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Retour sur 25 ans de luttes anarcha-féministes à la FA

jeudi 17 juin 2004

« Ce qui est important, davantage que l’ identité biologique ou l’orientation de la sexualité, c’est la relation de liberté et d’égalité qui se construit entre les êtres concernés. »

Retour sur 25 ans de luttes anarcha-féministes à la FA

En réponse aux échos (volontairement ?) déformés qu’a eu vent « Cassandre » (celle qui détient la Vérité mais que personne ne croit !) du dernier congrès de la Fédération anarchiste et parce que certain-e-s personnes estiment indispensable que la vie interne d’une organisation anarchiste soit déballée sur la place publique (en l’occurrence les visiteurs d’Indymedia qui n’en demandent pas tant !), vous pourrez lire ci-dessous un article récent (postérieur au congrès) paru dans le Monde libertaire et qui fait le point sur les luttes anti-patriarcales et anarcha-féministes que les militantes de la Fédération anarchiste impulsent depuis de nombreuses années. Le second document est la motion anti-patriarcale adoptée à l’unanimité lors de 60ième congrès de la Fédération anarchiste de 2003 à Besançon.

Si nous sommes ouvert à tout débat critique et constructif - les pages du Monde libertaire et les ondes de Radio libertaire sont ouvertes largement au delà des militant-e-s de la FA et permettent des débats contradictoires - nous ne pourrons rester indifférent-e-s aux tentatives de manipulation et de diabolisation dont nous faisons trop souvent l’objet.

Les militants et militantes de la FA, conscient-e-s de la nécessité de l’organisation spécifique anarchiste, propagent quotidiennement leurs idées et leurs pratiques pour réaliser une révolution radicale et globale, à la fois économique et sociale, afin que soient détruites les sociétés fondées sur la propriété privée ou étatique des moyens de production et de la distribution, toutes les exploitations, l’ignorance et la misère, ainsi que les rapports d’autorité.

Pour celles et ceux qui sont persuadé-e-s que les anarchistes se fédèrent pour se donner des chefs qu’ils/elles ne trouvent pas autre part, ou pour participer à des concours de blagues sexistes, … le débat est vain.

Le Secrétariat aux Relations Extérieures de la Fédération Anarchiste.

145 rue Amelot 75011 Paris
relations-exterieures@federation-anarchiste.org

Contre le patriarcat : l’anarcha-féminisme !

Depuis plus de vingt-cinq ans de nombreuses commissions femmes se sont
succédées dans la Fédération Anarchiste. Parmi les plus récentes, rappelons
quelques interventions.

En 1986, création de l’émission « Femmes libres » sur Radio libertaire, par
Nelly Trumel, émission qui fait se croiser femmes qui luttent et femmes qui
se révoltent, femmes qui créent et femmes qui résistent, sans exclusive,
émission toujours présente sur la grille, animée aujourd’hui par trois
équipes en alternance : Nelly Trumel qui anime deux émissions sur quatre,
Claude, Hélène et Elisabeth du groupe Pierre-Besnard et la commission Femmes
de la CNT qui en animent respectivement une sur quatre.

En 1989, rédaction collective et publication de « Femmes à l’ouvrage » aux
Editions du Monde libertaire (livre épuisé).

En 1990, notre analyse des premières interventions de groupuscules d’extrême
droite contre les cliniques et les hôpitaux qui pratiquent des IVG, nous
conduit à discuter avec le mouvement féministe et les associations comme le
Planning familial pour protester publiquement et organiser des
contre-manifestations pour défendre le droit des femmes à disposer de leur
corps. Peu à peu, cette analyse sera partagée et conduira à la création de
la CADAC, coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la
contraception, à laquelle la FA participera régulièrement jusqu’en 1996.

