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Monde libertaire n° 1464 du 8 au 14 février 2007

Publie le jeudi 8 février 2007 par Open-Publishing

Monde libertaire n° 1464 du 8 au 14 février 2007
Hebdomadaire de la Fédération anarchiste
adhérente de l’Internationale des fédérations anarchistes

« L’argent ne représente qu’une nouvelle forme d’esclavage impersonnel à la place de l’ancien esclavage personnel. »

Léon Tolstoï

Le sommaire :

Fonction publique en lutte ? par G.Chambat, page 3

SimCity rue d’Enghien, par M. Lhourson, page 5

L’autruche, par F. Ladrisse, page 5

Brèves de combat, page 6

Nouvelles des fronts, par Hugues, page 7

Avec le Medef tout est possible, par P. Schindler, page 8

SDF, sois malade et tais-toi, par J. Monjot, page 9

Les urnes ou la rue, par S. Mahé, page 10

Pénurie de professionnels de santé dans le monde, par L. N. page 12

Comprendre pour combattre, par N. Potkine, page 14

Circulez, par Nath et Gaël, page 15

Réponse abstentionniste, par Daniel, page 17

Daratt, par H. Hurst, page 18

Non, par J. Lesage de la Haye, page 19

Lectures libres, par S. Chemin, page 20

Affaire Granado et Delgado, par D. Pinós, page 21

Radio libertaire, page 22

Agenda, page 23

Éditorial

LE MOIS DERNIER a été l’occasion d’entendre la voix du Medef. Pour celui-ci, « l’entreprise c’est la vie ». Tout un programme, surtout au vu des licenciements qui continuent, du nombre d’accidents de travail et du taux de suicides sur les lieux de travail ou pour raisons professionnelles. L’entreprise c’est la vie, admettons, mais quelle vie ! Travailler toute la journée, toute la semaine, toute l’année…

Travailler, est-ce cela la vie ? Ne serait-ce pas ce que nous devrions faire par obligation pour nous permettre une certaine qualité de vie ? Le rôle du travail est inversé dans la société capitaliste. Nous passons notre vie à travailler pour que la vie de ceux qui nous font travailler soit meilleure. Ce qui est à remettre en cause, c’est la place du travail dans notre vie. Non un but en soi, mais un moyen pour subvenir à nos besoins.

Parisot propose un retour au quarante huit heures, pourquoi pas ! Si c’est quarante huit heures par mois, la question ne se pose pas. Mais elle s’empresse d’ajouter par semaine ! Et là, ça pose un problème. Déjà que
l’on passe notre temps au travail, cela supprimerait le peu de temps libre qu’il nous reste.

C’est comme pour le dimanche. Les consommateurs sont ravis, les patrons aussi. Mais iraient-ils travailler, eux, ce jour-là ?

Parisot voit dans la durée, et après la semaine de travail, elle s’attaque à l’âge du départ à la retraite ! En effet, selon les patrons, ils ont mieux à faire de leur argent, pour s’octroyer un juteux salaire par exemple, que de payer des gens qui ne font plus rien ! Ils préféreraient que les salariés puissent, à partir d’un certain âge, choisir ou non de partir à la retraite ou de continuer à travailler. Choisir ? Tu parles ! Évidemment, ceux qui pourront partir avec une retraite confortable le feront, mais ceux qui n’auront qu’une retraite misérable n’auront guère le choix ! L’entreprise c’est la vie. À la vie, à la mort !

Les patrons, eux, ne veulent guère avoir un salarié à vie et préfèrent un nouveau contrat indéterminé qui permettrait de licencier plus facilement ! En effet, les patrons veulent embaucher. Le problème est qu’ils veulent pouvoir virer aussi ! Tous ceux qui n’acceptent pas de se tuer à la tâche, tous ceux qui n’acceptent
pas de se faire dicter leur vie par les patrons qui imposent leurs journées de congés, leurs horaires, etc. Au moindre signe de fatigue ou de grogne, c’est « à la porte ! ».

Le travail, il faut l’aimer, avoir le « goût de l’effort » ou crever.

Et en prime un article :

Fonction publique en lutte ?

