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"Viva la muerte" ? (video)

vendredi 21 octobre 2011, par La Louve

Je mets ici (ci-dessous) , aujourd’hui , à dessein, la Bande Originale du film d’Arabal "Viva la muerte".

Cette comptine danoise, pour les enfants, contraste brutalement et étrangement avec le sujet du film. Mais c’est quand même un film sur l’imaginaire d’un enfant de l’Espagne franquiste (sa mère est une catholique franquiste fervente et son père est un combattant républicain anarchiste...), qui sert évidemment de prétexte à une critique radicale et sans concession du fascisme et qui interroge profondément la lutte antifasciste (et ses membres), à toutes les époques.

Ce film d’Arabal, qui déclencha passions et polémiques à sa sortie, me semble donc, (hélas,dirais-je, car si ce film de 1971, sur les années 30, se trouve encore d’actualité c’est que nous ne progressons pas en près d’un siècle, voire, nous régressons ?) une excellente introduction en ces temps de barbarie et de déraison, sur un sujet que je voudrais soulever ici (en me gardant d’assimilations abusives, je le précise, afin de ne pas être mal interprétée.)

Comme chacun ici le sait sans doute, "Viva la muerte" était le cri de ralliement des fascistes espagnols.

Ce "cri de guerre" fut créé par José Millán-Astray y Terreros un militaire fondateur de la Légion espagnole, dans les années 20. Le même salopard lancera aussi " À mort l’intelligence ! " en octobre 1936 contre le philosophe Miguel de Unamuno à l’université de Salamanque.

Le film d’Arabal, qui m’a marquée à vie quand je l’ai découvert adolescente, est un film absolument inégalé dans la mise en scène qu’il offre de la psychologie et l’exposition des ressorts psychanalytiques du fascisme, et notamment du fascisme espagnol, qui était profondément imbriqué avec le catholicisme (ou plus exactement, la fraction espagnole du catholicisme, qui est encore une chose "à part" dans le catholicisme en général) dans la fraction des masses populaires qui prenait fait et cause contre la révolution et les républicains .

En très résumé, je dirais que le fascisme selon Arabal (et je partage son point de vue), c’est bien l’incarnation d’un Eros profondément soumis à Thanatos.

La mort, le sang, la tripe....de "l’Autre", du "pas comme soi" (en l’espèce sous les traits des Républicains) font littéralement "bander", d’où le très paradoxal "Viva la muerte" (paradoxal car vous avouerez que "Vive la mort", c’est une injonction schizophrénique...)

C’est pourquoi un communiste ne peut pas, ne doit pas, se réjouir de la mort d’un être humain a fortiori dans la mesure en outre où cette mort est œuvre humaine.

C’est impossible. Jouir de la mort, fut-elle celle du dernier des salopards, si cela peut être une tendance universelle de l’inconscient de l’Homme (avec toutes les pincettes que je prends ici pour employer ce terme universaliste), à supposer que cela soit une "pulsion primaire" (qui fonde la légitimité de la l oi du Talion ou de la torture médiévale.....) est une tendance qui doit être combattue intérieurement et extérieurement par chacun d’entre nous lorsque nous y sommes confrontés.

Notez-bien que je ne suis pas du tout non plus dans l’injonction religieuse de pleurer et pardonner au bourreau, au salopard, ni de laver dans la mort toutes ses fautes et ses crimes le cas échéant.

Je dis simplement : mort d’un homme, (d’une femme), a fortiori par exécution, lynchage, torture publique etc, fut il le dernier des pourris sur terre, on ne doit pas se réjouir, non. On peut avoir ce premier sentiment (comme on a, d’ailleurs, inévitablement et très majoritairement, à l’évocation d’un pédophile, une formidable envie et pulsion de lui faire sauter la carafe....) mais là doit s’engager alors, je le pense profondément, le douloureux combat contre soi-même, entre sa raison et sa pulsion.

Cela ne fait pas de nous des êtres privés d’instincts, je ne nie pas que la part d’animalité qui subsiste en nous, si elle est pulsion vitale , est une chose nécessaire, surtout dans nos combats. Non, je dis simplement : on ne jouit pas de la mort.