Une campagne s’organise autour du droit à la contraception et à l’avortement
et pour une re-mobilisation féministe et anarchiste : entre 90 et 92, 17
réunions publiques organisées par la FA ont eu lieu. De nombreux groupes de
la FA participent à des collectifs locaux. Une affiche et des autocollants
sont réalisés, avec l’appui du dessinateur Cabu : « Liberté à corps et à
cris ! Avortement, contraception : un droit ».

Les 18 et 19 janvier 1992, participation aux Etats généraux « L’amour est à
nous », à la Sorbonne à Paris.

En mars 92, rédaction et publication de la brochure « Avortement -
contraception : On vous l’a déjà dit, on veut choisir ! ».

En mai 1992, la réalisation des rencontres internationales
anarcha-féministes a demandé un énorme travail de réflexion, d’écriture, de
débat et de réalisation concrète : des articles dans le Monde libertaire,
des traductions de textes provenant d’autres pays, une affiche, des cartes
postales, puis les « Actes de la rencontre », le tout autofinancé par les
copines de la commission Femmes qui ont fait l’avance des frais et ont été
remboursées presque complètement, au fur et à mesure des ventes de cartes et
des Actes.

Au cours du congrès d’Angoulême, en 1992, les femmes de la commission s’
organisent et prennent en charge la plupart des tables de séances, à la
grande surprise des compagnons.

En 1993 est publiée la brochure « Ordre moral : analyses et propositions
anarchistes », à laquelle la commission Femmes participe.

De 1994 à 1995, dans le cadre d’une campagne fédérale contre les violences
faites aux femmes, réalisation par la Commission Femmes Nord de Loire, d’une
exposition « Du sexisme ordinaire : impressions sur papier » sur l’image des
femmes dans les médias écrits, exposition qui se déplacera en 1996 et 1997
de Lille à Paris, de Rennes à Poitiers ou à Besançon, etc.

Peu de mois après paraîtra le livre « Dites-le avec les femmes », de l’AFJ
(Association des Femmes Journalistes), sur le même sujet. Ce n’est qu’en
2000 que sera créée La Meute. En 2000-2001, le collectif anti-patriarcal et
libertaire parisien, mixte, disparaît assez rapidement. Enfin, depuis 2002,
le collectif contre le publisexisme regroupe de nombreux libertaires et mène
des actions, notamment dans le métro parisien.

Lors de la manifestation du 25 novembre 1995 pour les droits des femmes, des
divisions apparaissent en raison de la participation de militants d’origine
trop réformiste.

C’est au cours de ces dernières années que les termes « anti-sexisme », « 
anti-patriarcat » prennent une place plus importante, comme si les mots « 
féminisme » ou « anarcho-féminisme » gênaient. On ne peut comprendre ces
glissements sémantiques qu’en reliant les luttes contre les commandos
anti-IVG aux luttes anti-extrême droite et anti-racistes. L’expression
anti-sexisme s’est construite en parallèle aux termes anti-fascisme et
anti-racisme. Nombreux sont les jeunes hommes antifascistes qui se joindront
aux manifestations contre ces commandos liés au catholicisme intégriste et à
l’extrême droite, de façon souvent critiquée par les féministes d’ailleurs,
par le comportement machiste qu’ils mettent en ouvre ou en recherchant l’
affrontement avec les commandos anti-IVG ou les flics. Il est dommage de
constater que ces militants ne fréquentent les milieux féministes qu’à ces
occasions. Le terme « anti-patriarcat » est également utilisé chaque fois qu
’on veut marquer que toute la population, femmes et hommes, est concernée
par cette lutte, et pas seulement les femmes, ce que porterait
historiquement le terme « féminisme », associé à la non - mixité des groupes
femmes. Mais peut-on réduire le patriarcat au sexisme , la lutte
anti-patriarcat à la lutte anti-sexiste ?

En 1996, lors du congrès de Toulouse, sur proposition d’une partie de la
commission Femmes (militantes de Nantes et de Lyon notamment), la décision
est prise du retrait de la FA de la CADAC.

