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Soljenitsyne : chrétien orthodoxe, royaliste, ultra-nationaliste, anticommuniste, antisémite.

lundi 4 août 2008

Le 12 juin 2007, le président Vladimir Poutine rend hommage à Soljenitsyne en lui décernant le prestigieux Prix d’État.

Ami de Philippe de Villiers, président du conseil général de la Vendée, celui-ci a baptisé un collège d’Aizenay Collège Alexandre Soljenitsyne, inauguré par le fils de l’écrivain.

Alexandre Soljenitsyne n’a jamais démenti les accusations de royalisme portées contre lui par le pouvoir soviétique. Ses convictions religieuses orthodoxes suscitent également de la méfiance dans les milieux progressistes.

Selon Moshe Lewin, qui relaie ces critiques, « aussi longtemps qu’Alexandre Soljenitsyne a mené sa bataille de l’intérieur, les observateurs étrangers ont supposé qu’il luttait pour une démocratisation du système. Mais, une fois Soljenitsyne exilé en Occident, ils ont vite compris que l’anticommunisme n’était pas automatiquement porteur de démocratie.

Le combat de Soljenitsyne était en fait au service d’une idéologie profondément antidémocratique, qui mêlait des éléments de « national-étatisme » à des traits archaïques de la religion orthodoxe, opposés au concept même de Démocratie. Bref, il y avait chez Soljenitsyne un attachement profond à un autoritarisme de son cru, qui, s’il n’était pas formulé lors de ses premières apparitions sur la scène publique, s’est développé au cours de son combat ».

L’historien américain Richard Pipes, dont les travaux sur l’histoire de la Russie soviétique avaient été qualifiés par Soljenitsyne de « version polonaise de l’histoire russe » (Pipes est d’origine polonaise), a répondu à celui-ci en le taxant d’antisémitisme et d’ultra-nationalisme.

En 1985, Richard Pipes a ainsi développé son propos dans sa critique d’une nouvelle de Soljenitsyne, Août 1914 : « Chaque culture a une forme propre d’antisémitisme. Dans le cas de Soljenitsyne, celui-ci n’est pas racial. Cela n’a rien à voir avec le sang. Soljenitsyne n’est pas raciste, la question est fondamentalement religieuse et culturelle. Il présente de nombreuses ressemblances avec Dostoïevski, qui était un chrétien fervent, un patriote et un antisémite farouche. Soljenitsyne se place incontestablement dans la vision de la Révolution défendue par l’extrême-droite russe, comme une création des Juifs. »

Il a ainsi fait l’objet durant tout son parcours littéraire d’accusations d’antisémitisme en raison de la publication du nom des responsables administratifs du Goulag, de ses travaux historiques sur la révolution bolchevique et, plus récemment, en raison de son opposition aux oligarques russes et de la publication de son ouvrage historique Deux siècles ensemble sur les relations entre Juifs et Russes de 1795 à 1995 : l’écrivain et ancien dissident soviétique Vladimir Voinovich a ainsi essayé de démontrer le caractère antisémite de ce livre dans une étude polémique.

En France, l’historien trotskiste Jean-Jacques Marie a consacré un article à chaque tome de Deux siècles ensemble, qu’il qualifie de « Bible antisémite ». Selon Jean-Jacques Marie, « Soljenitsyne expose, dans Deux siècles ensemble, une conception de l’histoire des Juifs en Russie digne de figurer dans un manuel de falsification historique » en rétablissant une histoire des pogroms « telle qu’elle a été vue par la police tsariste ».

L’historien britannique Robert Service a cependant défendu le livre de Soljenitsyne, arguant qu’une étude de la place des juifs dans le parti bolchevique était pleinement justifiée, et que Trotsky lui-même avait critiqué leur surreprésentation dans les instances dirigeantes du parti.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Soljenitsyne

Messages

  • Pourquoi donc avoir oublié à votre inventaire qu’il était aussi et surtout anti-totalitariste ? Qu’importe ensuite que ce personnage eu été blindé de paradoxes. Je préfère encore des gens blindés de paradoxes que des gens blindés de convictions personnellement.

  • Soljenitsyne : un nostalgique de la Sainte Russie.

