La privatisation et le démantèlement de l’Education Nationale
14 décembre 2008, 16:04, par Hervé
Je m’en vais répondre à Jaco qui a été choqué par l’article que j’avais distribué à mes collègues et qui se retrouve sur le net. Il pense que je ne connais que les écoles privées urbaines et s’interroge sur 5 points. On peut revenir sur chacun d’eux, car il semble bien que Jaco n’envisage le problème que par le petit bout de la lorgnette :
Déjà Jaco parle de 15€ mensuel de cotisation des familles. D’après La Croix, qu’on ne peut guère soupçonner d’être d’obédience marxiste, les familles françaises payent entre 280€ et 1500€ par an et par enfant scolarisé en enseignement catholique. Ce qui est vrai dans l’école de Jaco ne fait pas force de loi : il est surprenant qu’on puisse encore raisonner sur des sujets aussi complexes à partir de son propre microcosme. Mais venons en aux cinq contre-vérités qu’il nous propose :
1. Jaco affirme qu’il y a autant de suppressions de poste en privé qu’en public. Là encore, ses sources sont erronées. En réalité, il suffit de prendre une calculette : le budget 2009 a confirmé la suppression de 13.500 postes dont 12.600 suppressions au total dans le public et … 900 dans le privé : le rapport est donc de 94% contre 6% : on est loin du 80% / 20%. Même chose pour la rentrée 2008 avec 11 200 postes supprimés dont 9 800 pour le public… Le rapport qui pour l’instant avait été respecté dans des fourchettes acceptables, ne l’est plus du tout depuis quelques années.
2. Jaco s’exclame, à grand renforts de points d’exclamation, que l’argent public ne finance « que » 70% de son établissement privé. Cela laisse déjà songeur. Il oublie de préciser que tous les enseignants sont payés par l’Etat. Savez-vous également que pour les crédits de fonctionnement, le financement public concerne obligatoirement : l’entretien des locaux, le chauffage, l’eau, l’électricité, le nettoyage, les fournitures, les cours de récréation et salles de sport, les contrats de maintenance, les assurances, le matériel collectif, le matériel informatique et les abonnements internet, les intervenants extérieurs, les agents, les transports, les frais de gestion, les équipements… La liste n’étant pas exhaustive, et on ne voit guère ce qui peut rester, à part l’investissement et la catéchèse. Quel patron d’une boîte privée ne rêverait qu’on lui paye non seulement les salaires de ses employés, mais également ses crédits de fonctionnement ? Privé, vous avez dit ?
3. Pour la catéchèse, il y a une nuance entre avoir la possibilité de faire 2 heures par jour et les faire concrètement. Jaco semble ignorer le Décret n°2008-263 du 14 mars 2008, article 15 : les écoles religieuses peuvent en effet dispenser leur enseignement catholique (95% des écoles privées) durant le temps scolaire et ne sont plus tenues de respecter les horaires préconisés par l’Education Nationale, ni même se faire contrôler ou présenter l’emploi du temps des matières enseignées. Ainsi, elles peuvent désormais dispenser leurs cours d’éducation religieuse quand elles veulent et pendant autant d’heures qu’elles le souhaitent en introduisant dans le temps qui était normalement prévu à l’enseignement scolaire, des « activités spirituelles », type prière ou catéchisme par exemple. L’essence même de la loi Debré de 1959 était du donnant-donnant : l’Etat s’engageait à financer les écoles privées par le biais des contrats d’associations, mais à la condition de suivre les mêmes règles et programmes que les écoles publiques. Le décret de mars 2008 a conservé l’argent du beurre, mais a permis à nouveau la liberté de l’enseignement religieux. Comment ne pas s’offusquer devant ce revirement éhonté ?
