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Bravo Poutou ! Menace Le Pen. Voter Hollande. Impasse Mélenchon. Avenir libertaire ?
de : Philippe Corcuff
mercredi 2 mai 2012 - 00h46

Ce long titre au style télégraphique au moment du 2ème tour de l’élection présidentielle 2012 appelle des explications et quelques points complémentaires…

Bravo Philippe !

Philippe Poutou, candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, a mené une belle campagne dont les hérésies jubilatoires n’ont commencé à être reconnues que sur la fin, en pesant peu alors sur le « score » final :

- dé-fétichisation du caractère oligarchique de la fonction présidentielle par le maniement de l’ironie et de l’auto-ironie libertaires ; de ce point de vue il a été le seul candidat réellement anti-système ;

- plus largement, critique en acte (à la fois par son parcours et par son discours) de l’hégémonie de la professionnalisation politique sur la politique dominante de nos régimes représentatifs professionnalisés si peu « démocratiques », pourtant plébiscités en pratique par la gauche et la gauche de la gauche ;

- critique en acte, en tant qu’ouvrier candidat, de l’exclusion des catégories populaires du terrain de la politique officielle ; ces catégories populaires dont on demande les suffrages mais qui sont laissées à l’écart des cercles les plus actifs de la politique (y compris à gauche et dans la gauche de la gauche) ;

- porte-parole de la dignité populaire face au mépris social porté inconsciemment (un inconscient de classe !) par les élites (économiques, politiques, médiatiques, intellectuelles, etc.) dominantes, y compris à gauche et dans la gauche de la gauche [1].

La campagne a été appuyée par l’énergie d’Olivier Besancenot qui, pour des raisons libertaires, avait refusé d’être une troisième fois candidat, mais qui, afin d’aider son successeur, a pris un congé pour la campagne officielle. La pugnacité des militants du NPA qui ont réussi à recueillir les 500 parrainages et l’inventivité des quelques-un-e-s qui sont à l’origine des clips décoiffants de la campagne télévisée [2] sont également à souligner.

Cette campagne s’est déroulée pourtant dans des conditions difficiles et l’écho (à distinguer du résultat électoral) qu’elle a suscité dans les deux dernières semaines de la campagne est d’autant plus remarquable : un nouveau candidat peu habitué aux médias et longtemps marginalisé par eux [3], une « crise de direction » du NPA et un reflux militant [4] et, pour finir, un coup de poignard dans le dos d’anciens dirigeants au profit d’un ralliement médiatisé à la mélenchonade [5]. Si l’on s’arrête sur quelques-unes des têtes (la génération des grèves étudiantes de 1986) à l’origine du croche-pied fait à Philippe Poutou juste après la réussite de l’épreuve si incertaine des parrainages, on doit noter que leur être militant a été initialement forgé dans les micro-bureaucraties du syndicalisme étudiant dit « de gauche ». Or cela corrobore une observation que j’ai faite depuis longtemps : les réflexes d’apparatchiks et l’esprit politicien qui fermentent dans les casseroles de ce syndicalisme étudiant traditionnel font beaucoup de mal à la gauche : du PS (où les dégâts politico-intellectuels sont les plus flagrants) jusqu’au NPA donc, en passant par le PCF et le PG.

Pour ma part, je suis fier d’avoir apporté ma petite pierre à l’architecture de cette campagne, tout particulièrement en ayant participé à l’édition du livre de Philippe Poutou, Un ouvrier, c’est là pour fermer sa gueule !, en tant que co-directeur avec Lilian Mathieu de la collection « Petite Encyclopédie Critique » des éditions Textuel [6].

On doit noter toutefois que le résultat obtenu, en rapport avec ceux des autres résultats (tant celui de Jean-Luc Mélenchon, à la gauche du PS, que la menace représentée par celui de Marine Le Pen à l’extrême-droite), offre peu de possibilités à un NPA en crise de rebondir dans les mois, voire les années qui viennent. « L’optimisme de la volonté » ne doit pas brouiller, au moment de l’analyse, « le pessimisme de l’intelligence ».

