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De la barberie coloniale à la politique nazie


de : Henri
vendredi 28 décembre 2007 - 19h10 - Signaler aux modérateurs
8 commentaires

Le texte est certes long mais la force et la singularité du propos en vaut la peine...

Forum de Dialogue
Berlin, 15 juin 2006.
Organisé par la section européenne de la Fondation AfricAvenir
Communication présentée par Rosa Amelia PLUMELLE-URIBE

De la barbarie coloniale à la politique nazie d’extermination (1ère partie)

Nous sommes réunis ici pour analyser ensemble le lien historique qui, comme un fil conducteur conduit de la barbarie coloniale à la politique nazie d’extermination. Il s’agit d’un effort visant à détecter au moins la plupart des facteurs qui, de manière directe ou indirecte, auraient favorisé le développement politique et l’épanouissement idéologique d’une entreprise de déshumanisation comme la barbarie nazi en Allemagne et au-delà de ses frontières.

Cette contribution est utile à toute démarche qui voudrait mettre fin à toute sorte de discrimination d’où qu’elle vienne ; à commencer par cette discrimination qui consiste à trier parmi les crimes pour ensuite, suivant l’identité des victimes ou parfois l’identité des bourreaux, sélectionner le crime qu’il faut condamner. Cette hiérarchisation des crimes et donc de leur condamnation, demeure un handicap majeur dans la lutte pour la prévention des crimes contre l’humanité dont le crime de génocide.

Esclavage et trafic d’esclaves

Il convient de préciser tout de suite que, les guerres de conquête et les crimes liés à la domination coloniale, ainsi que la réduction d’êtres humains en esclavage, étaient déjà une réalité dans les temps anciens. Par exemple, lorsque la domination des Musulmans arabes s’étend vers l’Europe, le commerce d’êtres humains est une activité millénaire parmi les Européens. Le règne de l’islam en Espagne, de 711 à 1492, a simplement dynamisé la traite d’esclaves intra européenne(1) faisant du continent un important fournisseur d’esclaves, femmes et hommes, expédies vers les pays de l’islam.

Les prisonniers, majoritairement slaves, alimentaient le commerce d’hommes entre Venise et l’empire arabo-musulman du sud de la Méditerranée. C’est ainsi que dans les langues occidentales, le mot « esclave » ou « slave » se substitue au latin « servus » pour désigner les travailleurs privés de liberté. Autrement dit, pendant plusieurs siècles, des Chrétiens européens vendent d’autres Européens à des commerçants Juifs spécialisés dans la fabrication d’eunuques(2), lesquels étaient une marchandise très prisée et fort sollicitée dans les pays de l’empire musulman.

Des chercheurs, spécialistes de l’esclavage en Europe au Moyen Âge, ont vu dans le système d’asservissement inauguré en Amérique par la domination coloniale, un lien de continuité avec les institutions esclavagistes de l’Europe. Jacques Heers dit que « C’est le mérite incontestable de Charles Verlinden, sur ce point véritable pionnier, que d’avoir marqué que la conquête et l’exploitation coloniales des Amériques s’étaient largement inspirées de certaines expériences toutes récentes en Méditerranée et s’inscrivaient en droite ligne dans une continuité ininterrompue de précédentes médiévaux(3) ».

J’ai néanmoins choisi d’aborder cette analyse, à partir de 1492 lors de l’arrivée des Européens dans le continent américain. Et j’ai fait ce choix parce que, malgré ce qui vient d’être dit, la destruction des peuples indigènes d’Amérique, l’instauration de la domination coloniale et le système de déshumanisation des Noirs sur ce continent, n’avaient pas de précédent dans l’histoire. Et surtout, parce que la prolongation de cette expérience pendant plus de trois siècles, a largement conditionné la systématisation théorique des inégalités y compris l’inégalité raciale dont les conséquences restent d’actualité.

Premier génocide des temps modernes

Des historiens du 20ème siècle, travaillant sur la conquête de l’Amérique, sont parvenus à se mettre plus ou moins d’accord pour estimer le nombre d’habitants du continent américain à la veille de l’invasion. Il a donc été retenu qu’à la veille du 1500, environ 80 millions de personnes habitent dans le continent américain. Ces chiffres furent comparés à ceux obtenus cinquante ans plus tard à partir des recensements espagnols(4).

Il en ressort que vers 1550, des 80 millions d’Indigènes ne restent que 10 millions. C’est-à-dire, en termes relatifs une destruction de l’ordre de 90% de la population. Une véritable hécatombe car en termes absolus il s’agit d’une diminution de 70 millions d’êtres humains. Et encore, il importe de savoir que ces dernières années, des historiens sud-américains sont parvenus à la conclusion qu’en réalité, à la veille de la conquête il y avait en Amérique plus de 100 millions d’habitants. D’un point de vue européen, ces estimations sont inacceptables, et pour cause ! Si cela était vrai, nous serions devant une diminution de 90 millions d’êtres humains.

Mais, au-delà du nombre d’Indigènes exterminés, le comportement collectivement adopté par les conquérants chrétiens a eu des conséquences qui perdurent. Par exemple, la justification postérieure de ce génocide a conditionné l’évolution culturelle, idéologique et politique de la suprématie blanche à l’égard d’autres peuples non Européens, et finalement à l’intérieur même d’Europe.

La situation d’impunité dont bénéficiaient les conquistadores devait, fatalement, favoriser l’apparition très rapide de pratiques assez inquiétantes. Ainsi, la mauvaise habitude de nourrir les chiens avec des Indigènes et parfois avec des nourrissons arrachés à leur mère et jetés en pâture à des chiens affamés. Ou la tendance à s’amuser en faisant brûler vifs des Indigènes jetés dans des bûcher allumés pour les faire rôtir(5). Ce désastre fut la première conséquence directe de ce que les manuels d’histoire continuent à appeler ‘la découverte de l’Amérique’.

La solution africaine

Après avoir vidé le continent américain de sa population, les puissances occidentales naissantes ont fait de l’Afrique noire, une pourvoyeuse d’esclaves pour l’Amérique. Cette entreprise a désagrégé l’économie des pays africains et vidé le continent d’une partie de sa population dans ce qui demeure, la déportation d’êtres humains la plus gigantesque que l’histoire de l’humanité ait connue. Ici, il convient de rappeler la situation des pays africains au moment où ils sont abordés par les Européens.

