Libres extraits de "Qui est l’autre ?" (de Robert MISRAHI) par
7 décembre 2007, 22:32
NEO-FROMM :
POUR UNE ETHIQUE BIOPHILE LIBEREE
« Le cœur de l’homme » est le premier livre d’Erich FROMM que j’ai lu (1) avant de fréquenter pendant trente ans toute la littérature du psychanalyste proche de l’Ecole de Francfort. Eric FROMM comme Herbert MARCUSE n’ont pas été simplement pour moi des "passeurs" permettant de quitter le christianisme pour aller vers le marxisme. Car la lecture de ces auteurs ouvre d’autres perspectives que de mener à Marx. J’ai donc continué de fréquenter longtemps Fromm malgré des réserves sur certaines de ces positions, malgré la lecture d’autres auteurs : BADIOU, COMTE-SPONVILLE, BENSAID, etc..
1- Une lecture marcusienne de l’éthique biophile de Fromm.
Ce qui m’a intéressé alors c’est son éthique biophile issue d’un croisement de Spinoza et d’un certain freudisme.
La nécrophilie est le goût prononcé pour la mort, pour ce qui est froid et mécanique. Fromm décrit longuement chez Hitler l’esprit de destruction. A un niveau moins pathologique, la propension au mal se manifeste une tendance à l’avilissement de soi et des autres. Par opposition, la biophilie et le bien ce sont le respect pour la vie et la recherche de tout ce qui favorise la croissance et l’épanouissement, le tout sans remords et sans culpabilité. Le mal vise à brider l’existence, à la rétrécir, à l’atrophier. Il empêche de grandir, de s’épanouir. Nous sommes foncièrement ambivalents car tous "porteur" de Thanatos et d’Eros. Autrement dit nous possédons en nous des tendances constructives et destructives, des tendances biophiles et nécrophiles.
Le lien avec Spinoza est réalisé par le fait que mener une existence misérable incline à la tristesse alors que le mouvement vers la vie et le plaisir est source de joie. En fait l’intégration du plaisir pour aller vers la joie est plus explicite chez Alexander Lowen ou chez Robert Misrahi.
2 - Contre l’intensification du travail et le familialisme.
La restriction du moi sur du quotidien répétitif et aliénant est source de tristesse. Cette misère est triple, elle concerne la vie au travail, la vie de couple et notre façon d’utiliser le temps libre. Je souligne deux champs ou le choix d’une éthique biophile se pose.
– Dans le champ du travail salarié : Pour FROMM l’individu libre et épanoui est créatif et productif mais il s’agit d’une productivité non contrainte, loin du travail à la chaîne ou sous la pression des statistiques, loin des subordinations du monde du travail salarié. Le prototype de l’individu productif pourrait être soit l’artisan (en voie de disparition face à la généralisation du salariat et à l’extension du capital) soit (ainsi que le répète Bernard FRIOT) le « jeune » retraité de 55 ans qui poursuit ou qui s’engage dans des activités citoyennes et solidaires pour la construction d’un autre monde.
– Au sein de la famille patriarcale : Au sein du couple la restriction appauvrissante du moi serait la situation de simples cohabitants froidement ensemble pour gérer la survie, les biens patrimoniaux et la famille le tout sans tendresse. J’ai parlé ailleurs sur ce blog de couples simplement cohabitants sans passion et peu d’amour. Mais pour Fromm qui suit ici Spinoza le mot passion est négatif. Il est passivité et non activité. Pour ma part c’est ici que je rejoins Alexander LOWEN, (celui de ses premières oeuvres pas celui d’aujourd’hui). Le ressentiment contre la passion ne permet pas, par exemple, de comprendre le « tomber amoureux ». C’est aussi ce qui rend si rigide et conventionnel « l’art d’aimer » de Fromm notamment avec l’importance donnée à l’entraînement et à la discipline. Ici, si Fromm avait moins cité des auteurs athées - Freud, Marx et Spinoza - les grandes religions monothéistes auraient pu s’approprier Fromm aisément. Car « l’art d’aimer » peut être lu comme une charte du mariage bourgeois ou du couple chrétien fidèle ad vitam aeternam !
3 - Le projet d’amour libre de Jean ZIN est à construire !
« La question de la liberté en amour est ce qui nous passionne vraiment et reste notre actualité, l’exigence de s’engager dans un amour libre ». dit Jean ZIN (3)
Il précise (car l’amour libre ce n’est pas n’importe quoi n’importe comment avec n’importe qui) : "Contrairement à ce qu’on a pu croire, dans l’enthousiasme de Mai 68, il ne s’agit pas de multiplier les partenaires sans rien partager ni construire, sans compagnon pour vivre ensemble, de plus en plus seul et détaché de tous, mais il ne suffit pas d’en dresser un constat d’échec comme s’il suffisait de revenir en arrière et renoncer à ces folies de jeunesse, car nos pratiques amoureuses ont réellement changé, elles ont gagné en authenticité et chacun éprouve dans sa vie les contradictions des exigences d’un amour libre, sans arrêter de le pratiquer (mal). Il faudrait donc bien reprendre le projet d’une libération de l’amour qui ne s’épuise pas dans la dispersion et la solitude mais permette la continuité et la profondeur de fidélités multiples.