La menace Le Pen : question sociale renouvelée contre clivage national-racial

Le clivage national-racial (faisant de la catégorisation « français »/« étrangers » - entendue pas seulement en un sens juridique mais aussi ethnique - le clivage principal) porté par le Front national au détriment de la question sociale (centrée sur la répartition des richesses) est redevenu une menace politique [7]. Récupérée un temps de manière électoraliste par le sarkozysme, l’association des thèmes de l’immigration et de la sécurité a pu de nouveau profiter au FN, en germant sur le terreau des déceptions vis-à-vis des effets sociaux des politiques ultra- et sociales-libérales menées successivement depuis 1983 par la gauche et par la droite. L’intelligence politique propre du lepénisme version Marine est d’avoir mieux arrimé ces thèmes à des préoccupations sociales, en faisant de la question nationale le point de passage obligé de la question sociale. Cela s’est effectué dans un contexte où le FN a été « républicanisé » et « laïcisé », dans les discours de Marine Le Pen et chez certains commentateurs, ce qui a d’ailleurs facilité la place nouvelle donnée à l’islamophobie.

La politique sociale-libérale menée par le vainqueur probable, François Hollande, dans un contexte de crise du capitalisme risquant d’attiser encore les déceptions des attentes sociales dans les couches populaires et moyennes de la classe salariée, la prochaine alternance pourrait profiter à Marine Le Pen ; le FN encore davantage relooké changeant de nom et s’alliant avec des débris de droite d’une UMP explosée.

Comment cette tendance pourrait être contrecarrée ? Il faudrait de nouveau que la question sociale prenne le pas sur le clivage national-racial à travers des mouvements sociaux, le syndicalisme, le mouvement associatif, le foisonnement d’interventions artistiques, culturelles et intellectuelles, des expérimentions sociales et des organisations politiques. Mais il faudrait que se mette en forme une question sociale redéfinie, qui, au double traitement de la classique division capital/travail et de la précarisation contemporaine, ajoute celui de discriminations en interaction avec le capitalisme mais irréductibles à lui, comme les discriminations de genre ou « post-coloniales » (touchant systématiquement – à l’école, dans le logement, dans le travail, à cause de la religion, etc. - les populations issues de l’immigration de pays anciennement colonisés). Et une question sociale qui ne soit pas centrée uniquement sur les richesses économiques, mais qui intègre également d’autres types de ressources fort inégalement distribuées comme les ressources culturelles, politiques ou de la reconnaissance personnelle. En particulier, afin de créer de nouvelles convergences au sein de la classe salariée entre prolétaires « blancs » et prolétaires issus de l’immigration, il faudrait éviter d’agiter une version traditionnelle de la question sociale contre la reconnaissance des discriminations, mais enrichir la question sociale de la prise en compte des discriminations.

Du côté des organisations politiques, à la fois électoralement et du point de vue des forces militantes, le Front de gauche apparaît le mieux placé afin de mettre en échec une alternance Marine dans cinq ans. Je comprends tout à fait que certains militants fassent, dans cette perspective, le pari raisonné du Front de gauche contre le FN. Mais je crains que leur évaluation soit erronée du fait des penchants républicards, laïcards et cocardiers que la campagne Mélenchon a mis en scène [8] :

- le républicard, opposé à une République de la diversité, qui unifie, centralise, en tendant à méconnaître les discriminations ; les combats contre les discriminations étant facilement assimilés à des « menaces communautaristes » largement fantasmées ;

- le laïcard, opposé à une laïcité interculturelle, qui a surtout participé dans la dernière période à nourrir la diabolisation de l’islam ;

- le cocardier qui a contribué à faire du référent « national » le cadre politique principal au cours de cette campagne, en déplaçant la répartition des richesses en question dépendante.

