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Quand un « nouveau réac » définit le néoprogressisme...
Publie le lundi 2 janvier 2006 par Open-Publishing7 commentaires
Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, agrégé d’histoire, ancien éditorialiste à Libération, au Monde et à Courrier International, Alexandre Adler a été l’élève d’Althusser et militant communiste convaincu avant de se rallier à Jacques Chirac et à George Bush.
Son parcours lui permet de se poser en donneur de leçons. Chaque jeudi, sa chronique dans le Figaro est l’occasion de critiquer la gauche, les pacifistes et le mouvement altermondialiste. Epinglé dans le Nouvel Observateur, Alexandre Adler se devait de répondre...
Alexandre Adler est vexé. Il s’en défend en citant Shakespeare : « J’appartiens, en très bonne compagnie (Hélène Carrère d’Encausse, Alain Finkielkraut, André Glucksmann...), selon notre confrère Le Nouvel Observateur, à une nouvelle famille d’esprits, « les néoréacs ». Pour paraphraser le Shakespeare de Jules César : « Si tel était le cas, ce serait une lourde faute et lourdement devrons-nous en répondre un jour. » »
Pourtant, le conseiller éditorial du Figaro est furieux : l’éminent historien et éditorialiste multicartes - Alexandre Adler est également chroniqueur aux matins de France Culture et régulièrement invité sur le plateau de Ripostes - n’a pas du tout apprécié d’être mis en cause dans le dossier du Nouvel Observateur n° 2143 du 1er décembre consacré aux « nouveaux réacs ».
Sa riposte se devait d’être à la mesure de son omniprésence médiatique : en plus d’une lettre envoyée au Nouvel Observateur et publiée dans le numéro du 15 décembre, Alexandre Adler revient dans sa chronique hebdomadaire du Figaro daté du 08 décembre sur la polémique qui l’oppose au Nouvel Observateur.
« Néoréacs contre néocons ». Alexandre Adler ne s’embarrasse pas de politesses dès lors qu’il s’agit d’attaquer ceux qu’il qualifie de « néoprogressistes ». Rien de surprenant, Alexandre Adler l’avoue lui-même : « Depuis le 11 septembre, je suis en guerre » (1)
Une guerre qui se livre aussi à coups d’épithètes et de néologismes peu amènes...
Pour l’heure, Alexandre Adler se contentera de répondre à Laurent Joffrin qui distinguait quatre caractéristiques communes aux « néoréacs » : les néoréacs seraient en guerre depuis le 11 septembre 2001, ils critiquent l’existence d’une « cinquième colonne » antiaméricaine et antisémite surtout présente à gauche et à l’extrême gauche, dénoncent les « idiots utiles » pacifistes et aveugles acquis à une « culture de l’excuse » symptomatique de la décadence de l’Occident et de la dissolution de ses valeurs. (2)
Parodiant l’exercice de style de Laurent Joffrin, Alexandre Adler se livre donc lui aussi à une énumération résumant les six « directions stratégiques du néoprogressisme ».
Des écologistes archaïques...
Alexandre Adler se moque d’emblée des écologistes qui se défient « de la science, des OGM qui empoisonnent les cultures aux nanotechnologies qui pourraient permettre un jour le contrôle du cerveau humain » et prôneraient « la frugalité franciscaine, évidemment nouvelle ». L’ironie d’Adler a évidemment pour but de dénoncer l’« archaïsme » des néoprogressistes. Cet « archaïsme » existe-t-il en réalité ailleurs que dans la juxtaposition qui a ici valeur d’oxymore de « franciscaine » et « nouvelle » ?
Ce n’est manifestement pas ce que pensent les auteurs du journal La Décroissance, qui expliquent dans leur charte éditoriale : « Nous croyons en la possibilité de poursuivre l’aventure pour une société plus humaine, loin de toute idéalisation du passé ou des traditions. »
L’éminent historien Alexandre Adler se rendrait-il donc coupable de jugements à l’emporte-pièce ?
Des antimondialistes violents...
