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Plus de 9 ans après, un juge israélien doit se prononcer sur l’assassinat de Rachel Corrie

dimanche 26 août 2012

Le 28 août prochain, soit plus de 9 ans après l’assassinat de leur fille, écrasée par un bulldozer militaire israélien dans la bande de Gaza, les parents de Rachel Corrie, vont entendre le jugement d’un tribunal de Haïfa, concernant la plainte qu’ils ont déposée contre le ministre israélien de la Défense.

La famille Corrie va faire à nouveau tout le voyage à partir des Etats-Unis, pour savoir si la justice israélienne reconnait enfin la responsabilité des dirigeants en place au moment où leur fille Rachel, 23 ans, a été écrasée par un bulldozer israélien, alors qu’elle tentait d’empêcher la démolition d’une maison palestinienne dans la bande de Gaza.

Meurtre dont le gouvernement israélien a refusé d’assumer la responsabilité jusqu’ici, bien que de nombreux témoins, présents sur place aient témoigné du fait que l’acte des deux soldats à bord du bulldozer, le 16 mars 2003, ne pouvait être accidentel.

Après avoir tout fait pour classer l’affaire "sans suite", et empêché les témoins d’entrer en Israël, le gouvernement israélien se trouve contraint, par la ténacité de ses parents, de voir l’affaire revenir devant un tribunal israélien.

Une "enquête interne" de l’armée israélienne a tenté de blanchir les deux soldats, en prétendant qu’ils n’avaient pas vu Rachel Corrie, devant la maison de ce médecin palestinien, à Rafah. Mais les déclarations des témoins, confirmées par des preuves photographiques, montrent Corrie, vêtue d’une veste fluorescente orange, un mégaphone à la main, face au bulldozer, pendant plusieurs heures. Elles montrent aussi les traces du passage du bulldozer sur le corps de Corrie, quelques instants après qu’elle ait été écrasée.




Tom Dale, militant britannique, qui se trouvait près de Corrie au moment où elle a été tuée, écrivait deux jours plus tard qu’elle avait grimpé au sommet d’un monticule de terre, et que les militants tout proches criaient au conducteur du bulldozer d’arrêter.

Le bulldozer, écrit-il, « a poussé Rachel, d’abord sous sa pelle, puis sous sa lame, et il a continué à labourer son corps jusqu’en dessous du cockpit. Il est resté sur elle pendant quelques secondes, avant de faire marche arrière. Il a fait marche arrière avec la lame baissée, ce qui fait qu’il a raclé son corps une seconde fois ».

Même si Israël a refusé à Ahmed Abu Nakira, le médecin de Gaza qui a donné des soins à Rachel Corrie, l’autorisation d’assister à l’audience et de pouvoir être interrogé par liaison vidéo, tout montre que la jeune fille a été écrasée intentionnellement. (Le parlement israélien, contrairement au droit international, a voté une législation rétroactive rendant impossible à la plupart des Palestiniens d’intenter un procès contre l’armée pour des préjudices subis dans les territoires occupés après septembre 2000.)

D’ailleurs, dans la période où Corrie a été tuée, trois jeunes Britanniques, également volontaires d’ISM, - Iain Hook, Tom Hurndall et James Millar - ont été abattus par des soldats israéliens.

Ne pouvant nier l’évidence, Israël s’est finalement proclamé "non responsable" parce que les actions de l’armée étaient des « actes de guerre » et parce que "Corrie s’était mise elle-même, imprudemment, en danger."

Mais les parents de Rachel, Craig et Cindy, d’Olympia dans l’Etat de Washington, n’ont cessé de poursuivre le combat pour la vérité et la justice, créant une fondation Rachel Corrie, encourageant la création de pièces de théâtre et de films, faisant connaître la cause qu’elle défendait et ses paroles en tant que jeune militante venue défendre les Palestiniens en butte aux exactions de l’armée israélienne.

Elle avait décidé de rejoindre à Rafah, l’organisation de résistance non-violente, International Solidarity Movement (ISM), pour essayer d’arrêter la démolition des maisons et des puits palestiniens.

Sa mère a écrit : "Ses e-mails qu’elle envoyait à la maison ont eu un fort impact sur notre famille, nous donnant une vision de la situation au Moyen-Orient que nous n’avions jamais eu avant.

Sans correspondance directe avec Israël et la Palestine, nous n’avions pas compris la nature dévastatrice de la situation des Palestiniens. Venant des Etats-Unis, notre allégeance et empathie avaient toujours été avec le peuple d’Israël.

Le mois précédent sa mort, Rachel nous avait envoyé le message suivant : "J’attends avec impatience de voir de plus en plus de gens qui voudront résister à la direction dans laquelle le monde avance, une direction où nos expériences personnelles ne sont pas pertinentes, où l’on prétend que nous sommes mauvais, que nos communautés ne sont pas importantes, que nous sommes impuissants, que notre futur est déterminé, et que le niveau le plus élevé de l’humanité est exprimé par la capacité à consommer tout et n’importe quoi dans les centres commerciaux."


La famille Corrie ne baisse pas les bras.

Aux Etats-Unis, elle a entrepris une action judiciaire contre la société Caterpillar, qui a fabriqué et fourni le bulldozer D-9R qui a tué Rachel et qui sert communément à détruire des maisons palestiniennes, ce qui constitue un crime de guerre.

En Israël même, elle revient pour savoir ce que le juge de Haïfa, Oded Gershon, va dire devant l’ensemble des témoignages accablants pour l’armée israélienne.

Et la Fondation Rachel Corrie, qu’elle a créée, poursuit son combat pour la justice et l’égalité des peuples, pour la fin de l’occupation de Gaza, de la Cisjordanie et Jérusalem-Est, en appelant tous les citoyens du monde à "faire preuve d’esprit de résistance comme les Palestiniens", à mener des "actions visibles pour dénoncer cette occupation et nos gouvernements qui s’en rendent complices", et à "se joindre à la campagne internationale BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions)", lancée par la société civile palestinienne en juillet 2005.

CAPJPO-EuroPalestine

http://www.europalestine.com/spip.php?article7555