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LA REPUBLIQUE DES RABUTCHIKS
de : Nemo3637
lundi 5 août 2019 - 20h21 - Signaler aux modérateurs

C’est la crise qui touche le capitalisme mondial qui génère une destructuration des institutions dans nombre de pays où les repères politiques traditionnels disparaissent tels la droite et surtout la gauche parlementaires. Nous ne reviendrons pas ici sur ses causes (1).

Le déclin des institutions dites démocratiques entraine à des situations où c’est une injustice flagrante qui est ressentie.

Le Président Macron envisage une rentrée mouvementée. Sirotant un cocktail du soir bien mérité compte tenu de mes libelles écrites contre lui, voyons un peu, par une approche par thèmes, où nous en sommes en France en cette courte période de trêve estivale, déjà animée par des incendies de toute sorte.

I. L’AFFAIRE STEVE CANICO ET L’ETABLISSEMENT D’UN POUVOIR POLICIER.

Compte tenu de la situation, du contexte social aujourdhui en France, le rôle et l’action de la police en ce 21 juin, fête de la Musique à Nantes, ne laissent pas de doute.

Il a fallu cinq semaines d’enquête pour que le gouvernement rende public un rapport de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) qu’il avait déjà sous le coude depuis un certain temps. Ce rapport d’une rare indigence, permet de dédouaner la police. Il a vite suscité l’indignation. Celle de maires, et des élus de l’opposition, mais plus généralement de toute une population.

Nous ne reviendrons pas sur ces faits eux-mêmes sinon pour dire que l’histoire sociale regorge malheureusement du sang des plus humbles, de ces morts survenant lors de charges policières ou de lancers de grenades. Même s’il devient lointain, beaucoup gardent en souvenir l’action des CRS au Métro Charonne en 1962 où plusieurs personnes moururent étouffées (2)

Mais le décès de Steve ne survient même pas lors d’une manifestation protestataire ; il s’agissait d’un rassemblement de jeunes lors de la fête de la Musique...

N’oublions pas le contexte et l’action des forces de police sous le gouvernement Macron qui dépasse en violence et de loin, tout ce qui a pu être fait en ce domaine dans les dernières cinquante années, en matière de répression. Usage de flash-balls - dénoncé internationalement par l’Onu et le Conseil de l’Europe -, de grenades de plusieurs types, manifestants pacifiquement assis aspergés à plein visage, à bout portant de gaz... Pourqoi une telle férocité de la part de celui qui, pour se faire élire, apparaissait en bisounours obamesque ?

L’atmosphère sociale s’est considérablement tendue depuis les protestations contre la Loi Travail. Elle devient celle d’une guerre civile qui se déroule même les jours de fête.

Les manifestations des Gilets Jaunes, à partir de novembre 2018, ont marqué un palier. Le pouvoir s’en est trouvé déconcertée, sans autre solution que la matraque.

Des centaines de blessés, des dizaines d’éborgnés au flash-ball, à la grenade GLI-F4, seulement utilisé en France... Sur les réseaux les exactions policières sont dénoncés (www.urgence-notre-police-ass...) en même temps que certains policiers, sous des pseudos, sur le net, se défoulent avec haine.

On en serait à « 860 signalements : 315 blessures à la tête, 24 éborgné·es, 5 mains arrachées ».

200 dossiers transmis à l’IGPN

« Depuis janvier, 45 policiers se sont même donné la mort. Mais le fossé se creuse avec les citoyens. « Une partie des policiers qui font du maintien de l’ordre ne sont ni formés, ni équipés, ni entraînés, donc ils font n’importe quoi », affirme David Dufresne. Cinq enquêtes sont désormais en cours pour comprendre les circonstances de la mort de Steve Maia Caniço, et plusieurs rassemblements sont prévus pour lui rendre hommage samedi. » (3)

Des dizaines de permanences d’élus sont régulièrement saccagées ou taguées depuis début 2019.