C’est un fait que, même si le mode de production en Afrique n’était pas fondamentalement esclavagiste, les sociétés y connaissaient certaines formes de servitude. Comme nous l’avons dit, au Moyen âge, l’esclavage ainsi que la vente d’êtres humains, était une pratique très généralisée et l’Afrique n’a pas été une exception. Depuis le 7ème siècle, l’Afrique noire, tout comme l’Europe depuis le 8ème siècle, approvisionne en esclaves les pays de l’empire arabo-musulman.

Il semblerait qu’à l’époque, la dimension et les modalités du trafic d’esclaves n’auraient pas été incompatibles avec la croissance de l’économie dans les pays concernés par ce commerce d’êtres humains. Il est d’ailleurs couramment admis que c’est sous le règne de l’islam en Espagne que l’Europe a commencé à sortir des ténèbres du Moyen âge. Concernant l’Afrique, on notera qu’au 15ème siècle, malgré la ponction faite par la traite négrière arabo-musulmane, les pays de ce continent jouissaient d’un bon niveau de bien être social.

Le dépeuplement du continent ainsi que la misère et l’indigence de ses habitants malades et affamés, décrits par les voyageurs qui abordèrent l’Afrique noire au 19ème siècle, contrastent avec les pays densément peuplés, l’économie fleurissante, l’agriculture abondante, l’artisanat diversifié, le commerce intense et surtout, avec le niveau de bien être social décrits par les voyageurs, géographes et navigateurs ayant abordé l’Afrique noire entre le 8ème et le 17ème siècle, et dont nous connaissons maintenant les témoignages grâce aux diverses recherches, entre autres celles de Diop Maes(6).

Entre le 16ème et le 19ème siècle, les guerres et razzias en chaîne, provoquées par les négriers pour se procurer les captifs, ont conduit à la destruction quasiment irréversible de l’économie, du tissu social et de la démographie des peuples africains. Le cumul des traites, arabe et européenne, au moyen d’armes à feu, le caractère massif, voire industriel, de la traite négrière transatlantique en accroissement constant, a causé en trois siècles, des ravages que le continent n’avait jamais connus jusque là. Ce nouveau désastre fut la deuxième conséquence de la colonisation d’Amérique.

Une entreprise de déshumanisation

Dans le cadre de la domination coloniale sur le continent américain, les survivants indigènes, dépouillés de leurs terres furent refoulés et parqués dans des réserves. Dans le même temps, des millions de femmes, d’enfants et d’hommes Africains arrachés de chez eux et déportés dans l’Amérique, furent systématiquement expulsés hors de l’espèce humaine et réduits à la catégorie de bien meuble ou de sous-homme. L’infériorité raciale des non-Blancs et sa soeur jumelle, la supériorité de la race blanche, furent inscrits dans la loi, consacrées par le christianisme et renforcées dans les faits.

Les puissances coloniales, Espagne, Portugal, France, Angleterre, Hollande, légiféraient pour se doter du cadre juridique à l’intérieur duquel la déshumanisation des Noirs devenait légale. En conséquence, chaque métropole avait un arsenal juridique pour réglementer sa politique génocidaire dans l’univers concentrationnaire d’Amérique. A cet égard, la codification la plus achevée aura été le code noir français(7). Promulgué en 1685, cette monstruosité juridique est restée en vigueur jusqu’à 1848 lors de la seconde abolition de l’esclavage dans les colonies françaises.

Il est significatif que, au moins pendant les 16ème et 17ème siècles, pour autant que nous sachions, il n y eut pas une seule voix autorisée pour dénoncer et condamner l’expulsion légale des Noirs hors de l’espèce humaine. Même au 18ème siècle qui était pourtant le siècle des Lumières, aucun de ces grands philosophes n’a, formellement, exigé des autorités compétentes la suppression immédiate, réelle, sans atermoiements, des lois qui réglaient ces crimes(8).

Une idéologie unanimement partagée

On a l’habitude d’ignorer que grâce à la racialisation de l’esclavage dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, la supériorité de la race blanche et l’infériorité des Noirs sont devenues un axiome profondément enraciné dans la culture occidentale. Il faut savoir que cet héritage pernicieux de la domination coloniale européenne, combiné aux effets néfastes de la manie des Lumières de tout ordonner, hiérarchiser, classifier, a stimulé l’émergence d’une culture plus ou moins favorable à l’extermination des groupes considérés inférieurs.

Entre le 15ème et le 19ème siècle, toute la production littéraire et scientifique concernant les peuples indigènes d’Amérique, visait à justifier leur extermination passé et à venir. Après trois longs siècles de barbarie coloniale sous contrôle chrétien, un des principes validés par les catholiques espagnols, est la certitude que tuer des Indiens n’est pas un pêché(9). Cette conscience fut renforcée par les protestants anglophones, convaincus qu’un bon Indien est un Indien mort. Aussi, toute la littérature concernant la bestialisation des Noir dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, était une véritable propagande en faveur de la traite négrière et de l’esclavage des Noirs présentés comme un progrès de la civilisation.

Lorsque finalement eut lieu le démantèlement de l’univers concentrationnaire d’Amérique, le changement provoqué par les abolitions de l’esclavage eut une portée assez limitée. D’abord parce que l’essentiel des structures et des rapports sociaux et économiques mis en place par la barbarie institutionnalisée, sont restés quasiment inchangés. Et aussi, parce que le triomphe de la pensée scientifique sur la foi religieuse a donné à la race des seigneurs et aux valeurs de la civilisation occidentale, une crédibilité dont la religion ne bénéficiait plus auprès des esprits éclairés. Désormais, la colonisation et les actes de barbarie qui lui sont consubstantiels, par exemple l’extermination de groupes considérés inférieurs, se feront ayant comme support un discours scientifique.

Une culture d’extermination

Il serait utile une étude très serrée concernant le rôle des scientifiques occidentaux dans le développement de la culture d’extermination qui a prévalu au 19ème et au début du 20ème siècle dans les pays colonisateurs. Malgré son rapport étroit avec notre analyse, cela n’est pas le sujet central de cette communication. Mais, nous pouvons néanmoins dégager quelques pistes pour ceux qui voudraient reprendre le sujet et se renseigner davantage.