    Il a attendu trois ans après la fin de l’URSS pour revenir, parce qu’il voulait une réhabilitation totale, qui passait par la publication, à Moscou, de toutes ses œuvres. Il a d’abord posé le pied en Extrême-Orient russe, à Magadan, le haut lieu de L’Archipel du goulag. Un témoignage de la douleur et du courage, de la fidélité aux valeurs fondamentales de la paysannerie russe représentante du peuple, qu’il oppose aux "billevesées occidentales" sur les droits de l’homme.

    S’il ne voulait être ni un prophète ni un intellectuel de cour, il ne dédaignait pas de prodiguer quelques conseils. Tourner le dos au communisme honni ne signifiait pas, pour lui, adopter le capitalisme à l’occidentale, la propriété privée, le pluralisme et la liberté de la presse, ce "flot insupportable d’informations superflues".

    Il revendiquait le "droit au silence", celui dans lequel il avait travaillé au camp, en relégation ou en exil aux Etats-Unis.

    Son modèle était le zemstvo, les assemblées locales et régionales de la Russie du XIXe siècle, une forme de démocratie directe, proche du peuple, où les décisions étaient prises à main levée par les hommes. Une pyramide d’assemblées devait, selon lui, aboutir à un Parlement national qui aurait aussi compté quelques personnalités choisies pour leur compétence et leur moralité. Le président aurait été élu au suffrage universel direct, sans l’intervention des partis. Soljenitsyne trouvait ses références dans les auteurs slavophiles du XIXe et du début du XXe siècle.

    Vladimir Poutine correspondait-il au type de dirigeant soutenu par le peuple ? Les deux hommes avaient eu une conversation privée en 2000. Soljenitsyne s’était montré critique sur la première guerre de Tchétchénie, considérant que la Russie perdait sa substance dans la défense vaine d’un empire coûteux. Il approuva cependant la fermeté du Kremlin dans la deuxième guerre de Tchétchénie, contre des rebelles musulmans fanatiques, dans lesquels il voyait une menace pour l’orthodoxie.

    Il était partisan d’une "Union russe" qui aurait regroupé, outre la mère patrie, la Biélorussie, le nord du Kazakhstan, peuplé majoritairement de Russes, et l’Ukraine, qu’il exhortait à ne pas quitter le giron de la Sainte Mère Russie. Il est mort orphelin, sans que son plaidoyer pour un retour aux sources ait été vraiment entendu.

    Daniel Vernet.

    http://www.lemonde.fr/carnet/article/2008/08/04/un-nostalgique-de-la-sainte-russie_1079990_3382.html

  • Toutes ces accusations d’antisémitisme ! En tous les cas quel écrivain ! je parle des deux livres écrits dans le goulag, "Une journée d’Ivan Dessinovitch", et "Le pavillon des cancéreux", qui sont parmi les meilleurs romans que j’ai jamais lus.

    • Quelques petites précisions :

      - Le titre du livre est "Une journée d’Ivan Denissovitch" (et non pas "Dessinovitch"). Si c’est "l’un des meilleurs romans que tu as lu" il est étrange que tu n’aies pas retenu le nom du principal personnage...

      - Ni "Une journée d’Ivan Denissovitch" ni "Pavillon de cancéreux" n’ont été "écrits dand le goulag". Soljenytsine est condamné en 1945 à une peine de 8 ans de camp de travail. Sa peine terminée, il est libéré en 1953 (peu avant la mort de Staline) et envoyé en "exile perpétuel" au Kazakhstan, ou il reste jusqu’en 1956, date à laquelle il est libéré et réhabilité. Il écrira "Une journée..." entre 1960 et 1962, pour le publier cette année là dans la revue soviétique "Novi Mir". "Pavillon de cancéreux" est écrit encore plus tard, vers 1965. Il sera publié pour la première fois en Occident dans les années 1970.

    • J’ai lu "la journée d’Ivan etc" et le "Le pavillon des cancéreux"il y a une trentaine d’années, désolé... Le premier décrit bien le goulag. "Le pavillon des cancéreux" décrit aussi sa captivité peut-être pas au goulag, désolé. J’ai vu les manuscrits ou des notes présentés par Soljenitsine lui-même c’était écrit d’une manière extrèmement serrée, sur des petites feuilles, je pense que c’était en captivité, mais même une fois revenu des camps, il était surveillé, et interdit de publier (c’est vrai ça non ?). Mes erreurs de mémoire, si elles en sont, n’enlèvent rien au talent de Soljenitsine qui est un vrai écrivain.