4. Que les enseignants du privé galèrent aussi, j’en suis également persuadé. Par contre, il ne faut pas asséner des contre-vérités : les écoles privées bénéficient de tout un arsenal d’aide aux élèves en difficulté (voire par exemple le listing établi par http://sitecoles.formiris.org/document/les-structures-et-les-dispositifs-a-s-h/rased/598) et les conseillers pédagogiques diocésains interviennent bien dans les écoles privées. Il est vrai cependant que depuis la rentrée 2008 en particulier, la médecine scolaire n’intervient plus guère en privé, car à l’origine ce n’est pas du ressort de l’Etat. Mais au-delà de ces précisions n’est-ce pas une preuve supplémentaire que ce n’est pas aux diocèses de dispenser l’éducation : étant donné que l’école dite privée ne peut plus satisfaire sa mission sans l’argent public, n’est-il pas temps de cesser cette hypocrisie et de rendre toute l’Education une bonne fois pour toute « nationale » ?
5. Que le statut des maîtres du privé soit loin d’être enviable, pourquoi pas, même si c’est surtout vrai en contrat simple. C’est pourquoi j’en reviens aux mêmes conclusions qu’au point n°4.
Le coup du « Diviser pour régner » est bien plus subtil que Jaco ne le laisse croire. Ce n’est pas en se cachant derrière un « Tout va bien madame la marquise » qu’on va faire avancer le schmilblick. Il faut regarder la réalité en face et prendre acte que nos dirigeants entendent privatiser l’Education nationale en faisant toujours plus de cadeaux à l’enseignement privé. La lecture de « Main basse sur l’école publique » est à ce propos sans équivoque. Loin de moi l’idée de se diviser, bien au contraire : mon seul souhait reste qu’il n’y ait qu’un statut pour les enseignants, et qu’une seule école égale pour tous : gratuite, obligatoire et laïque.
Mais le plus navrant dans la réponse de notre collègue Jaco est qu’il reste sur la défensive, bloque sa lorgnette sur son pré carré qu’est son école privée, alors qu’il ne réagit pas sur l’essentiel : le démantèlement de l’Education nationale. Je ne pense pas qu’une telle vision des choses nous fasse avancer.
Je m’en vais répondre à Jaco qui a été choqué par l’article que j’avais distribué à mes collègues et qui se retrouve sur le net. Il pense que je ne connais que les écoles privées urbaines et s’interroge sur 5 points. On peut revenir sur chacun d’eux, car il semble bien que Jaco n’envisage le problème que par le petit bout de la lorgnette :
Déjà Jaco parle de 15€ mensuel de cotisation des familles. D’après La Croix, qu’on ne peut guère soupçonner d’être d’obédience marxiste, les familles françaises payent entre 280€ et 1500€ par an et par enfant scolarisé en enseignement catholique. Ce qui est vrai dans l’école de Jaco ne fait pas force de loi : il est surprenant qu’on puisse encore raisonner sur des sujets aussi complexes à partir de son propre microcosme. Mais venons en aux cinq contre-vérités qu’il nous propose :
1. Jaco affirme qu’il y a autant de suppressions de poste en privé qu’en public. Là encore, ses sources sont erronées. En réalité, il suffit de prendre une calculette : le budget 2009 a confirmé la suppression de 13.500 postes dont 12.600 suppressions au total dans le public et … 900 dans le privé : le rapport est donc de 94% contre 6% : on est loin du 80% / 20%. Même chose pour la rentrée 2008 avec 11 200 postes supprimés dont 9 800 pour le public… Le rapport qui pour l’instant avait été respecté dans des fourchettes acceptables, ne l’est plus du tout depuis quelques années.
