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ALGERIE LIBERTAIRE
de : Nemo3637
samedi 16 mars 2019 - 22h26 - Signaler aux modérateurs
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On ne peut comprendre l’Algérie d’aujourd’hui sans connaître son histoire. Mais la colonisation française l’a occultée, aussi bien en France que pour les autres pays étrangers. Cette colonisation est trop souvent considérée à tort comme la naissance de l’Algérie.

I. Du passé vers l’avenir.

S’il n’y a pas eu de tradition étatiste sur ce territoire, des peuples et de riches civilisations l’habitaient déjà, bien avant 1830. Des dynasties musulmanes conquérantes créatrice de cette Andalousie ibérique, jusqu’à la Régence d’Alger, nominalement sous l’autorité ottomane, de multiples populations, tribus indépendantes les unes des autres y cohabitaient.

Cet Afrique du nord prospère fut ainsi un foyer de culture, une terre riche que les Romains voulurent garder coûte que coûte, sans pervenir cependant à soumettre ces Berbères indociles qui formaient le fond ethnique de la population.

Pour être un peu plus exaustif concernant les tentatives étatistes dans ce qui est devenu l’actuelle Algérie, on ne peut oublier le grand Abdelkader. Dans sa résistance contre l’occupation française, il organisa un état de type moderne (1832-1847), frappant monnaie, collectant l’impôt, déléguant des ambassadeurs... « Avant 1830, sur les 516 unités politiques, c’est un total de 200 principautés ou tribus qui sont considérés comme indépendantes car en dissidence avec le pouvoir central – la Régence d’Alger - et refusant de payer l’impôt, elles détiennent 69 % du territoire qui échappe ainsi au pouvoir central. » (1) Avec intelligence, Abdelkader avait compris qu’il était impossible d’unir centralement toutes ces populations si diverses. Et c’est pourquoi sa tentative d’unification se fit sous l’égide du fédéralisme.

La sanglante Guerre d’Indépendance, qui a nécessité un commandement central, a abouti à mettre au pouvoir la caste bureaucratique que nous connaissons, celle des anciens combattants et leurs familles. La tentative autogestionnaire de Ben Bella ne fut qu’un feu de paille, une tentative artificielle venue « d’en haut », vite détournée sous les coups de bouttoirs centralisateurs de l’oligarchie qui se mettait en place. Ne fallait-il pas édifier un bel Etat centralisé, bien unifié ? Avec une seule langue, une seule religion, un seul grand Président, sa police ... Bref quelquechose comme l’Etat jacobin de Madame la France.

Sauf que cela ne pouvait que coincer. Les Berbères se rebiffaient, les opposants, à peine tolérés, s’agitaient, l’islamisme radical devenaient l’option mortifère de certains... Le malheur.... Une guerre civile, absurde et sanglante, s’est donc abattu alors sur le pays, cependant toujours riche de sa manne pétrolière et gazière. La corruption, le clientèlisme, tout se sclérosait, s’enkystait... Mais l’odeur de fin de règne empestait... comme dans les dernières années de la Régence d’Alger aurait dit Abdelkader.

II. Un non-état fédéral.

« L’Algérie est un extraordinaire creuset. Diverses cultures s’y cotoient sans ménagement. Le français s’y ressource. Le berbère s’y maintient. L’arabe y est parlé. Elle est plus faite pour s’organiser en Fédération Libertaire qu’en état centralisé. Un jour viendra où mille fleurs écloseront.  » Voilà ce quie nous écrivions dans un commentaire, le 14 février dernier, sur AgoraVox.

Il faut mentionner, pour ceux qui ne connaissent pas ce pays, l’extraordinaire floraison culturelle et associative, entrepreneuriale de ces dernières années. Comme une réponse radicale aux forces obscurantistes. Au passage, parmi nombre d’artistes porteurs de feu, saluons Fellag, connu en France, qui a su si bien décrire avec un humour incisif le peuple algérien aux prises avec ses difficultés quotidiennes.

