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Vandalisme en Irak, berceau de la civilisation
de : Joëlle Pénochet
lundi 25 octobre 2004 - 03h13 - Signaler aux modérateurs

L’une des plus grande catastrophes culturelles de tous les temps

de Joëlle Pénochet*

La Mésopotamie (l’actuel Irak) a été redécouverte au XIXe siècle, après deux mille ans d’oubli. La reconstitution progressive de sa civilisation a permis de connaître nos plus lointains ancêtres en ligne directe, grâce aux archéologues et surtout aux déchiffreurs de textes cunéiformes. Mais la plus grande partie des vestiges archéologiques de l’Irak, et donc des pans entiers de notre passé, restent à découvrir. Or, les recherches sont aujourd’hui très menacées par les conséquences de la destruction du pays commencée en 1990 avec l’embargo, et parachevée par sa conquête par l’alliance anglo-américaine en 2003.

Il y a huit mille ans, à l’époque où la plupart des peuples de la planète étaient des chasseurs-cueilleurs, les populations de Mésopotamie, entre le Tigre et l’Euphrate, avaient inventé l’agriculture et l’irrigation, qui leur avait permis de fertiliser le désert. A Sumer furent inventés les fondamentaux de toutes les civilisations ultérieures : l’écriture, les mathématiques, l’urbanisation, l’administration (4), l’astronomie, le calendrier, la codification des lois, l’économie, la médecine, la littérature (avec la poésie épique)... La première cité du monde, Uruk (-2900), bâtie sous le roi légendaire Gilgamesh, fut à l’origine de la révolution urbaine qui s’étendit aux côtes méditerranéennes, à la presqu’île arabique, à l’Egypte et à l’Inde2.

L’Histoire commence à Sumer avec l’invention de l’écriture

« ...des civilisations prestigieuses se sont développées dans le futur espace arabe plusieurs siècles avant notre ère alors que les pays occidentaux étaient encore des barbares. Les Européens connaissent l’histoire de la Grèce et de la Rome antique, mais rien des véritables sources de la civilisation, au mieux quelques images stéréotypées comme les Contes Mille et Une Nuit. » Charles Saint-Prot

Les Sumériens ont inventé il y a cinq mille ans la première forme d’écriture, dite « cunéiforme » (« en forme de clou »), qui aurait, selon le sumérologue Jean Botéro, inspiré les systèmes archaïques ultérieurs, égyptien, indien et chinois. Leurs premiers documents, écrits à l’aide d’un roseau (calame) sur des tablettes d’argile, sont antérieurs de 1.500 ans aux plus anciens écrits bibliques et grecs ; ils contiennent les grands thèmes repris par leurs successeurs, tels ceux de l’Eden, du Déluge, de la création de l’Homme à partir de l’argile ou encore la Descente aux enfers. Cette écriture a été utilisée pendant trois mille ans dans des langues très différentes. La centaine de millions de tablettes enfouies en Irak, dont un million seulement a été exhumé à ce jour, représente une bibliothèque inestimable relatant toutes les facettes de la civilisation et la vie quotidienne de nos plus lointains ancêtres, curieusement négligés de nos livres d’histoire.

Malgré les peuples très divers qui se sont établi depuis huit mille ans en Irak, en raison de sa position géographique stratégique (Akkadiens, Assyriens, Babyloniens, Perses, Grecs, Ottomans, Arabes...), il existe une continuité culturelle, entretenue par une longue tradition de d’acculturation réussie et de transmission de génération en génération. La population, qui avait bénéficié jusqu’à 1990 d’un enseignement de qualité, obligatoire pour garçons et filles, était très fière et respectueuse de son patrimoine, dont les sites archéologiques font partie de l’environnement familier.

L’irak : « un seul site archeologique immense » a lui seul, en grande partie inexploré

Le nombre de sites est estimé à plus d’un demi million, dont 25.000 sites majeurs, sur lesquels moins de la moitié ont été fouillés à ce jour. En réalité, « il n’est pas exagéré de décrire l’Irak comme un seul immense site archéologique virtuel », selon John Curtis, assyriologue du British Museum3. Ainsi, 99% des collines (Tell) correspondent aux remblais d’anciens villages, installés successivement sur les fondations des précédents depuis le XIe millénaire. Chaque tertre est donc formé d’une superposition de strates d’époques différentes pouvant chacune receler des milliers de pièces.

Au début de 2003, une équipe des plus éminents archéologues du monde entier, soutenue par des institutions internationales, avait réitéré leurs démarches auprès des autorités américaines et britanniques, et des Nations Unies pour leur demander de « tout mettre en oeuvre pour protéger le patrimoine de l’humanité », en respect de la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé (ratifiée par 102 pays, dont l’Irak), et de la Convention de l’UNESC0 de 1970. Ils avaient présenté aux responsables du Pentagone une liste des quatre mille sites les plus menacés par les bombardements, en insistant sur le fait « qu’il ne s’agissait que d’une partie infime des sites iraquiens ». D’énormes sigles « UNESCO » peints sur le toit des musées rappelaient aux agresseurs qu’il s’agissait d’établissements protégés par les lois internationales.