LE 8 FÉVRIER, les fédérations de la fonction publique appelleront à une journée de grève et de manifestations. Le mot « d’ordre » (puisqu’il paraît qu’il en faut un !) sera la défense du pouvoir d’achat des fonctionnaires, en réponse à la ridicule revalorisation accordée il y a quelques semaines par le gouvernement.

Un petit tour et puis s’en va…

Côté revendications, comme à l’accoutumée, se grefferont à cette exigence consensuelle doléances spécifiques à chaque secteur et expression d’un ras-le-bol général…

Et, sous la façade d’unité syndicale, les uns et les autres tenteront de se distinguer pour bénéficier d’une bonne exposition au 20 heures.

Une journée comme on en a l’habitude, une démonstration de force, ou de farce, suivant le point de vue adopté.

Côté moyens d’action, ce sera donc une journée de retenue sur la feuille de paye, le cortège derrière la sono et sous les ballons et la balade en car… La CGT alignera ses bataillons de communaux pour faire nombre. La CFDT fera, comme d’habitude, dans l’innovation, son secrétaire François Chérèque s’étant félicité à la radio du « pragmatisme » de sa fédération de cheminots, appelant à la manif mais… pas à la grève ! Modernité, quand tu nous tiens…

Y être ou ne pas y être ?

Y aller ou pas ? Être ou ne pas être… de la « fête » ? La même question se repose à chaque fois. Bien sûr, le syndicalisme que nous défendons, syndicalisme de lutte, porteur d’un autre projet de société, n’a qu’un
très lointain rapport avec ce qui va se jouer ce 8 février… Ni action directe, ni grève insurrectionnelle… La révolution n’est pas à l’ordre du jour !

Alors ? Devrons-nous bouder dans notre coin, au milieu de ceux et celles qui ne feront même pas l’effort de rester chez eux ce jour-là ? Ce « boycott » de la messe syndicale aura-t-il une quelconque valeur, quand bien même les raisons de refuser de participer à cette mascarade ne manquent pas ? Quelle position adopter ? Comme disait Prévert :

« Dis donc, camarade Soleil, tu ne trouves pas que c´est plutôt con de donner une journée pareille à un patron ? »

Nos tripes, notre conscience… nous dictent d’aller rejoindre ceux et celles qui seront descendus dans la rue, malgré tout. Mais n’y a-t-il comme alternative que se défiler ou défiler ?

Pour nous, une telle mobilisation n’a bien entendu de sens que si elle s’inscrit dans une dynamique de lutte. Sans autre perspective que la reprise après un petit tour en ville, elle ne suscitera aucun espoir chez les exploité(e)s…

Faisons le pari qu’il y a toujours quelque chose à jouer. Cette grève peut être l’occasion d’entamer le débat avec nos collègues pour secouer un peu la léthargie électorale et leur sortir la tête des sondages.

À quelques mois de l’élection présidentielle, cette grève mérite un effort d’analyse. À l’automne dernier, à l’appel des fédérations de l’éducation, une mobilisation similaire avait été un fiasco. Les « leaders » syndicaux avaient alors déclaré : « Dans la période actuelle, les salariés ne croient pas en la lutte sociale, ils préfèrent attendre de déposer leur bulletin, les élections leur semblant un outil plus efficace…

 » Les rangs clairsemés leur avaient donné raison… jusqu’à ce qu’un vent de révolte souffle sur ce secteur de l’éducation (grâce à l’aide inattendue d’un ministre des plus arrogants…) et que deux grèves se décident à l’appel d’une assemblée générale du 93, indépendante des syndicats et parvenant à déborder le cadre de la seule mobilisation départementale.

Classes en lutte ?

C’est en effet le dynamisme et la détermination des cortèges de l’éducation qu’il faudra observer le 8 février. Depuis 1995 le monde de l’école est resté en ébullition, pas une année sans qu’un secteur (les non-titulaires, les lycées professionnels), un département (le 93, l’Hérault…) ou l’ensemble de ces acteurs (contre Allègre à deux reprises ou encore en 2003) ne se soulève et pose petit à petit les bases d’un mouvement autonome et coordonné (à travers les fameuses assemblées générales de bahut, de ville, de département ou même nationales comme en 2003).