Bien sûr, avec une extrême-droite se transformant et acquérant une audience de masse, on n’a pas grand-chose à puiser, non plus, du côté du folklore anti-fasciste qui lustre tant les egos dans les milieux gauchistes.

Bref les résistances seraient davantage à attendre du côté des mouvements sociaux, du syndicalisme, etc., avec toutefois des craintes quant à un certain état d’impréparation…

Voter François Hollande sans états d’âme ni illusions : le sarkozysme comme écœurement

Historiquement, la politique du pire a rarement débouché sur les soulèvements espérés, mais a plutôt produit des difficultés supplémentaires sur le chemin des forces radicalement émancipatrices. Certes, entre les politiques économiques et sociales incarnées par Nicolas Sarkozy et François Hollande, il n’y a que des petites différences, des nuances plus ou moins sociales dans la galaxie du néolibéralisme économique. Toutefois, le sarkozysme a franchi sur certains terrains une ligne jaune éthique, qui ne permet pas de recourir au « bonnet blanc et blanc bonnet » : ainsi il a usé, électoralement et dans les politiques publiques, de la xénophobie, en contribuant ainsi à la légitimer davantage, et il a déconsidéré un peu plus l’activité politique elle-même en érigeant le cynisme politicien en nouvelle norme [9]. Et cela a eu des conséquences politiques, dans la mise en pratique d’une xénophobie d’État comme dans les possibilités nouvelles léguées à une extrême-droite relookée d’incarner dans cinq ans l’alternance. Notre écœurement s’est accru au 2ème tour, le candidat-président faisant feu de tout bois dans le registre du glauque. Pas d’état d’âme donc pour voter François Hollande le 6 mai !

Si, comme je le pense aujourd’hui, le vote dans le cadre de nos régimes représentatifs professionnalisés n’est, au mieux, qu’un élément secondaire dans une logique radicale d’émancipation individuelle et collective (ce qui invalide la stratégie de « la révolution par les urnes » de la mélenchonerie), pourquoi, dans les milieux radicaux, faire autant un fromage de ce petit vote aux conséquences donc extrêmement limitées. Cette petite chose ne sert, dans mon esprit, qu’à alimenter une frontière symbolique qui ne constitue pas une adhésion. Une fois François Hollande élu, il deviendra un adversaire politique « normal » (à la différence de Marine Le Pen et de Nicolas Sarkozy)….Marquer une différence entre Hollande et Sarkozy n’implique pas nécessairement d’entretenir des illusions à l’égard de l’élu de Corrèze !

Le NPA existera-t-il un jour ? C’est pas sûr…

Dès juillet 2011, j’ai fait l’hypothèse que le NPA n’était pas encore né [10]. Le NPA au sens du projet NPA ainsi synthétisé dans ses « Principes fondateur » :

« Nous voulons que le NPA fasse vivre le meilleur de l’héritage de celles et ceux qui ont affronté le système depuis deux siècles, celui de la lutte des classes, des traditions socialistes, communistes, libertaires, révolutionnaires.

Un parti qui hérite des luttes démocratiques et antifascistes. Un parti qui garde la mémoire des combats contre les dérives autoritaires et bureaucratiques qui ont terni les espoirs émancipateurs. Un parti qui se nourrit du féminisme, de l’anticolonialisme, de l’antiracisme comme des luttes contre toutes les discriminations. Un parti qui donne une tonalité clairement anticapitaliste à l’écologie politique radicale et une tonalité clairement écologiste à l’anticapitalisme. Un parti soucieux des aspirations individuelles à la reconnaissance et à la créativité face à l’uniformisation marchande de la vie quotidienne. »

Le projet NPA, c’était alors de trouver les voies d’un nouveau type d’organisation, inventant des pratiques militantes renouvelées, ajustées à la perspective d’auto-émancipation des opprimés. La quête d’une forme politique rénovée, avec une main dans les institutions existantes (d’où la participation aux élections) et deux pieds et une autre main dans une mise à distance de la politique institutionnelle traditionnelle (mouvements sociaux, pratiques militants radicales, expériences alternatives et pensées critiques, notamment).

