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VERS L’ABIME ? (1)

mardi 25 octobre 2011 , par Patrick MIGNARD - Contacter l'auteur - 6 coms

Bien sûr, il est toujours dangereux, voire contreproductif de « crier au loup ». Pourtant, en certaines circonstances cet appel est nécessaire parce que le loup est effectivement là.

La sonnette d’alarme a été activée depuis longtemps au point que le cordon nous est resté entre les mains et que, petit à petit, nous nous laissons, par notre impuissance à analyser les situations, à accepter les solutions « prédigérées », et à notre incapacité à concevoir des stratégies nouvelles,… glisser vers le chaos.

UN POURRISSEMENT GÉNÉRAL

Les « affaires » et scandales d’Etat qui se multiplient, n’en finissent plus et occupent l’essentiel de l’actualité pourraient paraître anecdotiques si elles ne touchaient que la classe politique, traditionnellement corrompue. En fait le mal est nettement plus profond et plus grave. C’est l’ensemble du corps social, de la société civile, qui entre en décomposition,… les « affaires d’Etat » n’étant qu’un révélateur du mal qui ronge notre société.

L’Histoire est pleine de ce genre d’épisodes où, lentement, subrepticement, sans que l’on s’en rende vraiment compte, les esprits se corrompent, les consciences s’obscurcissent, voire s’éteignent, le sens critique s’émousse et la fatalité gagne au point de laisser, à une bande de parvenus et de démagogues sans scrupules, les affaires publiques.

Le mensonge, la félonie, le népotisme, l’injustice, l’arrivisme, la démagogie… sont érigés en pseudo « valeurs » morales sous le sobriquet ridicule de « droite décomplexée »… ou de « gauche réaliste ».

Le dialogue, aussi vain qu’il puisse paraître, entre les dirigeants et le corps social est quasi totalement rompu. Seuls, des médias complaisants à l’égard de ceux-ci entretiennent la fiction d’un fonctionnement qui se veut transparent et démocratique de l’ensemble social. La pression, le chantage, le mensonge, l’espionnage, la désinformation et la violence sont devenus des méthodes quotidiennes de gouvernement…

La pseudo adhésion à la classe politique n’est en fait que l’expression d’un désarroi qui fait dire à beaucoup : « Qui pouvons nous ?... Faut bien qu’il y ai quelqu’un ! Celui là ou un autre !... »

Tout ce que le mouvement social avait conquis, d’amélioration des conditions de vie, depuis un demi-siècle est en voie de liquidation pour satisfaire les puissances économiques et financières assoiffées de profits… sans que, en dehors de quelques protestations symboliques (grèves de 24 heures et manifestations folkloriques à répétition) la moindre réaction sérieuse et conséquente n’ai lieu.

Ce pourrissement général entraîne, comme l’Histoire du 20e siècle nous l’a montré, l’émergence sur le plan politique, de forces qui, sachant habilement exploiter la misère, l’écoeurement général et la perfidie des tenants du pouvoir, essaye d’instaurer un état fort au profit d’une nouvelle maffia sans changer évidemment les fondamentaux du système. L’expérience du 20e siècle montre que ce processus n’avait rien d’hypothétique et qu’il pourrait, une fois encore, et sous la pression des évènements, se reproduire.

UN TISSU SOCIAL EN DÉCOMPOSITION

Prenons trois exemples très significatifs de cette décomposition.

Le monde du travail

Il est aujourd’hui à la dérive, aussi bien dans ce qui le structurait que dans ses perspectives.

Le lien social salarial, nécessitant, pour l’appareil de production capitaliste, d’une force de travail et son utilisation dans le cadre national a assuré pendant des décennies une relative stabilité de l’ensemble – les conflits internes au système ne l’ont jamais remis en question. Ceci a donné naissance à une société ; certes conflictuelle (revendications diverses…), mais somme toute stable, voire offrant une relative sécurité aux salariés (emploi, santé, retraites, services publics,…).

L’ouverture massive au monde, du capital, la décolonisation, le développement des moyens de transports et de communication, ont brisé, pour les anciens pays industrialisé, cette relative stabilité.

L’internationalisation du capital a rendu obsolètes les politiques économiques nationales. Les marchés, y compris celui de la force de travail, sont devenus mondiaux.

Ce qui faisait la spécificité nationale du lien social a été anéanti : on peut trouver ailleurs une force de travail moins chère, voire en faire venir en la payant moins.

Le consensus économico-social, quoique conflictuel, a été rompu, la lente perte des acquis sociaux a commencé.

