistent. En plus, 200 000 Palestiniens viennent travailler chaque jour en Israël et dans les colonies.

 L’occupation n’est pas seulement idéologique et politique, mais aussi économique, avec un contrôle des ressources et des richesses. Nous sommes sous le blocus. Nous n’utilisons que 13 de l’eau présente sur notre territoire ; Nous achetons notre propre eau, qui nous appartient, à Israël ! Notre Main d’œuvre est utilisée par Israël.

Israël occupe notre pays sans en payer le prix. Cela ne continuera pas éternellement.

Israël vit aussi sous l’empire de l’angoisse...

 

Hélas, les Israéliens ne voient pas cette oppression, ne bougent pas contre cette oppression qui est pourtant visible.

Par exemple, l’université de Bir Zeit a été bloquée sans qu’un seul prof israélien apporte son soutien contre ce blocage. En 1980, c’était possible. Actuellement , il subsiste quelques associations qui aident, amis c’est très réduit. Nous n’avons plus les moyens de parler avec eux.

C’est le BDS qui peut exercer la pression nécessaire au changement.

 

Il y a un paradoxe qui nous donne de la force, un paradoxe imaginaire : c’est que le pays de l’occupation demande la garantie du peuple qui vit sous l’occupation.

 

Propos rapportés par Allain Graux 

Université de Dijon

 le 28.03.2019

 

 

[1] Tête de chapitre du rapporteur de ces propos.

[2] NDLA : c’est pour cela que Netanyahou a imposé la loi de citoyenneté de juillet 2018 au profit unique des juifs.

[3] Ainsi le territoire où vit la majorité des Palestiniens est morcelé, ne forme pas une entité qui pourrait constituer un Etat viable.

[4] La Déclaration de principes, est signée à Washington le 13 septembre 1993 en présence de Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, de Yasser Arafat, Président du comité exécutif de l’OLP et de Bill Clinton

[5] Chaque ville à trois portes d’accès contrôlés par des Check point.

[6] En dépit des accords internationaux, de la condamnation de l’Onu, de, l’immense majorité des Etats, en dehors du président fascisant du Brésil.

[7] Il y a beaucoup de réfugiés palestiniens et descendants des expulsés à l’extérieur, en Jordanie, au Liban, en Syrie, (3 250 000 environ) dans les Emirats. Aussi à l’intérieur : 915000 en Cisjordanie, 1 308 000 à Gaza.

[8] NDLA : C’est à dire des étarngers sur leur propre terre ! C’est aussi ce qu’avait fait le régime raciste d’AFS en créant les bantoustans où étaient assignés à résidence les gens de couleur noire ; ils n’avaient que la possibilité d’aller travailler, avec, un permis de circuler, des contrôles, pour accéder au territoire des blancs. N’est-ce pas une étrange ressemblance avec ce qui se passe en Palestine ? Un régime d’apartheid avec des « Palestinistans » !

[9] Le morcellement.

[10] La Palestine est aussi membre à part entière de l’UNESCO

Propos rapportés par Allain Graux
Université de Dijon
le 28.03.2019

http://allaingraux.over-blog.com/20...


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