Les forces de l’ordre sont ainsi sur la brèche depuis des semaines, des mois, sans répit avec pour seules promesses d’être sans cesse mobilisées, insultées, attaqués, couverts d’excréments...

Affolé, le Pouvoir de plus en plus contesté,refusant de satisfaire les revendications, refusant même tout dialogue réel, semble toujours gouverner à vu, usant de manœuvres dilatoires, du déni, de subterfuges comme le « Grand Débat National » dont plus personne ne parle.

Manifestations, répression... Engrenage devenant inéluctable pour des gouvernants sans envergure Assemblée-chambre d’enregistrement des desirata de l’éxecutif, dont l’attitude des députés rappelle celle des courtisans de l’Ancien Régime . Combien de temps devrons nous supporter le joueur de poker mal rasé à l’oeil torve flanqué de son chaperon ? Il ne reste plus à Macron qu’une terreur dissuasive pour tenter de juguler les manifestations de mécontentements surgissant de tous côtés.

Un « deal » tacite devenait cependant inévitable avec les forces de l’ordre . Sur le terrain, en échange de leur présence et action continues, on ne pouvait que leur laisser les coudées franches avec une garantie d’impunité.

Et ainsi, rapidement, le pouvoir de répression a été entièrement délégué à l’institution policière elle-même, se substituant à un Exécutif affaibli, sans tête.

Quoiqu’il en soit ici, au bout du compte, posez-vous la question : avez-vous déjà vu des policiers condamnés a de la prison ferme pour avoir tabassé des manifestants ? Levez la main les poissons volants !

« Police partout, Justice nulle part » et maintenant de plus en plus : « Tout le monde déteste la police »... Simples invectives d’une poignée de gauchistes ?

II. L’AFFAIRE DE RUGY SIGNE DE L’AFFAIBLISSEMENT DU SYSTEME PARLEMENTAIRE.

A force d’être fragilisé, d’une affaire Benallah à une autre, l’exécutif s’emballe à la moindre menace d’une aile de papillon. Mauvaise conscience, mauvais mental !

Le rapport de Médiapart sur les « frasques » du Président de l’Assemblée Nationale à l’Hôtel de Lacey dénonçait certes une utlisation dévoyée des deniers publics. Mais dès le départ on restait loin d’un scandale à la Cahuzac. On imagine ce qu’aurait pu être la réponse d’un vieux briscard comme Edgar Faure (4) : « Des repas avec la famille et des amis dans les salons de l’Hôtel de Lacey ? C’est possible. Cela vous choque ? Bon s’il ne fallait pas le faire je m’en excuse... » Un haussement d’épaule et c’était fini.

Mais De Rugy lui, marchait sur des œufs. Comme Cahuzac il avait fait la morale, les gros yeux à ceux qui prétendaient à une deuxième assiétée, ou à du beurre dans leurs épinards.Tacheron besogneux mais discret, sans trop d’appuis mais avec opportunisme, il grimpait tranquillement les échelons de la réussite et du Pouvoir, devenant, à force de retournement de veste, le troisième personnage de la République. Au pays des aveugles....

Médiapart fait ses révélations. Dès lors les représentants de l’Assemblée aurait pu s’emparer de l’affaire, conseiller fermement De Rugy de « passer publiquement aux aveux » pour éteindre l’affaire. Il pouvait même, avec un peu d’habileté, argué d’un bilan positif concernant les économies réalisées au niveau de l’Assemblée et des élus. Au lieu de cela, ce fut comme à l’habitude, l’affolement qui prévalut aboutissant à s’enferrer dans le déni total. Attitude infantile dont Mediapart ne pouvait alors que s’en lécher les moustaches.

Ainsi donc, pour que les institutions, la bienséance « républicaine » soient respectées il est désormais nécessaire qu’un média, un journal, s’en mêle. Sans ces juges arbitres, souvent menacés, ce serait l’arbitraire absolu. L’Assemblée nationale n’existe plus. C’est l’Exécutif sans contre pouvoir qui décide de tout.