2. Jaco s’exclame, à grand renforts de points d’exclamation, que l’argent public ne finance « que » 70% de son établissement privé. Cela laisse déjà songeur. Il oublie de préciser que tous les enseignants sont payés par l’Etat. Savez-vous également que pour les crédits de fonctionnement, le financement public concerne obligatoirement : l’entretien des locaux, le chauffage, l’eau, l’électricité, le nettoyage, les fournitures, les cours de récréation et salles de sport, les contrats de maintenance, les assurances, le matériel collectif, le matériel informatique et les abonnements internet, les intervenants extérieurs, les agents, les transports, les frais de gestion, les équipements… La liste n’étant pas exhaustive, et on ne voit guère ce qui peut rester, à part l’investissement et la catéchèse. Quel patron d’une boîte privée ne rêverait qu’on lui paye non seulement les salaires de ses employés, mais également ses crédits de fonctionnement ? Privé, vous avez dit ?
3. Pour la catéchèse, il y a une nuance entre avoir la possibilité de faire 2 heures par jour et les faire concrètement. Jaco semble ignorer le Décret n°2008-263 du 14 mars 2008, article 15 : les écoles religieuses peuvent en effet dispenser leur enseignement catholique (95% des écoles privées) durant le temps scolaire et ne sont plus tenues de respecter les horaires préconisés par l’Education Nationale, ni même se faire contrôler ou présenter l’emploi du temps des matières enseignées. Ainsi, elles peuvent désormais dispenser leurs cours d’éducation religieuse quand elles veulent et pendant autant d’heures qu’elles le souhaitent en introduisant dans le temps qui était normalement prévu à l’enseignement scolaire, des « activités spirituelles », type prière ou catéchisme par exemple. L’essence même de la loi Debré de 1959 était du donnant-donnant : l’Etat s’engageait à financer les écoles privées par le biais des contrats d’associations, mais à la condition de suivre les mêmes règles et programmes que les écoles publiques. Le décret de mars 2008 a conservé l’argent du beurre, mais a permis à nouveau la liberté de l’enseignement religieux. Comment ne pas s’offusquer devant ce revirement éhonté ?
4. Que les enseignants du privé galèrent aussi, j’en suis également persuadé. Par contre, il ne faut pas asséner des contre-vérités : les écoles privées bénéficient de tout un arsenal d’aide aux élèves en difficulté (voire par exemple le listing établi par http://sitecoles.formiris.org/document/les-structures-et-les-dispositifs-a-s-h/rased/598) et les conseillers pédagogiques diocésains interviennent bien dans les écoles privées. Il est vrai cependant que depuis la rentrée 2008 en particulier, la médecine scolaire n’intervient plus guère en privé, car à l’origine ce n’est pas du ressort de l’Etat. Mais au-delà de ces précisions n’est-ce pas une preuve supplémentaire que ce n’est pas aux diocèses de dispenser l’éducation : étant donné que l’école dite privée ne peut plus satisfaire sa mission sans l’argent public, n’est-il pas temps de cesser cette hypocrisie et de rendre toute l’Education une bonne fois pour toute « nationale » ?
5. Que le statut des maîtres du privé soit loin d’être enviable, pourquoi pas, même si c’est surtout vrai en contrat simple. C’est pourquoi j’en reviens aux mêmes conclusions qu’au point n°4.
Le coup du « Diviser pour régner » est bien plus subtil que Jaco ne le laisse croire. Ce n’est pas en se cachant derrière un « Tout va bien madame la marquise » qu’on va faire avancer le schmilblick. Il faut regarder la réalité en face et prendre acte que nos dirigeants entendent privatiser l’Education nationale en faisant toujours plus de cadeaux à l’enseignement privé. La lecture de « Main basse sur l’école publique » est à ce propos sans équivoque. Loin de moi l’idée de se diviser, bien au contraire : mon seul souhait reste qu’il n’y ait qu’un statut pour les enseignants, et qu’une seule école égale pour tous : gratuite, obligatoire et laïque.
Mais le plus navrant dans la réponse de notre collègue Jaco est qu’il reste sur la défensive, bloque sa lorgnette sur son pré carré qu’est son école privée, alors qu’il ne réagit pas sur l’essentiel : le démantèlement de l’Education nationale. Je ne pense pas qu’une telle vision des choses nous fasse avancer.
A bon entendeur