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Aux ombres du visage

mercredi 17 septembre 2008 - Contacter l'auteur - 3 coms

Le Rouge-gorge

aux ombres du visage

il n’est qu’une lumière

et ton coeur

l’amour de toi

à nul autre semblable

s’embrase de pourpre pur

insouciants d’azur

l’avenir planifie

quand braconnent tes rêves

en nous est une larme de joie

et coule lave fusion

matraque le marbre des centaures.

Publié dans "Mesdames, le poème d’amour est mâle nécessaire !"

Éditions Époque 1985

Fabrice Selingant

Mots clés : Le Rouge-gorge - Le Renard Rouge - Fabrice Selingant / Littérature-Philo-Livres /

Messages

  • SEEMAN

    "MARIN"

    Viens dans ma barque

    Une tempête se lève et la nuit tombe

    Où veux tu aller ?

    Tout seul tu es à la dérive.

    Qui tient ta main

    Quand les abysses t’entraînent ?


    Où veux tu aller ?

    Plus de côte dans cette mer froide

    Viens dans ma barque

    Le vent d’automne gonfle la voile.


    Maintenant tu te tiens là "an der laterne "

    Les larmes sur le visage.

    La lumière du soir chasse les ombres

    Le temps s’arrête et vient l’automne.


    Viens dans ma barque

    La nostalgie devient le barreur

    Viens dans ma barque

    Le meilleur marin c’était bien moi.


    Maintenant tu te tiens là "an der laterne"

    les larmes sur le visage.

    Tu soufle la bougie

    Le temps s’arrête et vient l’automne.


    Ils ne parlaient que de ta mère

    Seul la nuit n’a pas plus de pitié.

    À la fin je resterai quand même seul

    Le temps s’arrête

    Et j’ai froid.


    C’est toujours délicat de traduire des poèmes. Il y le choix à faire entre le maintient du rythme et de la rime ou l’exactitude littéraire de la traduction. "an der laterne" une expression difficile à traduire. Littéralement il faudrait dire "prés du lampadaire" ce qui fait plutôt pochetron. Dans l’idée cela signifie "être là à ne plus savoir que faire"

    traduction de Fernand BINING

    • j’écris des dates

      le temps les traverse

      ne laisse qu’un peu de poudre humide

      parfois les feuilles remuent

      le ciel n’est pas le ciel

      le jour est un reste de regard

      5-7 novembre 2001

      Un morceau de lumière, Voix d’encre, 2005

      Jacques Ancet

    • Pour moi / le silence et la voix / se sont aimés / comme la braise et l’encens / dans un poème qui dure / le temps que la pluie cesse

      Certains livres de poésie donnent au lecteur le sentiment d’entrer dans un monde clos sur lui-même ouvrant à l’exploration (parfois jusqu’à plus soif) d’un univers mono-thématique.

      Rares, infiniment plus rares sont ceux qui bordent les pages du livre comme autant de voiles prêtes à entraîner le lecteur vers des territoires inconnus. La Faim des Ombres fait partie de ces livres-là. D’où, contrepartie pour le lecteur, mais dont il ne se plaint pas, une certaine difficulté à rendre compte de cette richesse, un peu comme on peine à démêler les voix dans une fugue de Bach !
      J’en donnerai donc une lecture "impressionniste".

      Jean-Baptiste Para semble écrire sur le creux laissé par le rêve façonné par quelque chose qui n’a pu être, un amour, une réalisation, une rencontre : "perdre ce qui aurait pu être / a laissé une trace." C’est une poésie comme au bord de la conscience, dans l’interstice entre songe et éveil, une attente tangible, écrite, une attention. Le poète semble écoper le silence, puis fixant le fond de l’écope, tenter d’en extraire quelques mots.

      C’est aussi un art de mémoire, pas tant mémoire des faits mais plutôt mémoire d’être(s), d’états. Voix, écoute, guet. Une mémoire-palimpseste où se sont inscrits tant les souvenirs de l’ailleurs, du voyage, des rencontres que les souvenirs de lecture. Et même si le poète parle des "voies abandonnées" qu’il découvre en lui-même, multiples sont celles sur lesquelles il nous entraîne. Effaçant ce "voile de mucus" qui "brille sur toutes choses". Les révélant, le temps du poème.

      Il y a par moments une dimension archaïque, pré-mythique, surtout lorsque Jean-Baptiste Para évoque d’autres contrées, d’autres civilisations, d’autres mœurs comme dans la séquence « L’inconcevable » qui relate un cérémonial de deuil vécu par un jeune enfant. Quête de l’identité aussi sans doute, voilée, pour celui qui dit "Moi qui porte le nom du prisonnier de Machéronte" (entendez Jean-Baptiste) mais dont "une pierre jetée dans le puits disperse [le] visage".

      Ce serait aussi une poésie de la poésie, où affleurent comme veines dans une strate géologique quelques traits de l’immense culture de Jean-Baptiste Para, connaissance de la Russie, de l’Orient, brefs accents surréalistes, tournures classiques, éclats -à peine- de préciosité, etc.

      Le livre compte quatre parties, la première, éponyme, suite de cinquante poèmes brefs, tous titrés ; la seconde « Où luisent les loutres », une magnifique traversée, du lac, des ombres, des eaux, la troisième, évocation on l’a dit d’un rituel de deuil, quelque part dans le monde et la dernière enfin « Tombeau de Mirza Ghalib » un hommage au grand poète indien de langue persane et ourdoue, (1797-1869), célèbre notamment pour ses ghazals.

      De ce livre enfin, je retiens quelques somptueuses formulations, celle d’un titre, « Entre le marbre et la buée », celle d’un distique, « Du fleuve montent les brumes / à douce langue de chien » ou encore ce « Désormais il portera seul sa tristesse, comme un bol à ne pas renverser »
      Il me semble qu’il y a peu de couleurs ici mais plutôt une exploration des infinies nuances – les douces, les tristes, les mélancoliques, les "vidées" – du gris.

      La Faim des Ombres est un livre qui touche l’esprit et le cœur et que l’on n’en finit pas d’explorer. J’ajouterai une note peut-être plus personnelle, pour dire le bonheur de voir celui qui inlassablement œuvre pour faire connaître plus de poésie, plus de littérature, de tous les coins du monde, dans un esprit d’ouverture trop peu répandu en France, donner aussi un peu de sa propre poésie « Moi qui rends grâce au long travail, à la peine où je m’épuise, /à tous ces jours où je suis Marthe sans jalouser Marie, » dit-il au détour d’un poème.

      Autobiographie esquissée sans doute…. ce qui rend ce livre encore plus précieux.

      Jean-Baptiste Para

      La faim des ombres

      Obsidiane, 2006

      isbn : 2.911914.91.0 ; 14 €

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