Ajoutons que les élus disposent de restaurants qui leur sont réservés, tel celui de l’Hôtel de Ville à Paris, où l’on mange très bien, où le lieu est propice à des rendez-vous d’affaires dans la discrétion. L’auteur de ces lignes peut en témoigner.

Et il y a bien sûr les restaurants en ville où bien des ministres se réunissent avec qui bon leur semble. A quoi bon vouloir « en mettre plein la vue » à l’Hôtel de Lacey ?

On en conclut surtout que le niveau d’intelligence de De Rugy n’était pas à la hauteur de ses ambitions...

III. LA CRISE DU SYSTEME DE SANTE.

Bien plus grave que les exagérations, les simagrées de De Rugy, la politique de santé du gouvernement Macron, montre plus que tout autre chose son inhumanité et son incompétence.

Tout le monde connait la situation. Et la hantise des patients les plus lucides est de se retrouver plusieurs jours, pratiquement abandonné, sur un brancard, dans le couloir d’un hôpital (5).

Et tout le monde connait aussi les remèdes. Il est évident qu’il faut plus de personnel. Plus de moyens pour déjà remettre en état ce qui ne fonctionne plus. Il faut arrêter de supprimer des lits, de fermer les hôpitaux . Les populations n’ont bien sûr que leur misère à montrer face aux statistiques et aux mensonges claironnées de Madame la Ministre ! (6).

La lâcheté des gouvernants est d’autant plus odieuse qu’ils savent que les personnels de santé ne peuvent pas vraiment s’arrêter de travailler. Ils devront soigner vaille que vaille. Alors leur grève, en réalité, en haut lieu, on s’en fout...

Absence de budget ? Taxer ne serait-ce qu’une faible partie des revenus des sociétés du CAC 40 et les problèmes de financement du budget de la santé seraient résolus.

La Santé ? Encore une facette du macronisme, suintante et puante.

Si l’on a une conscience, si l’on pense sérieusement aux présent et à l ’avenir de ceux qui nous sont chers, on se doit de manifester, de soutenir ceux qui se crèvent au boulot pour nous soigner, de bouter hors du pouvoir ceux qui nous nuisent !

IV. LA CRISE DU SYSTEME EDUCATIF

Il peut certes y avoir un problème budgétaire concernant les politiques de l’enseignement à mener. Cependant, en France il y a aussi un problème structurel. L’autonomie laissée aux établissements scolaires est très insuffisante, inexistante.

Les idées de réforme sont parfois bonnes mais achoppent toujours sur la réalité des moyens. Ainsi, il y a quelques années, on faisait grand bruit du « décloisonnement ». Ne pouvait-on pas mettre ensemble, des élèves de plusieurs classes différentes, pour suivre, par exemple, une séance d’éducation musicale ? Bonne idée sans doute qui se heurtait à une organisation compliquée à mettre sur place compte tenu de la carence en locaux, de leur exiguité.

En réalité, comme pour toutes les « réformes », il s’agissait de masquer l’absence de moyens, la mauvaise formation des maîtres et leur nombre insuffisant.

On peut certes critiquer leur formation mais pas la bonne volonté et le sérieux engagement des jeunes enseignants, plongés dans les classes les plus difficiles dès leur premier poste.

Il n’en est pas de même de la hierarchie. Ces dames et ces messieurs qui postulent pour des postes d’inspecteurs ou de conseillers pédagogiques, ne veulent pas ou ne veulent plus être devant des élèves. Combien d’entre eux me confiaient leur soulagement de ne pas avoir à enseigner !

Par contre ils diffusaient les directives du Ministère. Se rendaient-ils compte de l’impossibilité d’appliquer nombre d’entre elles ?

Cette conception du travail est choquante. Ayant travaillé à l’étranger, dans les pays anglo-saxons, je n’ai connu que très rarement des patrons ou des chefs d’atelier refusant de mettre la main à la pâte. Tout au contraire ils se devaient de montrer l’exemple à leur personnel. Il fallait faire ses preuves sur le terrain, montrer que telle technique était efficace...

