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"Je ne suis qu’un cri"

samedi 30 janvier 2010

de Jean Claude Depoil

Responsable départemental , il est de mon devoir de dénoncer l’infernal vécu de chacun entre nous. La mauvaise saison aidant , le moral des paysans est au plus bas , l’effondrement des cours de nos produits , l’explosion des charges font qu’aujourd’hui , et ce n’est pas moi qui donne ce chiffre , mais plus de 50 pour cent des exploitations seraient condamnées d’ici à trois ans , un chiffre qui prend aux tripes qui donne envie de crier sa révolte , mais la société est elle devenue à ce point aveugle , pour laisser mourir le socle de sa vie ?

Combien de paysans me confient leur détresse , leur peur du lendemain , leur appréhension de l’avenir – il y a 10 ans ,jamais nous entendions un paysan réclamer la retraite , aujourd’hui tous les paysans qui passent la cinquantaine ,la réclament , et tous, savent que l’échéance s’éloignent , tous savent qu’ils recevront une misère ,pourtant ,ils la demandent , preuve de leur mal vivre récurant .

La paysannerie commence à vivre une crise historique , du jamais vus encore , une crise ou l’individualisme prend le dessus , peut être est ce un instinct animal de survie, en tous les cas ,il fait des ravages et sert toujours plus, l’intérêt des possédants et des décideurs économiques .Des familles sont ou seront broyées , les échéances bancaires étant devenues plus importantes que la vie même.

Je ne cite plus le nombre de suicides et le nombre encore plus important de tentatives de suicide ,y compris par l’arrêt ou la négligence des soins primordiaux ,dégoutés qu’ils sont de cette vie qu’on leur impose , et que l’on feint d’ignorer , voir de nier.

Dans ces confidences, autour d’un café ou au téléphone, combien m’avouent leur incapacité à honorer tel ou tel échéance ; la famille ,même un peu éloignée prête souvent à la place de la banque absente ou menaçante , cette appréhension aussi du facteur que je devine derrières des phrases anodines comme : « à part des factures » , ou encore « à part des mauvaises nouvelles ».
Nous arrivons à un point de non retour , tôt ou tard la colère explosera : sans repères, cela risque d’être terrible pourtant depuis longtemps nous avertissons , sans résultat .

Comment aussi , ne pas entendre nombres de nos élus locaux , je pense aux Maires de nos petites communes , à ceux qui sont les plus conscients ou peut être simplement les plus francs qui crient leur doutes , leur peurs et leurs légitimes craintes de toutes ces dérives administratives et politiques qui vont détruire ce dernier lieu de démocratie locale , et qui sont pour nous, tout simplement nos territoires , notre histoire , nos racines , notre vie.

Nous vivons en ce moment , une campagne électorale , c’est le seul moment ou les partis politiques se rappellent de notre existence et se déchirent à coup de millions d’aides régionales ,dont d’ailleurs nous ne vairons pratiquement rien ou si peu , une fois encore , même si nous n’en avons pas envie cela va nous faire sourire !

Aides, avons- nous dit , oui aides publiques ,dites d’urgence ou Sarkozy , aussi ridicules qu’inutiles,car largement insuffisantes (malgré les annonces mirobolantes ) au point qu’elle apparaissent insultantes au regard de nos pertes annuelles (plus de trente pour cent pour les producteurs de l’Allier ), il est vrai que nous ne sommes pas des banques car il y a longtemps que nous serions remis à niveau : 10 milliards d’€ de débloqué en une semaine cela ne vous paraît pas surdimensionné ? De même ,un bouclier fiscal qui épargne 15 milliards d’€ aux plus riches , c’est étonnant ce que l’on peut faire comme cadeaux à ceux qui n’en on pas besoin !