Les archéologues craignaient les bombardements et les pillages, alors que, « depuis sa fondation en tant qu’Etat moderne, et jusqu’en 1990, l’Irak a détenu un record enviable dans le domaine de la protection de son héritage culturel » soulignait le PR Gibson. Des monuments avaient été restaurés, comme la ziggourat d’Ur4. un temple et un palais de Nimroud ; la ville de Babylone (dont les somptueux palais de Nabuchodonosor) avait été en partie reconstruite dans les années 80, et de nouveaux projets étaient très avancés, les autorités ayant le projet d’ouvrir le pays au tourisme.

Les bombardements de 1991 et les conséquences de l’embargo avaient déja gravement endommagé le patrimoine irakien

Le PR Gibson, qui dirige des fouilles en Iraq depuis 1964, a dénoncé les dégâts des bombardements de la première « Guerre du Golfe » sur des merveilles de l’architecture mondiale, comme la ziggourat d’Ur (-2100), touchée par quatre cents obus (l’armée irakienne avait installé des avions à proximité, préjugeant que la ville de naissance d’Abraham ne serait pas attaquée), l’arche de briques monumental de Ctésiphon, le plus vieux du monde (- 400), un palais d’Assourbanipal à Ninive et une église du Xe siècle à Mossoul. Des villages antiques reconvertis en sites militaires US avaient été détruits, comme Kirkuk, dont les maisons traditionnelles de la citadelle ont été rasées, ou Tell El-Lahm (au sud d’Ur), dont les ruines ont été écrasées par des bulldozers américains avant d’être pillées par les soldats. Le poids des tanks ou les chocs d’un bombardement réduisent en poussière les précieuses tablettes et autres pièces fragiles.

Par ailleurs, l’embargo est responsable de la détérioration irréversible de pièces uniques du patrimoine de l’humanité. Les mauvaises conditions de conservation dues au manque de produits chimiques nécessaires à l’entretien des collections (interdits d’importation), à des infiltrations d’eau souterraine et à la chaleur (à la suite de l’arrêt de la climatisation), ont entraîné la dégradation irrémédiable de milliers d’objets.

Selon le droit international, la puissance occupante porte l’entière responsabilité des pillages et des saccages commis

« Ce fut une véritable invasion. Ils ont brisé de lourdes statues, des lions(4) babyloniens et des fresques de l’empire néo-babylonien. Ils ont pris des pièces, des têtes, des masques mortuaires sumériens. C’était horrible » Un assyriologue irakien cité par Aymeric Marchall5(6).

Rappelant que le ministère du pétrole fut protégé par l’armée dès les premières minutes de la prise de Bagdad, le Dr Donny George, directeur général des recherches archéologiques du musée, accuse les forces occupantes d’avoir refusé d’intervenir, « alors qu’un seul tank et quelques soldats auraient suffi à empêcher ces actes ». Des actes criminels qui se sont déroulés cinq jours durant, sous l’oeil indifférent ou narquois des soldats présents dans les tanks parqués à proximité du musée.

Pour le Dr Gorge, les pilleurs étaient des professionnels : ils savaient exactement les pièces qu’ils devaient voler (ils dédaignèrent toutes les copies, comme celle du code Hammourabi), et ils étaient très bien équipés (diamants et de ventouses pour découper les vitrines, pieds de biche et burins pour desceller les fresques et les statues).

Plusieurs dizaines de milliers de pièces du musée (le chiffre exact ne pourra être connu avant plusieurs années) ont été détruites ou volées, parmi lesquelles la tête de taureau de la fameuse harpe d’Our, la statue du roi Naram-Sin (- 2250), une statue monumentale akkadienne, des pièces d’ivoire sculpté (vers - 800), des marbres de Hatra (3), la porte d’une mosquée de Mossoul du XIIe siècle, et les monnaies et les ivoires contenues dans les carrés.

En outre, plusieurs musées ont été bombardés par l’alliance anglo-américaine, comme ceux de Tikrit (au motif qu’il s’agissait de la ville natale du président Saddam Hussein) et de Mossoul ; l’arche monumentale qui marque l’entrée du musée de Bagdad a été traversée par un obus. Et le bilan des bombardements est loin d’être définitif.