Il y a lieu de rappeler le nombre très important d’articles écrits pendant
des années par les anarcha-féministes : sur le droit à l’avortement et à la
contraception, contre les commandos anti-IVG, sur la situation des femmes au
travail, ... en lien avec la CADAC et le CNDF et en lien avec nos lectures
diverses et variées.

En outre quand on milite avec des forces politiques telles le PS, le PC, les
Verts et les trotskistes au sein de la CADAC et du CNDF, ce qui a été le cas
de nombreuses anarcha - féministes, nous pouvons être fières d’avoir
convaincu les autres militant.es de la notion de droits liés à l’individu,
et non de droits liés à la famille, nous pouvons être fières d’avoir été
reconnues comme anarchistes, tant sur la critique du pouvoir que sur la
critique de la religion. Nous ne pouvons oublier que les "autres" militantes
nous ont reconnues comme porteuses d’axes féministes dans notre
anarcha-féminisme.

En 2000, d’autres participantes à la commission Femmes, pour le congrès de
Perpignan, proposent que les anarchistes participent à la Marche mondiale
des femmes mais la proposition n’est pas retenue.

Depuis le congrès de Besançon de 2003, une commission anti-patriarcat mixte
regroupe des membres de la FA, avec comme principal outil d’échanges une
liste sur Internet et comme objectif la mise en place d’une campagne
anti-patriarcat. Une motion est adoptée lors de ce congrès (voir Monde
libertaire n°1325).

Une rubrique anti-patriarcat est identifiée dans le Monde Libertaire : de
mai 2003 à mai 2004, sur 36 articles parus sur ce thème dans 40 numéros du
journal, 19 sont signés par des membres de la commission anti - patriarcat
et 17 par des non membres ou des personnes non identifiées (pseudos). Les
thèmes traités sont souvent liés à l’actualité (voiles, foulards et
religions, action contre les commandos anti - IVG, action contre les jouets
sexistes, homophobies, norme sociale de la minceur pour l’été). Certains
portent sur les notions de couple et de sexualité (6 articles, plus le « 4
pages » décrit ci-dessous : déconstruction de la norme hétérosexiste,
soutien aux pratiques homosexuelles, lesbiennes, trans et "autres", comme
les « sex toys »). Leur répondent d’autres personnes qui contestent pour
partie les propos tenus. Par ailleurs, des articles cherchent à traiter le
sujet du féminisme à partir d’autres aspects (engagement politique, aspect
historique Proudhon - Dejacque, analyse d’une mise en pratique de la non
mixité au Point G lors du VAAG à Evian, éducation et sexisme, parution de
livres.).

La réalisation d’un supplément de « 4 pages » fin octobre 2003 affirme
quelques principes mais développe essentiellement les aspects de domination
liés au genre. L’allusion à la possibilité de « nous organiser entre femmes,
féministes, lesbiennes. de tous horizons, de toutes classes sociales. et
nous le faisons » pose cependant un problème dans le journal d’une
organisation dont l’un des objectifs est de supprimer les classes sociales !

En effet, si l’on partage l’analyse que les normes de domination mises en
ouvre par le patriarcat s’appliquent à toutes les femmes, quelle que soit
leur appartenance de classe (et, soyons simple, il n’y en a que deux : la
classe exploitée et la classe exploiteuse), si les violences sont subies
dans tous les milieux (ouvrier et bourgeois, pauvre et riche), il faut
fermement rappeler que la solidarité n’a pas de frontière mais qu’elle ne se
divise pas : si Madame de Bettancourt, PDG de L’Oréal et femme la plus riche
de France (elle gagnerait le SMIC toutes les minutes !) est battue, violée
ou humiliée, il faudra dénoncer ces violences, même si cette dame ne
fréquentera jamais nos collectifs de luttes ! Au cas où elle le ferait, il
pourrait lui être demandé d’être solidaire à son tour, en renonçant à l’
exploitation qu’elle fait subir à des milliers d’hommes et de femmes et qui
l’enrichit de façon éhontée. N’y aurait-il une confusion entre
interclassisme et collectif de mobilisation large ?

