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Sabra et Chatila (2) Crime de Génocide

jeudi 16 septembre 2004


de Al Faraby

A l’occasion du massacre de Sabra et de Chatila, le Conseil de Sécurité a adopté en date du 19 septembre 1982 une Résolution 521 (1982), qui notamment :

"Condamne le massacre criminel de citoyens palestiniens à Beyrouth"

Le 16 décembre 1982, l’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté, avec une majorité écrasante , la résolution suivante (37/123 D) :

"L’assemblée générale,

Rappelant sa résolution 95(I) du 11 décembre 1946.

Rappelant également sa résolution 96 (I) du 11 décembre 1946, dans laquelle elle a notamment affirmé que le génocide est un crime de droit des gens que le monde civilisé condamne et pour lequel les auteurs principaux et leurs complices, qu’ils soient des personnes privées, des fonctionnaires ou des hommes d’Etat, doivent être punis, qu’ils agissent pour des raisons raciales, religieuses, politiques ou pour d’autres motifs.

Se référant aux dispositions de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée par l’Assemblée générale le 9 décembre 1948. Rappelant les dispositions pertinentes de la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, du 12 août 1949.

Bouleversée par le massacre massif de civils palestiniens dans les camps de réfugiés de Sabra et de Chatila, situés à Beyrouth.

Prenant acte de l’indignation et de la condamnation universelles suscitées par le massacre.

Rappelant sa résolution ES-7/9 du 24 septembre 1982.

1. Condamne dans les termes les plus énergiques le massacre massif de civils palestiniens dans les camps de réfugiés de Sabra et de Chatila

2. Décide que le massacre a été un acte de génocide."

Cette conclusion mérite d’être approuvée. En effet, l’art. 2 de la Convention du 9 décembre 1948 sur le génocide, approuvée par la loi du 26 juin 1951 , définit ainsi : « ...Le crime de génocide s’entend de l’un des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel : 1° meurtre de membres du groupe ; 2° atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe... »

Le dossier démontre que l’attaque contre les réfugiés des quartiers Sabra et Chatila reposait sur une haine profonde, ethnique à l’égard des Palestiniens, à cause de leur origine nationale .

L’intention de leur nuire était clairement animée par le fait qu’ils étaient Palestiniens. Dans le livre du journaliste américain Thomas Friedman, qui était l’un des premiers témoins du massacre, ce dernier écrit :

"Afterward, the Israeli soldier would claim they did not know what was happening in the camps. They did not hear the screams and shouts of people being massacred. They did not see wanton murder of innocents through their telescopic binoculars. Had they seen, they would have stopped it immediately.

All of this is true. The Israeli soldiers did not see innocent civilians being massacred and they did not hear the screams of innocent children going to their graves. What they saw was "terrorist infestation" being "mopped up" and "terrorist nurses" scurrying about and "terrorist teenagers" trying to defend them, and what they heard were "terrorist women" screaming. In the Israeli psyche you don’t come to rescue of "terrorists". There is no such thing as "terrorists" being massacred.

Many Israelis had so dehumanized the Palestinians in their own minds and had so intimately equated the words "Palestinian", "PLO", and "terrorists" on their radio and television for so long, actually referring to "terrorist tanks" and terrorist hospitals", and they simply lost track of the distinction between Palestian fighters and Palestinian civilians, combatants and noncombatants. The Kahan Commision, the Israeli government inquiry board that later investigated the events in Sabra and Shatila, uncovered repeated instances within the first hours of the massacre in which Israeli officers overheard Phalangists referring to the killing of Palestinian civilians. Some Israeli officers even conveyed this information to their superiors, but they did not respond. The most egregious case was when, two hours after the operation began on Thursday evening, the commander of the Israeli troops around Sabra and Shatila, Brigadier General Amos Yaron, was informed by an intelligence officer that a Phalangist militiaman within the camp had radioed the Phalangist officer responsible for liaison with Israeli troops and told him that he was holding forty-five Palestinians. He asked for orders on what to do with them. The liaison officer’s reply was "Do the will of God." Even upon hearing such a report, Yaron did not halt the operation. "

Cette "démonisation" collective des Palestiniens, ainsi que M. Friedman la qualifie, se retrouve dans le livre autobiographique d’ Ariel Sharon intitulé Warrior : l’objectif de l’attaque contre Sabra et Chatila était de "nettoyer Beyrouth-ouest de l’OLP". Dans un autre passage du même livre, M. Sharon explique l’objectif de l’invasion du Liban dans les termes suivants : "Any effective approach (...) would have to look not just at specific local targets but at the entire PLO military and political infrastructure in Lebanon. And this, whether we liked it or not, would force us to take into account the entire Lebanese tangle."

Elle correspond d’ailleurs à des propos célèbres proférés par le premier ministre israélien de l’époque, se référant aux Palestiniens comme des "two-legged animals" et à ceux de Rafael Eitan, l’un des responsables du massacre identifiés par la Commission Kahan, qui aurait parlé des Palestiniens comme des "drugged cockroaches".