Au milieu du 19ème siècle, les Associations scientifiques les plus prestigieuses semblent avoir été la Geographical Society et l’Anthropological Society à Londres et aussi, la Société de Géologie à Paris. Le 19 janvier 1864, eut lieu une table ronde organisée par l’Anthropological Society sur « l’extinction des races inférieures ». Il y fut question du droit des races supérieures à coloniser les espaces territoriaux considérés vitaux pour leurs intérêts.

Dans le “journal of the Anthropological Society of London, vol. 165, 1864” fut publié un compte rendu des débats de la Conférence. Il s’agissait de savoir si dans tous les cas de colonisation il serait inévitable l’extinction des races inférieures, ou si jamais il serait possible qu’elles puissent coexister avec la race supérieure sans être éliminées(10). A l’époque, l’Angleterre avait déjà commis, outre le génocide des Indigènes en Amérique du Nord, celui des Aborigènes d’Australie dont les Tasmaniens.

En France, Albert Sarraut, tenant discours aux élèves de l’Ecole coloniale affirmait : « il serait puéril d’opposer aux entreprises européennes de colonisation un prétendu droit d’occupation […] qui pérenniserait en des mains incapables la vaine possession de richesses sans emploi. »(11). De son côté, le sociologue français Georges Vacher de Lapouge, soutenait qu’il n’y avait rien de plus normal que la réduction en esclavage des races inférieures et plaidait pour une seule race supérieure, nivelée par la sélection.

Des scientifiques réticents

On remarquera que la plupart des anthropologues allemands, même convaincus de leur supériorité raciale, ne partagent pas avec leurs collègues britanniques, nord-américains et français, la conviction que les races inférieures doivent nécessairement disparaître au contact de la civilisation. Le professeur Théodore Waitz par exemple, développe entre 1859-1862 un travail pour contester le bien fondé des théories propagées par ses collègues occidentaux, engagés dans la justification scientifique des exterminations commises par leurs pays.

Par la suite, son élève George Gerland fait en 1868 une étude sur l’extermination des races inférieures. Il dénonce la violence physique exercée par les colonisateurs comme étant le facteur d’extermination le plus tangible. Et affirme qu’il n’existe aucune loi naturelle qui dit que les peuples primitifs doivent disparaître pour que la civilisation avance. Le plaidoyer de ce scientifique allemand pour le droit à la vie des races dites inférieures est un fait rarissime dans cette période de l’histoire.

En 1891 le professeur allemand Friedrich Ratzel publie son livre « Anthropogeographie » et dans le dixième chapitre sous-titré « Le déclin des peuples de cultures inférieures au contact avec la culture », il exprime son hostilité concernant la destruction des peuples indigènes : « C’est devenu une règle déplorable, que des peuples faiblement avancés meurent au contact avec des peuples hautement cultivés. Cela s’applique à la vaste majorité des Australiens, des Polynésiens, des Asiatiques du Nord, des Américains du Nord et des nombreux peuples d’Afrique du Sud et d’Amérique du Sud.

(…) Les Indigènes sont tués, chassés, prolétarisés et l’on détruit leur organisation sociale. La caractéristique principale de la politique des Blancs est l’usage de la violence par les forts sur les faibles. Le but est de s’emparer de leurs terres. Ce phénomène a pris sa forme la plus intense en Amérique du Nord. Des Blancs assoiffés de terres s’entassent entre des peuplements indiens faibles et partiellement désintégrés »(12). Ce serait le dernier discours dans lequel le professeur Ratzel exprimerait un point de vue aussi peu favorable à l’extinction des peuples inférieurs.

[...]

1 A ce sujet, voir Charles Verlinden, L’esclavage dans l’Europe médiévale, Tome 1 Péninsule Ibérique, France 1955 ; Tome 2 Italie Colonies italiennes du Levant latin Empire Byzantin, 1977.
2 Verlinden, L’esclavage dans l’Europe médiévale, Tome 2, notamment dans le chapitre II La traite vénitienne et la traite juive, p. 115 et suivantes, et aussi dans le chapitre III La traite des eunuques, p. 981 et suivantes. Ce livre, devenu introuvable en librairie, peut être consulté à la bibliothèque du Centre Pompidou et aussi à celle de la Sorbonne.
3 Jacques Heers, Esclaves et domestiques au Moyen Âge dans le monde méditerranéen, Paris, 1981, p. 12.
4 A ce sujet, voir Tzvetan Todorov, La conqête de l’Amérique. La question de l’autre, Paris, 1982.
5 Voir Bartolomé de Las Casas, Brevísima relación de la destrucción de las Indias, Buenos Aires, 1966 et aussi Historia de las Indias, México, Fondo de Cultura Económica, 1951.
6 Le lecteur consultera profitablement l’oeuvre pionnière de Louise Marie Diop Maes, Afrique Noire Démographie Sol et Histoire, Paris, 1996.
7 Louis Sala-Molins, Le code noir ou le calvaire de Canaan, Paris, 1987.
8 Louis Sala-Molins, Les Misères des Lumières. Sous la Raison, l’outrage, Paris, 1992
9 En 1972, en Colombie, un groupe de paysans analphabètes a dû répondre devant le tribunal pour le massacre, avec préméditation, de dix huit Indigènes hommes, femmes et enfants confondus. Les accusés ont été acquittés par un jury populaire car ils ne savaient pas que tuer des Indiens était un pêché et encore moins un délit. Voir à ce sujet Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La férocité blanche Des non-Blancs aux non-Aryens Génocides occultés de 1492 à nos jours, Paris, 2001.
10 Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes. L’odysée d’un homme au coeur de la nuit et les origines du génocide européen, Paris, 1999.
11 Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, 1955.
12 Lindqvist, op. cit., p. 189-190.


De la barberie coloniale à la politique nazie (2ème partie)

Forum de Dialogue
Berlin, 15 juin 2006.
Organisé par la section européenne de la Fondation AfricAvenir
Communication présentée par Rosa Amelia PLUMELLE-URIBE

De la barbarie coloniale à la politique nazie d’extermination (2ème partie)

Une évolution malheureuse

Les anciennes puissances négrières réunies à Berlin en 1884-1885, officialisent le dépècement de l’Afrique. L’Allemagne s’assure le contrôle du Sud-Ouest africain (c’est-à-dire la Namibie), de l’Est africain (correspondant aux territoires actuels de la Tanzanie, du Burundi et du Rwanda) et aussi le contrôle sur le Togo et le Cameroun.

