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Toubon, la Cité de l’immigration et Hollande

samedi 14 juin 2014 , par Michel Shahshahani - Contacter l'auteur

A l’occasion du projet d’embauche présidentielle par la droite complexée (il est vrai de moins en moins) d’un représentant de la droite officielle comme futur "Défenseur des droits", quelques petites précisions ne me semblaient pas inutiles.
Je viens d’essayer de déposer un commentaire sur le site de la CNHI (Cité nationale de l’histoire de l’immigration) à l’endroit indiqué à cet effet dans le cadre de la rénovation de leur exposition permanente "Repères".
Comme souvent leurs liens ne fonctionnent pas. Je leur écris pour leur signaler – sans mention du contenu. Pas de réponse, comme d’habitude sans surprise.
(Outre les considérations idéologiques et politiques et des moyens chiches, ils peuvent être d’un amateurisme remarquable.)
MS

Ci-dessous le commentaire :

De l’amnésie à l’anesthésie :
pour la visibilité du massacre du 17 octobre 1961 à la CNHI

Dans l’exposition permanente "Repères", à l’ouverture de la Cité de l’immigration en 2007, la manifestation pacifique et sauvagement réprimée du 17 octobre 1961 a fait l’objet d’une sous-estimation scandaleuse en termes de visibilité, équivalant à une dissimulation. La principale photo apparaissant au visiteur non connaisseur de l’événement (dans un parcours fourni et effectué à un rythme moyen) était l’affiche de Jean Gabin sur le célèbre cinéma Rex : rien dans la titraille et les entrées de lecture n’attirant sur la férocité meurtrière de la répression (cachée au milieu du texte) et son ampleur inouïe (200 morts).
Auteur d’articles dans Hommes et Migrations, et sur ce sujet en 2001, j’avais à l’époque – comme d’autres visiteurs – protesté auprès des "responsables" (certains historiens compris) de la CNHI dirigée par MM. Gruson et Toubon. Sans réponse autre que par exemple celle d’une certaine historienne membre du Conseil scientifique de la CNHI : "Ah oui, on nous l’a fait remarquer, des Algériens (sic)…"
Réponse bien sûr non suivie d’engagement à corriger, ni de signalement ultérieur de changement.
Le texte présentant actuellement sur le site internet le projet de rénovation de "Repères", fermée du 17 mai au 21 juillet 2014, ne suggère aucune mise à jour antérieure depuis l’ouverture. Et la seule évocation y figurant est une photo d’avion à Paris avec pour légende :
"Après la manifestation du 17 octobre 1961, des Algériens sont renvoyés de l’autre côté de la Méditerranée." !
L’ensemble de l’exposition semblait globalement honnête.
Mais, sur ce genre de chapitre ultrasensible, que faudra-t-il pour que le mensonge par omission et minimisation soit enfin remplacé par la vérité historique dans une nouvelle présentation – enfin une réaction des historiens les plus impliqués dans le projet ? Des morts à Calais ?

Michel Shahshahani, le 9-6-2014.

(*) Dans le même esprit et sur un plan plus général, on peut signaler que lors d’un colloque de préfiguration de la CNHI en 2004, Jacques Toubon avait bien affirmé avec force qu’il ne voulait pas qu’on "fasse du tapage !" (comprendre : à l’extérieur, donc quasiment pas de communication).
De fait, il a fallu attendre 2013 pour voir une brève campagne d’affiches alibi promouvant la Cité, après la bataille, soit après des années de rouleau compresseur médiatique et quotidien antiimmigrés, contre quoi la CNHI avait vocation à s’inscrire ailleurs que dans ses seuls murs, espéraient la majorité des acteurs, historiens et autres, engagés dans le projet.
Au demeurant les Actes de ce colloque contenaient de nombreux échanges, y compris des propos de J. Toubon – président actuel de la CNHI – tels que : "l’institution doit mettre dix ans à s’installer et réussir, c’est-à-dire à toucher la conscience de tous les Français" . Ils n’ont toujours pas été publiés comme initialement prévu, malgré des relances réitérées et les attentes de ses participants… (Je les avais édités en 2005 pour le compte de la CNHI.)
En tout cas voilà le genre de profil qui convient au président Hollande comme futur "Défenseur des droits" : un anesthésiste professionnel.

Mots clés : Gouvernements / Les « sans-papiers » - Immigration /
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