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Le chanteur Michel Tonnerre est décédé (vidéos)

mardi 3 juillet 2012, par Lorient

photo : Xavier Dubois

Le chanteur et compositeur lorientais Michel Tonnerre est décédé ce mardi matin, à Lorient, des suites d’un cancer.
Il avait 63 ans.

Originaire de Groix, Michel est auteur et interprète de nombreux chants de marins passés dans le répertoire « traditionnel ».

Dans les années 70, il crée avec des copains une sorte de formation anachronique où tout le monde peut chanter en chœur de vieux refrains d’embruns et quelques œuvres personnelles : le groupe Djiboudjep voit le jour avec, dans ses tiroirs, des chansons qui rentreront peu de temps après dans l’héritage marin, telles Quinze marins ou encore Satanicles deux chansons tellement authentiques qu’elles entrent immédiatement dans la légende.

Des dizaines de titres suivront, avec le même polissage des mots, la même patine des phrases.

Avant que Michel Tonnerre n’entame une carrière solo, avec des chansons inoubliables comme Mon petit garçon, Les filles de New- York City ou encore Rock Island… Source


Michel Tonnerre, Le dernier pirate.
Le telegramme

Le Lorientais Michel Tonnerre vient de livrer son 7ème livret de navigation musicale. Le poète pirate, très malade, nous raconte ses souvenirs de bourlingueur. Embarquement.

Ar Mor, votre septième album, est sorti récemment chez Coop Breizh. Sans surprise, on retrouve les univers de ports interlopes, de voyages périlleux sur des océans lointains, de mousse aux yeux qui brillent quand ils regardent le large...

La mer, c’est mon univers. Depuis toujours : chez moi, on a tous cette passion. Mon grand-père s’est embarqué à 13 ans sur les thoniers de Groix. Et mes parents travaillaient avec les marins : mon père, mareyeur groisillon, s’était installé avec son frère et m’a transmis l’amour de ce métier. Je suis même rentré au lycée pour devenir officier de la marine marchande. Mais bon, j’étais trop flemmard... Aujourd’hui encore, tu me mets sur un cargo, et je pars tout de suite.

Comment finit-on par faire glisser l’encre après avoir toujours voulu lever l’ancre ?

L’écriture, ça m’est venu comme ça, sans prévenir. Je me souviens de ma première chanson : j’ai eu un flash. Bien sûr, quand j’étais adolescent, j’avais écrit des petites chansons légères, un peu à la con... Mais là, les mots sont sortis tout seul. A ce moment là, j’avais 18 ans et j’étais au lycée de Kersa, à Paimpol. Près du sillon de Talbert, il y avait un resto, et c’était le point de rendez-vous des copains, chaque week-end. C’était devant le Sillon de Talbert. Comme aujourd’hui, je me suis posé et j’ai tout écrit d’un bloc, sans rature, sans revenir dessus... A la base, j’étais très matheux et pas du tout littéraire. Un type qui écrit en vers, il doit être fort en maths. Parce qu’une chanson, c’est carré. Moi, j’ai toujours eu du mal à écrire de la prose. Quand j’écris, c’est automatiquement en vers. Parfois, je me réveille la nuit, et j’écris en vers. Toute une chanson. Et le lendemain, je ne me souviens pas avoir écrit ça.

Votre première scène ?

Ma première scène... Je crois que c’était à l’école. "The House of the Rising Sun" (The Animals). A 16 ans. Et ça m’avait déjà plus inspiré que le reste. Faut dire que l’école, ce n’était pas trop mon truc. Mais chanter, ça... Ensuite, je me suis lancé. Avec un copain, qui jouait de la guitare, on jouait devant des marins qui fréquentaient le dernier bar à putes de Lorient. Ce sont d’ailleurs ces dames qui prenaient le pognon des marins, à la suite des représentations, et qui nous le remettaient. On chantait du Graeme Allwright, du Hugues Aufray, des trucs de boy-scout... C’était pas mal, comme apprentissage. Mais comme ça m’embêtait de ne rien avoir dans les mains, je me suis mis à la guitare. Avec une guitare entre les bras, les filles vous tendent plus facilement les leurs. Et le soir, dans ma chambre de pension, dans le noir, je plaquais les cordes de ma guitare pour qu’elles ne vibrent pas... Et j’apprenais les accords. C’est comme ça que j’ai appris à jouer, même s’il faut l’avouer, je suis un très mauvais guitariste.

