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Les heurts en Ukraine signalent une escalade de l’intervention américano-européenne

par Oliver Campbell et Peter Symonds

Publie le vendredi 21 février 2014 par Oliver Campbell et Peter Symonds - Open-Publishing
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Les heurts violents entre la police et les manifestants hier 19 février à Kiev marquent une escalade de la campagne de l’opposition pro-occidentale pour faire tomber le président ukrainien Viktor Yanukovitch. L’opposition, soutenue par les gouvernements des États-Unis et de l’Allemagne, cherche à installer un régime d’extrême-droite déterminé à intégrer l’Ukraine dans l’Union européenne et à appliquer ses exigences de mesures d’austérité.

Des combats de rue sanglants ont éclaté quand les manifestants de l’opposition se sont dirigés vers le Parlement, demandant qu’il vote une loi prévue pour réduire les pouvoirs de Yanukovitch. Quand le vote leur a été défavorable, les partisans de l’opposition ont attaqué le siège du Parti des régions au pouvoir. Des heurts ont éclaté entre la police et les manifestants et se sont propagés dans toute la ville.

Ces troubles sont les plus sanglants depuis que les manifestations pro-UE ont commencé il y a trois mois. Les derniers reportages indiquent qu’au moins 19 personnes ont été tuées, parmi la police et les manifestants. Des centaines, peut-être des milliers, de personnes ont été blessées, dont 200 au moins sérieusement.

Les manifestants de l’opposition, dont beaucoup sont affiliés au parti néo-fasciste Svoboda et à d’autres groupes d’extrême-droite, semblaient lourdement armés. L’une des organisations fascisantes impliquées, Secteur droit, appelait tous ceux qui ont des armes à les amener sur la Place de l’Indépendance et à engager le combat avec les autorités.

Les scènes filmées par les médias montrent des manifestants anti-gouvernement, dont certains portaient des casques arborant des symboles fascistes, tirant avec des fusils et de petites armes sur la police, et lançant des cocktails Molotov. Durant l’assaut du siège du Parti des régions, ils ont tué au moins un employé de bureau. Plusieurs gendarmes auraient été faits « prisonniers » avant que les forces du gouvernements ne reprennent le contrôle du bâtiment.

Les dirigeants de l’opposition ont appelé les partisans à continuer le combat. Vitali Klitschko, chef du parti UDAR (Coup de poing), qui a des liens étroits avec l’Etat allemand, a dit de manière démagogique aux manifestants : « Nous ne partirons pas d’ici. C’est un îlot de liberté, nous le défendrons. » Des heurts violents ont continué tout au long de la nuit et tôt le mercredi matin, paralysant la ville.

Les scènes sanglantes à Kiev sont le résultat direct de la campagne menée par les États-Unis et l’Allemagne pour faire tomber Yanukovitch après qu’il a rejeté des propositions pour établir des liens plus étroits avec l’UE et signé un accord avec la Russie acceptant une aide financière. Dans leurs efforts pour retirer l’Ukraine de l’orbite de Moscou et isoler la Russie, Washington et Berlin travaillent ouvertement avec les partis d’extrême-droite.

Victoria Nuland, haute responsable du ministère des Affaires étrangères, a rendu visite à plusieurs reprises aux dirigeants de l’opposition en Ukraine, dont le chef du parti Svoboda, Oleh Tyahnbok. La fuite d’appels téléphoniques entre Nuland et l’ambassadeur américain en Ukraine, Geoffrey Pratt, a révélé l’étendue de la gestion minutieuse par Washington des dirigeants de l’opposition afin d’installer un nouveau régime fantoche. (lire : L’opération américaine de changement de régime révélée par la divulgation d’un appel téléphonique).

Les manifestations et la violence à Kiev font suite à une réunion à Berlin lundi dans laquelle les dirigeants de l’opposition Klitschko et Arseniy Yatsenyuk ont demandé à des hauts responsables allemands, dont la Chancelière Angela Merkel, de leur accorder un soutien plus grand, et notamment de pousser à des sanctions contre le gouvernement ukrainien.

Lundi également, la Russie a accepté d’acheter 2 milliards de dollars d’obligations ukrainiennes, donnant au régime de Yanukovitch une bouffée d’air frais probablement mal accueillie par les cercles de l’opposition, ainsi que par Berlin et Washington.

