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Chavez, pourquoi tant de haine ?

vendredi 8 mars 2013 , par verité - Contacter l'auteur - 5 coms

Du magazine Marianne

Chavez restera comme l’homme politique le plus détesté des médias d’Occident en général, et de France en particulier. Quoi qu’il n’ait jamais enfreint le suffrage universel et qu’il ait été réélu trois fois, il a été traité au mieux de « populiste » (c’est devenu l’injure suprême) et au pire de dictateur
Chavez restera comme l’homme politique le plus détesté des médias d’Occident en général, et de France en particulier. Quoi qu’il n’ait jamais enfreint le suffrage universel et qu’il ait été réélu trois fois, il a été traité au mieux de « populiste » (c’est devenu l’injure suprême) et au pire de dictateur. Il a même été affublé de l’étiquette de « Mussolini des Caraïbes ». Le Monde et Libération en ont fait leur cible préférée, instruisant à son encontre des procès perpétuels (dont celui d’antisémitisme pour Libé). Alors que le président du Venezuela a toujours eu contre lui l’immense majorité des médias de son pays, possédés par des équivalents locaux de Dassault, on l’a systématiquement suspecté de mettre la presse au pas.

Bref, dans un monde médiatique fonctionnant sur le mode binaire – les bons contre les méchants – Chavez était d’office classé dans le camp du Mal. Le Venezuela devait être mis en banc de la civilisation, à la différence du Qatar ou de l’Arabie Saoudite, par exemple, ces pays amis de l’Occident, forcément respectueux des droits de l’homme, de la femme et du citoyen (surtout de la femme).

Serait-il donc impossible d’avoir une approche complexe et contradictoire d’un homme politique dont on commence à reconnaître aujourd’hui qu’il a rendu un peu de dignité au petit peuple ? Aider les pauvres, serait-ce un crime contre l’humanité ?

Avant l’arrivée d’Hugo Chavez au pouvoir, le Venezuela alignait une dette publique colossale (40 % du PIB) malgré un programme de privatisations et d’austérité imposé au milieu des années 1990 par le FMI. En 1998, lorsqu’il a été élu pour la première fois, près de la moitié de la population vivait avec moins de deux dollars par jour, alors que le pays figurait aux premiers rangs mondiaux pour l’exportation d’or noir.

En reprenant possession des ressources nationales au moment même où les prix filaient vers le haut, Hugo Chavez s’est payé le luxe, si l’on peut dire, de rembourser le FMI, avant d’en claquer la porte. De grandes entreprises de la sidérurgie, des télécommunications, de l’énergie, naguère vendues à bas prix sur recommandation du FMI, sont repassées dans le giron national. Une politique de redistribution en direction des plus défavorisés a été mise en place. Du haut de leur suffisance, certains « experts » ont décrété qu’il s’agissait de la forme suprême de la démagogie. Ah bon.

Soyons clair. Que l’ex président du Venezuela ait manifesté des tendances marquées à l’autocratie, c’est certain. Que la corruption rode dans son entourage le plus proche, c’est évident. Qu’il n’ait fait ni dans la dentelle, ni dans la nuance, cela saute aux yeux. S’il ne fut en rien un dictateur, Chavez avait une conception très personnelle de l’exercice du pouvoir et du culte du chef.

De plus, son hostilité aux Etats-Unis (réflexe assez répandu dans la région) virait souvent à un antiaméricanisme de pacotille pouvant le conduire à des amitiés particulières d’un goût douteux. Malgré ses déclarations tonitruantes contre « l’impérialisme prédateur », le Venezuela n’en a pas moins continué à vendre son pétrole aux Etats-Unis, qui demeurent le premier client de Caracas, au nom d’un pragmatisme largement partagé.

Tout cela est avéré, et il n’y a aucune raison de faire de Chavez un petit Saint. Mais il n’est pas le Diable non plus. Après tout, un pays doté démocratiquement d’un gouvernement qui prétend œuvrer pour le bien public, s’opposer au diktat des multinationales, et chercher une voie originale de développement, c’est chose relativement nouvelle sur un continent sud-américain qui a majoritairement basculé à gauche dans la dernière décennie, avec des expériences diverses et variées. Cela ne fonde pas un modèle Chaviste. D’ailleurs, il n’y a plus de modèles. Mais cela devrait inciter à porter un regard circonstancié sur le bilan réel de celui qui se voulait le descendant spirituel de Bolivar.

A force d’avoir un jugement préconçu et des dogmes à la place des idées, on finit par ne plus pouvoir expliquer pourquoi le peuple du Venezuela s’est reconnu si longtemps dans un président qui ne mérite ni excès d’honneur ni indignité à perpétuité.

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Messages

  • Après la mort de Chavez, je rêve...

    Avec la mort de Hugo Chavez, les médias m’ont appris que créer des programmes sociaux pour les plus pauvres, éradiquer l’analphabétisme dans son pays ou augmenter le salaire minimum de 30% n’étaient en fait que des pratiques clientélistes, et n’avaient d’autre visée que de remplir les urnes de bulletins de vote à son nom.

    Moi, simple citoyen des classes populaires, aujourd’hui, je rêve d’être à mon tour victime d’un affreux clientélisme électoral.

    Je rêve qu’un président de la République sans morale propose de garantir une réelle sécurité sociale gratuite pour tous et augmenter les effectifs des personnels soignants des hôpitaux, osant déclarer au peuple crédule que « la santé, ça n’a pas de prix ».

    Je rêve qu’un président de la république, dans l’irrespect total de toute logique économique pure, interdise les licenciements dans les entreprises faisant des bénéfices et refuse le dialogue social avec le patronat qui consiste en l’imposition inévitable de la flexibilité pour « sauver les emplois », dans l’unique but de flatter les bas instincts du peuple au temps libre et aux loisirs.

    Je rêve qu’un président de la République, sans tenir compte de la rationalité indubitable des agences de notation et du FMI, augmente le SMIC et plafonne les hauts revenus, avec l’objectif fallacieux de plaire à l’électorat le plus pauvre.

    Je rêve qu’un président de la République irresponsable augmente, contre toute logique comptable de « bon père de famille », le nombre d’enseignants, dans le dessein incroyablement machiavélique de préparer le vote futur de nos enfants.

    En somme, dans ce monde à l’envers où, comme dirait Eduardo Galeano, les mots ne veulent dire que leur contraire, je rêve qu’un affreux clientélisme menace les bases mêmes de notre « démocratie ».

    La dernière fois que cela fut fait, on avait appelé ça le « Conseil National de la Résistance », il paraît.

    Gwendal Evenou

  • L’Empire comme ceux d’avant, est le premier état voyou au monde, il est donc normal de détester les marchands qui le gèrent comme il est normal de haïr l’état Sioniste qui pratique l’apartheid.
    Chavez était un grand homme, il nous en faudrait beaucoup des comme lui .
    Les médias Occidentaux asservis à l’Empire comme nos politiques et grassement payés,sont une honte pour l’esprit .J’ai jeté ma télé depuis trois ans et je vais jeter aussi ma radio, ça libère de la place à mes neurones .Et c’est aussi de la résistance au lavage de cerveau ; sans ces outils, l’Ani de Parisot aurait pu ne pas passer .

  • la france (ses élites) n’apprecie pas Chavez par contre elle adore l’argent du Qatar ... cherchez l’erreur ...

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