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Italie : la victoire en tremblant

jeudi 13 avril 2006

Italie . À l’issue d’un scrutin serré aux multiples rebondissements, la coalition de centre gauche de Romano Prodi coiffe sur le fil les listes de Silvio Berlusconi. La droite demande un recompte.

de Paul Falzon Rome

Presque vingt et une heures auront séparé la fermeture des bureaux de vote en Italie de l’annonce, par Romano Prodi en personne de la victoire de l’Unione aux élections législatives. Un délai ahurissant pour un résultat crispant. La coalition de centre gauche l’emporte d’extrême justesse à la Chambre des députés, avec à peine 25 000 voix d’avance sur un total de 47 millions de votants. Au Sénat, ce sont les votes des Italiens de l’étranger qui auront fait la différence pour offrir une mini-majorité de 2 sièges à l’Unione.

Ironie du sort, le centre gauche aura finalement profité de la loi électorale tordue concoctée par la droite pour entraver sa victoire : minoritaires en voix, les listes soutenant Prodi sont en revanche arrivées en tête dans plus de régions que celles acquises à Berlusconi, une donnée fondamentale selon les règles inaugurées lors de ce scrutin. Le nouveau système permet aussi de dégager une majorité forte à la Chambre, où la coalition ayant le plus de suffrages emporte d’office 340 sièges sur 630 quelle que soit l’ampleur de sa victoire.

"Résultat de portée historique"

C’est donc sans attendre les résultats officiels que le leader de l’Unione a assuré que son camp l’avait emporté « d’un souffle ». Ce résultat devait permettre, toujours selon Prodi, de « tourner la page » Berlusconi. Ce dernier semblait, à l’inverse, déterminé à utiliser tous les moyens en sa possession pour rendre caduque la victoire du centre gauche. En début d’après-midi, les leaders de la droite se réunissaient pour déterminer les recours possibles, de nombreux bulletins ayant été déclarés nuls. « Il faut une vérification attentive et précise », exigeait « Il Cavaliere ». On ignorait encore, à l’heure ou ces lignes sont écrites, quelles pouvaient être les chances d’aboutir de ces contestations.

À gauche, l’heure n’était plus à la prudence malgré les sueurs froides de la veille, où l’Unione a été successivement donnée gagnante, puis perdante, puis vainqueur dans la seule Chambre des députés, puis à nouveau gagnante... Moins emphatique que la veille, où il avait qualifié la défaite de Berlusconi de « résultat de portée historique », le secrétaire général des Démocrates de gauche (DS), Piero Fassino, a dit sa « satisfaction » d’avoir gagné. Le leader de Refondation communiste, Fausto Bertinotti, s’est appuyé sur les bons résultats de son parti à la Chambre (5,8 % des voix) et surtout au Sénat (7,4 %) pour souligner le « poids » de son parti « dans le paysage politique et institutionnel ».

Deuxième parti de la majorité à la Chambre, derrière l’Olivier, et troisième du Sénat, ou les DS et la Marguerite concourraient séparément, la formation communiste a rappelé qu’elle voulait que Romano Prodi prenne immédiatement les clés du gouvernement. Mais l’élection d’un nouveau président de la République, prévue pour la mi-mai, devrait retarder le jeu institutionnel. Sans doute est-ce un mal pour un bien dans la mesure ou de nombreuses inconnues pèsent encore sur les priorités du nouveau gouvernement. Aux communistes qui privilégient la relance des politiques sociales, s’opposent les centristes favorables avant tout à la diminution de la dette publique. « Il va falloir travailler dur », admettait Romano Prodi sitôt la joie de la victoire consommée.

Les défis auxquels sont confrontés la coalition de centre gauche sont immenses. En tête de liste figurent la relance de l’activité économique dans un pays où la croissance était de zéro l’an dernier.

Outrances multiples à droite

La réforme de la politique fiscale, avec une hausse des impôts sur le capital et le rétablissement d’un impôt sur les gros patrimoines au moment des successions, est envisagée pour rétablir un minimum d’équité et stopper l’hémorragie des comptes publics. Il faudra aussi redéfinir une politique extérieure après le soutien sans nuance de la droite à George Bush et l’isolement du pays sur la scène européenne. Sur les questions de société, point d’interrogation : le centre gauche aura-t-il le courage d’aller à contre-courant de l’Église en créant un PACS ? Prendra-t-il l’opinion à rebrousse-poil en assouplissant les lois sur l’immigration ?

Fragile sur le plan institutionnel, avec sa courte majorité au Sénat, l’Unione doit composer avec un pays meurtri par la dernière campagne électorale. « L’Italie coupée en deux », titrait ce matin la plupart des journaux italiens. Le quotidien conservateur Il Corriere della Sera se désolait que douze ans après les scandales de corruption et de collusion avec la Mafia l’Italie n’ait « pas avancé d’un millimètre » dans la construction d’un débat démocratique de fond. Les insultes et les attaques permanentes de Berlusconi contre ses adversaires auront laissé dans l’ombre la question du bilan des cinq années de gouvernement de droite comme les propositions du centre gauche pour faire repartir le pays. Comme aux heures les plus caricaturales de la guerre froide, la dénonciation du « danger communiste » sur les « petits propriétaires », voire des menaces de « dictature », a été, de la part du « Cavaliere », une tentative de couper la société en deux pour être sûr d’en conserver une moitié - si possible la plus grosse. Le plus inquiétant c’est que cela a marché. Au cumul des voix sur les deux chambres, la droite est en tête. Son très gros score alors que la participation a été très élevée - 83,6 % des inscrits - montre l’impact des arguments de Berlusconi. Jouant sur l’égoïsme des électeurs avec ses promesses de baisses d’impôt et sur le mépris d’une bonne partie de la société pour les règles et les lois, le premier ministre sortant était convaincu, si ce n’est de gagner, en tout cas de pourrir la victoire du centre gauche. Il reste aujourd’hui le leader du plus gros parti du pays, et compte bien rendre la vie difficile au futur gouvernement. En attendant, c’est lui qui est chargé de gérer les affaires courantes jusqu’à la réunion des nouvelles chambres, dans une vingtaine de jours.

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