Une affiche, parue en 4ème de couverture du Monde Libertaire n° 1356, du 29
avril 2004 a également été tirée à des centaines d’exemplaires.

Différencier pratiques hétérosexuelles et comportements sexistes

A la lecture de certains articles, on peut s’interroger et se demander si la
lutte contre le patriarcat se réduit à la dénonciation de la norme
hétérosexuelle, comme seule composante de cette oppression. Une lecture
rapide de certains textes pourrait faire penser que l’hétérosexualité,
dénoncée à juste titre comme étant une norme imposée par la patriarcat et
que les tenants de ce système utilisent pour justifier les discriminations
et oppressions homophobes ou lesbophobes, deviendrait interdite et serait
considérée comme « anti-anarchiste ». Cette question a déjà été abordée d’
ailleurs dans la presse féministe . Ne conviendrait-il pas de réfléchir au
fait que l’orientation sexuelle, vécue par chacun et chacune d’entre nous,
ne s’opère pas forcément à l’issue d’un choix délibéré et politique mais
résulte de rencontres diverses. Ce qui est important, davantage que l’
identité biologique ou l’orientation de la sexualité, c’est la relation de
liberté et d’égalité qui se construit entre les êtres concernés : comme le
clame Florence Montreynaud, vive l’amour libre et gratuit ! Ce qui est
important, c’est de lutter contre les discriminations liées aux orientations
sexuelles hors tradition et de dénoncer les comportements sexistes et
machistes, d’où qu’ils viennent (au travail, dans la rue, au domicile ou
dans les lieux militants) et quelles que soient les orientations
personnelles des victimes.

Combattre le patriarcat, tout le patriarcat !

A l’avenir, on espère que d’autres aspects du patriarcat seront étudiés et
développés dans les futures publications libertaires : les aspects
économiques, la transposition de la relation domination - soumission dans la
sphère du travail ou dans les rouages états et citoyen.nes, le rôle des
religions, les relations familles et individu.es. Il serait également utile
d’étudier nos propres fonctionnements : combien de signatures masculines et
de signatures féminines et quels sont les sujets traités par les unes et par
les autres ? Ne devrions-nous pas nous interroger sur les raisons de la
faible participation des femmes aux organisations libertaires, tant dans les
structures de base que pour les responsabilités à assumer. et sur les moyens
de remédier à cet état de fait, qui n’est pas spécifique à notre mouvement.

Lutter, avec qui ?

Sur le terrain des luttes féminises, comme sur d’autres, on constate que les
anarchistes, hommes et femmes, sont divisés quant à la question de
travailler seuls ou avec d’autres, et si oui avec qui ? En effet, certain.es
sont convaincus que le mouvement anarchiste, voire la FA, doivent agir
seuls, à la rigueur avec d’autres parties du mouvement libertaire (mais
lesquelles ?) et d’autres sont tout aussi convaincus que ces entités peuvent
agir avec d’autres composantes du mouvement social (organisations
syndicales, associations, collectifs, coordinations.), selon l’actualité et
les enjeux. Or, si l’on prend l’exemple des luttes pour l’accès de toutes à
la contraception et à l’avortement, libres et gratuits, le constat est
simple : c’est en luttant, toutes et tous ensemble, que les femmes ont gagné
un meilleur accès à ces droits fondamentaux (rappels : contraception
autorisée en 1967, remboursée en 1974, avortement autorisé en 1975 pour 5
ans, prolongé en 1979 et remboursé ensuite). Or, beaucoup reste à faire pour
améliorer ces droits : lieux d’information et de prévention et centres IVG
en nombres suffisants et répartis sur tout le territoire, avortement et
contraception vraiment gratuits, sans restriction pour les mineures et les
émigrées, solidarité avec les femmes des pays étrangers qui ne bénéficient
pas de ce droit. Comment peut-on penser que les anarchistes seul.es
gagneront sur l’une ou l’autre de ces revendications ? Et au nom de quoi
devrions - nous nous priver des apports d’autres militant.es ? Au nom de
quoi ne pourrions - nous pas débattre et agir avec d’autres ? La frilosité
de certain.es à rencontrer des militant.es d’autres organisations peut-elle
être comprise comme une peur de risquer ses arguments face à ceux des autres
courants, voire d’être convaincu par eux - elles ? Et alors ! L’inverse est
vrai aussi : nous pouvons, par la rigueur de nos analyses, la tentative de
les mettre en accord avec nos pratiques, convaincre des militant.es de la
justesse de nos arguments. Qu’avons - nous à perdre ? Notre virginité
idéologique peut-être, mais à quoi ou à qui sert-elle ?