Le syndicalisme, qui constituait le fer de lance de la défense des salariés et de leurs désirs de conquêtes sociales, est exsangue, non seulement incapable de conquérir de nouveaux acquis sociaux, mais même de conserver les anciens. Souvent, devant le chantage patronal à la liquidation d’entreprise, ils – les syndicats - sont désavoués par les salariés qui préfèrent assurer leur emploi. Les syndicats sont de fait devenus obsolètes.

La pensée ultra libérale, fondée sur une rationalité à courte vue et confortée par une légitimité acquise à coup de démagogie, détruit ce qui reste de lien social. La société devient une véritable jungle où c’est désormais « chacun pour soi ».

Travailleurs pauvres, statuts précaires, chômeurs, assistés, sont en passe d’être la norme d’un système fondé essentiellement sur la réduction des coûts et les gains à tout prix,… sans égard pour les dégâts sociaux provoqués.

Un exemple significatif de ces dégâts sont les banlieues aujourd’hui.

Les banlieues

Pour quiconque veut être lucide et s’informer, elles sont au bord de l’explosion.

Les anciennes cités ouvrières ou régnaient des activités culturelles, syndicales, associatives sont devenues en quelques décennies des ghettos de pauvres, d’exclus où se crée un « nouveau lien social », celui des bandes et des dealers, celui des trafics et la recherche d’une nouvelle identité au travers de la religion.

Ce « nouveau lien social », qui s’étend, exclu à son tour celles et ceux qui le refusent,… qui partent,… surdéterminant le processus de ghettoïsation de la cité.

Le « système d’intégration républicain » a complètement fait faillite.

Le recours à la répression apparaît alors n’être que la seule réponse des politiciens à une situation qu’ils acceptent, qu’ils gèrent pour donner le change à une opinion publique qui s’interroge sur les raisons d’une telle décadence sociale. Avec l’appui complaisant de la plupart des médias, ils donnent le spectacle de la fermeté dite « républicaine »,… le temps d’un évènement monté en épingles devant les caméras,… et de préférence la veille d’élections. L’essentiel des aides sociales – sensées compenser les inégalités et l’exclusion – est abandonné aux associations caritatives, de charité,… ce qui permet de réduire – conformément à la pensée libérale – les budgets sociaux.

La situation actuelle des banlieues, conséquence logique du fonctionnement du capitalisme, donne une idée de la tâche à accomplir : une refonte complète du système de relations sociales… ce qu’aucune force politique n’envisage sérieusement, et n’est d’ailleurs capable.

L’écologie

La découverte officielle des ravages causés sur l’environnement par les conditions de la production marchande, ne s’est fait que sur le tard,… et encore parée de bien des hésitations.

Les gestionnaires politiques du système, de droite comme de gauche, se sont alors trouvé devant un dilemme :

-  soit reconnaître le bien fondé des accusations de destruction de l’environnement par le fonctionnement du système dont ils sont les garants ;
-  soit nier en bloc.

La sensibilisation de l’opinion publique – et donc l’impact probable sur les résultats électoraux (seule chose qui les intéresse ! ), a obligé les politiciens à tenir compte de ces nouveaux paramètres.

Ne reniant en rien les fondements d’un système fondé sur l’exploitation illimitée des ressources naturelles et la maximisation des profits, ils ont usé et usent toujours du double discours… repeignant subtilement en vert, un appareil économique toujours aussi nocif pour la planète.

L’écologie,… ou plutôt les écologistes, se sont parfaitement intégré au folklore politicien, et même pour certains, elle est devenue un instrument de promotion politique et un véritable looby politique et idéologique. (Des noms ?)

UNE OPPOSITION ÉTEINTE

Le système dit « démocratique » a abouti à une seule chose : déresponsabiliser le citoyen… ce qui, peu à peu, a donné naissance à une classe politique parasite qui se reproduit au sein de véritables « syndicats d’intérêt », les partis politiques, et dont le seul objectif est la survie du système en place et par la même le sien.

Ainsi, Droite et Gauche, et apparentés se relaient pour assurer sa pérennité.

L’opposition radicale, celle qui voulait un changement radical du système a vite cédé la place à une « opposition de consensus implicite » : sa seule radicalité, du moins à celle qui en a, c’est son discours,… pour le reste elle se coule dans les vieilles pratiques obsolètes : élections, participation, manifestations, pétitions..