Lorsqu’il a été demandé à Donald Rumsfeld, ministre de la Défense, de faire cesser les pillages, il a ricané, affirmant que la télévision diffusait en boucle l’image d’un unique vase sous différents angles, et il a assimilé le pillage des musées « à des événements imparables, commis par des garnements, comparables aux émeutes lors des matchs de football » ! Son attitude a entraîné la démission du conseiller culturel principal de la Maison Blanche, Martin Sullivan aussitôt remplacé ...par un marchand d’art ! « Les marchands d’art ont généreusement financé la dernière campagne présidentielle et comptent beaucoup d’amis au gouvernement » explique Martin Sullivan6.

Le musée de bagdad était au moins aussi riche que le Louvre et le British Museum

Des pièces uniques, comme un vase sacrificiel sumérien âgé de 5.000 ans, des bas-reliefs et des statues monumentales intransportables en raison de leur poids (plusieurs tonnes) ont été fracassés à coups de marteau de forgeron et de haches. Leurs fragments seront revendus à prix d’or sur le marché de l’art. Des dizaines de milliers d’objets auraient également été dérobés dans les réserves des musées. Les pièces, dont certaines dataient de plus de 7.000 ans, avaient été excavées par les équipes d’archéologues au prix de décennies d’efforts. Le régime de Saddam Hussein châtiait sévèrement les voleurs d’antiquités ; en 1991, des vandales coupables d’avoir décapité un taureau ailé du musée de Mossoul furent exécutés.

Certains objets inestimables ont été retrouvés, souvent très endommagés, comme le fameux vase de Warka en albâtre orné de sculptures (- 3100). D’autres trésors du musée de Bagdad, comme des malles remplies de bijoux et d’objets en or et en pierres précieuses, avaient été mis à l’abri dans les réserves de la Banque centrale, dont l’un des deux bâtiments a brûlé, bombardé par un missile. La communauté des archéologues s’est indignée contre la campagne médiatique lancée pour minimiser les pertes et dédouaner l’alliance anglo-américaine des saccages et des vols, commis sous son entière responsabilité.

Les collectionneurs sont approvisionnés par des réseaux organisés

Les vols et les pillages de biens culturels ont connu un essor sans précédent au cours des deux dernières décennies. La grande majorité des vols est le fait de bandes organisées au service de marchands d’art qui alimentent les collections particulières, dont les certaines n’ont rien à envier aux plus grands musées du monde. Des responsables irakiens avaient souligné l’appétit des anglo-saxons pour leurs richesses, pétrolières, et aussi archéologiques. Depuis dix ans, le site Internet d’enchères américain « E-Bay » propose régulièrement aux collectionneurs des antiquités irakiennes, bijoux sumériens et tablettes cunéiformes, parfois bradées à moins de cent dollars.

Plusieurs filières d’approvisionnement existeraient, l’une partant vers Israël via la Jordanie, « plaques tournantes » d’un trafic qui aboutit à Londres et à Tokyo, une deuxième traversant l’Arabie Saoudite et une autre le Kurdistan. Un magasin de l’aéroport de Tel-Aviv vend même des antiquités irakiennes « hors taxes » (Cf. Aymeric MARCHAL). Selon un journaliste spécialiste des mafias, les objets d’art joueraient un rôle croissant dans le blanchiment de l’argent sale en Suisse. Les courts délais de prescription jouent en faveur des trafiquants. Ainsi, un objet volé et stocké en Suisse pendant cinq ans peut être présenté aux acheteurs potentiels comme provenant d’une collection particulière.

Le pillage des sites archéologiques est encore plus catastrophique pour le patrimoine mondial que les pertes subies dans les musées

Cependant que les archéologues étaient empêchés de travailler en raison de l’embargo, les fouilles sauvages n’ont jamais cessé : depuis 1991, des milliers d’antiquités sont exportées illégalement chaque mois, et le DR George ne peut aller sur le terrain « sans une kalachnikov en bandoulière » ou des gardes armés. Les pillards, munis de cartes détaillées, fouillent la seule couche contenant l’objet commandé, n’hésitant pas à détruire les strates supérieures. Depuis son invasion et le chaos qui en a résulté, les pillages ont lieu à très grande échelle dans tout le pays, perpétrés par des bandes d’une centaine de personnes, qui creusent nuit et jour à la pelle ou à la pelleteuse, protégés par des hommes munis d’armes semi-automatiques. « Ce sont des bandes organisées qui travaillent à l’échelle internationale, appuyés par des financiers et des acheteurs potentiels » affirme l’assyriologue autrichien Walter Sommerfeld. Ces fouilles sauvages sont encore plus catastrophiques que les pertes subies dans les musées. Les immenses champs de pétrole irakiens sont gardés par des dizaines de milliers de soldats, mais les principaux sites archéologiques sont livrés sans vergogne aux pillards au service de mafias. Le saccage systématique des quinze principaux sites archéologiques irakiens se poursuit. Après le site d’Isin (-2000), totalement dévasté en une semaine, c’est au tour de celui de Larsa. Les vestiges mésopotamiens qui avaient survécu à plusieurs millénaires ont été anéantis à tout jamais en quelques semaines. Or, les archéologues estiment qu’entre 80 et 90% de l’information détenue par un objet est perdue si son contexte culturel n’est pas connu, car « ils ne recherchent pas les objets pour eux-mêmes, mais pour l’histoire qu’ils représentent », ainsi que le souligne Richard Zettler.

