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8 decembre 1980 John Lennon (video)

vendredi 9 décembre 2011, par New York

John Winston Ono Lennon MBE (né John Winston Lennon le 9 octobre 1940 à Liverpool, et mort assassiné le 8 décembre 1980 à New York) est un musicien, auteur-compositeur, guitariste, chanteur et écrivain britannique. Il est le fondateur des Beatles, groupe musical anglais au succès planétaire depuis sa formation au début des années 1960. Au sein des Beatles, il forme avec Paul McCartney l’un des tandems d’auteurs-compositeurs les plus influents et prolifiques de l’histoire du rock, donnant naissance à plus de 200 chansons.

Adolescent, influencé par ses idoles américaines du rock ’n’ roll, il est emporté par la vague de musique skiffle qui sévit à Liverpool et fonde en 1956 le groupe des Quarrymen, qui évoluent pour devenir, avec Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr, les Beatles. De Please Please Me en 1963, à Let It Be en 1970, les Beatles deviennent un des plus grands phénomènes de l’histoire de l’industrie discographique, introduisant de nombreuses innovations musicales et mélangeant les genres et les influences. Lennon occupe une place centrale dans cette réussite populaire, critique et commerciale, composant une bonne partie des succès du groupe. Les dissensions entre les musiciens, en particulier entre Lennon et McCartney, mettent fin à l’aventure en 1970.

Lorsque les Beatles se séparent, John Lennon se consacre à sa carrière solo, épaulé et inspiré par sa femme Yoko Ono, artiste japonaise d’avant-garde. Ono et Lennon forment alors un des couples les plus médiatisés du monde, aussi bien pour leur art que pour leur engagement politique. Ils créent le Plastic Ono Band, groupe à géométrie variable où ils sont accompagnés d’amis sur scène et en studio. En 1971, John Lennon compose l’une de ses chansons les plus emblématiques, Imagine ; l’album du même nom est également son plus grand succès commercial en solo. Lennon se retire de toute activité publique en 1975 pour s’occuper de son fils nouveau-né Sean, puis reprend sa carrière en 1980, quelques semaines avant d’être assassiné par Mark David Chapman, devant sa résidence du Dakota Building à New York.

Outre sa musique, Lennon est également célèbre pour ses nombreuses prises de positions, notamment pacifistes, à partir de la fin des années 1960. Ses activités et son engagement, notamment contre la guerre du Viêt Nam, lui valent des ennuis réguliers avec le gouvernement des États-Unis, qui tente de l’expulser. Personnalité complexe, il fait preuve d’un humour acerbe, teinté d’absurde et de non-sens, et se démarque également par son caractère parfois violent et conflictuel, en contradiction avec son image de représentant de l’idéal pacifiste. Il montre des talents dans les domaines de la peinture et de l’écriture, joue dans plusieurs films, et réalise des courts-métrages expérimentaux.

Trente ans après sa mort, il est l’un des artistes les plus populaires du XXe siècle et incarne le mouvement pacifiste peace and love des années 1960 et 1970. Un rassemblement à sa mémoire continue d’avoir lieu à New York chaque 8 décembre, date de sa mort, et plusieurs mémoriaux sont érigés en son honneur à travers le monde.

http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Lennon

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Messages

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    Février 1971, Tariq Ali et Robin Blackburn, alors membres de l’International Marxist Group, section britannique de la IVe Internationale, avaient réalisé une longue interview de John – avec sa compagne, Yoko Ono – pour The Red Mole (La Taupe rouge), le journal de l’IMG. Ce sont deux extraits de ce texte que nous publions ci-après.

    «  Comprendre ce qu’a fait le système de classe, sortir de toute cette merde bourgeoise  »

    Tariq Ali – Ton dernier disque et tes déclarations publiques les plus récentes, en particulier tes interviews à Rolling Stone Magazine, donnent à penser que tes opinions deviennent de plus en plus radicales et politiques. Quand cela a-t-il commencé  ?

    John Lennon – Tu sais, j’ai toujours été politiquement conscient, et contre le statu quo. C’est assez élémentaire quand tu as grandi, comme c’est mon cas, dans la haine et la crainte de la police comme un ennemi naturel, et dans le mépris de l’armée comme quelque chose qui emmène les gens au loin et les laisse morts quelque part.

    Je veux dire que c’est juste quelque chose d’élémentairement ouvrier, bien que cela commence à s’estomper quand tu deviens plus vieux, te retrouves avec une famille et te fais avaler par le système.

