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Je ne crois pas à l’effondrement du capitalisme - Michel Husson

mercredi 19 novembre 2008 - Contacter l'auteur - 7 coms

J’ai lu sur

http://alternatives-international.net/article2716.html

un texte dont l’auteur est Michel Husson

Je ne crois pas à l’effondrement du capitalisme

Pékin a dévoilé dimanche un plan de relance colossal, de 600 milliards de dollars, pour contrer le ralentissement de son économie. En attendant le « G20 », à Washington, en fin de semaine, qui tentera de « réformer » le capitalisme financier, nous avons rencontré Michel Husson. Cet économiste de sensibilité altermondialiste, plus écouté à l’étranger qu’en France, analyse la crise actuelle du capitalisme et revient sur l’essor des pays émergents. Il explique pourquoi il ne croit pas à un nouveau « Bretton Woods ».

Diriez-vous,comme le penseur américain Immanuel Wallerstein, que « le capitalisme touche à sa fin » ?

J’adopterais une position intermédiaire. Effectivement, l’ampleur de la crise est telle qu’elle remet en cause la nature du capitalisme. En même temps, j’ai toujours critiqué l’idée d’un effondrement du système capitaliste. Je ne crois pas au scénario de l’implosion.

Mon schéma d’interprétation est le suivant : les profits ont augmenté, mais les investissements n’ont pas suivi. La satisfaction d’une partie croissante des besoins sociaux n’intéresse plus le capitalisme, parce qu’ils impliquent une baisse de la rentabilité. On préfère donc ne pas les satisfaire. Du coup, la finance joue le rôle de déversoir de ces profits, qui ne sont plus investis dans la sphère réelle.

Le mode de reconnaissance des besoins sociaux du capitalisme est devenu excluant, autrement dit il « trie » entre ce qui est rentable et ce qui ne l’est pas. D’où l’incapacité du capitalisme d’aujourd’hui à faire ce qu’il a su faire à peu près, durant les Trente glorieuses, et qui lui conférait de la légitimité : l’amélioration du pouvoir d’achat.

Quand j’étais étudiant, on m’expliquait que le capitalisme garantissait le plein emploi, la progression du pouvoir d’achat et l’extension de l’Etat social. Ces prétentions-là ont complètement disparu aujourd’hui. C’est un véritable élément de crise systémique. De là à dire qu’automatiquement cela entraîne la « fin du capitalisme », je ne le pense pas. Cela force le capitalisme à chercher des formes de reproduction de plus en plus régressives socialement.

La crise est-elle en train d’encore accélérer la montée en puissance des trois géants du Sud, le Brésil, l’Inde et la Chine ?

Il est effectivement en train de se passer quelque chose d’énorme : l’inversion des flux de capitaux. C’est une banalité de le dire, mais il est encore difficile d’en prendre en compte toutes les implications. Le fait que la croissance mondiale, ce soit, en gros, 0% au Nord, et 6% dans les émergents. Encore aujourd’hui, en matière de raisonnement économique, on reste trop centré sur la triade Etats-Unis/Europe/Japon.

Quelles conséquences la crise entraîne-t-elle sur les pays émergents ?

Cette crise devrait aller dans le sens d’une croissance plus auto-centrée dans les pays émergents. On peut faire le parallèle avec ce qu’il s’est passé en Amérique latine après la crise des années 30. C’était la période dite de « substitution aux importations » : voyant leurs débouchés habituels taris, les pays se sont recentrés sur eux mêmes.

C’est tout à fait possible aujourd’hui également. Quand on voit à quel point le Mexique va souffrir de la crise, en raison de ses échanges très intenses avec les Etats-Unis...

Si ce mécanisme de recentrement se renforce, il y aura une répercussion importante sur le modèle Chine/Etats-Unis : la Chine ne pourra plus apporter, dans les mêmes proportions, les capitaux qui financent le déficit des Etats-Unis. En simplifiant beaucoup, à l’heure actuelle, les Etats-Unis achètent à la Chine, et la Chine replace ses excédents de façon à financer le déficit américain.

Si la Chine se « recentre », cette configuration cesserait de fonctionner, au détriment de la croissance américaine. Evidemment, ce sont des rythmes longs. Mais il est certain que c’est ce vers quoi l’on se dirige. Peut-être la crise actuelle va-t-elle accélérer ce processus.

L’euro a-t-il amorti la crise en Europe ?

C’est un peu contradictoire. Sans l’euro, il y aurait une spéculation sur les monnaies, ce qui aurait décuplé la pagaille actuelle. L’Espagne, par exemple, dont la croissance des dernières années a été tirée par l’immobilier, est plombée par un déficit commercial équivalent à 6 ou 7% de son PIB. Sans l’euro, ce pays aurait connu une spéculation monstrueuse.

La contrepartie de cela, c’est que, depuis l’éclatement de la bulle internet, la zone euro a encaissé de manière complètement molle la baisse du dollar. De ce point de vue, les conséquences varient selon les pays. Mais dans certains cas, le fait d’encaisser sans aucune réaction les fluctuations monétaires peut avoir un effet très important sur la croissance.