L’Algérie va donc puiser dans ses racines pour construire son futur. Elle ne peut pas être un état centralisé. Le fédéralisme est ici l’option logique, naturelle, qui laissera sa place et la liberté d’expression de chaque population, métier, atelier, agriculteur, tout en arrivant, par un fonctionnement de démocratie directe, à l’unité d’action nécessaire.

Dans la révolte qui surgit, dans ce dur combat qui s’annonce, la question sociale se trouve reliée tout naturellement la question de la Liberté, à la volonté d’une démocratie à construire. Comme cela fut le cas lors du « printemps arabe » de 2011, le peuple rejette les « sauveurs suprêmes », les politiciens professionnels. Bien des pièges lui seront tendus par ceux qui s’aggripent au pouvoir. Voyez l’exemple simiesque de Macron, en France, prêt à toutes les acrobaties pour s’y maintenir malgré le désaveu populaire …

Mais à présent, de tous côtés, un mouvement universel surgit, ayant peut-être trouvé une impulsion voici quelque temps déjà, place Tahir au Caire : « Dégage ! ». Répression mais espoir. Les peuples de par le monde, rejette le vieux monde politicien, le capitalisme, et sont souvent en quête de Démocratie Directe.

III. Une voie tracée… vers l’impasse.

En Tunisie déjà, ne fallait-il pas être raisonnable ? Ne fallait-il pas, au nom du rejet des islamistes totalitaires, se diriger sagement vers la Démocratie parlementaire, celle des élus grassement rétribués, piquant sagement leur roupillon sur leur siège de moleskine ? Rappelez-vous de tous ces « sauveurs suprêmes » qui s’en venaient sauver ce peuple... malgré lui ! On voit bien, en France et ailleurs, comment ce parlementaisme bourgeois est remis en question. Non pas pour établir une dictature mais tout au contraire pour aller vers un meilleur fonctionnement démocratique.

Dans ce monde globalisé, dominé encore par les puissances occidentales, la Démocratie signifie toujours le modèle anglo-saxon qui dirige le monde depuis le XVIIIe siècle. Non sans hypocrisie il laisse croire, à travers les « trois pouvoirs » , que le Peuple, grace à des élections, a son mot à dire. Le vote serait le pivot, le symbole de ce « droit démocratique » et donc de la Liberté, oubliant – ou feignant d’oublier - que dans maintes dictatures, comme en Agérie, il existe aussi ce passage, parfois obligé, aux urnes sans qu’il y ait de véritable démocratie..

Il est toujours bon de rappeler qu’à la naissance du libéralisme en Angleterre, au XVIIe siècle, les élections et le droit de vote, n’intéressaient guère plus de 400 000 personnes – les plus riches évidemment - sur une population de plus de cinq millions d’habitants. Et la Révolution Française ne fit qu’enfoncer le clou en favorisant la prise du pouvoir par une élite bourgeoise (2). De nos jours la jeunesse algérienne ne sera pas dupe d’une fausse démocratie représentative partout contestée.

IV. Vers un autre futur par la Démocratie Directe.

On pourra empiler les lois et pondre mille et une constitutions, résoudre la Question Sociale est la seule clé ouvrant la porte vers un autre futur. Pour cela il faut s’attaquer concrètement aux problèmes économiques, à ceux de la production et de la distribution et ce dans l’unique but de satisfaire les besoins et non pas celui de faire du profit pour une classe ou une caste. Dans cette économie « mondialisée » il faut prévoir, au vu des crises, et savoir aller à contre-courant pour préserver l’avenir, et donc s’attacher à recenser déjà ce que nous avons sur place.

Car, dans une économie mondiale dominée par le capitalisme financier, les capitaux manqueront en cas de crise et nous ne pourrons compter essentiellement que sur nos propres forces. Mais ces forces et ces ressources, elles sont bien là ! En Algérie. Elles ont été jusqu’à présent exploitées par une minorité se désintéressant du peuple, à qui on jetait de temps à autre les miettes nécessaires pour le calmer.

Qu’en a-t-on fait de cet argent du pétrole et du gaz ?

Et ne va-t-on pas, par l’absence de développement des autres secteurs de l’Economie, aboutir à une situation à la vénézuelienne ?