La mauvaise foi d’Alexandre Adler est encore plus nette au paragraphe suivant, dès lors qu’il évoque les altermondialistes - qu’il déteste et s’obstine à qualifier d’ « antimondialistes ».
Alexandre Adler ne voit chez dans le mouvement altermondialiste qu’une foule de « manifestants casseurs qui accompagnent les réunions du G 8 », de « grévistes qui refusent les délocalisations » et de « protectionnistes qui passent des incendies de pneus au rétablissement des barrières douanières ».
La focalisation sur des actes de violence pourtant extrêmement minoritaires - la plupart des manifestations altermondialistes sont parfaitement pacifiques - ne vise qu’à discréditer l’hérésie que constitue pour Alexandre Adler la « hausse des impôts ».
Avec des revenus qui atteignent un total brut mensuel d’environ 18 300 €, Alexandre Adler a toutes les raisons de craindre une « authentique redistribution sociale »...
Mais c’est quand il s’attaque aux relations internationales - sa spécialité -qu’Alexandre Adler va le plus loin.
Les quatre dernières directions stratégiques du néoprogressisme vu par Alexandre Adler concernent en effet les relations internationales.
Pour Alexandre Adler, l’amalgame est de règle : prêtant aux néoprogressistes une pensée qui n’est pas la leur et qui n’existe que dans son esprit et sous sa plume, Alexandre Adler dénonce l’antiaméricanisme de ceux pour qui « aucun adversaire des Etats-Unis ne peut être résolument mauvais ».
Qui a jamais proféré une telle sottise si ce n’est Alexandre Adler lui-même parlant à la place des néoprogressistes qu’il exècre ?
Le monde d’Alexandre Adler a ses figures de proue et ses repoussoirs. Hugo Chavez, les mollahs iraniens et le régime nord-coréen appartiennent à la seconde catégorie. Que le régime d’Hugo Chavez soit comparable au régime iranien et à la dictature nord-coréenne ne va de soi que sous la plume du conseiller éditorial du Figaro...
Alexandre Adler ne pouvait se contenter d’amalgamer le Venezuela d’Hugo Chavez, avec les dictatures les moins défendables, il lui fallait encore jeter le discrédit sur les néoprogressistes.
Accusés de prendre fait et cause pour « cette fraction du Sud qui, abandonnée de la mondialisation, développe de Porto Alegre à Pyongyang et jusqu’au cœur de nos banlieues un Grand Refus qui a pris la place du combat aujourd’hui éteint du prolétariat des métropoles. Bien sûr un nouvel islam politique est amené à y jouer un rôle croissant », les altermondialistes présents à Porto Alegre auront la surprise de se découvrir, par la grâce de la prose d’Alexandre Adler, associés au régime de Pyongyang et à l’islam politique.
Et des progressistes antisémites...
Comme si cela ne suffisait pas, Alexandre Adler les soupçonne visiblement d’antisémitisme pour qui « Les bons juifs sont évidemment les juifs antisionistes comme l’étaient pendant l’affaire Dreyfus les Israélites qui choisissaient le baptême. »
Le thème de la « capitulation » est un thème récurrent chez Alexandre Adler : ici, les Juifs qui auraient l’audace de critiquer la politique d’Ariel Sharon sont accusés de « capituler » comme les Israélites convertis au christianisme capitulaient face à l’antisémitisme au moment de l’affaire Dreyfus. Le combat pour une paix juste et durable en Palestine réduit à une capitulation devant l’antisémitisme, il faut assurément être un spécialiste en géopolitique comme Alexandre Adler pour arriver à une telle conclusion.
Après un tel festival d’amalgames et de mauvaise foi, était-ce bien la peine qu’Alexandre Adler précise qu’il se trouve « de l’autre côté de la barricade » ?
David NOËL
(1) : Alexandre Adler, Au fil des jours cruels, Grasset, Paris, 2003, pp. 17-18.
(2) : Laurent Joffrin, Les néoréacs, Le Nouvel Observateur, 1er décembre 2005, http://www.nouvelobs.com/dossiers/p...