Pour les pays d’Europe de l’Est les plus touchés par la crise, le fait qu’ils n’aient pas encore adopté l’euro apparaît aujourd’hui comme une chance...

Structurellement, les pays d’Europe de l’Est ont tendance à faire de l’inflation. Pour des raisons de rattrapage de leur économie, ils augmentent leur productivité, mais ils font aussi de l’inflation. Pour ces pays-là, l’euro aurait été un corset qui les aurait bloqués.

Au-delà de cela, il y a un thème, qui n’est pas nouveau, mais qui est en train de devenir de plus en plus important : les économies européennes, depuis leur entrée dans l’euro, se sont mises à diverger, au lieu de converger. A l’encontre des critères de convergence de Maastricht. On en a reparlé récemment, dans l’actualité, avec la politique économique allemande, qui revient en grande partie, à manger des parts de marché sur les pays émergents, mais aussi sur ses voisins d’Europe...

Le traité de Maastricht est-il mort, enterré sous l’avalanche de plans de relance nationaux en Europe ?

Pour le moment, on est dans l’urgence. La question, c’est de savoir si les pays européens vont revenir à ces critères par la suite. On a constaté l’incapacité à définir un plan de relance coordonné au plan européen, et même le refus de le faire. On assiste à un retour aux Etats nations. Les pays européens font un à un des plans de relance. Mais il y a une réticence à aller plus loin et à en passer par l’outil européen pour le faire.

C’est une question de personnes ?

Non. Je crois qu’il y a un biais idéologique dans la façon dont on construit l’Europe, qui se traduit par exemple par le refus de principe de toute politique industrielle coordonnée. Il serait très utile dans la période qui arrive, qu’un budget européen un peu plus conséquent soit consacré à la conduite de programmes d’investissement public. Et cela ne remettrait pas en cause les fondements de l’économie capitaliste...

Est-ce en réinvestissant les profits de façon plus massive dans l’économie, que l’on se prémunira contre la formation d’une nouvelle bulle ?

Mais l’argent qui est distribué aujourd’hui aux banques dans le système, c’est l’argent de la prochaine bulle ! Actuellement, les dirigeants américains et européens font exactement ce qu’ils reprochent à Alan Greenspan [ancien président de la Réserve fédérale américaine, de 1987 à 2006] d’avoir fait, c’est-à-dire d’inonder le marché de liquidités, de baisser les taux d’intérêt. Si nous ne touchons pas vraiment à la structure qui alimente la bulle financière, nous repartons pour un tour.

Vous joignez-vous aux appels de tous bords pour la mise en place d’un « nouveauBretton Woods » ?

L’idée qu’il faut réorganiser la finance mondiale, j’en suis convaincu. Par contre, l’idée que cela puisse se faire dans les conditions actuelles me paraît erronée. D’abord parce que je suis plus que sceptique face à tous ces discours sur la régulation. Il faut rappeler que les récents plans de sauvegarde des banques ont été faits, dans la plupart des cas, sans poser à ces établissements la moindre condition pour l’obtention des fonds.

Les mesures concrètes pour réguler la finance, qu’il s’agisse de la limitation de la titrisation, ou encore de l’interdiction provisoire des marchés de produits dérivés, n’ont pas été imposées, à chaud, en pleine crise, alors que l’occasion était parfaite.

Deuxième raison. On ne peut imaginer, il me semble, que deux systèmes monétaires possibles : un système qui repose sur une monnaie dominante (par exemple, le dollar), ou bien sur une monnaie mondiale (comme ce Bancor que Keynes avait imaginé au moment de Bretton Woods). Or, les deux voies sont aujourd’hui bouchées. Pourquoi ? Parce que le degré de coopération entre des pays qui tentent, durant cette crise, de tirer leur épingle du jeu, en reportant sur les autres les effets de la crise, est nul. Ou en tout cas pas suffisant pour imaginer la constitution d’une monnaie mondiale, avec des règles précises. En même temps, on ne peut pas non plus reconduire le rôle du dollar dans son rôle de monnaie étalon.

La dernière grande consultation du genre date de 1985, avec les accords du Plaza, à New York. A l’époque, les Etats-Unis avaient imposé par la force la baisse de leur monnaie au reste du monde, afin de soutenir leurs exportations. Or ce rapport de forces là n’existe plus. On est dans une situation qui, disons, n’a pas suffisamment de forme pour que l’on en déduise le type d’accord monétaire international qui pourrait s’imposer.

Ce qui est frappant, c’est que les gens qui mettent en avant le nouveau rôle du Fonds monétaire international (FMI), autour de Dominique Strauss-Kahn, n’ont rien d’autre à proposer que cela. On ne voit pas ce qu’ils proposent précisément.

* Michel Husson est économiste à l’Institut de recherches économiques et sociales, membre d’Attac, livre son analyse du grand séisme économique en cours.

Michel Husson

Mots clés : Commerce-Indus.-Bourse / Economie-budget / Michel Husson /

Messages

  • bonjour,

    Il ne s’agit pas de croire mais de voir...

    il y a un refus general,des elites oligarchiques comme des experts sceptiques.