Une telle attitude a pu faire illusion tant que, dans le cadre national, le « Capital pouvait payer »… Le Capital ne cédait rien, il ne faisait que s’ « acheter la paix sociale »…. Ce qui correspondait aux intérêts immédiats de celles et ceux (les salariés) qui voulaient améliorer leurs conditions de vie (avantages sociaux / acquis sociaux).

On croyait ces acquis sociaux comme définitifs… Erreur !

La mondialisation du Capital, nous l’avons vu, a rompu ce bel équilibre. Ainsi les marges de manœuvre d’une éventuelle opposition – du moins officiellement reconnue et acceptable par le système – se sont considérablement réduites.

Aucune opposition n’est en réalité capable aujourd’hui de garantir , si elle parvenait au pouvoir, la récupération des acquis sociaux détruits ces dernières années (retraite à 60 ans, services publics, système de santé,…), la sauvegarde de ceux qui existent encore et à fortiori, la conquête de nouveaux.

L’expérience des « gauches » au pouvoir en Europe, ces dernières années, en est la triste confirmation.

Il n’y a donc pas/plus de véritable opposition pouvant offrir une réelle alternative. Le discours oppositionnel est un discours convenu, qui se coule dans le moule de « démocratie formelle », qui garanti d’abord les intérêts fondamentaux du système, mais qui permet aussi, par le mécanisme de la représentation et des promesses électorales, de donner l’illusion au peuple d’une maîtrise, par lui, de son propre destin.

L’expérience a toujours montré qu’il n’en était en réalité rien,… et qu’une fois l’enthousiasme et les illusions passées, … tout redevenait comme avant. Rien n’avait changé sur le fond.

Il n’existe pas d’instrument ou de méthodes capables de mesurer le degré de patience, de possibilité d’accumulation de frustrations, de glissement progressif vers le désespoir d’une population. Mais l’Histoire montre que tout fini par exploser.

L’explosion n’est d’ailleurs pas synonyme de changement. Les systèmes résistent, en général, facilement aux forces centrifuges de la révolte. Seule, la lente transformation des relations sociales, des pratiques alternatives, se substituent efficacement au pourrissement du système en place. Elles seules peuvent assurer concrètement un changement durable, en instaurant des modes de vie, de production, de distribution des richesses, mais aussi ce qui est indispensable en façonnant des comportements, un état d’esprit, de nouvelles valeurs.

L’abîme, c’est lorsqu’on laisser jouer les contradictions du système sans perspective d’alternative.

Or, c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui. L’action politique se résume à des déclarations plus ou moins velléitaires, sans lendemain,… ou à des coups de gueule sporadiques. (Des noms ?… Des exemples ?).

L’abîme c’est quand un système s’écroule, miné par ses contradictions et qu’aucun relais n’est pris. C’est le cas de l’Empire Romain qui à sa chute a vu l’installation d’un chaos politique et social avant qu’un nouveau ordre social s’impose par la force : la féodalité.

L’abîme ça peut être aussi la réaction du système en place qui, craignant pour sa survie, impose un pouvoir autoritaire dont on connaît tous les dangers potentiels – voir l’exemple du 20e siècle.

C’est aujourd’hui dans ce cadre incertain que nous évoluons.

L’avenir n’est pas assuré,… pas plus qu’il n’est rassurant.

Octobre 2011
Patrick MIGNARD

Voir aussi : « MANIFESTE POUR UNE ALTERNATIVE »

Mots clés : Mouvement / Partis politiques / Patrick Mignard /

Messages

  • "L’explosion n’est d’ailleurs pas synonyme de changement. Les systèmes résistent, en général, facilement aux forces centrifuges de la révolte. Seule, la lente transformation des relations sociales, des pratiques alternatives, se substituent efficacement au pourrissement du système en place. Elles seules peuvent assurer concrètement un changement durable, en instaurant des modes de vie, de production, de distribution des richesses, mais aussi ce qui est indispensable en façonnant des comportements, un état d’esprit, de nouvelles valeurs."

    Cet excellent article résume en grand partie les problèmes de nos sociètés. Le paragraphe que j’ai retiré donne l’une des solutions pour laquelle nous sommes quelques uns à oeuvrer à travers la relocalisation eten s’appuyant sur la mise en place de contre-pouvoirs.

    Car effet, il apparait de plus en plus évident qu’une révolution parait peu probable et surtout risque d’être incompléte et reprise en main par l’hégémonie capitaliste comme c’est le cas actuellement des révoltes arabes.

