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Bande de Gaza : produire biologique

jeudi 19 août 2010

La perversité et la cruauté de l’occupant israélien ont été jusqu’à modéliser le régime alimentaire imposé à chaque tranche de la population de Gaza, avec l’objectif de situer ce régime juste à la limite de la famine, écrit Jon Elmer.

En Février 2006, après la victoire électorale du mouvement Hamas, Dov Weisglass, un haut conseiller d’Ehud Olmert alors premier ministre israélien, a décrit en substance ce que serait la politique israélienne envers Gaza.

« C’est comme une rencontre avec une diététicien », a dit Weisglass. « Nous voulons que les Palestiniens perdent du poids, mais sans aller jusqu’à mourir de faim. »

Tout habitant de Gaza aurait pu tout de suite faire remarquer que le blocus sur la circulation des marchandises - et des personnes - dans et hors de Gaza était bien antérieur à l’élection du Hamas.

Et alors que les années passaient, la date exacte du début de l’état de siège a été souvent, pour des raisons de commodité politique, manipulée de façon à coïncider avec la victoire du mouvement Hamas dans la bande de Gaza en Juin 2007.

« Pas de crise humanitaire »

Selon des documents officiels qui ont fait surface lors d’un procès devant la Haute Cour d’Israël, « la limitation du transfert des marchandises est un pilier central dans les moyens à la disposition de l’Etat d’Israël dans le conflit armé qui l’oppose au Hamas ».

Un document clé, titré « La consommation alimentaire dans la bande de Gaza - Lignes rouges », fournit méticuleusement les détails de l’apport calorique minimum nécessaire, fondé sur l’âge et le sexe, pour maintenir les habitants de Gaza en état végétatif juste au-dessus de la malnutrition, et précise le nombre de grammes et de calories correspondant à chaque type d’aliment autorisé dans la bande de Gaza.

L’existence du document appelé « Lignes rouges » est connu depuis plusieurs années, mais son existence n’a été confirmé que dans le cadre des procédures judiciaires récentes en Israël.

La politique de blocus est supervisée par une unité du ministère de la défense israélien, le « Coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires » (COGAT).

Le slogan politique - qui a été répété durant plusieurs réunions du COGAT auxquels assistaient des journalistes israéliens - dit : « ni prospérité, ni développement, ni crise humanitaire. »

Bien que le blocus sur les denrées alimentaires de base et les besoins essentielles en infrastructures ait été conçu par Israël pour encourager les Palestiniens à renverser leur gouvernement élu, de nombreux signes prouvent l’effet inverse.

« Si quelque chose permet au Hamas de se consolider en tant que parti au pouvoir et dans l’exercice d’un gouvernement de plus en plus efficaces, c’est le siège », a déclaré Yezid Sayigh dans un récent rapport d’un voyage d’étude de l’université de Brandeis [Massachusetts].

« La ferme biologique »

En plus du commerce bien connu des tunnels en exploitation sous la frontière entre Gaza et l’Egypte, le Hamas a pris des mesures concrètes pour atténuer les effets du siège et développer son administration dans la bande côtière.

Le ministre de l’Agriculture du Hamas, Muhammad al-Agha, a publié un plan décennal visant à contourner le blocus en augmentant la production agricole locale et en développant l’autosuffisance alimentaire dans la bande de Gaza.

Intitulé « Plan pour 2020 », le document a été examiné par 150 universitaires et chercheurs, selon le ministère de l’agriculture, et il cherche à répondre par des initiatives locales aux défis imposés par le blocus d’Israël.

Par exemple, l’interdiction imposée par Israël sur les engrais, a poussé le Hamas à explorer la possibilité d’exploiter après traitement, des eaux usées qui sont souvent non traitées et déversées dans la mer au large de Gaza depuis l’arrêt des installations de retraitement qui sont à court de pièces de rechange et d’équipements divers.

« Quand Israël a commencé à bloquer nos besoins en agriculture, nous avons évolué vers l’agriculture biologique pour répondre à nos besoins. »

« Ce que nous avons fait, c’est [la mise en œuvre de projets modèles] pour la transformation des déchets agricoles ou domestiques en engrais organiques que nous utilisons ensuite dans l’agriculture », a déclaré al-Agha, qui est aussi professeur en sciences environnementales à l’Université Islamique de Gaza.