    Pourtant l’implosion est en cours mais comme les medias et les politiques ne veulent pas le reconnaitre ,alors elle n’existe pas ...

    Commencer a le reconnaitre c’est devoir remettre en cause les programmes politiques classiques aussi a l’extreme gauche..

    C’est voir qu’il ne s’agit pas d’attendre un changement par le haut institutionnel mais de commencer en bas a creer des alternatives pratiques qui ne sont plus des discours mais une pratique collective hors de toute echeance electorale...

  • Et si on voyait enfin cette "crise" pour ce qu’elle est ? : Une guerre mondiale de basse intensité ?

    Une guerre mondiale aux peuples menée par la classe oligarchique capitaliste et financière.

    Une guerre mondiale, sans actions spectaculaires, sans masses de morts, mais avec des morts en masse. De la destruction de capital sans explosions, sans vapeurs toxiques, sans radiations, (Même s’il y en a quand même localement), mais avec des dégâts sociaux et économiques biens plus importants, et plus dilués et moins voyants.

    La "crise" c’est la "Guerre mondiale" sans possibilité de la visualiser. La résolution et la destruction de la fausse monnaie qui a permis de payer la création de richesse par le prolétaire, et la destruction du surplus humain, sans avoir à répondre des crimes de guerre.

    Un moyen de réaliser le vieux rêve eugéniste hitlérien promu par la Grandmaman Bush dans les années 30.

    La "crise" ce sont des centaines de "guerres" locales, des morts partout, mais jamais tous au même endroit ce qui évite d’avoir à en répondre.

    Vous appellez ça une "crise" ?

    Moi je nomme ça un viol collectif. Et un génocide de masse.

    Et ça serait pas mal si les "sociologues" tentaient de l’analyser enfin sous cet angle. Il y aurait certainement des "découvertes" à faire sur le sujet.

    G.L.

  • Et bien il est temps de sortir votre fusil et de bien le graisser.
    Voici le futur des pays occidentaux : un effrondrement exponentiel de toutes les industries ayant pour conséquence des pertes d’emploi massives, une explosion de la délinquance menant rapidement à l’application de la loi martiale, les flics étant incapable de gérer la situation.
    Bref un bau bordel menant tout droit à la guerre civile, dans chacun des pays concernés.
    Donc plus de classe moyenne : des pauvres et des nantis.
    Emergence d’un terrorisme occidental bien plus actif visant les gouvernements (dictactures) en place et surtout les responsables du marasme.
    Ce terrorisme sera nihiliste évidemment, et ciblera des objectifs à fort potentiel de destruction.
    La suite ? vous la devinez ?
    Alors, Carpe Diem.
    Je ne suis pas expert en economie mais enfin, j’écoute, je vois et j’analyse, à mon niveau et surtout, je ne prends pas mes infos de ce que nous sert le lobby contrôlé de la presse écrite et audiovisuelle.
    C’est trop tard.
    Profitez bien des bons petits plaisir de la vie car bientôt, ce ne seront que des souvenirs qui rechaufferont nos coeurs meurtris.
    KRS

    • Mon vieux, des époques ou les "souvenirs réchauffaient nos coeurs meurtris" dans ma famille on en vit à chaque génération.

      Ca fait partie de la vie... Et de la mort.

      A ce que je sache ça n’a jamais empêché les miens de "faire ce que doit".

      Et occasionellement de tordre les cou....es des méchants, à la fin.

      C’est "commandé au chevalier" mais aussi au prolo et au révolutionaire. LOL.

      J’ai pas eu l’occasion de le vivre moi-même, mais on m’en a beaucoup parlé. Et j’ai bonne mémoire.

      Alors s’il le faut on fera ce qu’il faut quand il faut. Ca fait 60 ans que je m’y prépare. Sans états d’âme.

      G.L.

    • Alors tu es vraiment prêt.
      Seul quelqu’un ayant connu le chaos peut prétendre à dire cela.
      Est-ce ton cas ?
      Ce n’est pas celui de tous les enculés qui sont à l’origine de ce bordel.
      Ce seront les premiers à se faire bousiller d’ailleurs, avec leurs cerbères.
      Alors, choisis ta meute et affûte tes lames car l’attente va être courte.

      Ciao

    • Alors tu es vraiment prêt. Seul quelqu’un ayant connu le chaos peut prétendre à dire cela.

      Si ce que tu dis était vrai, pesonne n’aurais jamais rien fait lorsque le moment vient.

      Parce qu’il faut bien un jour commencer.

      Mais ceux qui EUX ont su comprendre et garder les leçons de leurs aînés sont certainement bien plus "prêts" que ceux qui s’enroulent dans un galimatia verbeux.

      Au fait : Au moment de l’action, surtout évite de "graisser" ton fusil.

      En général c’est le moment ou il faut lui avoir ôté toute trace de graisse sous peine de se faire sauter la gueule lors de la première utilisation. Je sais, c’est technique... Mais ça a son importance (- :

      Je te dis ça mais j’ai rien dit... LOL.

      G.L.

      Ancien sous-off EVDA + la Réserve.

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