Dans la foulée des heurts à Kiev, les États-Unis, l’Allemagne, et l’UE ont immédiatement accusé Yanukovitch et fait monter d’un cran la pression pour son départ. Le ministre des Affaires étrangères allemand Frank-Walter Steinmeier a déclaré : « Quiconque est responsable de décisions risquant d’entraîner de nouveaux bains de sang dans le centre de Kiev et ailleurs en Ukraine devrait s’attendre à ce que l’Europe reconsidère les réserves qu’elle a pu avoir antérieurement quant à l’imposition de sanctions individuelles. »

D’après une déclaration de la Maison Blanche, le vice-président Joe Biden a contacté le régime ukrainien pour exprimer les « graves inquiétudes » de Washington concernant la violence et « dire clairement que les États-Unis condamnent la violence de n’importe quel camp, mais que le gouvernement porte une responsabilité particulière pour calmer la situation. »

La réponse des États-Unis et de l’Allemagne signalent une intensification de la volonté impérialiste d’installer un régime fantoche à Kiev et de transformer l’Ukraine en un bastion pour de nouvelles provocations et intrigues visant à démembrer la Russie elle-même et à la réduire à une semi-colonie dépendante. La promotion de nationalistes ukrainiens de droite fait partie d’une stratégie plus large d’exploitation des nombreuses divisions ethniques, nationales et religieuses au sein de l’ex-Union soviétique pour s’assurer leur domination sur la région.

La subordination de l’Ukraine est l’une des ambitions géostratégiques de longue date de l’impérialisme allemand, qui remonte à la Première Guerre mondiale. La politique actuelle agressive de l’Allemagne à l’égard de l’Ukraine coïncide avec un renouveau du militarisme allemand. Lors de la récente Conférence sur la sécurité à Munich, de haut responsables allemands ont affirmé que le temps est venu pour Berlin d’abandonner les limites et restrictions d’après-guerre qui lui avaient été imposées concernant l’usage de la force militaire.

Depuis plus de vingt ans, soit depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, l’’impérialisme américain poursuit sans relâche une stratégie consistant à affaiblir et isoler la Russie. Depuis les guerres en Yougoslavie de 1990, Washington encourage et soutient les prétendues révolutions colorées dans les anciennes républiques soviétiques. Il a envahi l’Afghanistan pour établir une base d’opération en Asie centrale et cherché, par des sanctions et des menaces militaires, à mener un changement de régime en Iran et en Syrie, meilleurs alliés de la Russie au Moyen-Orient.

La capacité de l’impérialisme à intervenir agressivement est la conséquence directe de la dissolution de l’URSS, de la restauration du capitalisme et de l’ouverture des anciennes républiques soviétiques au pillage des corporations transnationales mondiales. En s’opposant à l’intervention impérialiste actuelle en Ukraine, il ne faut accorder aucun soutien politique à Yanukovitch ou au président russe Vladimir Poutine, qui représentent des oligarques avides et corrompus, qui se sont enrichis aux dépens de la classe ouvrière.

L’unique force sociale capable de s’opposer aux intrigues impérialistes, aux menaces militaires et à la course à la guerre, est la classe ouvrière. Il faut commencer par rejeter toutes les formes de nationalisme et mener une lutte politique pour unifier les travailleurs d’Ukraine avec leurs frères et sœurs de classe à travers toute l’Europe, la Russie et internationalement. Cela exige une lutte commune pour abolir le système capitaliste en faillite et établir une économie mondiale planifiée qui réponde aux besoins sociaux urgents de tous.

http://www.wsws.org/fr/articles/2014/fev2014/ukra-f20.shtml

Messages

  • Україна

    Déclaration sur la situation en Ukraine du Syndicat autonome des travailleurs (anarcho-syndicaliste)
    jeudi 20 février 2014, par WXYZ

    « La guerre civile a commencé hier en Ukraine ». C’est ainsi que commence cette déclaration de camarades de Kiev en date du 19 février.

    A la suite, nous publions une précédente déclaration ainsi qu’une interview d’un militant de ce même mouvement.