Messages
1. > Quand un « nouveau réac » définit le néoprogressisme... , 2 janvier 2006, 23:14
Tout ceci explique sans doute l’acharnement avec lequel Adler, sur France-Culture, nous inflige un larmoyant plaidoyer et pour l’Europe néolibérale et pour le ralliement de celle-ci (excusez la tautologie !) au bloc atlantiste. Il lui faut donner des gages aux nouveaux maîtres qu’il s’est choisis. Encore ce matin, il soulignait avec force vibratos l’urgence qu’il y aurait, pour la France, de se refaire une vertu ("après son lamentable NON !") auprès de l’ami américain. La France, pense-t-il, est dans un tel état de décrépitude que sa voix est maintenant couverte par celle d’Angela Merkel qui a maintenant pris les rênes du char européen. Sans doute Adler se réjouit-il de voir la fringante Walkyrie nous conduire à brides abattues vers un nouvel acte de la Trilogie du TCE qu’il appelle de tous ses voeux. Sans doute voit-il avec volupté Vienne nous entraîner dans la valse effrénée d’une Europe libéralement constituée...
Oui, Alexandre Adler a brûlé ses vaisseaux, aboli tous les mâts, sectionné les cordages, déchiré les mouchoirs ! Adieu donc !
Peut-être a-t-il cru quitter le navire, mais le navire l’emporte... outre-atlantique d’où peut-être il reviendra, dont certainement il reviendra avant que ne nous prenne la fantaisie de le suivre !
2. > Quand un « nouveau réac » définit le néoprogressisme... , 3 janvier 2006, 14:07
Adler est un aigri. et dire qu’il était au pc. Je constate seulement que les speudos purs (entendez par plus stalinien que les staliniens) ont complétement viré de bord comme Stéphane Courtois. Les plus ardents défenseurs de l’Urss sont devenus réactionnaires, de mauvaise fois et en plus menteur.
mathieu
3. ce nom là, me dit quelque chose... , 3 janvier 2006, 14:11
Pour ma part il y a longtemps que je le sais, que le nommé Adler se trouve du "bon" côté de la barricade ; celà se passait en 1990 ; à l’époque j’avais un bon poste de Conservateur d’Archives (cf. fonds Blum, Auriol, Daladier, alors conservés à la FNSP) ; et l’intéressé émargeait encore à Libération. Un jour l’éminent intellectuel publia dans la page "Rebonds" de ce journal un long article par lequel il indiquait, et avec toute la "vertu" dont peuvent être capables les staliniens mal blanchis, être partisan de la législation anti-négationniste alors en projet. Je lui fis savoir par courrier que j’y étais hostile, car la législation existante me paraissait amplement suffisante pour peu qu’on voulût bien l’appliquer ; et qu’il n’existe pas de loi créée pour lutter contre l’extrême-droite, qui n’aît été par la suite détournée de son objet. J’attirais aussi son attention sur l’existence -c’était l’époque où Pasqua, avec son accent inimitable, pourfendait lui aussi les négationnistes- d’un antinégationnisme à peu de choses près aussi odieux que ce qu’il faisait mine de combattre. Eh bien, pour qui douterait de ce qui tient lieu de déontologie à Son Eminence : DEUX JOURS PLUS TARD MON COURRIER ETAIT SUR LA TABLE DE MON PATRON ! Certes il n’y avait rien dans ledit courrier dont je puisse avoir à rougir, et je n’ai pas de leçons à recevoir d’Adler et alii pour ce qui est de la vigilance ; mais l’ennui est que : j’avais osé, ironiser sur Pasqua ! Mon patron, sachant que je ne me laisserais pas faire, n’osa pas aller jusqu’à me virer. Mais j’étais sous contrat CDD, et, venu le temps de son renouvellement : il me fit savoir qu’il n’en ferait rien (et me donna la raison, à savoir, ce courrier). Alors bon, je sais bien qu’il y a bien d’autres raisons, bien plus collectives, d’apprécier le charmant bambin. Mais ça n’empêche pas que, lorsque j’entends le mot Adler...