Pas grand-chose de tout cela n’a même commencé à se concrétiser. Les « sommets » du NPA se sont divisés entre deux pôles principaux : un pôle peu à peu absorbé par la politique institutionnelle et professionnelle représentée par le Front de gauche (ce que l’on appelle aujourd’hui « la GA ») et un pôle défendant une vision avant-gardiste et substitutiste de la politique inspirée d’une lecture traditionnelle du bolchévisme (ce qu’on appelle « la P2 » : son texte présenté lors du congrès de février 2011 attribuant, par exemple, « un rôle dirigeant » au parti dans les luttes ! vieille lune autoritaire abandonnée par la LCR depuis longtemps). Ce sont deux manières de s’éloigner de la logique de l’auto-émancipation des opprimés, en faisant alors l’impasse sur la construction d’une forme d’organisation adaptée à cette exigence. Quant au « centre » de ces « sommets » du NPA (ce que l’on appelle « la P1A »), il n’a guère manifesté une orientation propre, oscillant entre la GA et la P2. Parmi les rares à exprimer une nouvelle façon de faire de la politique : Olivier Besancenot et Philippe Poutou (qui ne fait pas partie de la direction du NPA).

Et « la base » dans tout ça ? Elle n’a pas beaucoup fait preuve d’inventivité et d’expérimentations dans les pratiques militantes et, perdant peu à peu de la substance avec les départs successifs (le plus souvent sur la pointe des pieds), elle n’a pas massivement tenté de contrecarrer les logiques autodestructrices des « sommets ». Quant au secteur intellectuel qui avait été légué au NPA, tout particulièrement grâce aux efforts du regretté Daniel Bensaïd (avec les revues papier et web Contretemps et la Société Louise Michel), il s’est fortement éloigné du NPA, dont les « sommets » s’intéressent de moins au moins aux questions intellectuelles.

Le projet NPA peut-il alors naître à une échéance raisonnable à partir du « NPA réellement existant », et bien mal en point malgré la belle campagne de Philippe Poutou ? Je suis, pour ma part et pour l’instant, fort pessimiste, mais les prochains mois nous en diront plus…Peut-être que c’est à travers d’autres cadres organisationnels, distincts du « NPA réellement existant », que le projet NPA pourra naître dans les années qui viennent ? Ici il n’y a aucune nécessité ou voie unique. En tout cas, le Front de gauche, tel qu’il est apparu au cours de la campagne de Jean-Luc Mélenchon apparaît comme l’exact opposé de ce projet….

Mélenchon comme régression et impasse pour la gauche de la gauche

Je n’insisterai pas trop sur l’impasse Mélenchon, dont j’ai déjà parlé sur ce blog. Pour s’inscrire dans une logique émancipatrice tournée vers la recherche et l’action, il vaut mieux éviter de s’attacher trop à ce que l’on critique, sous peine d’être pris involontairement par les aigreurs du ressentiment. Je rappellerai simplement une série de régressions portées par la campagne Mélenchon au sein de la gauche de la gauche :

- régression vers la double fétichisation de la professionnalisation politique et de « l’homme providentiel » par rapport à la critique démocratique et libertaire des régimes représentatifs professionnalisés ; avec le paradoxe que cette régression se proclame avec une expression contraire à sa logique : « révolution citoyenne » ;

- régression cocardière par rapport à la perspective altermondialiste ;

- régression laïcarde par rapport à une laïcité interculturelle ;

- régression républicarde par rapport à une République de la diversité ;

- vision tendanciellement traditionnelle et économiste de la question sociale ;

- vision étatiste de la transformation sociale ;

- pauvreté intellectuelle par rapport à l’état des pensées critiques contemporaines.

L’écho électoral, relatif mais substantiel, de cette candidature risque d’entraîner de larges secteurs militants à la gauche du PS dans les grenouillages associant un gros appareil (le PCF) et de multiples micro-appareils. La gauche de la gauche pourrait en être largement stérilisée dans un magma politicien pendant une ou deux échéances présidentielles.