Des outils pour lutter

Pour le respect de la créativité des femmes en lutte : par exemple autour du
mot « anarcha-féministe », qui, selon certains spécialistes de la langue, ne
respecte pas la construction grammaticale qui voudrait qu’on parle d’
anarcho-féminisme (sur le modèle d’anarcho-syndicalisme) ou du mot « 
sans-papière », créé par les femmes privées de papier, dans les luttes qu’
elles mènent pour signifier que leur situation présente des différences avec
celles des hommes (dépendance en cas de regroupement familial, polygamie,
répudiation, mais pas seulement). Revendiquons la liberté de créer les mots
qui nous conviennent ! Mais, comme pour l’orthographe ou la typographie, n’
en faisons pas une fin en soi. Il s’agit d’une représentation symbolique de
l’oppression patriarcale, certes à dénoncer, mais les nuisances réelles de
cette oppression nécessitent bien davantage qu’une focalisation langagière.
Pour la renaissance d’une commission anarcha-féministe, pensée comme un
espace certes féministe mais aussi anarchiste, c’est-à-dire, entre
exploitées, sans compromis avec des tenants de l’exploitation et/ou de l’
oppression (pas plus de patronnes que de patrons à la FA !).

Pour que cette commission soit non mixte, et que cet espace de non - mixité
soit compris et vécu comme un outil de réflexions et d’échanges sur la
spécificité de l’oppression subie par les femmes (et non, comme certains se
plaisent à le croire, comme une fin en soi, comme un projet de séparation
totale des femmes et des hommes), soit respecté comme espace de liberté pour
les femmes et non d’exclusion des hommes, et comme outil permettant de
construire une force collective.

Pour une construction conjointe de l’anarchisme et du féminisme, qui cherche
à rendre les anarchistes plus conscients et convaincus de la nécessité des
luttes féministes contre le patriarcat et les féministes plus conscientes et
plus convaincues de la nécessité des concepts de l’anarchisme, par exemple
sur les rapports de pouvoir, le leurre des élections politiciennes et le
respect de la place des individu.es dans le collectif . Par exemple,
pourquoi ne pas s’investir dans les prochaines initiatives de la Marche
Mondiale des Femmes, notamment pour y porter nos analyses sur la place des
religions dans les sociétés, comme outils de domination des individus, et
des femmes en particulier ?

Pour la fédération de toutes les luttes, sans hiérarchie et sans concurrence
Complémentaires les unes des autres, nos luttes s’articulent entre elles
pour s’enrichir, elles s’inscrivent dans un mouvement de va-et-vient, bien
plus souvent lié à l’actualité qu’à nos choix de campagnes. Elles
participent d’un mouvement social beaucoup plus large que le cercle de la
FA, voire du mouvement libertaire pour s’inscrire dans un contexte où notre
influence peut s’exercer, nos idées et nos pratiques se diffuser et se
confronter à d’autres. Nous contestons la primauté d’une lutte sur une
autre, notamment comme le défendaient les militants d’origine marxiste, qui
défendaient la priorité de la lutte économique sur toutes les autres, ou
encore, les militants pour la libération du joug colonialiste dans certaines
contrées, qui posaient la lutte de libération nationale comme prioritaire
face aux luttes contre l’exploitation, ou pour l’égalité sociale. Les
femmes, et les féministes, sont bien placées pour savoir que cette
hiérarchisation des luttes leur a toujours été néfaste !