    Quant aux élections il serait naïf de croire qu’elles pourraient apporter un quelconque changement sur le fond si ce n’est que quelques replatrages qui feront illusions avec le risque de conforter un peu plus le système. C’est d’ailleurs ce qui nous attend si par hasard les socialos reviennent au pouvoir, et dans une moindre mesure avec un FdG molle filliale gauchiste du PS.

    Il y a donc un énorme travail de terrain à entreprendre, à continuer, et en premier à décoloniser les imaginaires formaté par la pensée unique afin de stopper cette chute "vers un abime" ou nous précipite de jour en jour un consentement inconscient.

  • "éhec de "l’intégration républicaine""
    "syndicalisme fer de lance"

    ce n’est pas parce que les pc ont défendu l’ordre établi depuis la 2eme gm et évité l’affrontement entre les classes à un moment ou la classe ouvrière était forte qu’il faut se laisser aller à la dépression et au n’importe quoi.
    C’est un peu tard camarde et surtout c’est contre productif.

  • les ripoux de ce monde de merde se gavent comme des porcs,remplissent les coffres des banques,trouvent des milliards d’euros pour sauver leur système pourri,avec tous leurs ripoux,et pendant ce temps le peuple trime,ne sait plus comment finir les mois,marre de ces guignols.Je QUITTE MON TRAVAIL POUR VIVRE COMME JE l’entends plus au service des pourris de patron,ils veulent du pognon ,ils ont les moyens de travailler,sans la sueur du peuple,marre de chez marre,,,,,,,,,,,,,,

  • L’ouverture massive au monde, du capital, la décolonisation, le développement des moyens de transports et de communication, ont brisé, pour les anciens pays industrialisé, cette relative stabilité.

    L’internationalisation du capital a rendu obsolètes les politiques économiques nationales. Les marchés, y compris celui de la force de travail, sont devenus mondiaux.

    Ce qui faisait la spécificité nationale du lien social a été anéanti : on peut trouver ailleurs une force de travail moins chère, voire en faire venir en la payant moins.

    Question 1 : était-ce inéluctable ou bien est-ce que cela a été provoqué ?
    L’ouverture des marchés de capitaux a fait l’objet de décisions politiques.
    La construction d’une Europe libérale avait pour but réel non de constituer une entité économique forte mais un marché libre où l’on opposerait les peuples pour favoriser la régression sociale et les gouvernements se sont lié les mains volontairement. L’absence de règlementation des échanges extra-européens avait aussi pour objet d’exacerber la concurrence .

    Question 2 : est-ce réversible et si oui comment ? La théorie de la démondialisation protectionniste montebourgeoise a un petit parfum d’archaïsme. J. Généreux dit : "On peut" (Je sais, il est estampillé FDG mais je lis même les hérétiques)

    Question 3 : la révolution balaie les politiciens de tous acabits en France et dans les pays les plus frappés par la crise systémique. Comment s’organise-t-on pour lutter contre la Sainte-Alliance capitaliste mondialisée ?

    Sur les solutions :

    Seule, la lente transformation des relations sociales, des pratiques alternatives, se substituent efficacement au pourrissement du système en place. Elles seules peuvent assurer concrètement un changement durable, en instaurant des modes de vie, de production, de distribution des richesses, mais aussi ce qui est indispensable en façonnant des comportements, un état d’esprit, de nouvelles valeurs.

    Tout cela est nécessaire mais insuffisant et l’adjectif seul(es) ne convient pas. Tôt ou tard et plutôt tôt que tard la question politique est posée, conformément d’ailleurs à l’une des conclusions :

    L’abîme, c’est lorsqu’on laisser jouer les contradictions du système sans perspective d’alternative.

    parce que l’alternative de "lente transformation des relations sociales " ne parle pas à ceux qui subissent de plein fouet la régression en cours.

  • un constat implacable , mais les solutions restent très floues et surtout à très long termes et semblent considèrer comme inefficaces voir inutiles les luttes au quotidien , ce que je ne partage pas , ces luttes me semblant indispensables non seulement pour préserver ce qu’il restent à préserver et porter des coups au système mais également pour forger dans l ’action ces solutions alternatives qu’évoquent P MIGNARD car c ’est la meilleure façon que les travailleurs participent à leur mise en place et les défendent .

  • L’ouverture massive au monde, du capital, la décolonisation, le développement des moyens de transports et de communication, ont brisé, pour les anciens pays industrialisé, cette relative stabilité.

    Oui les compromis entre le mouvement ouvrier et le capitalisme avaient stabilisé de façon relativement précaire les rapports de force entre les deux grandes classes.