Jusqu’à présent, quelque 1000 dunums de terres ont été fertilisées de cette manière dans le cadre du projet pilote, toujours selon le ministère.

« Ce que nous avons tenté, c’est de faire évoluer peu à peu la culture pratiquée par notre peuple vers l’agriculture biologique, les aliments biologiques et la production biologique », a ajouté al-Agha.

Le plan, tel que récemment décrit par The Economist est de « transformer Gaza en une grande ferme biologique ».

Zone tampon

Les années précédentes, la bande de Gaza était axée sur des cultures d’exportation rentables, ce qui a rendu le secteur agricole vulnérable. Comme le note le plan stratégique, l’agriculture d’exportation consomme de grande quantités d’eau douce et d’autres intrants, et a pour effet de contaminer les ressources en eau avec les engrais chimiques et les pesticides.

Selon un récent rapport des Nations Unis, la relance du secteur agricole dans la bande de Gaza est cruciale afin de « rétablir pour la population locale l’ancien accès à des aliments frais - dont les fruits et les légumes, les oeufs, la viande et le poisson frais - que les organismes humanitaires n’ont pas l’habitude de fournir dans le cadre de leur assistance. »

Mais la base agricole sur laquelle agit le Hamas est désespérément limitée par une « zone tampon » imposée par Israël à l’intérieur de la frontière clôturée de Gaza.

Un tiers des terres cultivables de Gaza est inaccessible aux agriculteurs et aux éleveurs, d’après les données des Nations Unies.

Dans certaines régions, cette zone d’exclusion est de deux kilomètres de profondeur. Elle n’est nulle part à moins de 500 mètres de la frontière et elle est partout imposée par des tirs à balles réelles.

Un rapport de l’Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires [1] note que la zone tampon « renferme des cultures pluviales comme le blé, l’orge, les haricots et divers légumes, ainsi que des cultures d’olives, d’amandes et d’agrumes. La plupart de la production animale dans la bande de Gaza est concentrée dans cette zone, qui contient également des infrastructures importantes comme des puits et des routes ».

« Digérer les agressions israéliennes »

Alors que le gouvernement de Salam Fayyad en Cisjordanie, soutenu par mes États-Unis et par Israël, vise à appliquer au mieux les demandes de l’Ouest afin de maintenir le flux d’aide étrangère, le Hamas dans Gaza, à bien des égards a poursuivi son chemin.

Un rapport récent fait sur le terrain par Nathan Brown, de la Fondation Carnegie pour la Paix, a déclaré sans ambages : « Il y a [un] acteur politique qui pousse les Palestiniens à se préoccuper moins de s’attirer les faveurs des étrangers et à plutôt prendre les choses en mains propres - c’est le Hamas ».

Khaled Hroub, un expert de premier plan sur le mouvement Hamas à l’Université de Cambridge, considère que le blocus est le dernier exemple de la capacité du Hamas à « absorber » les agressions israéliennes et à en émerger encore plus fort à bien des égards.

« Ce que nous voyons maintenant dans le blocus de Gaza est une autre manifestation du même phénomène que nous avons constaté tout au long de l’histoire du Hamas durant ces 20 dernières années », a déclaré Hroub, qui est l’auteur de « Hamas : Pensée politique et pratique ».

« Nous avons vu [le Hamas] manœuvrer pour contourner les nombreux défis israéliens et en sortir à chaque fois plus discipliné et plus solide. »

En effet, des nombreuses conséquences du blocus israélien, rares sont celles qui correspondent à l’intention israélienne d’origine.

Jon Elmer - Al Jazeera

Vous pouvez consulter cet article à :
http://english.aljazeera.net/focus/2010/08/20108975319492772.html
Traduction : Naguib

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=9266

Messages

  • Ils n’ont pas vraiment le choix de se débrouiller, mais la solidarité internationale demeure primordiale à leur libération. Il ne faut pas oublier toutes les attaques d’Israel envers la bande de Gaza, ce qui détruit chacune de leurs avancées et réalisations. Réparer les dégâts coûtent de l’argent et des ressources.

    Mais, il est clair qu’une solution viable à court et moyen terme est l’autosuffisance, mais les meurtres commis par Israel doivent cesser... et ce n’est pas avec l’agriculture biologique que ça va se passer.