L’entrée de l’Allemagne dans l’entreprise coloniale marque un hiatus sensible entre le discours des scientifiques allemands avant les années 1890 et celui qu’ils auront après les années de 1890 sur le même sujet : l’extermination des races inférieures ou leur asservissement suivant les besoins des conquistadores et le progrès de la civilisation.

En effet, en 1897 le professeur Ratzel publie son ouvrage « Géographie politique » dans lequel, l’auteur prend fait et cause pour l’extermination des races inférieures. Il affirme qu’un peuple en développement qui a besoin de plus de terres doit donc en conquérir « lesquelles, par la mort et le déplacement de leurs habitants, sont transformées en terres inhabitées »(13).

La domination économique combinée à des méthodes racistes, a donné naissance à la suprématie blanche chrétienne. Son idéologie hégémonique règne sans partage sur la planète et connaît toute sa splendeur entre la seconde moitié du 19ème et la première moitié du 20ème siècle. Même dans les anciens pays colonisés, l’extermination des races inférieures tenait lieu de politique officielle.

Une idéologie triomphante

La plupart des pays d’Amérique sont devenus indépendants au 19ème siècle. Les classes dirigeantes de ces pays, se croient blanches parce qu’elles sont issues des aventuriers européens qui souvent violaient les femmes indigènes. Arrivées au pouvoir suite aux guerres d’indépendance, ces élites se sont toujours identifiées à leur ancêtre blanc. De fait, elles adoptèrent les méthodes d’extermination des Indigènes hérités de la colonisation.

En avril 1834, les autorités d’Argentine, pays indépendant depuis peu, déclenchent la « Campaña del Desierto » (Campagne du Désert), dont le but est l’extermination des survivants Indigènes qui occupent la pampa. Dirigée par Juan Manuel de Rosas, devenu Président d’Argentine à partir de 1835, cette campagne fut coordonnée avec le gouvernement du Chili. Le premier gouvernement constitutionnel d’Uruguay, dirigé par Fructuoso Rivera, s’est aussi joint à la Campagne qui devait transformer ces terres en espaces inhabités…

Malgré la violence extrême de la ‘Campagne’, tous les Indigènes ne sont pas morts, au grand dam du président Rosas pour qui les Indiens se reproduisaient comme des insectes. Pour remédier à cet échec, en 1878, par initiative du Ministre de la Guerre Julio Argentino Roca, le Congrès National argentin vote et approuve la loi « de expansión de las fronteras hasta el Rio Negro » (expansion des frontières). C’est le point de départ de la seconde « Campagne du Désert » qui doit définitivement vider la Pampa de sa population indigène pour faire avancer la civilisation.

Un espace vital avant la lettre

La « Campagne » a lieu au moment où les survivants Indigènes sont traqués partout dans le continent. En Amérique du Nord ils sont massacrés et refoulés afin de libérer un espace devenu vital pour l’installation de familles civilisées, c’est-à-dire blanches. En Argentine, l’objectif avoué de la « Campagne » était le même : Remplacement de la population locale par une population civilisée pouvant garantir l’incorporation effective de la Pampa et la Patagonie à la nation de l’Etat Argentin.

Quelques décennies plus tard, Heinrich Himmler défendrait le même principe de remplacement des populations lorsqu’il affirmait : « Le seul moyen de résoudre le problème social, c’est pour un groupe, de tuer les autres et de s’emparer de leur pays »(14). Mais, pour le moment, cela se passait en Amérique et au détriment de populations non-Européennes. Le Ministre Roca, qui est à l’origine de la seconde « Campagne du Désert », a même gagné les élections en 1880 et est devenu Président de l’Argentine.

Bien sûr, quelques voix se levèrent pour critiquer la barbarie des atrocités commises pendant la Campagne. Mais, dans l’ensemble, l’infériorité des victimes n’était pas contestée et le gouvernement de Julio Roca appelé le conquistador du Désert, est perçu comme le fondateur de l’Argentine moderne. L’histoire de ce pays a retenu surtout, que c’est sous la Présidence de Roca que le pays a avancé vers la séparation de l’église et l’Etat, le mariage civil, le registre civil des naissances et l’éducation laïque. Une des plus grandes villes de la Patagonie porte le nom de Roca.

Il n’y a pas longtemps, l’historien Félix Luna affirmait sans rire : « Roca a incarné le progrès, il a intégré l’Argentine dans le monde : je me suis mis à sa place pour comprendre ce qui impliquait d’exterminer quelques centaines d’indiens pour pouvoir gouverner. Il faut considérer le contexte de l’époque où l’on vivait une atmosphère darwiniste qui favorisait la survie du plus fort et la supériorité de la race blanche (…) Avec des erreurs, des abus, avec un coût Roca fit l’Argentine dont nous jouissons aujourd’hui : les parcs, les édifices, le palais des OEuvres Sanitaires, celui des Tribunaux, la Case du Gouvernement »(15).

Exterminables parce qu’inférieurs

On remarquera que depuis le premier génocide des temps modernes, commis par les chrétiens en Amérique à partir de 1492, la situation des peuples non Européens en général et des Noirs en particulier se trouve rythmée par les exigences de la suprématie blanche. Dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, le Noir expulsé hors de l’espèce humaine en tant que sous-homme ou bien meuble, ne fut jamais réintégré ou réinstallé dans son humanité. Et les survivants indigènes étaient massivement massacrés pour rendre inhabitées leurs terres.

En Afrique le peuple congolais, sous l’administration de ce bourreau que fut le Roi Léopold, est soumis à des formes d’asservissement causant la destruction de la moitié de la population qui est passée de vingt millions à 10 millions d’habitants16. Dans ce même continent, l’Allemagne aussi, comme d’autres avant elle, appliquera les bons principes de la colonisation. Entre 1904 et 1906, soit en l’espace de deux ans, les Allemands exterminèrent les trois quarts du peuple Herero. Sans compter les morts des Nama, Baster, Hottentots, etc(17).