Certes ,il y a ces aides européennes mais qui participent par leur modes d’attribution , à la concentration des moyens de production dans des unités de plus en plus importantes ; politique de subvention qui , sans dire son nom met en place un immense plan de destruction de notre espace rural, ainsi se construit des usines à produire , à des années lumière de la paysannerie , en un mots plus néfastes qu’utiles

Triste tableau me direz vous , exagéré répondront d’autres , avec des vues politiques concluront d’autres encore , et bien non , c’est simplement notre vie , notre vécu , ce secteur qui donne à manger à tous, est entrain de péricliter , des drames humains s’y déroulent en silence , loin de l’agitation médiatique , et pourtant lourds de conséquence sur la société toute entière .
Mais comme le chante si bien Jean Ferrat : « Je ne suis qu’un cri »,encore que.......

Jean Claude Depoil

ps : rien à voir bien sûr avec ces agri managers du crédit agricole ou ces agriculteurs entrepreneurs de Sarko et leur pub aux slogans racoleurs pour venter leur métier « d’agriculteur ».

Messages

  • Salut Jean-Claude,

    Tu fais encore partie de ceux de la terre, ceux dont les sabots de leurs ancêtres ont laissé la trace dans cette terre qu’ils aimaient, et toi maintenant tu y pose tes bottes, et puis il y a ceux qui viennent montant en tennis dans leurs tracteurs. La terre en tant que telle ils ne savent plus ce que c’est, ce n’est plus pour eux qu’un support... L’agriculture la vraie, celle qui a encore des sensations et des odeurs naturelles quand l’homme prend dans sa main cette poignée de terre pour la sentir, sa douceur, son acidité, sa couleur en fonction de sa géographie. Dans peu de temps tout cela sera remplacé par l’agro-business, un agro-industriel programera alors l’ordinateur de son tracteur, la terre a tel PH, la machine épandra alors juste ce qu’il faut d’azote pendant que l’avion survolera le champ d’a côté pour balancer ses pesticides, et il n’y aura plus de paysan...

    • Là, tu caricatures un peu, mon camarade Ragondin, L’agriculture d’aujourd’hui peut conjuguer le tracteur, les basquets, l’ordi et l’amour de la terre. Il y a une nouvelle génération de paysans, comme Estelle, la jeune présidente du MODEF 07, Alexandre, le jeune qui reprend mon exploitation et beaucoup d’autres qui n’écoutent plus les sirènes productivistes de la toute puissante FNSEA, qui veut faire des paysans des chefs d’entreprises. C’est cette nouvelle génération qui est l’avenir de ce beau métier dont la vocation première est de nourrir les hommes, mais surtout de les nourrir sainement.

      Fraternellement

      Georges REYNAUD

      Responsable du MODEF (MOuvement de Défense des Exploitants Familiaux)

  • Je ne suis pas paysan,et pourtant je compatis totalement à ce cri poussé par Jean Claude Depoil tentant de montrer la détresse des vrais travailleurs de nos campagnes,ceux qui nous nourrissent de leurs produits faits si difficilement et vendus si mal grâce à des Acheteurs sans scrupule,-que l’on peut qualifier de bandits sans risque d’erreur !- !Non,la société n’est pas indifférente à leur sort,mais tout le problème est de VOIR exactement ce qu’il faut faire ENSEMBLE,citadins et ruraux ,pour que cesse ce gâchis et ce système exploiteur et cynique des ....exploitants agricoles !Car l’embarras vient du fait que les responsables politiques existent pour que cessent les abus qui désespèrent le monde paysan:et que font-ils d’efficace pour que les solutions viennent soulager beaucoup de petits paysans surendettés et exténués de boulot non rentable ?On est tenté de dire :"rien !",mais on sait que certains se démènent pour que les choses aillent mieux !Le problème est que sans Pouvoir de contrainte pour que cessent les abus,les exploiteurs légaux continuent leurs basses oeuvres !Je suis tenté de dire:cessons de voter pour des bonimenteurs,mais cela ne résout pas le problème !En cherchant bien dans notre Histoire de France,nos anciens ont su résoudre le problème à leur façon,en rendant la vie dure à ceux qui les avaient jusqu’ici méprisé et volé !Mais c’était en 1789.....Devons-nous en arriver à cela si la pauvreté paysanne progresse malgré les belles promesses de responsables surpayés et manifestement soit dépassés soit incompétents ?PROBABLE,d’autant que les pauvres des villes augmentent,que les CDD croissent,que les sous salaires,ceux-là même que la Constitution de 1958 interdit,prolifèrent,que les charges locatives deviennent énormes,que les charges fiscales augmentent bien plus vite que les symboliques augmentations des salaires,que les mauvais logements deviennent monnaie courante,etc,etc ! Donc,pas de découragement,Jean-Claude,juste un peu d’enragement à refuser de voir des nantis violer les Droits de l’Homme et du Citoyen !Fraternellement !