Personnels des écoles, des collèges et lycées participeront massivement à cette journée du 8 février. C’est quasiment acquis. Mais pour les établissements les plus en pointe, hors de question de s’arrêter là. Suite à la grève du 18 décembre dernier contre la remise en cause du statut des professeurs du secondaire (augmentation du temps de travail et redéfinition des garanties et des missions des enseignants), la colère monte. Pour la première fois, la totalité des syndicats s’étaient rencontrés et avaient lancé un appel à la grève. Même le très réactionnaire Calcina considérait la grève reconductible comme inévitable. Le soufflé est retombé du côté des bureaucrates mais pas de la base. Un, puis deux, puis trois établissements… ont adopté le principe d’une grève reconductible à partir du 25 janvier. Appel relayé par l’AG du 93, soutenue par les syndicats départementaux (SNES, CGT, SUD et CNT) puis rejointe par une autre AG dans le 94. Sud et la CNT ont fait un appel commun à la grève reconductible. La nouvelle journée de grève « autonome » du 30 janvier s’est achevée par une nouvelle AG régionale s’appuyant sur la journée du 8 février pour consolider la mobilisation, installer le mouvement dans la durée et élargir géographiquement
la lutte (en Guyane des établissements se sont mis en grève, en province des mouvements se dessinent).

Comme en 2003, la mobilisation dans l’éducation, peu efficace économiquement mais très visible socialement (des millions d’élèves concernés, sans parler de leur famille…), peut être un levier fort. À condition de tirer les enseignements du conflit sur les retraites et la décentralisation (manque de confiance dans l’autonomie du mouvement face aux directions syndicales, crainte d’utiliser tous les moyens d’action y compris la grève le jour des examens, suivisme et manque d’inventivité dans les modalités de lutte…).

Voter utile, c’est voter la grève !

Le 8 février, pour beaucoup, l’idée de peser sur la campagne sera mise en avant. Les directions syndicales se feront le relais de cette illusion, jouant les gros bras, parlant de coup de semonce, d’avertissement… Mais qui sait, en faisant prendre l’air aux drapeaux et aux banderoles, d’autres espoirs se lèveront peut-être.

L’idée que rien dans cette campagne ne laisse envisager un avenir meilleur fait son chemin. Le récent sondage publié par Libération sur les intentions de vote des enseignants est révélateur.

Renvoyant dos à dos les candidats, ces appuis traditionnels du PS sont justement ceux qui commencent à bouger.

Des revendications s’élaborent : refus de la précarité, défense d’une éducation égalitaire, augmentation des salaires, réduction du temps de travail… Exigences simples, que personne ne reprend à son compte et qui donc ne peuvent être portées que par les personnels eux mêmes.

Et cette méfiance envers les politiques se double d’une égale suspicion vis-à-vis de syndicats traditionnels qui n’ont peut-être pas senti que le vent pourrait tourner. Scrutant les paroles des candidats, inquiets du sort qui leur sera réservé, ils semblent incapables de dégager des espaces de contestation… à moins que le gros de leurs militants ne soit occupé ailleurs…

Cent et un ans après le congrès d’Amiens et sa fameuse charte, le mouvement syndical est bien en peine de réinventer une nouvelle voie émancipatrice pour les exploité(e)s.

Englué dans le principe de représentation et de délégation, il y a peu à attendre de ce rouage, à moins que les petites gouttes d’huile que nous sommes ne se transforment en grain de sable…

Grégoire Chambat

enseignant en collège CNT éducation 78
L’agenda du Monde libertaire :

Vendredi 9 février

Bordeaux

Concert organisé dans le cadre de la campagne nationale pour la libération des militants d’Action Directe avec : le cri du peuple (Bx – chorale révolutionnaire), la K-bine + Pisko mc (Paris - rap conscient), Khalifrat (Bx - Hip hop), Cartouche (Paris - Punk, ex-membres de Kochise, Cría Cuervos, Raymonde et les blancs becs), Dj Sublime, Intermèdes Slam, Jonathan II, à 21 heures, 7 euros, 22, rue du Commerce.

Périgueux (24)

À partir de 20 h30 projection du film « Juppé forcément », aux Thétards, 3, rue Sully, organisé par le collectif libertaire M. Jacob.

