Archives : IT | EN | ES

Les articles depuis 2022

Discussion : FAUT-IL SAUVER LA RECHERCHE ? - Vendredi 06 mars 2009 à 14H sur le site PRG

mardi 3 mars 2009 - Contacter l'auteur - 1 com

Discussion :

mythes et réalité de la recherche aujourd’hui.

FAUT-IL SAUVER LA RECHERCHE ?

Vendredi 06 mars 2009 à 14H

sur le site PRG (Paris 7 - RER Bibliothèques)

- Amphi A1 ou salle à proximité -

Pour la réflexion :

Des crédits, pour quoi faire ?

Le mouvement « sauvons la recherche » s’est constitué en réaction au projet gouvernemental de restriction budgétaire. Cette mobilisation, à très haute visibilité médiatique, véhicule un discours scientiste que nous devons réfuter d’urgence.

L’argumentation de la pétition « sauvons la recherche » soutient que la baisse des crédits alloués à la recherche pénalise la compétitivité de la France, qui s’expose de cette façon au risque d’une « fuite des cerveaux » - anomalie anatomique pour le moins préoccupante. La coupe budgétaire serait également défavorable au « rayonnement culturel de la France » ; enfin, la science ne doit en aucun cas être limitée à sa rentabilité économique car elle est utile à la société. Sans recherche, nous apprend-on, pas de téléphonie mobile. Pas de cristaux liquides.
Dénonçons dès à présent le cynisme de cette conception utilitariste de la science, qui cherche à impliquer, sinon émouvoir, la masse des contribuables non-spécialistes. La conception - du reste erronée - d’une science neutre, motivée par la saine curiosité intel- lectuelle et la passion de la découverte, a dorénavant cédé le pas à une argumentation qui, malgré son cynisme, a le mérite de révéler le vrai visage de la science moderne, liée par des liens organiques à la société industrielle qu’elle alimente en progrès (dans un premier temps militaires, mais néanmoins aisément gadgétifiables). Nous dénonçons donc la recherche actuelle car ses objectifs, ses contenus, ses outils, la manière dont sont sélectionnés les chercheurs ne font que répondre point par point aux besoins de la société industrielle.

Les applications industrielles de la recherche scientifique ont permis un développement considérable des forces productives ainsi que la rationalisation de la société. Dans le même temps, les désastres écologiques et la décomposition sociale, qui en sont les conséquences inévitables, génèrent une demande sociale de protection de l’environnement, de gestion des risques, de thérapies pour maladies nouvelles et de psychotropes destinés à soulager les souffrances de l’humanité face à sa déshumanisation organisée. De la dextre, la recherche fournit bienveillamment les palliatifs dérisoires au désastre qu’elle orchestre de la senestre. Il est donc juste de dire, à l’instar de ses défenseurs, que la recherche scientifique n’est pas seulement utile du strict point de vue de la croissance économique et qu’elle n’est pas réductible à un investissement rentable. Elle est la clé de voûte et la justification centrale d’une société qui ne peut plus se fonder que sur l’illusion d’une amélioration constante des conditions de vie. Tant que l’espérance de vie (médicalement assistée) augmente, qui donc oserait protester ?

C’est pour cette raison que nous condamnons la recherche. Pour sa contribution au progrès et pour toutes les découvertes qui font désormais partie de notre vie quotidienne : centrales nucléaires et téléphones portables, industrie agroalimentaire, pesticides, voitures, TGV, tapis roulants, silicone...

Les découvertes scientifiques sont essentielles tant à la création technique de produits, souvent nuisibles, dont l’utilité sociale n’a jamais été mise en question (et encore moins décidée démocratiquement) qu’à la satisfaction de nouveaux besoins que cette production fait naître. Le tout a lieu dans une surenchère technologique où l’humanité est à tous les coups perdante - parce qu’elle est devenue l’ennemi. Quand elle est dépourvue d’applications pratiques, la recherche sert, via une présence médiatique, à rehausser le blason des chercheurs.

Découverte spatiale et préhistoire représentent, au même titre que les maladies orphelines, les chevaux de Troie par lesquels la société industrielle extorque littéralement l’adhésion des individus à la nécessité de la recherche.

Il est plus qu’urgent, aujourd’hui, de démystifier la recherche. « L’image du scientifique prenant un plaisir fou à son activité quotidienne en quête de la vérité est stupide » (Roger Belbéoch). En pratique, l’activité du chercheur est ultra-spécialisée ; elle consiste, dans une large part, à piller les résultats de ses confrères (et de ses thésards, s’il en dirige), à chercher des crédits, à produire du résultats et de la publication. Tout ceci relève davantage de l’absurdité bureaucratique que de la passion pour le bien-être de l’humanité.

Dans ce contexte, le mouvement de défense actuel est coupable d’opacifier les tenants et les aboutissants de la recherche, de son rôle dans une société qu’elle a contribué à rendre si moderne. La recherche scientifique a aujourd’hui le cynisme de se présenter comme une espèce en voie d’extinction aux côtés de celles qu’elle a activement contribué à faire disparaître.

Les êtres humains sont en réalité confrontés à un phénomène de dépossession très avancé en ce qui concerne connaissances empiriques et savoirs-faire pratiques, ainsi qu’à une dégénérescence physique prononcée (obésité, maladies cardio-vasculaires, cancers) et à la mise en place d’un environnement pathogène durable (radioactivité, pollution de l’eau, etc.)

Face à cette situation dont ils sont coupables car responsables, les scientifiques jouent aux Eichmann et profèrent des énormités.

En synthèse, nous affirmons :
que la seule manière dont le progrès scientifique peut régler les problèmes existants est d’en créer de nouveaux, dans une fuite en avant constante
qu’aucun problème social ne pourra être résolu techniquement, mais qu’il requiert au contraire la libre discussion, entre êtres humains, de leurs besoins et des moyens de les satisfaire collectivement
que les chercheurs sont tout sauf neutres, que leurs actes ont des conséquences considérables sur l’environnement social et naturel et que nous sommes en droit d’en évaluer le bénéfice éventuel
qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre les financements public et privé ; seul compte l’objectif du projet de recherche
que la recherche fondamentale et la recherche appliquée ont une part égale de responsabilité, car elles remplissent des fonctions également utiles

Aux chercheurs et aux universitaires qui ne désirent produire ni application industrielle, ni contrôle social, ni justification idéologique à l’ordre des choses, ils nous faut demander s’ils pensent en toute bonne foi partager les mêmes intérêts que les nucléaristes et autres généticiens et s’ils pensent bénéficier des conditions de travail nécessaires à la production d’un savoir indépendant. Si cela n’était pas le cas, nous les incitons à déserter le plus vite l’université ou le CNRS, en dehors desquels ils pourront espérer penser librement.

Nous appelons tous les chercheurs en sciences sociales, sciences dures et sciences humaines qui partagent ces points de vue à combattre les comités « sauvons la recherche » et unir leurs forces dans un comité de promotion du sabotage et de répression du scientisme ayant pour charge de :
dénoncer la responsabilité de la recherche scientifique dans la dévastation du monde
dénoncer les sciences sociales, productrices d’idéologie (économie), et de contrôle social (sociologie)
combattre le scientisme, le progressisme et l’étatisme jusqu’à leur discrédit total dans l’espoir de fonder une connaissance libre et émancipatrice, totalement impossible à l’intérieur d’une organisation sociale sans autre fin que la surenchère technologique.

Comité de libération des intellectuels non gouvernementaux

Mots clés : Ecole-Université / FR - Ile de France (01) / Rencontres-débats / Sciences - Recherche /
Derniers articles sur Bellaciao :