L. Nemeth, ex-Conservateur d’archives
1. > ce nom là, me dit quelque chose... , 3 janvier 2006, 18:49
Rien ne peut surprendre de la part de ce répugnant personnage.
Jusqu’à quand cette boursouflure va-t-elle continuer à japper tous les matins sur FQ ??
Heureusement, j’ai pas la télé donc je paye pas la redevance. Vous qui l’avez sachez que vous le payez (et pas qu’un peu) pour qu’il vous chie dessus. Et une bouse de cette grosse vache à micro ça fait du volume...
Le site d’acrimed se fait une joie de repérer les imbécillités diverses et variées et payées au prix de gros de cette outre pleine de vent et on trouve ici une sorte de bêtisier des pansées de cette bedaine à pattes...
yetialain@yahoo.fr
4. la haine, 5 janvier 2006, 23:15
1° je ne vois pas en quoi Adler se sent vexé par le numéro du nouvel obs .
en effet etre un neoconservateur n’est aux états unis d’ou vient cette tradition politique pas nécessairement péjoratif et n’oublions pas que ce mouvement est partagé par des démocrates et par des républicains.
qu’il ne s’agit pas de vieux fascistes d’extreme-droite (fukuyama ou leo strauss )
2° la reponse d’adler n’est pas agressive elle critique un mode de pensée quand vous vous attaquez à des personnes.
vous vous attaquez à adler parce qu’il vient de l’extreme gauche qu’il sait de quoi il parle et qu’il connait ce qu’il dénonce à savoir une pensée dogmatique qui sera génératrice de dangers.
chavez et amadinejad sont comparables dans leur mépris pour la démocratie le danger qu’ils présente à long terme pour leur peuple leur antiamericanisme et leur antisémitisme.
3° comment le néoprogressisme peut il nier l’existence au sein de ses rangs de tendances antisémites et anti américaines ??
5. > Quand un « nouveau réac » définit le néoprogressisme... , 9 janvier 2006, 11:34
Et quand Chavez dit (Libé de ce matin)
Le président vénézuélien Hugo Chávez, héros de la gauche radicale latino-américaine, a identifié les « maîtres du monde » : « Les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ. » Cette « minorité s’est emparée des richesses du monde ». Des déclarations tenues le 24 décembre, passées d’abord inaperçues et qui inquiètent la petite communauté juive vénézuélienne, 0,1 % de la population, d’autant que d’autres soupçons visaient déjà depuis longtemps le président vénézuélien. La veille de Noël, Hugo Chávez visite un centre d’hébergement et de réinsertion de personnes sans domicile fixe à Miranda, dans l’Etat de Zulia. Il discute avec la directrice et les personnes qui vivent là, se lance dans des diatribes habituelles contre « l’impérialisme » et célèbre « Jésus, le commandant des commandants des peuples, Jésus le justicier (...), le Christ révolutionnaire, le Christ socialiste ». « Plus que jamais, le Christ nous manque (...), mais il se trouve qu’une minorité, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ (...) s’est emparée des richesses du monde [...] et a concentré ces richesses entre quelques mains. »
ce n’est pas plus important que ce qu’écrit Adler (que personne n’oblige à lire) ?
F Grunchard
1. > Quand un « nouveau réac » définit le néoprogressisme... , 2 février 2006, 12:41
Chavez entendait par là les oligarques de toutes les époques : au temps de Jésus, les dirigeants du Temple, ceux qui exilèrent Bolivar au 19e siècle, ceux qui monopolisent les richesses dans le monde aujourd’hui, quelque soient leurs ethnie ou leurs croyances... Il s’agit d’une dénonciation d’une classe sociale, et non d’une minorité ethnique ou religieuse. "Libération" l’a grossièrement déformé en supprimant de la citation ce qui ne lui convenait pas.
A force de créer de faux antisémites, ou d’accuser tous ceux qui critiquent le capitalisme d’antisémitisme, on affaiblit ce concept même, et l’extrême droite peut dormir tranquille.