Dans le cadre de la domination coloniale allemande en Namibie, le professeur Eugen Fischer va étudier en 1908, chez les Baster installés à Rehoboth « le problème de la bâtardisation chez l’être humain ». Les recommandations du chercheur sont sans détour. On lit dans son traité à propos des métis : « Qu’on leur garantisse donc le degré précis de protection qui leur est nécessaire en tant que race inférieure à la nôtre, rien de plus, et uniquement tant qu’ils nous sont utiles –autrement, que joue la libre concurrence, c’est-à-dire, selon moi, qu’ils disparaissent.(18) »

Ce travail dans lequel le professeur Fischer considérait avoir démontré scientifiquement l’infériorité des Noirs, fit la gloire de son auteur dont le prestige alla au-delà des frontières du pays. Des années plus tard, lorsqu’en 1933 Adolf Hitler arrive au pouvoir en Allemagne, tout naturellement, le professeur Fischer mettra au service de la politique raciale du nouvel Etat le prestige et l’autorité que lui conférait sa condition de scientifique de renommée mondiale. En fait, ce fut le cas de l’establishment scientifique dans l’ensemble(19).

Le danger d’être classé inférieur

C’est un fait vérifiable, à la fin du 19ème et pendant les premières décennies du 20ème siècle, l’extermination d’êtres inférieurs ou la programmation de leur disparition, était une réalité qui ne soulevait pas de grandes vagues de solidarité à l’égard des victimes. C’est pourquoi les dirigeants nazis s’appliquèrent à convaincre les Allemands que les Juifs, ainsi que les Slaves et autres groupes, étaient différents et en conséquence étaient inférieurs.

C’est dans ce contexte si favorable à l’extermination des inférieurs, que les conseillers scientifiques du plan quadriennal chargé de planifier l’économie de l’Allemagne nazie, poussant la logique de l’anéantissement plus loin que leurs prédécesseurs, et dans une combinaison aussi terrible que sinistre entre les facteurs idéologiques et les motivations utilitaires, ont programmé l’extermination à l’Est, de 30 millions d’êtres humains.

Dans leur essai « Les architectes de l’extermination », Susanne Heim et Götz Aly soulignent que les planificateurs de l’économie, choisis non pas en fonction de leur militance politique mais de leur compétence professionnelle, fondaient leur dossier sur des considérations purement économiques et géopolitiques, sans la moindre référence à l’idéologie raciale. Ils rapportent le procès-verbal d’une réunion pendant laquelle, les conseillers économiques ont expliqué en présence de Goebbels leur plan d’approvisionnement alimentaire.

Ce dernier nota dans son journal le 2 mai 1941 : « La guerre ne peut se poursuivre que si la Russie fournit des vivres à toutes les forces armées allemandes durant la troisième année de la guerre. Des millions de personnes mourront certainement de faim si les vivres qui nous sont nécessaires sont enlevés au pays.(20) » En effet, ce plan devait faire mourir environ 30 millions de Slaves dans un premier temps. Mais cela devait assurer l’approvisionnement des vivres pendant une année et en plus, rendre inhabitées des terres où des familles allemandes seraient installées.

Une tradition sinistre

Ainsi, Hermann Göring, dont le père fut le premier gouverneur allemand en Namibie, pouvait dire en 1941 à son compère le ministre italien des Affaires étrangères, le comte Ciano : « Cette année, 20 à 30 millions de personnes mourront de faim en Russie. Peut-être est-ce pour le mieux, puisque certaines nations doivent être décimées.(21) » Ceux qui, dans une association extrême de l’idéologie raciste et la motivation utilitaire, programmaient l’extermination de 30 millions de Slaves, pouvaient programmer sans état d’âme, l’extermination d’un autre groupe considéré aussi inférieur, dans l’occurrence les Juifs.

Ce n’est pas par hasard que le Professeur Wolfang Abel : « Chargé par le haut commandement des forces armées de réaliser des études anthropologiques sur les prisonniers de guerre soviétiques, proposa entre autres options la liquidation du peuple russe.(22) » Le professeur Abel fut l’élève du Professeur Fischer avant de devenir son assistant. Ensemble, ils formèrent les premiers experts scientifiques chargés de sélectionner ceux qui, coupables de ne pas être Aryens devaient être exterminés à Auschwitz ou ailleurs(23).

Quant aux Soviétiques : « Au 1er février 1942, sur les 3,3 millions de soldats de l’Armée rouge fait prisonniers, 2 millions étaient déjà morts dans les camps allemands et au cours des transports, soit 60%. Si l’on enlève les trois premières semaines de guerre, au cours desquelles les premiers prisonniers purent puiser dans leurs réserves corporelles, ce chiffre correspondait à un taux de mortalité de 10 000 hommes par jour.(24) »

La tragédie des uns et le profit des autres

La très grande majorité des Allemands, heureuse de se trouver du bon côté, accepta le fait accompli, c’est-à-dire l’exclusion des non-Aryens, et en retira tout le bénéfice possible. Il va sans dire qu’à l’époque, la solidarité à l’égard des groupes considérés inférieurs ne faisait pas vraiment recette dans la culture dominante. Plusieurs siècles de matraquage idéologique pour justifier l’écrasement des peuples colonisés et asservis, n’avaient pas certainement favorisé l’humanité de ceux qui en profitaient(25).

Comme le dit si bien Aly : « Le gouvernement nazi suscita le rêve d’une voiture populaire, introduisit le concept de vacances pratiquement inconnu jusqu’alors, doubla le nombre des jours fériés et se mit à développer le tourisme de masse dont nous sommes aujourd’hui familiers. (…) Ainsi, l’exonération fiscale des primes pour le travail de nuit, les dimanches et les jours fériés accordés après la victoire sur la France, et considérée, jusqu’à sa remise en cause récente comme un acquis social. (…)Hitler a épargné les Aryens moyens aux dépens du minimum vital d’autres catégories(26). »

L’argent spolié aux Juifs d’Europe et aux pays sous occupation allemande a bien servi au gouvernement nazi pour financer sa politique sociale visant à favoriser le niveau de vie de la population aryenne. On comprend qu’après la guerre, tant d’Allemands pouvaient admettre en privé, avoir vécu la période la plus prospère de leur vie sous le gouvernement nazi y compris pendant la guerre…

Conclusion

La domination coloniale sur d’autres peuples a toujours fourni les conditions indispensables pour la mise en place de systèmes d’asservissement et déshumanisation froidement réglés. Ce fut le cas dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, où les puissances coloniales ont inventé un système juridique à l’intérieur duquel, la bestialisation des Noirs parce que Noirs, se faisait en toute légalité. Au 19ème siècle, la colonisation britannique en Australie a renoué avec le génocide commis en Amérique du Nord.