    • Ne pas oublier que Soljenitsyne a demandé à Poutine de rétablir la peine de mort uniquement pour les tchètchènes.

  • Soljenitsyne, lui au moins, a combattu l’envahisseur Nazi les armes à la main avec ses camarades qu’il soient de telle ou telle origine religieuse. Se que vous ne semblez pas avoir fait Messieurs les beaux parleurs.

    Il est totalement minable de déverser ses tombereaux de merdes sur quelqu’un de mort et qui donc ne peut se défendre, mais l’aurai-t-il voulut face à tant de bassesse et de bétise ?

  • L’historien américain Richard Pipes

    Ben, si on commence ici à faire référence à Richard Pipes, une des têtes ultranéocons du PNAC, c’est sûr que ça éclaircira pas le débat.

    Quand à Soljénitsine, il a servi à ce qu’il devait servir... Puis quand il n’a plus eu aucun rôle à jouer sur l’échiquier de la Guere froide et de l’Anticommunisme exacerbé, ses sectarteurs l’ont laissé s’enfoncer tout seul dans les poubelles de l’Histoire.

    Tout ceux qui n’ont pas simplement lu ses bouquins sur le Gulag, (Qui ont une qualité certaine - Mais Brasillach et Drieux la Rochelle étaient aussi de "grands" écrivains), et qui ont aussi aussi suivi ses déclarations publiquesau fil du temps ont pu se rendre compet qu’il était, en sus d’anticommuniste et antisoviétique, pro-nazi et antijuifs.

    Mais ceux qui l’utilisaient ont toujours occulté les propos qui n’allaient pas dans leur sens.

    G.L.

    • La référence à Brasillach, Drieu, ou Céline est opportune. Sa position sur l’affaire du général Vlassov etait suffisamment éloquente pour qu’i ne soit pas necessaire d’attendre les derniers écrits sur les juifs de ce personnage pour le situer sur l’échiquier politique. Le talent est une chose, la politique au service de laquelle il est mis, en est une autre.

      Par contre, son décés qui pourrait être utilisé par les communistes pour revisiter le stalinisme en profondeur, va donner une idée du mépris profond que la bourgeoisie réserve aux intellectuels dont elle n’a plus besoin, quelque soit les services qu’ils aient pu lui rendre.

      CN46400

  • Lu le texte suivant sur le Blog de Jean-Luc Mélenchon (http://www.jean-luc-melenchon.fr/), sous le titre : Pompes funêbres"

    "Je me tiens à distance de mon clavier. Banal. Apres la fin de la session parlementaire j’ai souvent cette nausée de tout qui signale le temps venu de la grande décompression… Ce soir c’est la radio qui me ramène au besoin d’exprimer contre un vent dominant une pensée critique. Bernard Henri Levy fait sur France info l’apologie de cet inepte rebouteux d’Alexandre Soljenitsyne qui vient de décéder. Il affirme que trois causes sont à l’origine de l’effondrement du communisme : « les USA, le pape, et Soljenitsyne ». Pitoyable résumé ! Et l’ancien maoïste militant, ancien "nouveau philosophe", de conclure « un homme qui fait jeu égal avec les deux plus grandes puissances matérielles et spirituelles de notre époque, cela mérite bla bla bla… ». Je coupe la phrase car je crois bien qu’on connaît l’écœurante logorrhée des repentis. Certes, pour bon nombre de personnes qui réfléchissent, l’avis de BHL n’a aucune espèce d’importance. J’en suis conscient. Je sais parfaitement aussi que le dernier épisode de son « engagement intellectuel » contre le dessinateur Sine a fini de le situer du côté où finit la pensée et commencent les aboiements des serre files de tous les temps et tous les camps. Mais comme il a parlé, tout le monde sait donc de quel côté est la « bonne pensée »qui va tourner en boucle. Je n’y suis pas, cette fois ci encore. J’ai de la mémoire. Soljenitsyne en visite en France, à l’occasion d’une cérémonie de circonstance à l’invitation de monsieur De Villiers, déclara dans son discours que la devise de notre république, « liberté-égalité-fraternité », était « intrinsèquement perverse ». Après quoi il s’était lancé dans une apologie de la chouannerie aussi ridicule que peut l’être une transposition entre la situation de la Russie tsariste arriérée face aux bolcheviks avec la grande révolution française résistant à l’invasion anglaise qu’appuyaient les chouans. Minable. Le préfet du coin, une potiche administrative sans consistance, resta planté sur place à sourire comme un benêt au lieu de s’en aller séance tenante. Interrogé par mes soins à propos de ce comportement le gouvernement de l’époque me fit répondre qu’il ne fallait pas « raviver les cicatrices du passé ». C’est la formule consacrée pour dire que les ennemis de la République sont libres de parler au nom de la liberté d’expression des idées modernes et ses amis priés de se taire au nom de la paix des cicatrices. On connaît. Mais rien ne nous oblige à ces révérences. Devant le flot de pieuses pensées émues que le décès de l’inepte griot de l’anti communisme officiel va déclencher il faut rester de marbre.Il faut maintenir un coin d’insolence. Je dis que le départ de Soljenitsyne ne manquera pas à la pensée de notre temps. Soljenitsyne était une baderne passéiste absurde et pontifiante, machiste, homophobe, et confis en bigoteries nostalgiques de la grande Russie féodale et croyante. Je n’oublie pas. Je ne pardonne pas.C’était un perroquet utile de la propagande « occidentale ». Utile car au contraire de tous ceux qui avaient dénoncé avant lui le goulag et les camps staliniens, Soljenitsyne était une voix de droite parmi les plus réactionnaire. Les textes de Christian Rakovski et combien d’autres (oserais je mentionner Léon Trotski ?) ne reçurent ni prix Nobel, ni grasses subventions, ni hébergement fastueux, ni aucun des colifichets dorés dont Soljenitsyne fut gorgé comme une bête de commémorations anti progressiste mise à l’engrais. Ces lignes sont dédiées à leur mémoire. "