L’époque Djiboudjep s’est refermée sur un claquement de porte ?

Oui... J’ai écrit beaucoup à cette époque, surtout du chant de marins, pour Djiboudjep. On tournait beaucoup, en jouant partout. On dormait un peu n’importe où. Un soir, on s’est allongés au milieu de 250 vaches, dans l’étable. A la fin, j’en ai eu marre et je l’ai dit. Ça a provoqué quelques engueulades et j’ai quitté le groupe. Plus tard, on s’est un peu fâchés, avec Mickael (Yaouank)... Mais le temps a arrangé tout ça.

Et les rêves d’embarqué ?

Ils ne m’avaient pas quitté. Mais d’abord, je suis rentré dans l’entreprise de mon père. J’adorais ce boulot. Mais bon, ça n’a pas vraiment marché comme je le voulais. J’ai sans doute voulu aller trop vite. Il fallait beaucoup de liquidités et les banques ne prêtaient plus. En même temps, j’ai monté une affaire d’import-export avec un gros client espagnol. Et j’ai fait de la prison là-bas. Pour eux, il y avait évasion de devises... Un mois et demi en prison, mais ce n’était pas si terrible. Je rédigeais des lettres et des mots pour les détenus espagnols qui ne savaient pas écrire. Ça m’a d’ailleurs permis d’apprendre l’espagnol. On a fait appel au fisc en France et à la Douane pour qu’il vérifie nos comptes. Et on était cleans. En revenant en France, ça s’est gâté. Ma femme est partie, l’entreprise a fait faillite. J’avais 38 ans. C’était le moment de me barrer au loin. Un jour, j’ai rencontré ce type qui faisait du cabotage. On est devenu amis et j’ai embarqué pour la Nouvelle Calédonie, à bord de son cargo. J’ai découvert le Vanuatu, la Papouasie-Nouvelle Guinée, les îles Salomon... C’est en revenant à Lorient que j’ai décidé de monter mon groupe et je me suis vraiment investi dans la chanson.

Nombre de vos chansons sont devenues des classiques, des chansons qu’on pense hériter du répertoire traditionnel, sans savoir qu’elles ont été écrites par un auteur contemporain... N’est-ce pas un peu frustrant, parfois ?

Non, cela me fait sourire. Au festival de chants de marins de Paimpol, un samedi soir, je me promenais et, à droite ou à gauche, je n’entendais que mes chansons. Sur un bateau, un groupe de chanteurs allait se lancer sur ce que le chef de chœur avait appelé, pour les spectateurs, "un chant traditionnel". Et puis, en se retournant, il dit : "Et justement, voilà son auteur qui passe derrière nous". Les gens ne comprenaient plus...

« Il faut chanter la joie, l’amour, jusqu’au bout. »

Vous évoquez souvent "Libertalia", votre opéra pirate, qui n’a été joué que deux fois...

En 1996, j’ai écrit et réalisé cet opéra pirate inspiré de mes lectures et des écrits de Daniel Defoe, sur cette île où s’était créée une microsociété... Sur scène, j’étais Misson, un marin qui se retrouve, à la suite d’un combat en mer, seul officier à bord de la Victoire. Avec son équipage, ils vont délivrer les esclaves puis créer une société libertaire : une petite colonie de 300 personnes, sur une île de l’archipel de Diego-Suarez. Mais l’utopie de libertad s’acheva dans le sang... Ce spectacle n’a été joué que deux fois à Ploemeur. Trop cher, trop compliqué à mettre en place. Et pourtant, on a fait le plein, avec 700 personnes à chacune des deux représentation. On avait pas d’argent pour le refaire. C’est un vrai regret.

Quel pirate auriez-vous aimé être ? Plutôt Long John Silver ou Rackham le Rouge ?

Ah ça, oui, j’aurais aimé être un pirate. La mer, le vent qui claque dans les voiles, la liberté et l’envie de partir sans revenir. Pas de maître, juste les compagnons de bord. J’ai toujours adoré les pirates, je crois que j’ai lu tout ce qui touche à la piraterie. Si j’avais pu y être, j’aurais été un pirate élégant, un peu à la Jack Sparrow, avec cette touche de Keith Richards...

Votre plus beau concert ?