Si nous, communistes, anarchistes, nous ne combattons pas cela, si nous pouvons nous réjouir bestialement de l’assassinat ou de l’exécution de tel ou tel salopard patenté, sans que cela nous pose de problème de conscience, il faut se dire que nous ne sommes pas sur la bonne voie. Du tout.

Voilà pourquoi aujourd’hui je poste cette BO de ce film.

Si nous sommes capables de penser ou de dire sans ciller "Viva la muerte", cela ne suffit évidemment pas à faire de nous des fascistes, mais cela affaiblit notre "désir de communisme" et surtout, cela affaiblit la possibilité d’une construction communiste, car alors, nous faisons un pas dans la direction de notre ennemi irréconciliable, le fascisme, en embrassant, y compris à notre corps défendant, une partie de ses conditions mentales et psychologiques.

Nous ne construirons rien de bon jamais nulle part si nous nous comportons comme ceux que nous combattons. Et ce n’est pas , encore une fois, ni une injonction à la non violence bébête, ni un appel au renoncement, au faux consensus (pas de consensus avec le fascisme et les fascistes, JAMAIS) c’est à la rigueur un appel à se pencher sur la question de la construction d’un embryon de morale, ou d’éthique, communiste.

Si nous faisons l’économie de cette question dans le mouvement ouvrier toutes nos victoires seront de courte durée, et tout ce que nous construirons sera amené à s’effondrer de nouveau....

Messages

  • Le capitalisme et avant lui toutes les systémes d’oppression furent des crimes perpetuels contres les peuples,peuples qui n’ont aucun moyen de se défendre si ce n’est la révolution ,qui est l’emergence de l’amour de l’humanité.
    Il est impossible parfois pendant des siecles d’empecher de nuire,de mettre hors d’état de tuer par exploitation,par misére,par guerre ,le pouvoir
    .
    La rage,la colére ,la vengeance se substituent alors à la lutte et la légitime défense,l’immense colére devant les responsables peut conduire à non seulement se réjouir mais aussi souhaiter la mort de ceux qui la donnent pour s’enrichir et dominer.
    Je crois que c’est baboeuf qui a dit",vous nous avez traités comme des chiens ,nous nous rebéllons comme des chiens.
    "
    Mais nous sommes l’avenir,nous sommes l’aube,nous sommes l’enfant qui naît,nous devons être devant nos pires ennemis comme déja le nouvel agé humain.
    C’est tres difficile ,mais c’est nécéssaire de ne pas leur ressembler,ne pas leur faire cette joie de voir en nous le désir de mort ,comme si nous prenions leur armes ,leur outils pour construire notre avenir.
    la lutte est aussi contre nous,contre les sequelles séculaires de l’injustice,de l’ecrasement de nos vies,mais c’est aussi une belle victoire sur nous et contre eux d’enfin dire "vive l’intelligence"

    Cet effort psychologique necéssite aussi de refuser justement par intelligence ce genre d’explications "l’exposition des ressorts psychanalytiques du fascisme, "tout simplement parcequ’il n’y a pas de matiére psychanalytique fasciste .

    ha bon le3eme reich tient au complexe d’eodipe non résolu d’adolf ?ou même de la quasi totalité de l’allemagne ?
    je suis certain que le marxisme n’est pas une science mais il rend mieux compte du fascisme qu’une pseudo science .

  • on rappelle aux jeunotsl’épisode ?

    Millàn Astray,prononce à l’ Université de Salamanque un discours d’une violence inouïe. Il vitupère contre les Catalans et les Basques, » véritables cancers de la nation », et il termine par un nouveau slogan : «  Espagne une ! Espagne grande ! Espagne libre ! ».

    C’est alors que le public applaudit avec acquiescement, que MIGUEL de UNAMUNO se lève. Il est très pâle :

    « Vous attendez tous ce que je vais dire. Vous me connaissez et savez que je ne peux garder le silence. Il y a des circonstances où se taire est mentir. Car le silence peu être interprété comme une approbation. Je voudrais ajouter quelque chose au discours, si on peut l’appeler ainsi, du général Millàn Astray, présent ici parmi nous.
    Ne parlons pas de l’affront personnel que m’a fait subir sa violence vitupération contre les basques et les catalans. Je suis moi-même né à Bilbao. L’ évêque aussi, que ça lui plaise ou non, est Catalan de Barcelone ».
    Comme un diable sorti de sa boite, rouge de colère , Millàn Astray se dresse et hurle :
    « VIVA LA MUERTE ! » .