Pour en revenir au système éducatif, osons une comparaison un peu caricaturale : un inspecteur n’ayant jamais enseigné serait comme le chef d’atelier des mécaniciens d’un garage n’ayant jamais réparé une voiture, tout en prétendant donner des conseils pour se faire.

Une autre bonne idée fut la mise en place pour chaque établissement scolaire du « Projet d’Ecole ». Chacun d’eux devait mettre sur pied un projet original même s’il se devait de rentrer dans le cadre de la politique générale des programmes du Ministère. Sauf qu’au bout du compte, ajouté au « projet de classe » lesdits projets tombèrent dans la routine de la bureau cratie sans que rien ne change ou ne soit ainsi amélioré.

En fait le « Projet d’Ecole » n’avait un sens que si chaque établissement acquérait une autonomie et particulièrement une autonomie dans le recrutement. Concrétement dès le mois de mai, l’établissement, s’il a besoin de recruter un prof, affiche son annonce avec la référence du Projet d’Ecole. Les nouveaux enseignants ou ceux qui sont à la recherche d’un poste peuvent choisir, dans la mesure des disponibilités, l’école qui peut leur convenir. Se constituent ainsi plus facilement ensuite les équipes éducatives, motivées par ledit projet d’école. C’est ainsi que cela fonctionne au Canada.

Des effectifs moins nombreux dans les classes... C’est une priorité. Enseigner dans une classe de 15 élèves est bien différent que d’en avoir 25 ! Quoiqu’en dise le gouvernement c’est malheureusement ce dernier chiffre qu’il faut retenir.

Nous ne faisons ici qu’effleurer le sujet, la crise du système éducatif ne se résout qu’en résolvant le problème global de la crise de la société elle-même. Emplois, revenus suffisants pour vivre, manque de débouchés, de formateurs, goulot d’étranglement, services sociaux...L’école n’est pas responsables de toutes les carences de la société. C’est cette dernière qu’il faut changer en priorité pour avoir une meilleure école.

Président Macron vous avez raison de craindre cette prochaine rentrée.

Vous êtes détestés par une large partie de la population toujours plus nombreuse et de plus en plus déterminée à vous chasser du Pouvoir, vous le mal élu, vous l’homme d’affaires à la parole facile, le protecteur de vos sicaires...

Qu’espérez-vous ?

Nemo, le 05/08/2019.

(1) https://lachayotenoire.jimdo.com/nemo/ Vous trouverez là, en plus de nombre de mes articles, « Krachs, spasmes et crise finale » essai qui permet de comprendre l’époque particulière de crises dans laquelle nous nous trouvons.

(2) En 1962, lors d’une manifestation pacifiste organisée par le Parti Communiste, les forces de l’ordre repoussèrent une masse de manifestants vers la bouche du métro Charonne où enserrés et suffoquant, certains y laissèrent ainsi la vie.

(3) Le magazine des Gilets Jaunes, juillet 2019.

(4) Edgar Faure (1908 – 1988 ), président du Conseil des ministres en 1952 et de 1955 à 1956, sous la IVᵉ République, encore ministre et Président de l’Assemblée Nationale sous la Ve République... Opportuniste peut-être, mais beaucoup plus intelligent que De Rugy ...

(5) On évoque certains patients restés 72 heures, soit 5 jours, sur un brancard dans les couloirs des urgences !...

(6) Les soignants en grève réclament "la création de 10 000 postes – infirmiers et aides-soignants – sur 550 hôpitaux en France", une hausse des rémunérations de 300 euros net par mois et"l’arrêt de la fermeture de services et de lits ainsi que d’établissements" (source « Le Parisien 13/06/2019).

Face à cela, la ministre de la Santé annonce sur un ton doucereux exaspérant, le déblocage d’un enveloppe de 70 million d’euros, miette ridicule relativement aux besoins, petite monnaie dont les professionnels de santé, à l’heure où j’écris, n’ont pas vu le moindre centime...



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