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A l’Est, les nazis de hier sont réhabilités

par Ilya PEROUN

Publie le dimanche 26 janvier 2014 par Ilya PEROUN - Open-Publishing
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En Ukraine, comme dans d’autres ex-républiques soviétiques, le temps est désormais à la réhabilitation des anciens collaborateurs nazis, actifs durant la Seconde Guerre mondiale. Auxilliaires des Allemands, ils ont participé activement à la répression contre les partisans et aux massacres de populations civiles : juives, tziganes, polonaises et russes. Certains sont impliqués dans des crimes de guerre.

Aujourd’hui, ces ex-nazis, dont ceux
de la SS ukrainienne, sont considérés comme des héros
de la « résistance nationale », avec l’aval des nouvelles
autorités politiques locales, soutenues par l’Union européenne
et les Etats-Unis. Viktor Iouchtchenko, le leader de ladite « Révolution
orange », est directement impliqué dans ce révisionnisme
historique. Comme le démontre Ilya Peroun, spécialiste
de RésistanceS.be pour la Russie et l’ex-URSS.


Affiches éditées cette année,
par des néonazis d’Ukraine, pour le soixante-sixième
anniversaire de la création de la Division Waffen SS urkrainienne
– Doc. Archives Antifarusse.

Le 28 avril dernier, la droite nationaliste
ukrainienne a célébré l’anniversaire de
la fondation, le 23 avril 1943, de la division Waffen SS « Galizien »
(Halitchina, en ukrainien). La principale formation néofasciste
locale, « Svoboda » (Liberté), dirigée
par Oleh Tiahnibog, a fait installer à Lviv (Lwow), la capitale
de la Galicie (Ukraine occidentale), avec l’autorisation de
la mairie, de grands panneaux publicitaires en l’honneur de
cette « division étrangère »
de l’armée de la SS. Le gouvernement ukrainien actuel, par
la voix de son ministre de l’Intérieur, a estimé
qu’il n’y avait rien d’illégal à cette
initiative, la première du genre... par ailleurs.

C’est donc officiellement et légalement
qu’est installé depuis plusieurs jours dans les rues
de Lviv tout un équipement de propagande de la division nazie
de Galicie, sous l’appellation « Division ukrainienne
Galitchina
 », avec pour emblème le « lion
galicien », et non la croix gammée, qui fut pourtant
son drapeau initial. Tout cela accompagné de la mention : « Ils
ont combattu pour l’Ukraine
 » Pour rappel historique,
ces combattants nazis ukrainiens étaient sous les ordres directs
d’Hitler et d’Himmler, le chef suprême du IIIe Reich nazi et
celui de ses SS, l’« élité » du régime
nazi (1933-1945).


Les liens de Viktor Iouchtchenko avec le « national-fascisme »
Selon le président des services de sécurité
ukrainiens (SBU), Valentin Nalivaitchenko, c’est sur commande
de la formation néofasciste « Svoboba »
et avec l’autorisation du conseil municipal de Lviv que les
panneaux ont été installés. « Il n’y
a rien en cela
 », a-t-il précisé, « qui
soit contraire aux engagements internationaux de l’Ukraine,
il n’y a pas de mention ’’SS’’
 ». En effet ! Mais
pour prendre un exemple belge, c’est comme si, en Belgique, on installait
des panneaux publicitaires glorifiant la légion flamande « Langemark »
ou la légion « Wallonie » de Léon
Degrelle, sans préciser qu’il s’agissait de divisions
de la Waffen SS.

Ce « scandale » de
Lviv est dénoncé par le Parti des régions, mais
non par les formations de l’ex-coalition dite « orange »,
au sein de laquelle militent aussi bien des nationalistes radicaux
et des néofascistes que des partisans d’une Ukraine pro-américaine
et pro-européenne. « Svoboba » a obtenu
35 % des voix lors des récentes municipales à Ternopol,
l’une des grandes villes de Galicie… Ternopol fut aussi
l’un des haut-lieux, pendant la Deuxième Guerre mondiale,
du génocide nazi, de l’extermination des juifs. Dire
que « Svoboba » est « nationaliste »
est un euphémisme.

Pour sa part, le Parti communiste d’Ukraine,
par la voix d’un de ses jeunes dirigeants, Alexandre Goloub,
a dénoncé avec virulence la « révision
du procès de Nüremberg
 », dont la principale
responsabilité est attribuée au président Viktor
Iouchtchenko, accusé de se rapprocher du « national-fascisme ».
Entre autres preuves citées à l’appui de cette
accusation : le fait que le président ne parle plus de « peuple »
mais de « nation » et en appelle à « penser
ukrainien
 », dans un pays multinational et multiconfessionnel.
Au même moment, un projet de loi nationaliste prévoit
de punir les personnes qui persistent à user de la langue russe
dans les administrations publiques – alors que l’Ukraine
compte une majorité de russophones, principalement à
l’Est, au Sud et à Kiev.

L’« ukrainisation »,
avec un discours nationaliste et « crypto-raciste »
à l’égard des Ukrainiens russophones, est donc bel et
bien en marche sous l’égide de Viktor Iouchtchenko, un démocrate
pour la plupart des pays occidentaux. Signalons qu’au moment même
de l’émergence de ces discours présidentiels nationalistes,
des passages à l’acte visant des « cibles russes »
ont été observés en Ukraine.


Photo du haut : parade nazie à Drohobych
, une ville d’Ukraine, durant la Seconde Guerre mondiale.
Photo du bas : parade néonazie en Ukraine. Les néonazis,
et leur milice paramilitaire, ont désormais pignon sur rue,
avec les autorisations du pouvoir local pro-européen et pro-américain...