Un fragile avenir pour l’anarchisme dans la galaxie anticapitaliste et altermondialiste ?

La pensée et les pratiques anarchistes sont largement marginalisées à gauche, en France et ailleurs, alors que renaît pourtant dans les mouvements sociaux quelque chose comme une humeur libertaire. Face aux échecs depuis deux siècles d’un anticapitalisme émancipateur, la fibre anarchiste a pourtant dans sa besace quelques axes essentiels :

- la critique des mécanismes de délégation et de représentation politiques comme porteurs de concentrations de pouvoirs ;

- la critique de l’étatisme comme forme d’oppression, avec le défi de bâtir des institutions publiques (pourvoyeuses de repères et de protections pour les individus comme pour les groupes) qui ne soient pas un État (au sens d’une logique d’intégration hiérarchique des institutions publiques sur un mode pyramidal) ;

- l’exigence d’une forme d’organisation politique adaptée à la visée d’auto-émancipation, individuelle et collective, des opprimés ;

- l’association du principe de solidarité avec le principe d’individualité, contre le rouleau compresseur du logiciel « collectiviste » hégémonisant les gauches, en marginalisant l’individu au profit du tout collectif.

De ce point de vue, la Fédération Anarchiste, dans ses modes d’organisation (le principe fédératif d’inspiration proudhonienne, vu comme une coopération organisée des individualités et des groupes) et dans sa pensée (dans la famille anarchiste elle-même, elle est celle qui résiste le mieux au poids du logiciel « collectiviste »), constitue un exemple, bien qu’un petit exemple (quelques centaines de membres).

Un des enjeux politiques et intellectuels dans les gauches radicales aujourd’hui serait alors de donner davantage d’espace à leur poumon anarchiste (trop rachitique), en dialogue avec les usages hérétiques de Marx, comme avec les élaborations actuelles des mouvements sociaux et les apports contemporains des sciences sociales et de la philosophie. L’incertitude pour moi est de savoir si, dans les conditions actuelles difficiles et régressives pour un anticapitalisme émancipateur, cela peut s’opérer dans une organisation non anarchiste mais reconnaissant une composante libertaire (comme le NPA) ou si cela passe d’abord par une « accumulation primitive » de forces de manière anarchistement indépendante ? Dans l’un ou l’autre cas, il serait important de montrer, comme le chantait mélancoliquemement Léo Ferré, que : « Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent… » (Les anarchistes, 1967)…

Une urgence de longue durée : sortir de la pauvreté intellectuelle des gauches

Au moment où la gauche molle hollandaise a de grandes chances d’arriver au pouvoir et où la gauche de la gauche mélenchonisée a fait un score honorable, il se pourrait paradoxalement que les gauches politiques se trouvent intellectuellement en bout de course. La gauche officielle est depuis longtemps technocratisée et désintellectualisée, jusqu’à parfois se complaire dans un anti-intellectualisme explicite. La gauche de gauche apparaît, quant à elle, très fière de son « intelligence critique », mais cela pourrait n’être qu’un simple trompe l’œil masquant à peine la dévalorisation des ressources intellectuelles du côté de l’hémisphère gauche de la politique.

Ainsi, on se contente souvent dans les gauches critiques d’une vague soupe indigeste que l’on pourrait appeler « pensée Monde Diplo » (je mets à part les moments où ce mensuel a publié et publie des figures de la pensée critique comme Pierre Bourdieu ou Cornelius Castoriadis) : un vague discours fait d’automatismes sur le méchant « néolibéralisme » avec quelques bouts de marxisme économiste rance associé à une dénonciation du « complot » des méchants médias « aliénant » l’ensemble des masses (sauf celui qui tient le discours sur « l’aliénation » des autres !) ; tout cela étant enrobé d’une dénonciation du méchant « individualisme » au nom des « valeurs collectives » et abondamment salé par une rhétorique de la déploration généralisée. Bref comment se sentir « intelligent » et « critique » en économisant un maximum d’efforts intellectuels !

