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Giuliana Sgrena : " Les responsabilités américaines sont très graves"

mardi 8 mars 2005

Entretien réalisé par Paul Falzon

Hospitalisée, Giuliana Sgrena est revenue pour l’Humanité sur l’attaque qui a visé le convoi qui la ramenait à la liberté.

La voix est fatiguée mais visiblement soulagée. Jointe hier au téléphone depuis sa chambre d’hôpital, Giuliana Sgrena est revenue pour l’Humanité sur les minutes qui ont précédé l’attaque où elle a été blessée et où le chef des services secrets italiens a été tué.

Comment allez-vous Giuliana ?

Giuliana Sgrena. Ça va doucement... Ces dernières semaines ont été très dures, et en plus il y a la façon dont cela s’est terminé, encore plus tragique que tout le reste. Je ne connaissais pas Nicola, mais il était très communicatif, il s’est montré vraiment fantastique avec moi. Il est mort pour me protéger, c’est vraiment très dur sur un plan psychologique. Maintenant, je récupère aussi physiquement. Avec mon épaule touchée, je ne suis pas prête de sortir de l’hôpital. Je ne peux pas encore me lever. Et je ne sais pas si je vais avoir besoin d’une nouvelle opération ; il faut attendre les prochains examens. Mais de toute façon, sur le plan physique ce n’est pas grave, je vais pouvoir récupérer.

Dans une interview à la chaîne Sky TG24, vous n’avez pas exclu d’avoir été la cible choisie des Américains, parce qu’ils refusent toute négociation avec les preneurs d’otages, surtout en cas de rançon. C’est toujours votre point de vue ?

Giuliana Sgrena. Je n’en sais pas plus aujourd’hui. Les gens qui m’ont kidnappée me disaient qu’ils avaient un accord, qu’ils allaient me remettre vite aux autorités italiennes, mais que les Américains ne le voulaient pas. Je l’ai alors pris comme de l’hypocrisie. Mais les autres otages qui ont été libérés auparavant ont confirmé cela hier. Simona (une des travailleuses humanitaires italiennes enlevées et libérées l’an dernier - NDLR) a dit aussi qu’elle avait eu peur au moment d’être libérée parce que les Américains ont une autre politique vis-à-vis des otages.

Comment se sont déroulées les dernières minutes précédant l’attaque américaine ?

Giuliana Sgrena. On était à 500 mètres de l’aéroport, on pensait que le danger était passé, on se disait « maintenant, c’est fait ». On avait quand même envie de partir tout de suite. On ne comptait pas sur la protection des soldats américains : c’est une guerre, ils ne se demandent pas en face de qui ils sont, Italiens ou pas. Moi, bien sûr, j’avais peur, je n’étais pas tranquille, mais je le répète, on pensait être sortis d’affaire.

J’ai promis à la femme de Nicola de faire tout mon possible pour savoir ce qui s’est passé. Je ne sais pas si c’est seulement une erreur de communication. Mais même si c’est vrai, dans cette situation c’est très grave une faute de communication. Les responsabilités américaines sont très graves.

La version américaine fait état d’un tir après sommations contre un véhicule roulant à grande vitesse. Vous contredisez cette version ?

Giuliana Sgrena. La voiture ne roulait pas vite. Et il n’y a eu aucun avertissement avant l’attaque. Lors des contrôles précédents, tout s’était bien passé.

Vous avez été otage pendant un mois. Quelles ont été vos conditions de détention ?

Giuliana Sgrena. C’est vraiment très dur. Même si je n’ai pas été maltraitée, que j’ai pu manger et tout ce genre de choses. Mais c’est très dur. On ne sait pas si on va s’en sortir.

Savez-vous comment vous avez pu être libérée ?

Giuliana Sgrena. Je ne sais pas comment se sont passées les négociations. J’ai entendu parler du versement d’une rançon mais je n’ai pas demandé aux autorités. Sur le coup, c’était le dernier de mes soucis...

Avez-vous un message à faire passer aux proches de Florence Aubenas ?

Giuliana Sgrena. J’espère que ma libération va servir aussi, de quelque façon que ce soit, à Florence. J’ai vu la vidéo où elle apparaît, j’ai été très choquée. Je pense à elle parce que je sais ce que c’est d’être otage.

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