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Battues dans les urnes, LO et LCR misent sur la mobilisation sociale

mercredi 21 avril 2004 - Contacter l'auteur

Malgré leur échec aux élections régionales, où elles n’ont recueilli que 4,58 % des voix, les formations d’extrême gauche maintiennent leur stratégie d’union pour les européennes. Elles comptent sur un "troisième tour social", notamment sur l’assurance-maladie, pour regagner le vote populaire.

Comment rebondir ? Pour la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et Lutte ouvrière (LO), qui ont fait du surplace au premier tour des élections régionales du 21 mars, la question n’est pas sans importance. En recueillant 4,58 % des suffrages, les listes communes aux deux formations d’extrême gauche ont en effet réalisé un score juste un peu supérieur aux 4,38 % réalisés aux régionales de 1998. Le vote-sanction - massif à l’égard du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin - a fait le succès du Parti socialiste, mais la LCR et LO n’en ont été ni les vecteurs ni les bénéficiaires. Plus que le score en lui-même, cette réalité pose problème. "Le vote qui vient d’avoir lieu crée une dynamique qui peut être un handicap pour nous aux européennes", reconnaît Alain Krivine, porte- parole de la LCR. A l’instar d’Olivier Besancenot, il espère que l’élection du 13 juin donnera quand même la petite bouffée d’air que peut apporter ce scrutin à un tour.

A la "Ligue" comme à LO, on compte aussi beaucoup sur les mobilisations sociales contre les privatisations et la réforme de l’assurance-maladie. Une nouvelle poussée de fièvre sociale printanière offrirait un double avantage aux yeux des deux formations : reprendre la tête de la contestation anti-Raffarin à la faveur d’un scénario qu’ils maîtrisent mieux, alors que les électeurs ont remisé la LCR et LO au second plan le 21 mars ; pousser le PS dans ses contradictions, notamment sur les flottements de ses projets en matière économique et sociale."On va s’engager à fond dans la bataille pour le recul du gouvernement sur les dossiers sociaux. S’il y a des tensions qui s’accumulent, on aura plus de marges de manœuvre que le PS", affirme François Sabado, un autre dirigeant de la LCR.

Certes, le volet défensif de l’accord LCR-LO, qui avait pour but de répondre à un mode de scrutin défavorable, a fonctionné : les deux formations n’ont pas été laminées comme lors des législatives de 2002. De plus, elles n’ont pas eu à se mesurer sur le terrain des urnes. Ainsi, la dernière grande photographie en date du rapport de forces électoral entre elles reste celle de la présidentielle de 2002, qui donne un léger avantage à LO. Tout au plus peut-on remarquer que, dans les sept régions dans lesquelles les listes LO-LCR ont dépassé la barre des 5 %, cinq d’entre elles affichaient une tête de liste Lutte ouvrière (Centre, Champagne-Ardenne, Nord - Pas-de-Calais, Pays de la Loire, Picardie avec 6,52 %) et deux une tête de liste LCR (Limousin avec 6,61 % et Haute-Normandie). Mais il est vrai que les choix ont été, en grande partie, effectués en fonction des points forts et des implantations de 1998. L’"effet Besancenot" a été - temporairement - neutralisé. Ce qui ne déplaît pas aux dirigeants du mouvement d’Arlette Laguiller.

En revanche, l’accord LO-LCR avait un volet offensif : démontrer par les urnes que l’extrême gauche est sur une pente ascendante, voire s’imposer comme la quatrième force politique du pays. Il n’a pas fonctionné. Plus ennuyeux, les listes communes ne sont pas parvenues à capter le mouvement de mécontentement et de radicalité sociale qui s’était exprimé tout au long de l’année 2003. Début mars, un responsable de la LCR dans le Nord - Pas-de-Calais s’inquiétait ainsi de ne pas sentir "l’osmose avec la plupart des militants chevronnés du mouvement social qui s’était nouée au moment de la présidentielle". " En revanche, ajoutait-il, on est en train de se concentrer sur un électorat moins politisé, plus velléitaire."

A la LCR, on reconnaît, par exemple, que le vote des enseignants en sa faveur n’a pas été à la hauteur des espérances. Une partie de la mouvance altermondialiste a également manqué à l’appel. Cela fait dire à un responsable local d’Attac, peu suspect d’hostilité à la LCR, que, "d’une certaine manière, il y a eu aussi un vote-sanction pour Ligue-LO".

LE DÉBAT RAVIVÉ

Ce que LO interprétait, au lendemain du premier tour, de manière cinglante : "On peut penser que les électeurs qui, par leurs idées, n’ont jamais quitté la mouvance sociale démocrate sont revenus à leur vote traditionnel, maintenant que le Parti socialiste est dans l’opposition et que c’est à la droite de supporter la déconsidération découlant des mesures impopulaires." Pour expliquer ces défections, la direction de la LCR met essentiellement en avant le réflexe de vote utile. "On n’a pas sous-estimé le rejet de la droite. En revanche, on a sous-estimé le vote en faveur du PS, des Verts et du PCF", commente M. Sabado. "Les gens ne nous en veulent pas. Ils viennent nous voir gentiment pour nous expliquer pourquoi ils n’ont pas voté pour nous. On n’était pas fonctionnel pour ce qu’ils voulaient faire. Maintenant, tout peut bouger très vite", espère M. Krivine.

Pour les européennes, où LCR et LO entendent insister sur la nécessité " d’un autre rapport de forces à gauche", un nouveau résultat décevant aurait en tout cas un effet immédiat à la "Ligue" : celui d’aviver le débat sur la pertinence du positionnement politique de la campagne commune avec LO. "C’est impossible avant les européennes, d’ici là, l’horizon est bouché", explique-t-on du côté de la minorité qui, à la LCR, était opposée au contenu de l’accord entre les deux formations d’extrême gauche.

En attendant, le mauvais score des élections régionales a un coût pour les deux formations d’extrême gauche. Les listes LO-LCR n’ont franchi que dans sept régions le seuil des 5 % des voix qui ouvre le droit à un remboursement des frais de campagne. Conséquence, ce scrutin devrait coûter à la "Ligue" entre "600 000 et 700 000 euros", selon les estimations de son trésorier, Guillaume Liegard. L’addition devrait être d’un montant assez proche pour LO.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-361906,0.html

Mots clés : Caroline Monnot / Elections-EluEs / Partis politiques /
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