réflexion à poursuivre
Christian DELARUE
chrismondial blogg
07/12/07
Note :
1 : Ce sont des difficultés récentes à mettre en application des préceptes que je croyais trop bien intégrés et assurés qui m’ont amené à relire Eric FROMM. J’ai connu vers 23 ans une conversion spirituelle et idéologique qui me faisait abandonner dans un même mouvement l’enrôlement militaire et le christianisme familial. C’est par la lecture et les discussions que j’ai peu à peu remplacé ma conscience dogmatique d’autrefois par une conscience athée et critique
nb : On trouve sur le web un résumé rédigé par Yvon PESQUEUX de "Le coeur de l’homme" d’Eric Fromm
2 Marcuse use des catégories marxistes de façon dialectique mais en demeurant dans l’abstrait. Il est cependant moins un sociologue de la domination tel Bourdieu et plus un penseur de la contradiction et de la libération. Mais les forces sociales sont très souvent absentes de son discours car la conflictualité ne met pas aux prises pas des classes sociales. Dans "Eros et civilisation" il fait appel à Freud en plus de Marx pour penser la liberté. Marcuse s’est surtout adressé à la jeunesse pour sortir de l’aliénation. Erich Fromm quand à lui cite Marx, Spinoza et Freud plus qu’il ne met en application sa méthode.
L’HOMME POUR QUI LA RÉSIGNATION ÉTAIT RINGARDE
Relire Marcuse pour ne pas vivre comme des porcs Gilles Chatelet
Marcuse s’est engagé "à combattre la psychanalyse révisionniste néofreudienne à l’américaine qui visait à effacer tout ce que Freud pouvait avoir de révolutionnaire et à promouvoir une thérapeutique de fabrique d’individus « adaptés » à leur environnement en optimisant leur réseau « d’interactions humaines ». Avec plus de quarante ans d’avance, Marcuse avait bien vu tout l’enjeu de cette « adaptation » socio-culturelle : « Cet exploit intellectuel s’accomplit en édulcorant la dynamique des instincts et en réduisant la portée de la vie mentale. Ainsi purifiée, » l’âme « peut à nouveau être sauvée par une éthique et par la religion ; ainsi la théorie freudienne peut être réécrite par une philosophie de l’âme"
NEO-FROMM :
POUR UNE ETHIQUE BIOPHILE LIBEREE
« Le cœur de l’homme » est le premier livre d’Erich FROMM que j’ai lu (1) avant de fréquenter pendant trente ans toute la littérature du psychanalyste proche de l’Ecole de Francfort. Eric FROMM comme Herbert MARCUSE n’ont pas été simplement pour moi des "passeurs" permettant de quitter le christianisme pour aller vers le marxisme. Car la lecture de ces auteurs ouvre d’autres perspectives que de mener à Marx. J’ai donc continué de fréquenter longtemps Fromm malgré des réserves sur certaines de ces positions, malgré la lecture d’autres auteurs : BADIOU, COMTE-SPONVILLE, BENSAID, etc..
1- Une lecture marcusienne de l’éthique biophile de Fromm.
Ce qui m’a intéressé alors c’est son éthique biophile issue d’un croisement de Spinoza et d’un certain freudisme.
La nécrophilie est le goût prononcé pour la mort, pour ce qui est froid et mécanique. Fromm décrit longuement chez Hitler l’esprit de destruction. A un niveau moins pathologique, la propension au mal se manifeste une tendance à l’avilissement de soi et des autres. Par opposition, la biophilie et le bien ce sont le respect pour la vie et la recherche de tout ce qui favorise la croissance et l’épanouissement, le tout sans remords et sans culpabilité. Le mal vise à brider l’existence, à la rétrécir, à l’atrophier. Il empêche de grandir, de s’épanouir. Nous sommes foncièrement ambivalents car tous "porteur" de Thanatos et d’Eros. Autrement dit nous possédons en nous des tendances constructives et destructives, des tendances biophiles et nécrophiles.
Le lien avec Spinoza est réalisé par le fait que mener une existence misérable incline à la tristesse alors que le mouvement vers la vie et le plaisir est source de joie. En fait l’intégration du plaisir pour aller vers la joie est plus explicite chez Alexander Lowen ou chez Robert Misrahi.
2 - Contre l’intensification du travail et le familialisme.
La restriction du moi sur du quotidien répétitif et aliénant est source de tristesse. Cette misère est triple, elle concerne la vie au travail, la vie de couple et notre façon d’utiliser le temps libre. Je souligne deux champs ou le choix d’une éthique biophile se pose.