En Afrique, les peuples congolais ont souffert leur Adolf Hitler incarné par le Roi des Belges qui non satisfait de faire mourir la moitié des populations, faisait couper la main à ceux qui chercheraient à fuir les travaux forcés(27). En Namibie, l’Allemagne coloniale a commis son premier génocide et, je peux continuer mais je peux aussi m’arrêter. Il y a assez pour comprendre que l’entreprise nazie de déshumanisation, s’inscrit dans une continuité, jalonnée sans interruption par la barbarie coloniale.

A la fin de la guerre, les puissances coloniales, victorieuses, ont décrété que le nazisme était incompréhensible et effroyable parce que derrière ses atrocités il n’y avait aucune rationalité économique. La motivation utilitaire ayant toujours servi à cautionner les entreprises de déshumanisation menées contre d’autres peuples non-Européens, il fallait absolument que l’entreprise nazie de déshumanisation soit dépourvue de toute motivation utilitaire. De là, cette approche réductionniste qui a historiquement isolé le nazisme, et focalisé l’attention sur les atrocités commises par les nazis, en faisant abstraction des facteurs sans lesquels, chacun devrait le savoir, ce désastre effrayant n’aurait jamais atteint la disproportion que nous savons.

12 Lindqvist, op. cit., p. 189-190.
13 Ibid, p. 192.
14 Götz Aly et Susanne Heim, Les architectes de l’extermination Auschwitz et la logique de l’anéantissement, Paris, 2006, p. 25-26
15 Consulter Diana Lenton, La cuestion de los Indios y el ge,ocidio en los tiempos de Roca : sus repercusiones en la prensa y la politica, SAAP- Sociedad Argentina de Análisis Politico www.saap.org.ar/esp/page Voir aussi Osvaldo Bayer, le journal argentin Página/12, Sábado, 22 de octubre 2005.
16 Adam Hochschild, Les fantômes du roi Léopold II. Un holocauste oublié, Paris, 1998.
17 Ingol Diener, Apartheid ! La cassure, Paris, 1986.
18 Benno Muller-Hill, Science nazie, science de mort, Paris, 1989, p. 194.
19 Consulter Muller-Hill
20 Aly et Heim, op. cit., p. 271-272.
21 Ibid, p. 267.
22 Ibid, p. 289.
23 Muller-Hill, op. cit.
24 Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, Paris, 2005, p. 172.
25 Voir Plumelle-Uribe, op. cit.
26 Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, p. 9, 28.
27 Hochschild, op. cit.



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Commentaires de l'article
De la barberie coloniale à la politique nazie (1ère partie)
28 décembre 2007 - 20h28

Et pour information, Rosa Amelia Plumelle Uribe, l’auteur de cet important article, est également l’auteur de "La Férocité blanche", livre traitant des génocides occultés de 1492 à nos jours.

Henri.



De la barberie coloniale à la politique nazie (2ème partie)
28 décembre 2007 - 22h57

"La très grande majorité des Allemands, heureuse d’être du bon côté a accepté le fait accompli"

Il ne faudrait tout de même pas oublier que Hitler et les nazis ont instauré une DICTATURE basée sur une répression féroce, ont dissous les partis et syndicats, et jeté des milliers d’opposants en prison, avant même de s’attaquer spécialement aux juifs !

Il ne faudrait pas oublier que Hitler et les nazis avant d’accéder au pouvoir grâce au financement des grands trusts allemands et à la complicité des partis bourgeois, ont dû s’affronter pendant des années aux ouvriers et aux militants et organisations du PC (en dépit de la fausse tactique imposée au PC allemand par Staline, selon laquelle il fallait d’abord combattre les sociaux-démocrates avant les nazis) !

On pourrait dire de la même façon : la très grande majorité des Français, heureuse d’être du bon côté, a accepté Pétain et son régime !



De la barberie coloniale à la politique nazie (2ème partie)
28 décembre 2007 - 23h05

Le colonialisme fut une entreprise de déshumanisation et criminelle. L’idéologie nazie s’en’inspira très largement.
Il est vrai et on ne le souligne pas assez, le scientisme du 19ème siècle participa à la propagation d’idées essentialistes dans lesquelles on enferma les peuples opprimés pour justifier les conquêtes et la soumission des peuples d’afrique et d’amérique du sud.
Gobineau, Français, contribua à travers "l’inégalité des races" à répandre des thèses racistes.
La domination coloniale fut impitoyable avec les populations indigènes et dans les faits s’évertua à les détruire culturellement et physiquement.
L’extermination des astèques illustre parfaitement ce propos.
Ceci étant dit, rien ne saurait justifier la concurrence des victimes qui "ethnicisent" la société française et crée des rivalités intercommunautaires.
Je dois rappeler que si les ancêtres des français ont commis des crimes impardonnables, leurs arrière petits enfants ne sont pas responsables.
L’histoire de chaque français, quel que soit son origine s’inscrit dans un grand récit narratif qu’il convient de faire sien. C’est notre héritage à tous : passif et actif font parti de notre patrimoine.
Cette synthèse est remarquable notamment quand elle met l’accent sur l’ambition nazie d’exterminer les slaves dont près de 30 millions disparurent dans les camps nazis.
L’ensemble des massacres coloniaux et nazis est historiquement séquentiel.
Il connut, pour les colonialistes et les nationaux-socialistes, une durée limitée dans le temps : trois siècles pour les premiers, moins de 15 ans pour les seconds.
La "question juive" présente une spécificité : elle naît à la naissance du christianisme et se place sous le signe de la métaphysique.
Tout au long de notre histoire chrétienne, Vème après JC, les juifs sont marqués du sceau de l’infamie, "peuple déicide" jusqu’en 1960, ils sont persécutés, servent de bouc émissaire à la moindre difficulté des monarchies et plus tard des républiques, se voient interdire presque toutes les professions sauf le commerce et l’usure.