Un conseil économique de production et de distribution, doit être formé. Il recense donc toutes les données économiques localité par localité. Il y recense parallèlement les besoins. Ce conseil est constitué de deux fédérations, celle des producteurs et celles des consommateurs organisés fédéralement de l’échelon local à l’échelon national.

Ce sont les assemblées de producteurs et celles des consommateurs de quartiers qui décident par leur concertation. Ainsi dans telle région – ou quartier – on arrive à connaître les besoins en chaussures par le comité des consommateurs. On s’adresse alors au comité des producteurs et en l’occurrence à la fédération des fabricants de chaussures. S’il n’y en a pas dans la région on s’adresse à la fédération des producteurs pour qu’elle nous oriente vers la fabrique la plus proche.

Les informations que nous donne la fédération des producteurs nous indiquent si la demande est recevable en l’état, s’il faut développer le moyen de production pour répondre à la demande.

La seule hiérarchie à respecter est celle de la compétence : quand j’ai besoin d’une paire de chaussures c’est vers le cordonnier, le fabricant de chaussures, que je dois me tourner et non pas vers le député quelque soit sa belle parole. Représentants et délégués doivent partout être révocables avec un mandat limité dans le temps, autant que possible avec une mission bien précise. Soyons sûr alors que les aspirants au Pouvoir et aux prébendes s’en trouveraient découragés !

Chacun peut être producteur et consommateur. Si l’on est postier, par exemple, on est ainsi producteur – de services – mais on participe aussi aux réunions des consommateurs pour ce qui est des autres biens et productions. On arrive ainsi sans beaucoup d’efforts, par l’usage de l’informatique et du net, à planifier la production sans gaspillage, tout en protégeant l’environnement. Un tel système peut convenir à tous quelque soit sa philosophie et sa religion car on ne cherche qu’à satisfaire les besoins de chacun. Il n’a rien de coercitif puisqu’il est basé essentiellement sur l’information. Celle-ci circule rapidement via internet. Là encore, la vision d’avenir passe par l’usage d’autres sources d’énergie, comme le soleil, pour aller au delà d’une ressource pétrolière polluante, s’épuisant, appelée à disparaitre

Dans la réalité, les discussions, si elles sont nécessaires et indispensables, se révèlent assez courtes, prenant des aspects techniques, chacun essayant de trouver des solutions dans l’intérêt général.

V. La garantie d’un revenu pérenne pour tous.

Sans démagogie, en tenant compte de l’important potentiel, par un fonctionnement de Démocratie Directe (3), on atteindra le principal objectif d’assurer un revenu suffisant pour tous. Mais ce revenu doit-il rester fiduciaire, monétarisé ? Ne reste-t-il pas alors exposé à toutes les spéculations ? Que vaudra le dinar de demain ? Le système est prisonnier de la mane du gaz et du pétrole. Toute la couverture sociale actuelle en dépend (4).

« Les revenus pétroliers ont été utilisés pour apaiser les revendications sociales et neutraliser les revendications démocratiques. Énormes investissements dans les infrastructures. Dans le logement pour satisfaire la population, locataires, propriétaires, subventionnés : parcourir l’Algérie permet de voir les énormes chantiers de logements, en construction ou terminés mais vides, en attente d’attribution ou déjà habités… mais toujours insuffisants en nombre à cause de la démographie galopante… Énormes investissements et donc énormes commissions. Investissements aussi dans l’enseignement qui forme des diplômés sans débouchés qui regardent à l’extérieur et descendent dans la rue… Tout le monde a noté l’importance de la jeunesse étudiante, et des jeunes femmes, dans les manifestations. Importance qui avait déjà été remarquée lors du printemps tunisien » Paul Oriol sur son site Agoravox 15/03 .

Au regard d’une baisse perdurable du prix du pétrole une catastrophe à la vénézuelienne pourrait bien,malheureusement, toucher l’Algérie. D’autre part si l’on pait les retraites ou les allocations chômage en argent, en monnaie fiduciaire celles-ci restent à la merci de l’Exécutf, des décisions défavorables de l’Administration, et aussi, en cas de crise, de l’inflation. Sans évoquer encore le Vénézuela, ce qui se passe actuellement dans nombre de pays occidentaux à propos des retraites régulièrement révisées à la baisse, disparaissant même parfois (5) doit nous faire réléchir..