Le marché de l’art est le cinquième au monde par le chiffre d’affaire

"Le marché de l’art regorge d’antiquités irakiennes, dont la quasi-totalité a été volée » constate amèrement le PR John M. Russell du Massachusetts College of Art, qui a vu y apparaître au milieu des années 90 des fragments de sculptures et des bas-reliefs assyriens qu’il avait photographiés dans un palais du roi Sennacherib à Ninive avant la guerre du Golfe. Depuis 1991, 4.000 objets répertoriés dans un catalogue officiel ont été retrouvés sur le marché de l’art à New York et à Londres, notamment à la galerie Mospief, condamnée par les tribunaux à restituer à l’Irak plus de deux cents objets volés, dont deux seulement ont été rendus (une tête de Méduse du site de Hatra pesant 250 kg et un bas-relief d’un rempart du palais de Ninive).

La disparition des catalogues et des ordinateurs lors de la mise à sac des locaux administratifs des musées rend impossible l’identification des pièces mises sur le marché de l’art, évitant ainsi tout risque de poursuites judiciaires. Les archives écrites les plus anciennes du monde du musée, de la Grande Bibliothèque, des Archives de Bagdad et de la Bibliothèque du Coran ne seraient pas toutes parties en fumée : selon des témoins, les bâtiments auraient été incendiés après le vol des manuscrits les plus précieux.

Le « Conseil américain pour la politique culturelle » (ACCP), un groupe de pression constitué de riches collectionneurs, de marchands d’antiquités et d’avocats spécialisés créé en 2001 en vue d’une modification de la législation qui permettrait d’importer plus facilement des antiquités irakiennes aux Etats-Unis, a déclenché les foudres de la communauté des archéologues pour laquelle tout assouplissement de la loi (qui interdit l’exportation des antiquités) serait « absolument monstrueuse ». « Je crains le pire, il y a un vrai marché mondial de la tablette cunéiforme » révèle Jean-Jacques Glassner, historien de la Mésopotamie. Or, sans l’appoint des textes, des pans entiers de notre passé resteront à tout jamais incompréhensibles.

Quel avenir pour les recherches dans un pays devenu un immense champ de mines et une poubelle radioactive ? Le black-out sur le nombre et les lieux d’impact des nouvelles armes de destruction massive utilisées lors de l’invasion de 2003 ne laisse pas d’inquiéter, tant sur le sort des populations locales et de leur descendance, que sur celui des vestiges archéologiques. Des armes toujours plus sophistiquées, plus puissantes et plus destructrices (chacune pouvant tout anéantir en profondeur sur plusieurs Km) ont été de nouveau testées sur le sol irakien, devenu depuis 1991 un champ d’expérimentations militaires grandeur nature. La vie des chercheurs sera désormais mise en danger par les quantités énormes de mines non explosées disséminées sur le territoire irakien. L’association Human Right Watch, qui avait recensé quatre mille victimes de ces mines en 2002 (trente millions de sous munitions avaient été tirées en 1991), affirme qu’en 2003 la quasi-totalité du pays a été touchée. Par ailleurs, l’utilisation intensive d’uranium appauvri aurait causé une pollution radioactive et chimique très supérieure à celle de 1991. Les Etats-Unis ont refusé d’entreprendre des travaux de décontamination et de déminage.

Comment limiter l’ampleur de la catastrophe ?

Le Conseil International des Musées (ICOM) a appelé les marchands d’antiquités, les collectionneurs et les musées à ne plus acquérir d’objets provenant de la région et « d’observer la plus grande vigilance pour ne pas participer aux atteintes irréparables du patrimoine de l’humanité. » L’UNESCO doit utiliser tous les moyens pour faire respecter les conventions de 1954 et de 1970. La présentation des principales pièces volées sur son site Internet, ceux d’Interpol et de l’Institut oriental de l’université de Chicago permettra peut-être de récupérer quelques-uns des trésors appartenant au Patrimoine de l’Humanité, mais les pièces non recensées sont à jamais perdues. Sur les 4.000 pièces des musées volées en 1991, seules quatre d’entre elles ont été retrouvées. Les spécialistes sont très pessimistes quant à la possibilité de stopper ce marché illégal extrêmement lucratif, en passe de surpasser le narcotrafic. La destruction du patrimoine irakien est un crime contre l’humanité, au même titre que le génocide de sa population12.

*Anthropologue et journaliste indépendante.

 http://www.arabesques.org/lien1.php?Cdoss=3&Car...



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