Samedi 10 février

Dijon (21)

Venez découvrir l’affiche politique et la caricature de 1870 à 1914 avec Michel Dixmier qui présentera en
vidéo-projection, avec un commentaire détaillé, un éventail d’affiches et de dessins caractéristiques de l’art social et révolutionnaire de la Belle Époque, à 18 heures, au local libertaire, 61, rue Jeannin.

Bordeaux

Débat avec Jacques Lesage de la Haye autour du thème de la question de l’enfermement et de la déviance en société libertaire. Jacques Lesage de la Haye a été condamné à vingt ans de réclusion en 1958 suite à des braquages. C’est en prison qu’il décide de reprendre ses études. Psychologue, psychanalyste reichien, il est aussi militant anarchiste et il a milité contre toutes les formes d’enfermement (luttes anticarcérale, l’Athénée libertaire, 7, rue du Muguet.

Saint-Lupicin (39)

Concert Anarchy in Jura, avec Sundance Kids (surf) + René Binamé (punk) + DJ Vide la Salle, « at the Moon », à 20 h 30. Infoline : groupelucio@no-log.org

Dimanche 11 février

Bordeaux

Projection de « Lola, une femme allemande », de Fassbinder, 1957. La projection sera suivie d’un repas végetarien à prix libre, à 18 heures, à l’Athénée libertaire, 7, rue du Muguet.

Marseille 1er

« Anar 4 heures » : goûter à prix libre et projection du film « Avec le sang des autres », de Bruno Muel, proposé par le groupe anarchiste de Marseille à 16 heures, à Mille Babords, 61, rue Consolat.

Paris 20e

Présentation de la Campagne pour la libération des prisonniers d’Action directe, infos, table de presse. Projection du film de Pierre Carles « Ni vieux, ni traitres » (1 h 30) à 17 heures, au Saint-Sauveur, 11, rue des Pannoyaux. Métro : Ménilmontant.

Lundi 12 février

Bordeaux

Apéro-tapas et présentation puis débat autour du livre « Du développement à la décroissance » de et avec Jean-Pierre Tertrais. Soirée organisée par le Cercle Jean-Barrué (FA, 33) dans le cadre de la tournée de février 2007 organisée par l’union départementale de Dordogne de la Fédération anarchiste, à 19 heures, à l’Athénée libertaire, 7, rue du Muguet.

Mardi 13 février

Ivry-sur-Seine (94)

Le groupe libertaire d’Ivry (FA) vous invite à une réunion publique d’information et de solidarité avec la Commune de Oaxaca et les révoltes sociales au Mexique. Avec la participation d’un camarade de retour du Mexique. À 20 heures au Forum Léo-Ferré, 11, rue Barbès. Métro : Ported’Ivry. Dès 19 h 30, accueil, bar et petite restauration.

Mercredi 14 février

Paris 11e

Débat autour de livre « Les Coulisses du commerce équitable », en présence de l’auteur Christian Jacquiau et de Michel Besson, fondateur de Andines et Minga. Projection du film « 0,01, Visages du commerce équitable », réalisé par Sandra Blondel et Pascal Hennequin, à 19 h 45, au CICP, 21ter, rue Voltaire.

Sarlat (24)

Débat autour de la décroissance avec Jean-Pierre Tertrais, à la salle Pierre-Denoix, centre culturel, avec le
Drapeau Noir Périgord.

Jeudi 15 février

Merlieux (02)

Rencontre avec un écrivain de polars que nous apprécions beaucoup, Patrick Pécherot, auteur de « Belleville-Barcelone » (2003), « Boulevard des Branques » (2005), de 18 heures à 21 heures, à la Bibliothèque sociale, 8, rue de Fouquerolles. Tél./fax : 03 23 80 17 09.

Périgueux (24)

Débat autour de la décroissance avec Jean-Pierre Tertrais, à la salle Jean-Grasset, NTP, avec le groupe Emma-Goldman de la FA

Vendredi 16 février

Saint-Claude (39)

Vidéo-débat : « Ni vieux ni traîtres », film de Pierre Carles pour la libération des prisonniers d’Action directe, au Coffre-Fort, rue de Bonneville, à 20 h 30, groupelucio@nolog.org

Monde libertaire n° 1464 du 8 au 14 février 2007
Hebdomadaire de la Fédération anarchiste
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