    En ce qui me concerne je n’ai jamais été apolitique, même si la religion a eu tendance à recouvrir la politique dans mes années acide, autour de 1965-66. Cette religion était elle-même un résultat de toute cette merde de superstars – la religion était un exutoire à mon oppression. Je me disais «  eh bien, il doit y avoir autre chose dans la vie, est-ce que ça ne se trouverait pas là  ? On ne peut quand même pas en rester à ça  ?  »

    Mais tu sais, dans un sens j’ai toujours été politique. Dans les deux livres que j’ai écrits, même s’ils étaient écrits dans une sorte de charabia à la James Joyce, il y a beaucoup de coups contre la religion et une saynète à propos d’un travailleur et d’un capitaliste. Je fais des satires du système depuis mon enfance. À l’école je rédigeais des magazines et les faisais circuler autour de moi.

    J’étais très conscient de ma classe, de mes origines, parce que je savais ce qui m’était arrivé et je savais la répression de classe qui nous tombait dessus – c’était un p… de fait mais il a disparu ensuite dans la tourmente du monde Beatle, et pendant un temps je me suis encore plus éloigné de la réalité.

    Tariq Ali – Que pensais-tu alors des raisons du succès de ce type de musique  ?

    John Lennon – Eh bien, à l’époque on pensait que les travailleurs avaient gagné leur place, mais rétrospectivement je me rends compte que c’est la même escroquerie qu’ils font aux Noirs, comme quand ils permettent à des Noirs de devenir des athlètes, des boxeurs ou des artistes de variété. C’est le choix qu’ils vous permettent – maintenant, l’exutoire est d’être une pop star, c’est vraiment ce que je dis sur l’album dans Working Class Hero [«  Héros de la classe ouvrière  »]. Comme je l’ai dit à Rolling Stone, ce sont les mêmes gens qui ont le pouvoir, le système de classe n’a pas changé d’un iota.

    Bien sûr, il y a maintenant beaucoup de gens qui marchent dans la rue avec les cheveux longs, et des gamins de la classe moyenne avec de jolis vêtements. Mais à part le fait qu’on s’est tous un peu déguisés rien n’a changé, ce sont les mêmes salauds qui dirigent tout.

    Robin Blackburn – Évidemment, les questions de classe sont quelque chose que les groupes de rock américains n’ont pas encore abordé.

    John Lennon – Parce que ce sont tous des bourgeois ou des petit-bourgeois, et qu’ils ne veulent pas le montrer. En réalité ils ont peur des ouvriers, parce qu’aux États-Unis les ouvriers semblent majoritairement de droite, s’accrochant à leurs biens. Mais si ces groupes de classe moyenne comprennent ce qui se passe, et ce qu’a fait le système de classe, c’est à eux de faire revenir ces gens à gauche et de sortir de toute cette merde bourgeoise.

    Tariq Ali – Quand as-tu commencé à rompre avec le rôle qui t’était imposé en tant que Beatle  ?

    John Lennon – Même à l’apogée des Beatles, j’ai essayé d’aller contre ça, comme l’a fait George [Harrison]. Nous nous sommes rendus à quelques reprises aux États-Unis et [le manager des Beatles, Bob] Epstein nous écrasait toujours sous ses recommandations de ne rien dire à propos du Vietnam. Alors un moment est venu où George et moi lui avons dit «  Écoute, la prochaine fois qu’ils posent la question, nous allons dire que nous n’aimons pas cette guerre et pensons qu’ils devraient en partir maintenant  ». C’est ce que nous avons fait. À cette époque c’était quelque chose d’assez radical, en particulier pour les «  Fab Four  » [les «  quatre fabuleux  »]. C’est la première fois que j’ai un peu agité le drapeau.

    Mais tu dois te rappeler que je me suis toujours senti réprimé. Nous étions tellement sous pression que nous n’avions pratiquement aucune possibilité de nous exprimer, en particulier en travaillant à ce rythme, continuellement en tournée et enfermés dans ce cocon de mythes et de rêves. C’est assez dur quand tu es César, que tout le monde te dit que tu es formidable, qu’ils te donnent toutes ces belles choses et ces filles, c’est assez dur de rompre avec tout ça et de dire «  Eh bien je ne veux pas être roi, je veux être vrai  ». Alors dans un sens, la seconde chose politique que j’ai faite a été de dire «  Les Beatles sont plus importants que Jésus  ». ça a vraiment été un scandale, et aux États-Unis on m’a presque tiré dessus, à coups de feu. ça a été un traumatisme pour tous les gamins qui nous suivaient. Jusqu’à ce moment-là, il y avait cette politique non dite consistant à ne pas répondre aux questions délicates, même si je lisais toujours les journaux, tu sais, les articles politiques.