Elisabeth - Groupe Pierre Besnard de la FA - Paris

Article extrait du Monde libertaire n°1363 (10 au 16 Juin 2004)

Hebdomadaire de la Fédération anarchiste, tous les jeudi en kiosque

Archives sur le net : www.cybertaria.net/ml

A lire : le numéro spécial Anti-patriarcat de No Pasaran, Hors série n° 2, 5
euros, qui traite de nombreux aspects du féminisme et de ses luttes, et qui
est bourré de références d’ouvrages, d’associations, de sites Internet.

60ième CONGRÈS DE LA FÉDÉRATION ANARCHISTE
BESANÇON, LE 7,8 ET 9 JUIN 2003

Motion antipatriarcale adoptée à l’unanimité :

Le 60ème congrès de la Fédération Anarchiste réaffirme la nécessité de la lutte antipatriarcale, définie comme la lutte contre le système social qui organise la domination politique, économique, culturelle et sociale des hommes sur les femmes au travers des constructions sociales que sont la « féminité » et la « masculinité », intégrées à grand renfort de modèles éducatifs sexistes.

Inégalités de salaires, d’accès à la parole, domination et violence physique, psychologique et sexuelle, exploitation économique des femmes et des enfants au moyen du travail domestique, homophobie, lesbophobie et transphobie, aliénation individuelle par les schémas virilité/soumission, déni du droit des individu-e-s à disposer de leur corps, restent la triste réalité sociale.

Afin de reprendre l’offensive sur le sujet, il convient d’agir selon 2 axes :

Sur le plan social : s’attaquer aux fondements du patriarcat et sa matérialisation, le sexisme, de manière collective et organisée : contre le publisexisme, contre les modèles sociaux masculins/féminins obligatoires, contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie, contre la prostitution et la pornographie, pour le droit des femmes à disposer de leur corps, contre l’exploitation économique (utilisation du travail gratuit des femmes dans la sphère domestiques, inégalités de salaires). Pour cela, dans la mesure du possible, des outils collectifs (campagnes, affiches, autocollants) seront mis en place sur proposition notamment de la commission antipatriarcale.

Assurer la place des femmes et des féministes au sein des organisations dans lesquelles nous sommes investi-e-s. Pour cela, nous devons être particulièrement vigilant-e-s quant à nos pratiques individuelles et collectives : remise en cause des fonctionnements et comportements sexistes intégrés du fait de l’éducation, création d’un cadre fraternel et sororal de discussion permettant un accès égale et réel des femmes à la parole. De même la féminisation des textes, autocollants et affiches produites est souhaitable, en ce que le langage est l’intermédiaire par lequel nous donnons sens aux choses et aux phénomènes sociaux, économiques, culturels, politiques, etc... Sous estimer l’importance du langage et surtout du langage genré c’est renoncer à s’attaquer à un facteur important de reproduction sociale de l’ordre patriarcal.

En tant que femmes et hommes militant à la Fédération Anarchiste, nous savons que nous ne nous situons pas en dehors des rapports de dominations qui structurent cette société, même si nous aspirons à en sortir afin de réaliser la liberté réelle et l’égalité politique, économique et sociale. Nous devons donc nous donner les moyens de les déconstruire au niveau individuel et de les abolir au niveau collectif, par l’action individuelle et la lutte sociale, qui sont complémentaires et en rien contradictoires.

C’est donc à l’ensemble des militants et militantes de la Fédération Anarchiste de faire exister cette problématique et ces pratiques, en ce que nous refusons toute hiérarchie entre les luttes.

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