Les juifs sont tout et leur contraire : judéo-bolchéviques ou judéo capitalistes, complotant contre la paix, esclavagistes, maçonniques tirant les ficelles en coulisses.
L’anecdote qui m’a le plus frappé est rapportée par Trotsky nommé commissaire aux affaires étrangères et chargé des négociations à Brest Litovsk qui hésite, craignant que ses origines juives ne nuisent à la jeune révolution. Et Lénine de lui répondre paraphrasant Saint Paul "il n’y pas de chrétiens ou de juifs au PCUS mais des communistes".
Ce même Trotsky, s’étonnait qu’il y eut trop de juifs au comité central, conditionné qu’il était par la propagande anti-juive. On sait que cette dernière généra le concept de haine de soi. Haine que se portait le juif qui intériorisait le regard néfaste que l’autre portait sur lui.
La dimension métaphysique de l’antisémitisme n’a curieusement pas d’équivalent dans l’histoire humaine. Principe de dissolution de l’unité nationale, cosmopolites, transnationaux, ferment de décompostion de l’âme humaine et que sais-je encore ?
Cette communauté ultra-minoritaire sur-représentée dans ce qu’il y a de meilleur dans la culture occidentale à travers Marx, Freud, Einstein, Zweig, Schnitzler, Musil, Kafka,Moravia, Medelshonne, Malher, Modigliani, Chagall etc...fut livrée à la vindicte d’un artiste raté et de ses acolytes alors qu’ils avaient contribué de manière décisive à l’essor et à l’éclat de la civilisation.
Dès lors, les juifs qualifiés de sous-hommes et de race dégénérée furent méthodiquement exterminés. Etonnant, non !!!
La haine du juif dépasse l’entendement, elle est le produit de nos fantasmes, elle cristallise probablement nos frustrations et plonge ses racines dans nos peurs primales.
C’est pourquoi, l’antisémitisme n’est pas un racisme comme les autres et je crains malheusement que son extension au monde africain et arabe n’aggrave la situation.



De la barberie coloniale à la politique nazie (2ème partie)
29 décembre 2007 - 04h30 - Posté par

"C’est pourquoi, l’antisémitisme n’est pas un racisme comme les autres et je crains malheusement que son extension au monde africain et arabe n’aggrave la situation ".
Je me demande quel esprit peuplé de courants d’air a pu écrire une telle débilité ! Je vois que l’impérialisme peut compter sur des soutiens jusque dans les colones de ce site. Et le racisme anti noir, anti arabe ou anti musulman étendu à tout l’Occident est ce à craindre ? Aujourd’hui en Afrique ( Congo : 4 millions de morts depuis les années 90 ) ou en Irak ( 2 millions de morts depuis la guerre du Golfe de 1990 ) ce sont des Noirs, des Arabes qui sont tués parce que noirs ou arabes, parce que leur vie ne vaut pas plus que le prix d’une balle pas plus que celle d’un Tzigane en Europe de l’Est. Aucun racisme n’est évidemment comme les autres. Dire le contraire c’est établir une concurrence des saloperies, c’est établir une distinction entre des racismes nobles, l’anti sémitisme ou le racisme anti blanc bientôt et les autres, les racismes triviaux anti noir ou anti arabe "comme les autres". C’est établir une hiérarchie dans la lutte contre cette structure socio-politico- économique. C’est ce qui explique qu’aujourd’hui rien ne soit fait contre le racisme anti noir et anti arabe qui eux sont des racismes "normaux", acceptables. C’est par exemple justifier le sort fait aux Palestiniens, c’est ce qui a permis de justifier pendant si longtemps l’apartheid, un racisme "comme les autres". Il n’y a pas de différence de traitement à adopter contre tel ou tel racisme. En tout cas c’est au nom de l’anti racisme que les noirs et les arabes sont attaqués maintenant. C’est au nom de leur supposé anti sémitisme comme au nom d’une cause noble celle des femmes que Sarko, ce grand féministe comme chacun le sait justifie aujourd’hui l’islamophobie. Bien sûr ce qui brouille le jeu c’est qu’aujourd’hui l’impérialisme après avoir massacré ou laissé massacrer les juifs se serve de l’anti antisémitisme pour pointer du doigt les peuples du sud. Mais il faut rester lucide. Tu ne crois pas que le pire des racismes aujourd’hui c’est celui qui consiste à laisser mourir de faim ou de guerre des peuples entiers sous prétexte qu’ils ne sont pas blancs ? La misère et le chaos ethnique ou religieux que répand l’impérialisme partout sur la planète et dont les populations d’Occident se rendent complices par leur indifférence ou le genre de discours que tu tiens, c’est pas du racisme ça ? Attention au retour de flamme.


De la barberie coloniale à la politique nazie (2ème partie)
30 décembre 2007 - 00h35 - Posté par