    La conscience permanente de ce qui se passait me faisait me sentir honteux de ne rien dire. J’ai éclaté parce que je ne pouvais plus jouer ce jeu davantage, c’était trop pour moi. Bien sûr, le fait d’aller aux États-Unis a augmenté la pression sur moi, en particulier avec cette guerre qui continuait. Dans un sens nous étions devenus un cheval de Troie. Les «  Fab Four  » sont montés tout droit au sommet et à ce moment-là se sont mis à chanter sur les drogues et le sexe, je suis entré alors dans des trucs de plus en plus durs, et c’est alors qu’ils ont commencé à nous descendre en flèche.

    Robin Blackburn – N’était-ce pas une attaque aussi contre tu ce que avais fait depuis le début  ?

    Yoko Ono – Tu as toujours été très direct.

    John Lennon – Oui, sans doute, la première chose que nous avons faite a été de proclamer aux yeux du monde notre identité liverpoolienne, et de dire «  C’est bien de venir de Liverpool et de parler comme ça  ». Avant, toute personne de Liverpool qui réussissait, comme Ted Ray, Tommy Handley, Arthur Askey, devait perdre son accent pour pouvoir passer à la BBC. Ce n’était que des humoristes mais c’est1 ce qui est venu de Liverpool avant nous. Nous avons refusé de jouer ce jeu. Après les premiers succès des Beatles, tout le monde a commencé à prendre un accent liverpoolien.

    Tariq Ali – Dans un sens, tu pensais politiquement même quand tu semblais t’en prendre à la révolution  ?

    John Lennon – Ah, bien sûr, [la chanson] Revolution. Il y a eu deux versions de ce morceau mais la gauche non officielle n’a pris que celle qui disait «  Ne comptez pas sur moi  ». La version originelle, celle qui s’est retrouvée sur le 33 tours, dit aussi «  Comptez sur moi  ». J’y avais mis les deux parce que je n’étais pas très sûr. Et il y avait une troisième version qui, elle, était abstraite, de la musique concrète, avec des sortes de boucles, des gens en train de hurler. Je pensais que je dessinais une image sonore de la révolution – mais tu sais, je me suis trompé. En fait c’était de l’anti-révolution.

    Sur la version sortie en 45 tours je disais «  quand vous parlez de destruction, ne comptez pas sur moi  ». Je ne voulais pas être tué. Je ne savais vraiment pas grand-chose des maoïstes, seulement qu’ils semblaient si peu nombreux et cependant allaient se poster devant la police en attendant de se faire enlever de là. Je pensais juste que c’était peu subtil, que les véritables communistes révolutionnaires se coordonnaient entre eux un peu mieux et n’allaient pas hurler comme ça dans la rue. Venant de la classe ouvrière, je me suis toujours intéressé à la Russie et à la Chine, à tout ce qui a à voir avec la classe ouvrière, même si je jouais le jeu capitaliste.

    À un moment j’étais tellement pris dans les imbécillités religieuses que je me promenais partout en proclamant que j’étais un communiste chrétien, mais comme le dit [le psychanalyste] Janov, la religion c’est la folie légalisée. C’est la thérapie qui m’a débarrassé de tout cela et permis de comprendre ma propre souffrance […]

    Tariq Ali – Comment penses-tu, John, que nous pourrions détruire le système capitaliste ici en Grande-Bretagne  ?

    John Lennon – À mon avis, uniquement en rendant les travailleurs conscients de la situation réellement malheureuse dans laquelle ils se trouvent, en brisant le rêve qui les entoure. Ils croient être dans un pays merveilleux et libre. Ils ont des voitures et des télévisions et ne veulent pas penser que dans la vie il y a quelque chose de plus. Ils sont préparés à laisser les patrons les diriger, à voir leurs enfants maltraités à l’école. Ils font un rêve qui est celui de quelqu’un d’autre, même pas le leur. Ils devraient comprendre que les Noirs et les Irlandais sont harassés et réprimés, et que leur tour viendra ensuite.

    Dès qu’ils commenceront à être conscients de cela, nous pourrons réellement commencer à faire quelque chose. Les travailleurs peuvent commencer à prendre le pouvoir. Comme l’a dit Marx, «  à chacun selon ses besoins  ». Je pense que ça marcherait bien ici. Mais nous devrions aussi infiltrer l’armée, parce qu’ils sont bien entraînés pour nous tuer tous.

    Nous devrions commencer tout cela là où nous sommes nous-mêmes opprimés. Je pense qu’il est faux, superficiel, de donner à d’autres quand tes propres besoins ne sont pas satisfaits. Il ne s’agit pas de consoler les gens, pas de faire en sorte qu’ils se sentent mieux mais qu’ils se sentent plus mal, de leur montrer en permanence toutes les dégradations et humiliations qu’ils subissent pour pouvoir obtenir ce qui est appelé un salaire vital. o

    1. Pour les élites londoniennes et du sud de l’Angleterre, le liverpoolien et son accent symbolisaient la rugosité et l’arriération de la classe ouvrière.