Il convient d’ assurer à chacun un revenu vital décent : un toit, une maison, des soins, l’alimentation, de l’instruction, des moyens de transports, des loisirs. Ne vaut-il pas mieux fournir alors tout cela en nature plutôt que rester à la merci d’une monnaie et des spéculations qui en découlent ?

Récemment une amie travaillant pour une association de micro-crédit, m’a relaté qu’une coopérative agricole équatorienne a refusé un prêt en dollars, préférant, non sans finesse, un don de tracteurs…

Les tracteurs restent. Les dollars s’envolent.

Ainsi en démonétarisant progressivement les échanges, on assure un revenu pour tous et on met un coup d’arrêt à la spéculation.

Mais on voit venir les objections. Le spectre du totalitarisme est vite brandi. N’irait-on pas simplement vers un régime de type nord-coréen ou castriste condamné à gérer la pénurie ? Sauf que ces régimes n’ont jamais tenu compte de leurs peuples, des initiatives personnelles et des véritables potentiels des populations. La dictature de chefs éclairés, de « l’avant-garde » devait tout résoudre n’est-ce pas ?… Mais depuis à part quelques idéologues à la traine on sait quand même où a mené cette absence de démocratie réelle. Dans le système proposé tout est exposé clairement au vu et au su de tout le monde. L’effort à fournir est prévisible, facile à donner car exempt de surexploitation.

Il ne s’agit pas en effet d’exploiter qui que ce soit pour faire du profit mais de parvenir à des objectifs de production, comme lorsqu’une entreprise a une commande, et ce pour satisfaire des besoins.

A propos d’entreprise, si la collectivisation démocratique des grandes entreprises par leurs employés s’avèrent indispensables, que dire des petites, de l’artisan ou du boutiquier ? Peut-on sérieusement voir en eux les capitalistes qui mènent le monde ?

Et dans la perspective d’un revenu assuré, on peut donc compter sur le ralliement de nombre de ces petits entrepreneurs à notre Conseil Economique de Distribution..

Une telle organisation rationnelle, n’ayant plus comme aiguillon l’exploitation des hommes et le profit, aboutira également à une diminution globale du travail et ce pour une production supérieure à ce qu’elle était.  

Notes

(1) Source Wikipédia.

(2) Voir la Constitution Française de 1791 et la notion de « citoyen actif » Chapitre Premier – Section II - Article 2. Les domestiques, par exemple , n’ont pas le droit de vote. Seuls un peu plus de deux millions d’hommes votaient alors sur une population estimée à 27 millions d’habitants.

(3) En 1936, en Espagne près de 9 millions de personnes s’organisèrent ainsi par eux-même, dans l’autogestion et le fédéralisme avant d’être vaincus par les fascistes et les communistes staliniens.

(4) « Quel est l’avenir du système de retraite en Algérie » Le Matin d’Algérie 16/06/2016 , Pr Abderrahmane Metboul, expert international.

(5) « Le retraité britannique perçoit une maigre pension de l’Etat : environ 80 livres, soit 115 euros par semaine pour une personne seule, 127 livres (184 euros) pour un couple. Ce système étatique lui procure 20 % des revenus dont il disposait lorsqu’il travaillait, et 60 % de ses revenus globaux de retraité. Résultat : un retraité sur dix vit au dessous du seuil de pauvreté. » Journal « Le Monde » 13/10/04. Source un peu ancienne...mais cela ne s’est guère amélioré depuis !



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Commentaires de l'article
ALGERIE LIBERTAIRE
17 mars 2019 - 21h14 - Posté par Jean PRADIER dit jean 1

Merci

"Ce sont les assemblées de producteurs et celles des consommateurs de quartiers qui décident par leur concertation"... : ce fonctionnement est anarchiste et est le début de la fin du capitalisme et du gaspillage.






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