Pourtant la notion même de « gauche » a été historiquement associée à l’activité intellectuelle : des Lumières du XVIIIème siècle aux Sartre, Merleau-Ponty, Castoriadis, Bourdieu…en passant par l’affaire Dreyfus. Ré-interroger les « logiciels » de la critique sociale et de l’émancipation, c’est à-dire les façons mêmes de formuler les problèmes, a trop longtemps été repoussé au nom des urgences de l’heure (électorales, sociales, organisationnelles, etc.), sans d’ailleurs que cela n’aide à traiter ces urgences. Il est grand temps de réunir des militants, des citoyens critiques et des professionnels du travail intellectuel pour penser radicalement à gauche dans un cadre associatif pluraliste, à bonne distance des organisations (ni trop près, ni trop loin).

« Ne succombez jamais au désespoir : il ne tient pas ses promesses. »

Stanislaw Jerzy Lec, Nouvelles pensées échevelées, 1964.

Notes :

[1] : Voir Philippe Corcuff et Lilian Mathieu, « Du mépris de classe et de caste en politique », Le Monde.fr, 29 février 2012.

[2] : Voir les dix clips de la campagne officielle de Philippe Poutou sur Dailymotion.

[3] : Voir P. Corcuff, « De l’arrogance médiatique : Pulvar face à l’ouvrier Poutou chez Ruquier », Mediapart, 28 février 2012.

[4] : Voir Pierre Rousset, « Notes sur la crise de fondation du NPA », site Europe Solidaire Sans Frontières, 22 juillet 2011.

[5] : Voir Philippe Corcuff, Lilian Mahtieu et Willy Pelletier, « Quand trois dirigeants du NPA nous roulent dans la mélenchonade… », Mediapart, 26 mars 2012.

[6] : Voir Philippe Poutou, « Du mépris social à la dignité populaire : un syndicaliste en politique », édition « Petite Encyclopédie Critique », Mediapart, 9 mars 2012.

[7] : Pour une esquisse de sociologie politique de l’extrême-droite en France, inspirée de l’approche en termes de « luttes des classements sociaux » initiée par Pierre Bourdieu, à travers la compétition symbolique dans l’espace politique entre un « clivage national-racial » et un « clivage de la justice sociale », voir P. Corcuff, « Clivage national-racial contre question sociale. Un cadre d’analyse socio-politique pour interpréter les progrès de l’extrême-droite en France », revue ContreTemps (1ère série , éditions Textuel), n°8, septembre 2003 ; voir sur internet le n°8 en archive.

[8] Sur la critique du républicard, du laïcard et du cocardier au cours de la campagne présidentielle, voir P. Corcuff, « Nous sommes tous des juifs musulmans laïcs ! », Liberation.fr, 26 mars 2012.

[9] : Voir P. Corcuff, « Du dégoût vis-à-vis du sarkozysme et des réponses politiques », Mediapart, 17 décembre 2009.

[10] P. Corcuff, « Le NPA n’est pas encore né ! Quelques pistes sur la situation difficile (mais pas désespérée) du NPA après la Conférence nationale de juin 2011 », site Europe Solidaire Sans Frontières, 14 juillet 2011.

http://blogs.mediapart.fr/blog/phil...