  • Je ne comprends rien ou quoi ?

    D’après les résultats de vote de 2007 ( pris dans "l’EXPANSION"), 67% des camarades paysans ont voté pour notre poète président.

    Si je compatis très honnêtement au chagrin des agriculteurs, si je comprends leur désespoir et si je salue cordialement Jean Claude Depoil, je reste incertain dans ce qu’il faut penser.

    Et ce vote à droite toute n’est pas nouveau...

    A quand une coordination pour aller dans la rue ? et rester dans la rue ? ( sans brûler des pneus , de grâce !). Quand des mouvements paysans contre les OGM, les pesticides, les algues vertes, les cultures "bio-carburées" ??? etc..

    • D’après les résultats de vote de 2007 ( pris dans "l’EXPANSION"), 67% des camarades paysans ont voté pour notre poète président.

      Ça fait quand même 33 % d’entre eux qui n’ont pas voté pour lui ce que je trouve pas mal pour la paysannerie qui a pu un temps faire "pire" que cela...

      Mais je rappelle que, hélas pour nous, le problème n’est pas Sarkozy (or, et je ne dis pas sans pour Jean Claude, que je salue et à qui je souhaite beaucoup de courage, en tant que petite fille de paysans pauvres, mais j’en vois de plus en plus qui baissent la garde en se rabattant sur cet échelon de contestation....)

      LL

    • Je préciserai plutôt que le problème n’est pas limité à Sarkozy.
      Ce qu’affronte le monde paysans, est ce qu’a déjà affronté l’industrie : l’ulta-libéralisme. Or Sarkozy me semble être le champion de la cause et le seul au commandes pour faire cesser de tels abus. Donc, tant que Sarkozy, et certains autres qui viendront après lui, seront au pouvoir, il ne faudra pas espérer beaucoup de changement et beaucoup d’aide.

      Je vais paraître un peu amer mais le monde est en mutation. Il est peu probable que les petites structures survivent (agriculture, industrie, commerce, etc) ou alors reléguées dans des secteurs avec peu de retour sur investissement. Petit à petit, tout tombe dans l’escarcelles des gros groupes (y compris la fonction publique). Ne serait-il pas temps de se réunir pour créer un réel mouvement pouvant changer les choses ? Hélas, je n’ai l’impression que l’ensemble des ces petits acteurs, y compris le monde paysan, n’est prêt à bouger que quand leurs intérêts directs sont menacés. Peut-être faut-il maintenant penser plus large et plus loin que soi ?

      Bien Cordialement.

    • Je préciserai plutôt que le problème n’est pas limité à Sarkozy. Ce qu’affronte le monde paysans, est ce qu’a déjà affronté l’industrie : l’ulta-libéralisme.

      C’est juste vous avez raison je me suis mal exprimée.

      Or Sarkozy me semble être le champion de la cause et le seul au commandes pour faire cesser de tels abus. Donc, tant que Sarkozy, et certains autres qui viendront après lui, seront au pouvoir, il ne faudra pas espérer beaucoup de changement et beaucoup d’aide.

      Certes, mais il faut viser les deux changements en même temps sinon on va répéter 50 fois la même histoire - le problème étant que plus on la répète plus on s’use...

      Je vais paraître un peu amer mais le monde est en mutation.

      C’est un constat juste également - la question est bien une fois ce constat posé "QUE FAIT ON ?"

      Il est peu probable que les petites structures survivent (agriculture, industrie, commerce, etc) ou alors reléguées dans des secteurs avec peu de retour sur investissement.

      Si "rien ne bouge", oui sans aucun doute.

      Petit à petit, tout tombe dans l’escarcelles des gros groupes (y compris la fonction publique).