Un Monsieur dont la tolérance ne semble pas être le fort s’étonne qu’à BELACIAO on puisse laisser s’exprimer un homme qui ne partage pas ses opinions sur l’antisémitisme.
Probablement y voit-il un suppôt de l’impérialisme et du sionisme.
En réponse à un article remarquable "de la barbarie coloniale à la politique nazie", j’ai risqué une appréciation sur un fait historique et la dimention métaphysique qu’il avait revêtue dans l’espace occidentalo-chrétien.
Les traductions dans le monde arabe des "protocoles des sages de Sion", faux avéré rédigé par la police tsariste Russe et la conférence négationniste organisée à Téhéran, cette année pour dit-on, lutter contre le sionisme montre la dérive judéophobe des dirigeants de ces pays incapables qu’ils sont de résoudre les difficultés qu’ils rencontrent. Il ont raté leur décollage technologique, économique et leur aggiornamanto culturel.
Les sionistes qui oppriment les palestiniens dont tout ces gouvernements se moquent mais qu’ils utilisent pour détourner le mécontement de leurs propres populations participent de cette entreprise à confondre juifs et sionistes.
Toujours ce brave Monsieur traite son interlocuteur de débile et opposent au débile que je suis les massacres commis par l’impérialisme dans la confusion , l’approximation et l’anachronologie qui décrébilisent son argumentaire.
Prenons le Congo, indépendant depuis plus de 45 ans et plongé dans une guerre civile depuis 1990 avec l’ effroyable bilan de plus de 4 Millions de morts. Ne doit-on pas imputer aux chefs d’Etat de ces pays ces massacres où la pauvreté des populations contraste avec les immenses richesses potentiellement disponibles sur cette terre.
Quant à l’Irak agressé avec une sauvagerie sans pareille, par les Etats Unis et ses complices Saoudiens et d’autre pays arabes , sans avoir pu obtenir l’aval du conseil de sécurité de l’ONU(grâce à la France) pour mener leur forfait dont le but était de contrôler les ressources pétrolières, Saddam Hussain ne saurait être exempter de ses responsabilités
Que l’on se souvienne de la guerre qu’il mena avec le concours des occidentaux contre l’Iran avec pour conséquence un affaiblissement considérable des deux pays et la mort de plus d’un Million de d’hommes.
Enfin, vous parlez du racisme anti-arabe et anti-noir en occident. C’est vrai, il existe et est innaceptable.
Toutefois, je note que les arabes et les africains n’ont qu’un rêve, immigrer dans ces même pays allant jusqu’à risquer leur vie pour satisfaire cet objectif.
L’Afrique et le monde Arabe doivent cesser de désigner à la vindicte de leurs peuples le colonialisme ou l’impérialisme pour justifier l’incurie, l’impéritie de leurs responsables et l’immobilisme de leur gouvernants.
En conclusion, je veux dire que ce site est un espace de liberté d’expression que vous semblez déplorer. La pensée unique vous conviendrait davantage. Le fantôme de Staline existe et vous l’avez rencontré.


De la barberie coloniale à la politique nazie (2ème partie)
7 janvier 2008 - 07h29 - Posté par

Il ne s’agit pas de hierarchiser les formes de racisme, mais de discerner historiquement et idéologiquement entre les racismes, même si - sur le fond - il n’y a pas de distinctions à effectuer. Mais ce sont les formes qui nous intéressent, parce que l’histoire humaine se concrétise toujours diversement - élémentaire !... Or, qui peut nier que le racisme anti-juif soit formellement d’une texture historique particulière !?... Cela n’empêche, bien sûr, que la volonté d’extermination des pouvoirs blancs, détenteurs de la puissance, s’en soient pris - également - aux Juifs, lesquels, en tant que minorités dans chacun de leur pays d’origine, avaient aussi peu de moyens de défense que les Noirs, ou les Indiens d’Amérique. Quant aux Palestiniens, les autres pays arabes ne sont pas prêts à mettre le paquet pour les aider, car le futur Etat palestinien sera un Etat démocratique et laîque : L’HORREUR pour les Arabes archéos, englués dans la pensée religieuse. Mais c’est un autre débat.


De la barberie coloniale à la politique nazie (2ème partie)
31 décembre 2007 - 14h35 - Posté par

C’est pourquoi, l’antisémitisme n’est pas un racisme comme les autres et je crains malheusement que son extension au monde africain et arabe n’aggrave la situation.

Bon, là aussi j’ai du rater un épisode.

Mes parents, communistes et antiracistes, m’avaient appris qu’il n’y avait pas de race inférieure, mais des origines et des cultures différentes. Et qu’il n’y avait en réalité que des "humains". Des bons et des mauvais humains, mais des "humains"

Donc il y aurait des échelons de "mauvitude" et certains seraient plus persécutés que d’autres ?

Donc mes géniteurs n’avaient rien compris.

Alors, une question qui me travaille : Je ne comprend pas pourquoi l’antisémitisme ne concernerait QUE les juifs, et pas les Palestiniens arabes qui sont de même origine que les juifs sépharades par exemple.

Et si le mec est fils de Juive, (Donc pleinement juif selon la définition qu’ils se donnent eux-même), de nationalité iraniene et musulman, (Personne n’est parfait), et métissé d’Africain, (Ben sa maman s’était "mésalliée", c’est ça l’amour), ça s’appelle comment le racisme dans ce cas.

A part une situation catastrophique.

Et encore heureusement qu’il n’est pas Communiste, et boîteux homosexuel car il faudrait rajouter à ses malheurs le racisme anticommuniste, anti-handicapé et homophobe.

P’taing... Il est pas sorti de l’auberge.

Ben moi, je suis raciste et je le revendique... Dans un seul cas : Je suis anticon.

Et j’ai largement de quoi satisfaire ma phobie autour de moi !!!

G.L.


De la barberie coloniale à la politique nazie (1ère partie)
29 décembre 2007 - 14h02

"l’instauration de la domination coloniale et le système de déshumanisation des Noirs sur ce continent, n’avaient pas de précédent dans l’histoire."

Cet article sous-entend qu’on peut pratiquer l’esclavage sans "déshumaniser" et que ce sont ces sales blancs qui ont introduit cette notion ! Alors qu’au VIIe siècle dans les échanges entre l’Occident et l’Orient les esclaves (blancs) sont des "articles" de commerce importés de Galice et du pays des Francs. Comment penser que cet esclavage avait un visage humain ?

Dans le livre de J. Heers on note également : " Tous les eunuques slaves qu’on trouve sur la terre sont amenés d’Espagne et aussitôt qu’ils arrivent on les châtre. Ce sont des marchands juifs qui font cela".
C’est ça l’esclavage à visage humain ?

Je signale que le début du livre de J. Heers commence par : "les conquêtes musulmanes, du VIIe au VIIIe siècle, si brutales et d’une telle ampleur que le monde méditerranéen n’avait jamais rien connu de tel, provoquèrent un nombre considérable de captures et, aussitôt, un très important trafic d’hommes et de femmes, conduits en troupes sur les marchés des grandes cités. L’esclavage devint alors un phénomène de masse affectant tous les rouages sociaux, hors de proportion avec ce qu’il avait été dans l’Empire byzantin."
C’était, sans doute, le bon temps de l’esclavage à visage humain !

Est-ce nécessaire d’évoquer son introduction qui précise que la traite musulmane a été bien plus importante que la traite chrétienne puisqu’elle a duré 1200 ans et n’a reculé que devant les pressions diplomatiques et militaires des puissances coloniales ?

Comme quoi, on peut lire les mêmes livres mais ne pas en retenir les mêmes choses. Enfin, pouvoir citer J. Heers sur Bellaciao est déjà un progrès !






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