– Dans le champ du travail salarié : Pour FROMM l’individu libre et épanoui est créatif et productif mais il s’agit d’une productivité non contrainte, loin du travail à la chaîne ou sous la pression des statistiques, loin des subordinations du monde du travail salarié. Le prototype de l’individu productif pourrait être soit l’artisan (en voie de disparition face à la généralisation du salariat et à l’extension du capital) soit (ainsi que le répète Bernard FRIOT) le « jeune » retraité de 55 ans qui poursuit ou qui s’engage dans des activités citoyennes et solidaires pour la construction d’un autre monde.
– Au sein de la famille patriarcale : Au sein du couple la restriction appauvrissante du moi serait la situation de simples cohabitants froidement ensemble pour gérer la survie, les biens patrimoniaux et la famille le tout sans tendresse. J’ai parlé ailleurs sur ce blog de couples simplement cohabitants sans passion et peu d’amour. Mais pour Fromm qui suit ici Spinoza le mot passion est négatif. Il est passivité et non activité. Pour ma part c’est ici que je rejoins Alexander LOWEN, (celui de ses premières oeuvres pas celui d’aujourd’hui). Le ressentiment contre la passion ne permet pas, par exemple, de comprendre le « tomber amoureux ». C’est aussi ce qui rend si rigide et conventionnel « l’art d’aimer » de Fromm notamment avec l’importance donnée à l’entraînement et à la discipline. Ici, si Fromm avait moins cité des auteurs athées - Freud, Marx et Spinoza - les grandes religions monothéistes auraient pu s’approprier Fromm aisément. Car « l’art d’aimer » peut être lu comme une charte du mariage bourgeois ou du couple chrétien fidèle ad vitam aeternam !
3 - Le projet d’amour libre de Jean ZIN est à construire !
« La question de la liberté en amour est ce qui nous passionne vraiment et reste notre actualité, l’exigence de s’engager dans un amour libre ». dit Jean ZIN (3)
Il précise (car l’amour libre ce n’est pas n’importe quoi n’importe comment avec n’importe qui) : "Contrairement à ce qu’on a pu croire, dans l’enthousiasme de Mai 68, il ne s’agit pas de multiplier les partenaires sans rien partager ni construire, sans compagnon pour vivre ensemble, de plus en plus seul et détaché de tous, mais il ne suffit pas d’en dresser un constat d’échec comme s’il suffisait de revenir en arrière et renoncer à ces folies de jeunesse, car nos pratiques amoureuses ont réellement changé, elles ont gagné en authenticité et chacun éprouve dans sa vie les contradictions des exigences d’un amour libre, sans arrêter de le pratiquer (mal). Il faudrait donc bien reprendre le projet d’une libération de l’amour qui ne s’épuise pas dans la dispersion et la solitude mais permette la continuité et la profondeur de fidélités multiples.
réflexion à poursuivre
Christian DELARUE
chrismondial blogg
07/12/07
Note :
1 : Ce sont des difficultés récentes à mettre en application des préceptes que je croyais trop bien intégrés et assurés qui m’ont amené à relire Eric FROMM. J’ai connu vers 23 ans une conversion spirituelle et idéologique qui me faisait abandonner dans un même mouvement l’enrôlement militaire et le christianisme familial. C’est par la lecture et les discussions que j’ai peu à peu remplacé ma conscience dogmatique d’autrefois par une conscience athée et critique
nb : On trouve sur le web un résumé rédigé par Yvon PESQUEUX de "Le coeur de l’homme" d’Eric Fromm
2 Marcuse use des catégories marxistes de façon dialectique mais en demeurant dans l’abstrait. Il est cependant moins un sociologue de la domination tel Bourdieu et plus un penseur de la contradiction et de la libération. Mais les forces sociales sont très souvent absentes de son discours car la conflictualité ne met pas aux prises pas des classes sociales. Dans "Eros et civilisation" il fait appel à Freud en plus de Marx pour penser la liberté. Marcuse s’est surtout adressé à la jeunesse pour sortir de l’aliénation. Erich Fromm quand à lui cite Marx, Spinoza et Freud plus qu’il ne met en application sa méthode.
L’HOMME POUR QUI LA RÉSIGNATION ÉTAIT RINGARDE
Relire Marcuse pour ne pas vivre comme des porcs Gilles Chatelet
http://1libertaire.free.fr/Marcuse03.html
Marcuse s’est engagé "à combattre la psychanalyse révisionniste néofreudienne à l’américaine qui visait à effacer tout ce que Freud pouvait avoir de révolutionnaire et à promouvoir une thérapeutique de fabrique d’individus « adaptés » à leur environnement en optimisant leur réseau « d’interactions humaines ». Avec plus de quarante ans d’avance, Marcuse avait bien vu tout l’enjeu de cette « adaptation » socio-culturelle : « Cet exploit intellectuel s’accomplit en édulcorant la dynamique des instincts et en réduisant la portée de la vie mentale. Ainsi purifiée, » l’âme « peut à nouveau être sauvée par une éthique et par la religion ; ainsi la théorie freudienne peut être réécrite par une philosophie de l’âme"
3 In « Amour libre » de Jean ZIN
http://jeanzin.fr/ecorevo/psy/amourlib.htm