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Aux armes, Canadiens !

samedi 17 novembre 2007 - Contacter l'auteur

par Pierre Jasmin

En un peu plus d’un an et demi de pouvoir, le ministre conservateur de la Défense Gordon O’Connor, ex-lobbyiste auprès de compagnies d’armement, a transformé l’armée canadienne réputée internationalement pour ses missions de paix en machine de guerre : 31 milliards de $ de nos impôts ont acheté des avions 130J de Lockheed Martin et C17 de Boeing, des hélicoptères Chinook, des véhicules blindés, des frégates modifiées, etc.

Les Artistes pour la Paix ont réclamé sa démission et en vain celle du général Rick Hillier pour avoir « américanisé » l’armée des Vanier, Hénault, Dallaire et du général en chef de Chastelin, celui qui a humblement mais efficacement contribué au désarmement et à la paix en Irlande.
Plus qu’une cinquantaine de Casques Bleus seulement

De près de cinq mille Casques Bleus canadiens en 1996 (contribution no 1 au monde), il n’en reste aujourd’hui qu’une cinquantaine en fonction (60e rang mondial !).

Dr Walter Dorn, chercheur au Royal Military College de Toronto, révèle que si, depuis l’époque Pearson, le Canada a souffert 114 pertes de vie à leur service, presque autant que l’Inde (122 morts) devant les nos 4 ex-aequo France et Grande-Bretagne (95), les nos 8 ex-aequo Bangladesh et Nigéria (80) et les États-Unis en 12e place (62 morts), au moins la plupart des missions canadiennes de Casques Bleus défendaient avec courage une paix à long terme (sauf en Somalie), selon des termes décidés quasi-unanimement par l’Assemblée générale de l’ONU.

Mais voici que dans une opération mal entérinée par son Conseil de sécurité, 2500 soldats canadiens lourdement armés effectuent maintenant des opérations militaires à Kandahar, sous supervision de commandement américain contre une guérilla protégée par la population afghane : ce qui entraîne nombre de morts civiles et des coûts considérables, d’abord en pertes de vie canadiennes (70 en trois ans), puis en tensions avec les Musulmans du monde entier et enfin en acquisition ruineuse de matériel de guerre, sans aucun bénéfice pour la condition des femmes, l’histoire de l’ex-députée afghane Malalai Joya le démontre.
Le Canada, 4e exportateur mondial de munitions

De plus, l’explosion de coûts militaires va désormais de pair chez nous comme ailleurs avec un déplorable laisser-aller face aux exportations d’armements.

Une enquête effectuée par la Canadian Broadcasting Corporation divulguée le 29 octobre nous apprend que les exportations canadiennes en armements ont septuplé de 2001 (140 millions de $) jusqu’en 2003 et 2004 (autour de 900 millions !).

L’exportation de munitions a grimpé de 20 millions de $ en 2001 à des sommets de 120 à 140 millions de 2004 à 2006.

Notre pays est donc devenu 4e exportateur mondial de munitions et 6e d’armements en général, devançant même des pays traditionnellement plus avancés, si j’ose dire, tel que la France : celle-ci avait toujours été dans le peloton de tête des plus importants vendeurs d’armes de la planète en compagnie, paradoxalement, des quatre autres membres du Conseil de Sécurité (sic) de l’ONU. Cette année, le Canada est devancé par l’Allemagne (ayons une pensée pour Karlheinz Schreiber, ex-fabricant d’armes bavarois).

Le Canada des conservateurs est désormais fier de devancer les Pays-Bas, la Suède et même Israël, sans doute trop occupé par la guerre au Liban pour accoter en 2006 ses quotas d’antan.

Et rappelons que les statistiques de la CBC ne sont pas définitives, vu qu’elles proviennent de la Canada Border Services Agency, aux chiffres inférieurs à ceux du Ministère des Affaires étrangères, et que tous deux ne tiennent évidemment pas compte des exportations de contrebande.
Le complexe militaro-industriel

On sait que Paul Martin, à son premier discours à son arrivée au pouvoir, décréta la plus grosse augmentation de budget militaire depuis la Seconde Guerre mondiale (Institut Polaris). Il a aussi installé Rick Hillier à la tête des armées.

Et maintenant Stephen Harper, dans l’indifférence de nos éditorialistes, augmente encore la militarisation. Les démocrates qui croient à un développement durable doivent travailler à contrer cette politique faite pour les pétrolières et les industries militaires, les plus importants lobbyistes pro-conservateurs et pro-guerre, avec les groupes religieux extrémistes, les industries du tabac et les pharmaceutiques.

Dans son tout dernier discours en fonction (de 1953 à 1961), le président américain Dwight Eisenhower avait prophétisé le kidnapping de la démocratie par ce qu’il a été le premier à appeler le complexe militaro-industriel.

Plus d’un million de $ de dépenses militaires chaque minute de chaque jour de l’année 2005 par le président George W. Bush !

Le Pentagone consacre des dizaines de milliards de $ à multiplier ses armes nucléaires et à concevoir un bouclier anti-missiles inefficace, alors que la Californie, riche en contrats militaires, n’a même pas les moyens d’installer des boucliers anti-feux de broussaille ; autrement dit, la guerre en Irak réclame des centaines d’hélicoptères Chinook d’attaque, mais une dizaine d’hélicoptères simplement équipés pour la lutte aux feux de forêt, non, bien sûr, cela coûterait trop cher…

Les dépenses militaires dans le monde, sous l’influence américaine, viennent de rattraper les sommets de la fin de la guerre froide : bien davantage que mille milliards de dollars par année.

On consacrait en 2005 184$ pour l’armement de chaque individu de la planète, alors qu’il suffirait de 4$ annuels par individu au Tiers-Monde pour assurer à chacun l’eau potable, la nourriture, l’alphabétisation et les soins contre la malaria et le paludisme.

Dwight Eisenhower, ancien général, donc bien informé sur le complexe militaro-industriel, en dénonça avec une juste véhémence le projet de « guerres perpétuelles, profits perpétuels. Chaque fusil fabriqué, chaque navire de guerre lancé, chaque missile déclenché signifie en fin de compte un vol perpétré à l’encontre de ceux qui ont faim sans qu’on les nourrisse, de ceux qui ont froid sans qu’on les vête ».
Aux populations civiles d’agir

Tant que les populations civiles ne réussiront pas à convaincre les gouvernements de réduire les budgets militaires et d’infléchir l’accumulation de ventes d’armes, fléau numéro1 de notre planète, les puits creusés ou les travaux d’irrigation effectués par des actions charitables pour les populations démunies seront détruits par de nouvelles guerres encore plus féroces.

Elles seront alimentées par les pays riches qui voudront s’accaparer les richesses pétrolières ou minières des pays pauvres, l’histoire sanglante de l’Afrique, de l’Irak et de l’Afghanistan est hélas éloquente à cet égard.

Mais nous gardons espoir qu’un jour seront entendues les deux principales recommandations de la Commission de gouvernance globale, présidée par Gro Brundtland de Norvège et par Nelson Mandela d’Afrique du Sud : l’abrogation des abris fiscaux des multinationales, du secret bancaire et des blanchiments d’argent et le monitoring du trafic international d’armements.

Pierre Jasmin
Président
Les Artistes pour la Paix

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Mots clés : Armes - Armée / Canada-Québec / Guerres-Conflits /
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