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jeudi 18 septembre 2003 - Contacter l'auteur

MANIFESTATION LE 21 SEPTEMBRE, 15 HEURES, PLACE DE L’OPERA
A PARIS.

Samedi 24 août 2002, un homme se rend à vélo chez un ami,
dîner. Il est huit heures. Dans le hall d’immeuble où il
entre, quatre hommes l’attendent. Ils ont vite fait de se
saisir de lui et de l’embarquer dans leur voiture banalisée.
Cinq heures plus tard, on les retrouve sous le tunnel du
Mont-Blanc, livrant leur homme à la police italienne. Le
lendemain, sur toutes les ondes, ce vulgaire kidnapping
s’appelle "extradition", et le jeune professeur de faculté
qui en a fait l’objet devient un "terroriste". Hier encore,
Paolo Persichetti faisait partie de ces dizaines d’Italiens
poursuivis dans leur pays en vertu des "lois d’exception"
et que l’Etat français refusait de donner. Et en effet,
chacun peut apprécier tout l’ubuesque de la décision qui
frappe Paolo : condamné en appel à une peine "exemplaire"
de 22 ans sur la base des déclarations d’un repenti dont
le témoignage fluctuant n’avait pas même été retenu en première
instance, et ce pour simple "complicité morale" avec le
communisme combattant des années 80.

Il y a trente ans, en Italie, un ordre social vermoulu
rencontrait à tous ses échelons le refus d’obéir, de payer
et de travailler - le refus de se laisser exploiter. Dix
ans durant, toute autorité se trouva minée par l’expérimentation
sauvage de rapports inédits entre les êtres et la disposition
insurrectionnelle à en découdre. La seule voie que trouva
le pouvoir italien pour se survivre, ce fut la "lutte antiterroriste",
les "lois d’exception" et la prime à la délation, sur fond
de massacres d’Etat. 20 000 procès furent lançés et 5 000
camarades emprisonnés, non pour ce qu’ils avaient fait,
mais pour ce qu’ils étaient - des rebelles. Reconnaissant
confusément cette situation, l’Etat français avait à l’époque
accordé une sorte d’asile politique aux réfugiés italiens.

Mais entre-temps, l’implosion des sociétés capitalistes
ayant suivi son cours, c’est plutôt elles qui ont fini par
s’aligner sur l’état d’urgence italien. Des "lois antiterroristes"
sont à leur tour passées à l’échelle européenne qui permettent
de détenir quiconque sur un simple soupçon, couvrent tous
les crimes et délits possibles mais en triplant au passage
les peines encourues. On prépare pour 2004 l’introduction
du mandat d’arrêt européen dont la principale vertu est
tout de même d’être rétroactif. Sous la démocratie espagnole,
on interdit légalement des partis politiques. Ici, on adopte
des lois comme la Loi sur la Sécurité Quotidienne (LSQ)
dont même les parlementaires qui l’ont votée doivent reconnaître
qu’elle est anticonstitutionnelle, mais bon "le 11 septembre"
etc., etc. Qu’un gouvernement d’escrocs notoires fasse à
un autre régime d’escrocs plus notoires encore la grâce
de rouvrir le dossier d’une insurrection que l’on croyait
close dit assez comme il se sent vulnérable au moindre tumulte.

Nous n’affirmons pas que l’extradition de Paolo Persichetti
concerne chacun en vertu d’une simple solidarité sentimentale,
mais parce que c’est par ce genre d’arrogances qu’un gouvernement
teste le niveau de résistance de sa population. Parce qu’il
est dans les moeurs de tout régime de Terreur de déclarer
"terroriste" ce qui est résolu à le combattre. Parce qu’un
ordre qui n’a plus d’autre justification que les flashballs
qui le protègent conjure par la seule intimidation la nécessité
pour tous de sortir du rang. Et parce qu’il n’y a rien d’intolérable
avant que l’un ou l’autre ait décidé de ne plus laisser
faire.

Paolo nous écrit de Rome qu’"il s’agit de briser toute
velléité de mettre en marche une machine à extrader". Un
tel résultat dépend à présent de la construction d’une vaste
offensive contre un ordre à la fois périmé et triomphant.

- Liberté pour Paolo Persichetti
- Refus de toutes les extraditions
- Amnistia !

Mots clés : Extraditions - Exil / Italie /
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