Les cibles : les Ukrainiens russophones
A Kiev, dans la nuit du 24 au 25 avril dernier, deux librairies
de livres russes ont ainsi été incendiées par
un commando ultranationaliste.

Les radicaux exigent maintenant officiellement
« la purification ethnique » de l’Etat. Des
mesures sont déjà prises pour empêcher ou entraver
la diffusion en Ukraine de films russes et de programmes de télévision
de Russie. La réthorique anti-russe du pouvoir s’inscrit
dans la campagne, inspirée par les Etats-Unis, en vue d’une
adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, refusée
selon les sondages par une majorité d’Ukrainiens.

Les thèses « révisionnistes »
ukrainiennes, présentant les mouvements fascistes et collaborationnistes
pronazis durant la guerre 41-45 en Ukraine comme ayant été
des mouvements de « résistances nationales »
(sic), bénéficient d’un succès croissant
dans les médias occidentaux, qui reproduisent volontiers ces
thèses. Il est vrai que des travaux d’historiens et des
nouvelles recherches historiques sur les lieux du génocide
nazi mettent en évidence la réalité des collaborations
locales, ce qui provoque en haut-lieu à Kiev une certaine nervosité.

La Waffen SS galicienne fut l’une
des nombreuses formations ukrainiennes intégrées ou
alliées à l’Allemagne nazie. Elle est principalement
issue de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN).
L’OUN a été officiellement réhabilitée
en 2007 par le président Viktor Iouchtchenko. Jusqu’à
présent, c’était surtout une dissidence de l’OUN,
l’Armée ukrainienne des insurgés (UPA), qui avait
bénéficié de cette réhabilitation. Se
réclamant de Stepan Bandera, inspirateur en 1940 des bataillons
ukrainiens de la Wehrmacht engagés dans l’invasion de
l’URSS, les « banderistes » (OUN-Bandera
ou « Révolutionnaires ») se sont ensuite
rebellés contre l’occupant allemand, en juin 1941, tout
en poursuivant la lutte armée contre l’Armée rouge soviétique
et l’Armée polonaise. Accusés d’actions « génocidaires »
contre des populations civiles polonaise, juive et tsigane, les combattants
de l’UPA ont aujourd’hui été lavés
de ces « calomnies bolchéviques » (sic)
et honorés comme ayant fait partie d’une véritable « résistance
patriotique
 », du moins en Ukraine occidentale et dans la
mouvance politique engagée dans la « révolution
orange
 » de 2004.

Quant à l’autre tendance de l’OUN,
dirigée par Andryi Melnik et étroitement liée
au Comité central ukrainien, organe coordinateur de la collaboration
ukrainienne pronazie, et à l’Eglise gréco-catholique
uniate, elle avait, dès 1941, demandé aux Allemands
la mise sur pied d’une division ukrainienne de la Waffen SS. Ce n’est
qu’en 1943 que les nazis ont finalement accordé cette faveur
aux collaborateurs ukrainiens, après la terrible défaite
de Stalingrad. L’Allemagne ayant alors besoin de nouveaux combattants.


Scène quotidienne en Europe de l’Est
durant la Seconde Guerre mondiale. Ici, nous sommes à Belzec,
lors d’un massacre de civiles, de femmes et d’enfants, commis par
des nazis ukrainiens que tentent désormais de réhabiliter
leurs disciples avec le soutien du pouvoir démocratique mis
en place avec l’appui de l’Europe de l’Ouest...



Services secrets américains
A leur tour, les adeptes de la SS galicienne, réhabilitée
de nos jours en Ukraine occidentale, réclament une reconnaissance
officielle de leurs « mérites ». Chaque
28 avril est l’occasion de raviver la flamme de leur souvenir
nostalgique. Aux Etats-Unis et au Canada, la mémoire de ces
ex-combattants nazis galiciens est toujours honorée au sein
de la diaspora ukrainienne. Cette dernière est notamment formée
d’anciens de la division SS galicienne qui combattit « héroïquement »
(sic) l’Armée rouge et les partisans communistes en Slovaquie
et en Slovénie, avant d’être versée dans
l’Armée nationale ukrainienne du général
Shandruk, puis largement « exfiltrée » par
les services secrets américains et britanniques, dans le cadre
de la préparation de la guerre froide qui succèdera
à la Deuxième Guerre mondiale.

Un monument à la célèbre
division « Galizien », érigé dès
1991 mais aussitôt détruit, devrait maintenant être
rétabli dans la région de Lviv. C’est du moins
le souhait des organisations « patriotiques ».
Un projet de loi est par ailleurs à l’examen au parlement
ukrainien en vue d’une pleine réhabilitation de l’UPA
et de la SS « Halitchina ». Ce projet bénéficie
de larges faveurs au sein du camp « orange », mais
non sans hésitations ou réserves : une majorité
se prononce pour la réhabilitation de l’UPA, présentée
comme une « résistance nationale »,
une minorité seulement veut étendre cette faveur à
la division SS, en raison notamment de sa mauvaise réputation
au niveau international.

A l’inverse, le Parti des régions,
surtout implanté à l’Est, et bien sûr les
partis communiste et socialiste progressiste s’opposent à
ces réhabilitations. Ce clivage recoupe celui des opposants
et adversaires d’une adhésion de l’Ukraine à
l’OTAN.

Ilya PEROUN
Spécialiste de RésistanceS.be pour la Russie et l’ex-URSS

http://www.resistances.be/ukraine.html

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