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jeudi 2 mai
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Le Collectif Bellaciao va participer a cet rencontre. MARCOVALDO est au 61, rue Charlot - 75003 - Paris samedi 11 mai à 19h Nouveau rendez-vous avec l’écriture collective : Wu Ming 2 discutera avec Olivier Favier de son roman "Timira", qui paraîtra prochainement en français aux éditions Métailié dans la traduction de Serge Quadruppani. Timira, roman métisse, paru en Italie en 2012, est une plongée dans l’inconscient colonial et postcolonial italien. Écrit par Giovanni (...)
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L’HISTOIRE DU 1er MAI, JOURNEE INTERNATIONALE DE CELEBRATION DES LUTTES DES TRAVAILLEURS
mercredi 1er mai
de Roberto Ferrario
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Le XIXe siècle voit la naissance de la classe ouvrière. La prolétarisation du travail se développe au fur et à mesure que la mecanisation industriel vient remplacer les anciennes formes de production. Les employeurs sont les maîtres absolus des entreprises et les conditions de travail sont misérables. Les (...)
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Mélenchon invente le concept du militaire altermondialiste ????
mardi 30 avril
de Le moustique socratique
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Ce n’est pas une blague, le nouveau concept "révolutionnaire" est annoncée par le guru du PG lui même dans un bref communiqué sur son site, le souverainisme, bien sur, est encore confirmé. Dans sa "révolution citoyenne" la course a l’armement nucléaire national est la priorité... et la paix, le désarmement et la dénucléarisation sont a proscrire. Non à la liquidation de l’argument militaire de la France Austérité et atlantisme sont les maîtres mots du livre blanc de la (...)
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La CGT fera appel de la décision du TGI de Paris ! Interview exclusive Bellaciao
vendredi 26 avril
de La CGT PSA Aulnay
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Ce vendredi 26 avril, le Tribunal de Grande Instance de Paris a rendu son délibéré concernant l’assignation de la CGT contre le plan de 11 200 suppressions d’emplois. Le Tribunal de Grande instance de Paris a donné raison à l’employeur considérant que ce dernier pouvait présenter deux plans de sauvegarde de l’emploi sur des périmètres distincts dans un exercice qui consiste d’avantage à reprendre les arguments de l’employeur qu’à critiquer les (...)
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PSA lecture publique du délibéré sur le PSE ce vendredi à 14h Palais de Justice (video)
vendredi 26 avril
de La CGT PSA Aulnay
Vendredi 26 avril à 14h : Délibéré de l’assignation de la CGT contre le plan de 11 200 suppressions Ce vendredi 26 avril, le Tribunal de Grande Instance de Paris rendra son délibéré concernant l’assignation portée par tous les syndicats CGT du groupe PSA et soutenue par la Fédération CGT de la Métallurgie contre le plan de 11 200 suppressions d’emplois de la direction de PSA. A 14h, L’avocate de la CGT, Maître Marie-Laure Dufresne Castets, accompagnés par les (...)
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Italie : 25 avril 1945 la libération, femmes dans la Résistance videos + photos
jeudi 25 avril
de Roberto Ferrario
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Les femmes ont participé activement à la Résistance en Italie et payé un prix élevé. Elles furent 623 à tomber au combat ou tuées en représailles ; 4600 furent arrêtées, jugées et torturées, 2750 déportées dans les camps de concentration. Sur 250 mille activistes, 75 mille furent des femmes dans les Groupes de défense féminins et 30 mille dans les forces combattantes. Le 25 avril 1945, les partisans libèrent Milan de l’occupation des nazis et des fascistes. Même la population civile (...)
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25 avril 1974 La Révolution des oeillets (video+photos)
jeudi 25 avril
de Roberto Ferrario
Grândola, Vila Morena est une chanson portugaise composée par Zeca Afonso, qui raconte la fraternité des habitants de Grândola, une ville située dans l’Alentejo. Elle fut considérée par le régime d’Antonio de Oliveira Salazar, l’Estado Novo, comme exaltant les idées communistes, et censurée. Le 25 avril 1974, à minuit quinze, cette chanson fut diffusée à la radio portugaise Radio Renascença et servit de signal pour commencer la révolution qui renversa le régime ; elle est (...)