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    Le 19 février, Kiev

    La guerre civile a commencé hier en Ukraine. Une manifestation loin d’être pacifique s’est affrontée aux forces de défense de l’État et aux unités formées par les partisans de l’actuel gouvernement, près du Vekhovna Rada (Parlement). Le 18 février, la police, ainsi que les paramilitaires, ont commis un bain de sang dans les quartiers gouvernementaux au cours duquel de nombreux manifestants ont été tués. Les bouchers des unités spéciales ont battu les détenus. Les députés du Parti des Régions et leurs laquais de la bourgeoisie du Parti ‟Communiste” de l’Ukraine ont fui le Parlement par un tunnel souterrain. Le vote des amendements constitutionnels, destinés à limiter le pouvoir présidentiel, n’a donc pas eu lieu.

    Après leur défaite dans les quartiers gouvernementaux, les manifestants se replièrent sur le Maidan [place de l’Indépendance]. À 18 heures, le ministère de l’Intérieur et le Bureau de la sécurité intérieure (SBU) ont lancé un ultimatum aux manifestants, exigeant leur dispersion. A 20h00, les unités de la police spéciale et les forces paramilitaires, équipées de canons à eau et de véhicules blindés, se sont lancées à l’assaut des barricades. Les commandos de la police politique (SBU), ainsi que les troupes pro-gouvernementales ont fait usage de leurs armes à feu. Cependant, les manifestants ont réussi à brûler l’un des véhicules blindés de la police, et il s’est avéré que les forces gouvernementales n’étaient pas les seules en possession d’armes à feu. Selon les données publiées par la police (le 19 février, 16h00), 24 personnes ont été tuées : 14 manifestants et 10 policiers. Trente et un policiers ont été blessés par balle. Même si leur estimation des pertes du côté de la police est exacte, le nombre de victimes parmi les manifestants a été certainement sous-évalué. Les médecins du Maidan citent au moins 30 tués.

    On a l’impression que le président Ianoukovitch était certain que la résistance serait écrasée dès le matin, et pour cela, il a invité les dirigeants de l’opposition à le rencontrer pour des négociations à 11 heures le 19 février. Comme les négociations n’ont pas eu lieu, nous pouvons en conclure que le plan du gouvernement a échoué. Pendant que les autorités échouaient à dégager le Maidan, les habitants de plusieurs régions de l’Ouest du pays ont occupé des bâtiments administratifs et chassé la police. En ce moment, la police, en tant qu’institution, a cessé d’exister dans la ville de Lviv. Selon le SBU, les manifestants se sont emparés de 1 500 armes à feu. En moins de 24 heures, le gouvernement central a perdu le contrôle d’une partie du pays. À l’heure actuelle, la démission du Président peut être la seule solution mais cela voudrait dire que lui, sa famille, ses multiples acolytes et sa clientèle, qui forment un groupe assez important dans le parti au pouvoir et l’appareil d’État, perdraient leur source de profits. Il est probable qu’ils ne l’accepteront pas.

    La victoire de Ianoukovitch signifierait qu’il devient un dirigeant à vie et que le reste du pays sera voué à une vie de pauvreté, de corruption et de la suppression de leurs droits et libertés. Les régions rebelles connaissent maintenant des restaurations massives de ‟l’ordre constitutionnel”. Il est probable que l’éradication de ces ‟groupes terroristes” en Galicie prendra le caractère d’une purification ethnique. Les Radicaux orthodoxes fous du Parti des Régions considèrent, depuis longtemps, les conservateurs Gréco-catholiques comme des aides de l’‟Euro-Sodom”. Une telle opération ‟antiterroriste” serait effectuée avec l’aide de l’armée, comme le ministre de la défense, Lebedev, l’a déjà annoncé.