    Au positif les poussées populaires permettant de gagner et de conserver relativement une partie des avancées.

    Au négatif des bureaucraties ouvrières considérables s’étaient constituées qui allaient jouer un rôle très négatif au moment où la bourgeoisie passerait violemment à l’assaut .

    L’opposition radicale, celle qui voulait un changement radical du système a vite cédé la place à une « opposition de consensus implicite » : sa seule radicalité, du moins à celle qui en a, c’est son discours,… pour le reste elle se coule dans les vieilles pratiques obsolètes : élections, participation, manifestations, pétitions..

    Précisions ? Si c’est du PC, c’est non. Si beaucoup de militants étaient radicaux, l’appareil lui ne l’était plus depuis des dizaines d’années, manœuvrant contre toutes les mobilisations pouvant prendre une dimension politique.

    Alors qui ?

    Les marchés, y compris celui de la force de travail, sont devenus mondiaux.

    Il ne faut pas exagérer trop là dessus. La réalité n’est pas celle-là . Une grande partie des emplois n’est pas délocalisable : immobilier, etc...

    Il est exact que le marché est mondial et que les pressions sur l’ensemble des travailleurs existent au nom de la concurrence sur une partie des produits manufacturés, mais il faut se méfier là dessus des caricatures.

    Une telle attitude a pu faire illusion tant que, dans le cadre national, le « Capital pouvait payer »… Le Capital ne cédait rien, il ne faisait que s’ « acheter la paix sociale »…. Ce qui correspondait aux intérêts immédiats de celles et ceux (les salariés) qui voulaient améliorer leurs conditions de vie (avantages sociaux / acquis sociaux).

    Ouais, quand même, il faudrait cesser d’être abstrait... Le capital en France contient le plus de riches au monde en relation au nombre d’habitants. Ceux-ci sont parfaitement définissables (et si ils veulent se réfugier aux Kerguelen ...), mais on peut les saisir sans soucis, leur pognon et eux.

    Tatie larfeuille à elle seule pèse 15 milliards d’euros, le cout du RSA et de la CMU réunis.

    Aucune opposition n’est en réalité capable aujourd’hui de garantir , si elle parvenait au pouvoir, la récupération des acquis sociaux détruits ces dernières années (retraite à 60 ans, services publics, système de santé,…), la sauvegarde de ceux qui existent encore et à fortiori, la conquête de nouveaux.

    C’est un choix que de se coucher devant le capital avec une armée de militants idiots qui se font tringler à chaque fois mais qui plongent à chaque fois en soutien à des dirigeants félons aux travailleurs.

    Il n’y a donc pas/plus de véritable opposition pouvant offrir une réelle alternative. Le discours oppositionnel est un discours convenu, qui se coule dans le moule de « démocratie formelle », qui garanti d’abord les intérêts fondamentaux du système, mais qui permet aussi, par le mécanisme de la représentation et des promesses électorales, de donner l’illusion au peuple d’une maîtrise, par lui, de son propre destin.

    Ca c’est un glissement du raisonnement, ce n’est pas parce que nos anciens amours ont fait comme ils font toujours, servir le capital, qu’il faut dire qu’il n’y a plus d’opposition, tu as quand même les anars, LO, le NPA, ... Tu peux dire que c’est petit mais c’est quand même là et c’est une opposition réelle (insuffisante, mais réelle).

    Les spasmes sectaires des gauches réformistes ont pour résultats de s’attaquer salement aux seuls opposants qui n’ont pas tremper dans leurs turpitudes.

    Le sectarisme est ce qui reste quand on a tout oublié. Et d’expérience c’est ce dont il est le plus difficile de se débarasser, quand on a soutenu le tunnel d’impuissance du réformisme nomenclatturisé.

    Le système dit « démocratique » a abouti à une seule chose : déresponsabiliser le citoyen… ce qui, peu à peu, a donné naissance à une classe politique parasite qui se reproduit au sein de véritables « syndicats d’intérêt », les partis politiques, et dont le seul objectif est la survie du système en place et par la même le sien.

    Je ne décris pas ce système comme démocratique en premier, c’est lui donner un caractère qui a été fruit déformé des espérances de contrôle millénaires de l’humanité.

    Pour moi, le décrire en premier comme démocratique qui expliquerait, etc etc... ne renvoie pas aux problèmes rencontrés.

    D’ailleurs, c’est bien là dessus que dans certains pays (là où ce sont des phénomènes de masse) , le mouvement des indignés cherche des solutions, montrant incidemment que le pessimisme de gauche français est isolé du point de vue du potentiel de révoltes et de soulèvement, du potentiel de réponses politiques.