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Les actions en justice entreprises par la CGT (video)
mardi 23 avril
de La CGT PSA Aulnay
Interview de Philippe Julien secrétaire général de la CGT PSA Aulnay La pétition contre les licenciements et les poursuites est à signer ici La caisse de grève est à remplir ici http://cgt-psa-aulnay.fr/video/les-...
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Pourquoi je n’irai pas manifester le 5 mai... mais le 1er mai !
lundi 22 avril
de La Louve
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En cette journée anniversaire de la naissance de Lénine, j’ai trouvé le moment bien choisi pour livrer une réflexion sur le 5 mai et ce qu’il convenait d’y faire (ou pas). En effet, je me posais la question : que faire du 5 mai ? Y aller ou pas ? (Car, même si je n’en suis pas, et que je pense avoir vu assez rapidement les - mauvaises- raisons du changement de cap ...- on doit se poser des questions quand un groupe politique comme le NPA appelle à la (...)
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Lundi 22 avril Rassemblement de lutte à PSA Aulnay !
lundi 22 avril
de La CGT PSA Aulnay
Ce lundi 22 avril, les salariés de PSA Aulnay en grève depuis 14 semaines acceuillent des délagations de salariés d’entreprises de l’agro alimentaire qui subissent des plans de licenciement et des fermetures d’usines. A l’origine de ce rassemblement, des salariés de l’entreprise Frainor en liquidation judiciaire, située à Arras qui fabrique des pâtes, ont décidé de faire une marche d’Arras à l’Elysée pour protester contre des promesses non (...)
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Alerte Vénézuela : les fascistes tentent un coup d’état. Telesur en directe
mardi 16 avril
de Roberto Ferrario
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4 camarades du PSUV assassinés Deux décès ont été signalés dans l’Etat de Miranda, qui englobe une partie de Caracas, un autre dans l’Etat de Tachira à la frontière avec la Colombie et un quatrième dans l’Etat de Zulia, dans l’ouest du pays. Elias Jaua, agé de 45 ans, tué par une arme à feu dans la localité de Baruta, à la périphérie de la capitale vénézuélienne. Le domicile de la présidente du Conseil national électoral CNE, Tibisay Lucena, à été attaqué, ainsi (...)
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Vous paierez tout et vous paierez cher, vous les capitalistes ! Milan, 1975, vidéo complète
mardi 16 avril
de Roberto Ferrario
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Le documentaire, en 5 partis, produit par le "Collectif du Cinéma Militant" pendant les jours de Avril 1975 à Milan, avant, pendant et après l’assassinat de Claudio Varalli et Giannino Zibecchi. 46 minutes de séquences des événements, des manifestations, les affrontements. Une liste "incomplète" (je essaie de la complété... ) des camarades et autres victimes tuées au cours des années 1960 - 2004 en Italie, conséquence directe de la stratégie de la tension ... 1960 * 5 (...)
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Aspect judiciaire de la lutte à PSA Aulnay : Interview Bellaciao - M° Marie-Laure Dufresne-Castets, avocate (2 videos)
lundi 15 avril
de Collectif Bellaciao
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Avocate du mouvement social (syndicats, militants politiques), ML Dufresne-Castets défend actuellement les travailleurs de PSA Aulnay. Le constructeur prévoit 11.000 suppressions d’emplois et la fermeture de l’usine du site de Seine-Saint-Denis. Une demande en justice, tendant à faire reconnaître l’insuffisance patente du plan de sauvegarde de l’emploi a été déposée par la fédération des travailleurs de la métallurgie CGT et plaidée par M° Marie-Laure (...)
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Oui le combat contre l’Etat-policier et le droit de punir doit devenir un combat des organisations ouvrières
samedi 13 avril
de La Louve
16 commentaires
Je suis une avocate engagée, à maints égards, et je ne l’ai jamais caché. J’ai décidé de revenir ce soir ici sur la contribution que les organisations ouvrières "de classe" pourraient apporter à la lutte contre le "droit de punir" et contre l’État policier (je dis "pourraient" à dessein parce que justement, cette contribution est, hélas, inexistante, quand l’inexistence n’est pas carrément soutien à cet État-policier). Et je reviens donc à plusieurs (...)
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