    Aujourd’hui, l’Ukraine vit une tragédie, mais la véritable horreur commencera lorsque le gouvernement aura brisé l’opposition et ‟stabilisée” la situation. Les signes de la préparation d’une opération de nettoyage de masse se sont fait sentir dès le début février. La veille, le bureau du procureur a ouvert une procédure pénale contre 4 unités d’auto-défense de Maidan en tant que formations militaires illégales. Conformément à l’article 260 du Code pénal, les membres de ces unités peuvent encourir un emprisonnement de 2 à 15 ans. Cela signifie que le gouvernement avait l’intention de mettre plus de 10 mille citoyens derrière les barreaux. Dans les régions, ainsi que dans la capitale, n’agissent pas seulement les forces paramilitaires spéciales habituelles mais aussi des ‟escadrons de la mort” en renfort. Par exemple, la responsabilité d’avoir brûlé vif un activiste du Maidan de Zaporozhye a été revendiquée par une ‟division de la mort”, qui se fait appeler ‟Les fantômes de Sébastopol”. Ils ont annoncé qu’ils étaient prêts à faire subir un traitement similaire aux participants des Maidan de l’Est.

    Dans le cas d’une victoire de l’opposition, la vie sera loin d’être rose non plus. Les fascistes constituent une minorité des manifestants, ils sont très actifs et pas très intelligents. Les quelques jours de trêve de la mi-février ont entraîné des conflits entre les groupes de droite, qui se sont traduits par plusieurs flambées de violences insensées, ainsi que les attaques contre des ‟hérétiques” idéologiques. Outre les fascistes, l’ancienne opposition expérimentée tentera également de prendre le pouvoir. Beaucoup d’entre eux ont déjà une certaine expérience de travail gouvernemental et ils ne sont pas étrangers à la corruption, au favoritisme et à l’utilisation des fonds budgétaires à des fins personnelles.

    Les ‟concessions” qu’exige l’opposition au Parlement en ce moment sont pitoyables. Même la Constitution de 2004, qu’elle cherche à restaurer, donne trop de pouvoir au Président (le contrôle de la police anti-émeute et des forces spéciales en est un exemple), et le système électoral à la proportionnelle, avec des listes fermées, place le Parlement sur le contrôle d’un groupe de dirigeants semblables à des dictateurs, qui peuvent se compter sur les doigts d’une main. Avec le Président, ils pourront régner sans obstructions.

    Leur deuxième demande – la nomination d’un Conseil des ministres composé de leaders de l’opposition – est tout à fait honteuse. Est-ce que les gens sont en train de risquer leur santé, leur liberté et leur vie pour que quelqu’un devienne Premier ministre, et qu’un autre parvienne à contrôler les flux de l’argent de la corruption ? C’est là le résultat logique de préférer les conversations gonflées de pathos sur ‟la nation”, et se focaliser sur les structures verticales liées à ces mêmes politiciens haïs, au lieu de développer des mouvements populaires de base auto-organisés autour de la défense d’intérêts matériels. Telle est la leçon principale que Maidan a encore à apprendre.
    Cependant, nous serons en mesure de mettre cette leçon en pratique que si le gouvernement actuel perd la bataille.

    L’opposition à l’intérieur et à l’extérieur du Parlement est divisée en de multiples factions hostiles et rivales. S’il gagne, le régime qui suivra sera instable et manquera de cohérence. Il sera aussi bourgeois et répressif que le Parti des Régions avant leur première démonstration de force contre les manifestants en novembre dernier.

    La culpabilité pour le sang versé est pour partie celle de l’UE qui accepte volontiers de recevoir l’argent des salauds corrompus d’Ukraine, de Russie et de plusieurs pays africains, tout en négligeant de vérifier l’origine de ces ‟investissements”. C’est seulement après avoir vu les cadavres des victimes de ces ‟ investisseurs”, qu’ils deviennent si sentimentaux et si emplis pathos humanitaire.

    Ce n’est pas notre guerre, mais la victoire du gouvernement signifiera la défaite des travailleurs. La victoire de l’opposition ne promet rien de bon non plus. Nous ne pouvons pas appeler le prolétariat à se sacrifier pour le bien de l’opposition et de ses intérêts. Nous pensons que l’ampleur de la participation à ce conflit est une question de choix personnel. Cependant, nous vous encourageons tous à éviter d’être enrôlés dans les forces militaires internes contrôlées par Ianoukovitch et à saboter par tous les moyens disponibles les actions du gouvernement.

    Ni dieux, ni maîtres, ni nations, ni frontières !

    Organisation de la ville de Kiev du Syndicat autonome des travailleurs.

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    Traduction : XYZ / OCLibertaire

    Source : ici http://avtonomia.net/2014/02/19/zay...