      Évidemment...Et ce n’est pas fini - le capitalisme du 1ème siècle nous prépare un monde qui détrônera de fameux romans dits de science fiction...Bientôt nous paierons l’air pollué que nous respirons et les Africains paieront les galettes de terre glaise qui leur servent de nourriture.

      Ne serait-il pas temps de se réunir pour créer un réel mouvement pouvant changer les choses ?

      Je te le confirme il est temps mais pas sur des fondements erronés de demies -mesures. Parce que cela, ça fait des décennies qu’on le fait.

      Hélas, je n’ai l’impression que l’ensemble des ces petits acteurs, y compris le monde paysan, n’est prêt à bouger que quand leurs intérêts directs sont menacés.

      TOUT LE MONDE FONCTIONNE AINSI ! Même vous. Les militants qui pensent au delà de leur situation personnelle et immédiate sont rarissimes.

      Peut-être faut-il maintenant penser plus large et plus loin que soi ?

      Peut être ??????????????????

       ;)

    • Salut Elodie,

      Je rajouterai, pour tenter d’expliquer le vote copnservateur des paysans le poids de la tradition, de la religion, du totalitarisme du syndicat majoritaire (passage quasi obligé, si on veut bénéficier d’aides).
      Néanmoins, il faut rester optimiste : la nouvelle génération de paysans va faire bouger les choses.
      Le Vieux Rouge

    • Je suis d’accord avec toi et je reste optimiste camarade.

      Il y a eu je pense un "trou de génération" - mes amis d’enfance à l’école , enfants de paysans ou d’agriculteurs (qui ont aujourdh’ui mon âge c à d 35 / 40 ans) aucun n’a repris directement le métier des parents que ce soit une petite ou une grosse exploitation et chose rarissime les filles n’ont pas épousé le cul terreux capable de reprendre la ferme MAIS ce sont les petits derniers "chtio culots" comme on dit chez moi, aujourd’hui âgés de 17/18 ans, qui ont, étonnamment, repris le truc pour en faire souvent une exploitation trè_s différente de celle du père.

      LL

  • Le cri de Jean-Claude fait apparaitre surtout une chose, certains regrettent que le monde agricole respectueux de la terre ai été l’aide électoral de la droite ultra-libérale, c’est un fait sur lequel on pourrait épiloguer mais cela ne va pas changer grand-chose maintenant. Car ce que dénonce surtout Jean-Claude, c’est la situation des moyens agriculteurs et surtout celle des des éleveurs ou producteurs laitiers. Les céréaliers qui ont déjà sauté le pas vers l’agro-business ne sont pas touchés par le manque de revenu. On entends rarement un beauceron qui torture 6 à 700 hectares se plaindre que la terre ne rapporte pas, non, ce sont les petits et moyens agriculteurs que l’on situera de façon peut-être générale en dessous de 100 hectares qui font les frais d’une politique tournée vers l’agriculture productiviste. Sont particulièrement touchés les éleveurs, que ce soit dans les filères de la viande traditionnelle, non-industrielle, et surtout les producteurs laitiers restés sur une agriculuture de type familiale. Ceux-là vont disparaitre sous la pression productiviste. Ne pas les aider parce qu’ils furent les artisans de leurs propre perte en ne s’opposant pas au système ultra-libérale serait une erreur, au contraire nous devons les aider en créant et participant par exemple à des modes de distributions en direct, les amaps qui ne sont pas parfaites sont une avancée dans se sens.

    Le cri de Jean-Claude doit donc nous interroger, à savoir, si l’on veut continuer à ne pas savoir ce que l’on mange, ou connaitre celui qui nous fournit la nourriture et que ce qu’il produit puisse le faire vivre correctement...c’est aussi simple que cela

  • Salut jean claude, il faut areter de s’apitoyer il faut agir, tous les paysans doivent se réunir et ne pas aller manifester mais fonder des centrales d’achat pour vendre directement au peuple, safera du bien a tous le monde !!!!!! c’est sa ou la mort de l’agriculture pour les paysans et une bouffe de merde pour le consommateur.