Il y a eu beaucoup d’émotion, beaucoup de plaisir sur scène. Il y a eu aussi des moments... étonnants, comme ce concert au Festival Interceltique, sur une barge, dans l’avant-port. Les organisateurs n’avaient pas vraiment tenu compte des marées. Et on a terminé à jouer dans la vase !

Mon plus beau concert, c’était le dernier, à Paimpol, en 2011. Il y avait là 6000 personnes qui m’avaient réservé un super accueil. Dès que j’ai commencé mes chansons plus douces, j’ai vu des gens pleurer, au premier rang. Et quelle ovation, quand j’ai retiré mon chapeau ! J’avais perdu mes cheveux, à cause de ma maladie... Et ils m’ont applaudi pendant de longues minutes. Je ne m’y attendais pas...

Votre maladie ne vous permet plus de remonter sur scène...

J’en parle très librement. Il n’y a rien à cacher. J’ai un cancer. On sait que c’est incurable et inopérable. Je peux partir à tout moment. J’ai eu une belle vie, riche de belles choses. "J’ai brûlé ma vie pour des rêves d’enfant", comme dans ma chanson. Mais cela ne me donne pas envie de m’arrêter. J’ai encore beaucoup de projets. Il y a la matière pour un nouveau disque, et même pour deux. J’ai sans doute trouvé l’endroit pour enregistrer. Et puis, je veux faire un grand concert, peut-être à Ploemeur. J’y tiens. Même si mes jambes ne peuvent plus me porter, je veux remonter sur scène, quitte à chanter dans un fauteuil. Il faut chanter la joie, l’amour jusqu’au bout.

http://lorient.letelegramme.com/local/morbihan/lorient/ville/michel-tonnerre-le-dernier-pirate-05-03-2012-1622289.php

Paimpol, 2011 :

Extraits de l’interview accordé par Michel Tonnerre lors du Festival du chant de Marin à Paimpol (source) :

France3 - Laurianne Courson avait eu un coup de coeur pour Michel Tonnerre, l’artiste de l’île de Groix, le chanteur marin. Son reportage avait été diffusé le 10 mars 2010 :

Ecoutez l’émission "Festival du "Chant de Marin de Paimpol" avec Pierre Morvan et Michel Tonnerre, Maurane " du 2 septembre 2011 :
- http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=147939


Dernier album de Michel Tonnerre : "Ar Mor"

"De la terre de feu aux ports interlopes, l’homme vit de la mer. Des côtes d’Europe, des roches du Fromveur, aux clapots insidieux, l’océan bat sa coulpe sur les flancs des chevaux, alezans blancs d’écume, percherons de Bretagne...

J’ai toujours tenté dans mes chansons de décrire la mer à travers le travail des hommes qui s’en nourrissent et gardent au fond d’eux la peur qu’elle leur inspire et l’amour qui les hante.

Des chansons de caboulots aux chants de travail, ils parlent de leur femme ou de leur connaissance qui les attendent là-bas, bien loin, au pays.

Sur les grands voiliers et les morutiers, ils sont amatelotés, ils se protègent mutuellement, selon des lois bien précises. Mais ils pensent toujours, du fin fond de leur couche humide et sale, à la Manon de Locquirec, ou la Téva des Tuamotu, jusqu’à la Najoua d’Algérie, sans oublier la fille du grand Moghol.

Bref tous ces souvenirs sont ancrés dans leur tête. Le marin ne parle pas, ou peu, il garde ses secrets, préférant des récits imaginaires, plus fantasmagoriques les uns que les autres.

A l’auberge du Quiqu’engrogne, le bastringue déambule ses notes, la p’tite Anna joue du concertina.

Billy n’est pas arrivé ce matin. Son frère s’est enfui tailler la route à terre, laissant sa famille en deuil de deux garçons.

Je suis un raconteur d’histoires, mais aussi un matelot qui a bourlingué, passé les trois caps : Horn, Bonne Espérance et Lewin. Je suis un marin au long cours embarqué sur le Marlborough, j’ai foulé des sables rouges, blancs et noirs et ai goûté à la férule des plus fameux capitaines.

Alors, embarquez, embraquez, souquez, hissez, virez !

Le silence majestueux du grand navire, toutes voiles hautes, vous lèvera son étrave, tel un cheval sauvage.

Destinations lointaines..."

- http://michel.tonnerre.perso.sfr.fr

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