  • Je me demande pourquoi certains s’évertuent encore à défendre ce fasciste notoire... on l’a dit et redit : soutien à Franco, Salazar et Pinochet, ... il vous en faut encore pour vous convaincre que c’est le type même contre qui on se bat tous les jours ?!
    Son seul apport est d’avoir permis à l’humanité de prendre conscience combien était ignoble l’univers concentrationnaire. Quant à son statut de "dissident", je pense qu’il y a d’autres hommes que l’on peut prendre en exemple : du style Andreï Sakharov (en effet, les manuels scolaires de nos enfants ne sont pas du tout critique à l’égard de ce fasciste de Soljenytsine).
    Et quand je vois tous ces hauts dignitaires se courber sur la dépouille de ce chien (comme le disait Sartre, "tout anti-communiste est un chien"), je suis content de ne pas crier avec ces loups ! Réfléchissons : Poutine dépose des roses rouges, et continue d’assassiner les tchétchènes, de museler toute critique, et de laisser se propager les groupes neo-nazi d’extrême-droite avec l’aval des services de police... ; Sarkozy y va aussi, de concert : "le grand homme, défenseur des liberté, bla,bla,bla" ... mais rappelons que le sinistre Président permet de faire enfermer dans des "centres de rétentions" des femmes, des enfants et des nouveaux-nés, dans des conditions abjectes !
    Ceux qui sont les plus prolixes sur le dénonceur des goulags font pareil dans leur propre pays ...A pleurer ...

    • Le cas Soljénytsine est surtout symptomatique de la cécité politique des post-staliniens (Brejnev and Co). Libre , il aurait, indirectement, grandement servi le communisme ; brimé, il est à la base de l’équation divine de la bourgeoise : communisme= nazisme.

      C’est sur lui que repose le "livre noir du communisme", et Anne Appelbaum avec ses 18 millions de pensionnaires du goulag en 24 ans, soit 1% en 1950 (1) de la population soviètique (contre 0.1 en 1929) a dû trouver un terme moyen entre les approximations soljenytsiniennes et les réalités des archives, pour ne pas risquer de voir son étude boycottée pour chiffres insuffisants !

      (1) Chiffre equivalent à la population carcérale actuelle des USA (10 fois la France actuelle). AA table sur des condamnations moyennes de 2 ans, ce qui, par exemple, permet de multiplier par 4 le chiffre global par rapport à une moyenne de 8 ans (peine de Soljenytsine), chiffre qui occulte aussi les condamnations succéssives.

      CN46400

    • P.B. Struve, qui fut marxiste légal, appelait Lénine "думающая гильотина - La guillotine pensante"

      P.S. Pour un marxiste légale, le marxisme est une théorie économique et non un dogme religieux.