    Une colossale clameur s’élève de la foule, où il est malaisé de distinguer à qui elle s’adresse. UNAMUNO reste impassible, il attend que le silence revienne pour poursuivre :

    « Je viens d’entendre ce cri morbide et dénué de sens : Vive la mort ! Et moi qui ai passé ma vie à façonner des paradoxes qui ont soulevé l’irritation de ceux qui ne saisissent pas, je dois vous dire en ma qualité d’ expert, que ce paradoxe barbare est pour moi répugnant

    . Le général Millàn Astrey est un infirme. Disons-le sans arrière-pensée discourtoises, il est invalide de guerre.

    Cervantès l’ était aussi. Malheureusement, il y a aujourd’hui beaucoup trop d’infirmes. Il y en aura bientôt encore plus si Dieu ne nous vient pas en aide. Je souffre à la pensée que le général Millan Astreay pourrait fixer les bases d’une psychologie de masse. Un infirme qui n’a pas la grandeur spirituelle d’un Cervantès recherche habituellement sont soulagement dans les mutilations qu’il peut faire subir autour de lui. Cette Université est le temple de l’intelligence, et j’en suis un grand prêtre. C’ est vous qui profanez son enceinte sacrée, vous vaincrez parce que vous possédez plus de force brutale qu’il vous en faut. Mais vous ne convaincrez pas car, pour convaincre, il faudrait avoir ce qui vous manque :
    La raison et le droit dans la lutte.

    Je considère comme inutile de vous exhorter à penser à l’ Espagne . J’ai terminé. »

    ...
    A.C

    • Merci beaucoup, Alain. Je ne trouvais pas le discours de Unamuno...

    • euh... pourquoi spécialement aux jeunots ?
      non, j’dis ça hein...

      moi, je sais qu’une chose c’est que dès que l’on militarise une situation, ça tourne à l’horreur.
      moi propos n’est pas non violent non plus.
      mais tout simplement psychologique. dès qu’on donne une occasion à des esprits de s’exprimer de façon armé, la violence qui avait déjà existé comme moteur des élans de contestation, de manifestations jusque là non armée, mais qui avait déjà embrouillé les esprits de dynamique chaotique, réactionnelle, où l’on ne prend plus de distance à l’égard de ce qu’on voit et entend de l’autre qui s’exprime, et où l’on s’exprime du tac au tac et de façon globalement mimétique, prend une ampleur sans précédent avec la domination du climat par le danger de mort du fait des armes.

      il est évident pour moi que la transition de régime ne puisse se faire par les voies du vote prétendument démocratique à l’américaine comme viennent de le lancer les traitres bourgeois avec leur primaire (ça n’a pas l’air mais ce sont encore les ps qui viennent de doubler la droite dans l’américanisation de l’europe). il n’y a plus de choix de changement politique par l’intermédiaire du système d’oligarchie bourgeoise jusque là pratiqué.
      donc il faut en passer par un changement hors vote.
      sauf que là
      les imaginations jusque là bridées et frustrées sont automatiquement tentées par la violence, c’est à dire le viol, l’anéantissement, du discours de la conscience prenant de la distance AVANT l’action.
      et que donc ça risque automatiquement de déboucher sur une catastrophe humaine et sociale.
      ces mécanismes sont très bien connus des instances internationales qui ont fabriqué les prétendues révolutions arabes dont celle de libye.
      ils font exactement ce que je décris comme crainte de ma part.
      ils utilisent précisément tous les mécanismes érotiques des frustrations populaires afin d’en manipuller l’énergie autodestructrice.
      ce que nous voyons en fait dans ces pays, avec ce dernier lynchage, c’est le plan de destruction totale des économies culturelles populaires afin d’interdire toute construction démocratique.

  • Salut La Louve,
    j’apprécie souvent tes articles et partage tes positions, encore une fois tu place l’éthique révolutionnaire à un très haut niveau. Les staliniens mal repentis et autres septembrisseurs potentiels devraient en tirer lecon car si la violence (révolutionnaire) est parfois nécessaire, la brutalité ne l’est jamais.