Aussi de la part des exécutants du massacre, la haine envers les Palestiniens en tant que groupe national ressort clairement de plusieurs témoignages des plaignants et survivants. S’il est vrai qu’un grand nombre de libanais a également été tué, l’instigation ethnique se manifestait dans une soi-disant distinction entre Libanais et Palestiniens. Monsieur Adnan Ali Mekdad parle de l’entrevue de sa mère avec les tortionnaires dans ce sens : " Ma mère a vu les hommes armés, leur a préparé le thé et leur a dit qu’elle était libanaise. Ils lui ont dit reste ici, ils ont dit qu’ils n’en voulaient qu’aux palestiniens ; et qu’étant libanaise, elle pouvait rester dans la région, personne ne l’importunerait, elle devait seulement garder ses papiers d’identité sur elle lors de ses déplacements." Elle n’a pas survécu au massacre.

C’est aussi dans ce sens qu’il faut entendre le témoignage de Mohammed Ibrahim Faqih : "Environ trente jeunes hommes ont été massacrés près de notre maison, sans distinction entre Libanais et Palestiniens. Ils n’ont épargné personne et ils ont tué tous ceux qu’ils ont croisés.

Dans la maison de notre voisin Ali Salim Fayad, ils ont tué sa femme et ses enfants."

La haine des Palestiniens, en tant que groupe ethnique, tant du Commandement militaire israélien que des principaux exécutants phalangistes, explique le phénomène, rapporté par plusieurs journalistes, dont Thomas Friedman :

"The Israelis had so demonized Sabra and Shatila as nests of Palestinian terrorism and nothing more that they didn’t even know that probably one quarter of the Sabra and Shatila neighborhoods was inhabited by poor Lebanese Shiites who had come to Beirut from the countryside...

A picture in the As-Safir paper the day after the massacre was exposed captured the blind tribal rage of the Phalangists who tore through the camps. The picture, which occupied most of the top of the front page, consisted of a single hand. The fingers of this hand were locked around an identity card that could easily be read. The card belonged to Ilham Dahir Mikdaad, age thirty-two. She was a Shiite woman whose entire family, estimated to be forty individuals, was wiped out by the Phalangists. Her body was found lying on the main street in Shatila, with a row of bullets running across her breasts. It was clear what happened : she must have been holding up her identity card to a Phalangist, trying to tell him that she was a Lebanese Muslim, not a Palestinian, when he emptied his bullet clip into her chest."

Ces conclusions sont soutenues par des propos notoires repris dans les grandes enquêtes et reportages de l’époque sur la dimension collective du massacre, hommes, femmes et enfants, et la vindicte particulière contre les femmes enceintes (par exemple les témoignages de Mohammed Ibrahim Faqih, et de Chawkat Abou Roudeina), et les bébés. De ces nombreux rapports et témoignages, nous retiendrons celui qui mentionne le bébé qui est piétiné à mort, les propos du lieutenant Avi Grabowski, présent durant les massacres et qui est ignoré de ses supérieurs à qui il rapporte les massacres qu’il a vus, et surtout, la confirmation de la connivence entre les mobiles des tueurs et ceux du Ministre de la Défense israélien :

"At one point, Sharon began to stress the need to destroy whatever was left of the PLO’s infrastructure in West Beirut and to point out the danger of letting terrorists remain free in the city : "I don’t want a single one of them left !" is how he was quoted in one of the transcripts of the session.

"How do you single them out ?" Hobeika asked.

It was an odd question for a high-ranking officer in a militia known for its talent at ferreting out terrorists, and Sharon decided to evade it. "I’m off to Bekfaya now", was his reply. "We’ll discuss that at a more restricted session".

Sur cette note que les auteurs israéliens qualifient de "sinistre", il faut finalement ajouter que, dans la jurisprudence du TPIY , "l’intention spécifique au crime de génocide n’a pas à être clairement exprimée. (...) elle peut être inférée d’un certain nombre d’éléments, tels la doctrine générale du projet politique (...) ou la répétition d’actes de destruction discriminatoires (ou) la perpétration d’actes portant atteinte au fondement du groupe" . Dans l’affaire Akayesu, le tribunal avait conclu que "Cette intention peut se déduire d’un certain nombre d’éléments de fait, s’agissant du génocide, du crime contre l’humanité et des crimes de guerre, par exemple de leur caractère massif et/ou systématique ou encore de leur atrocité (...)"

En conclusion, tous les éléments constitutifs du crime de génocide, tel que défini dans la Convention de 1948 et tel que repris dans le Statut de la CPI (article 6), et dans l’art. 1§1, de la loi du 16 juin 1993 , sont réunis.

http://www.aloufok.net/article.php3?id_article=1521

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