    Mais l’Histoire montre que tout fini par exploser.

    L’explosion n’est d’ailleurs pas synonyme de changement. Les systèmes résistent, en général, facilement aux forces centrifuges de la révolte. Seule, la lente transformation des relations sociales, des pratiques alternatives, se substituent efficacement au pourrissement du système en place. Elles seules peuvent assurer concrètement un changement durable, en instaurant des modes de vie, de production, de distribution des richesses, mais aussi ce qui est indispensable en façonnant des comportements, un état d’esprit, de nouvelles valeurs.

    Oui ça finit par exploser, mais non, mille fois non, le truc sur la lente transformation des relations sociales, etc...

    C’est dans d’immenses chocs que le mouvement populaire à dégager des espaces qui permettent de faire progresser une série de questions.

    Sans 68, sans 36, sans 1789, sans 1945, sans les révolutions de 1830 et 1848, sans les révolutions arabes qui ont dégagé des espaces permettant de déplacer politiquement les consciences, les gains opérés par la suite ne se font pas.

    La conclusion :

    Elles seules peuvent assurer concrètement un changement durable, en instaurant des modes de vie, de production, de distribution des richesses, mais aussi ce qui est indispensable en façonnant des comportements, un état d’esprit, de nouvelles valeurs.

    ne correspond pas aux réalités .

    C’est séduisant mais irréaliste.

    Et l’inverse, le corolaire de l’idéologie du lent changement, c’est l’offensive violente du capital. Sa réussite, c’est un brutal changement vers la barbarie.

    L’abîme, c’est lorsqu’on laisser jouer les contradictions du système sans perspective d’alternative.

    Exact et ça va à l’encontre d’une partie de ton raisonnement sur le lent changement, etc...

    La réalité est effectivement que nous plongeons apparemment vers un grand chaos. Certains plongent dans le vide à l’intérieur de limousines, d’autres en scooter.

    L’heure est effectivement de regarder ce qui se fait autour de la France, de mettre les crampons, de restaurer les solutions socialistes à la crise ("socialistes" au sens fondamental, rien à voir avec le PS), de se rendre compte que si l’Espagne a trouvé le moyen le 15 octobre de jeter dans les rues un million de personnes avec l’organisation aussi contradictoire et vaporeuse que sont les indignés, c’est que des potentiels immenses et colossaux de résistance existent.

    Mais qu’ils ne trouvent pas toujours les bonnes carburations pour s’exprimer.

    Ce qui est en cause ce ne sont pas les potentiels, mais les organisations, les stratégies, et la question de monter la mayonnaise de l’étincelle.

    En ce moment, la France est le pays qui bouge le moins d’Europe, moins que les USA, moins que l’Amérique Latine, moins qu’une grande partie de l’Asie (qui eux ont des difficultés de répression suivant les pays), moins que l’Afrique du Nord (dont certains se gaussent).

    Le cas français est spécifique par un assemblage particulier : la défaite de l’automne dernier, les souleries électorales qui sont fortes, et l’abandon par une partie de la gauche radicale (NPA, LO) de ses responsabilités dans une situation où le volontarisme peut peser, une difficulté à changer de braquet.

    Quand aux réformistes sans réformes mais à la recherche du plat de lentilles perdues, n’en parlons même pas.

    Ca ce sont les spécificités, mais ça fait longtemps que dans ce pays existe une situation avec un potentiel analogue aux pays qui bougent à côté.

    Ce n’est pas parce que nous nous trompons que rien n’est possible. Nos erreurs ne sont pas l’expression de la fin du monde.

    Les mobilisations qui entourent de plus en plus la France vont finir par peser sur elle, les fermentations agissant dans les pays autour ont les mêmes ingrédients ici.

    Foin des transformations lentes qui que quoi, en attendant nous nous précipitons vers des affrontements violents socialement et violents tout simplement.

    C’est à cela qu’il faut se préparer .

    Pour cela il faut comprendre que les réponses viendront de la capacité d’une classe populaire à se hisser, par son organisation démocratique unitaire de résistance, en légitimité politique .

    C’est cela qu’il faut chercher, une autre démocratie, construite dans le torrent des batailles de résistance sociale, qui est par sa puissance l’alternative (les travailleurs eux-mêmes).

    Cela passe par développer les batailles de résistance élémentaires et de ne pas rester dans les crispations sectaires du réformisme.

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