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Ça reste à voir Un truc à tenter

samedi 10 janvier 2004

Par Olivier SEGURET
http://www.liberation.fr/page.php?Article=169503

Bonne année 2004 au cinéma français qui va mal, puisque tous les bilans
2003 nous l’ont dit. Les bilans n’ont bien souvent que des chiffres à
proposer à l’interprétation. Ils ne tracent rien devant, ils enregistrent
derrière et permettent toutes sortes d’analyses dont le degré de validité ne
dépend pas d’eux mais de l’optique de celui qui les scrute. A propos du
cinéma français, si on faisait le bilan des bilans, on ne serait pas plus
avancé qu’eux : les diagnostics contradictoires abondent. Effondrement
structurel ? Dépression créatrice ? Médiocrité ontologique ? Crise
d’angoisse ? Vacillement narcissique ? Cancer terminal ?

On sait juste que ça va mal dans les chiffres et on sent que la profession
serre les fesses face à un destin qu’elle peint en gris sombre. Au-delà,
tout le monde en est réduit à subir les événements dans leur plus totale
imprévisibilité. C’est aussi un théâtre où l’action publique se fait bien
discrète et semble compter plus ou moins cyniquement sur les mécanismes
d’adaptation propres au système libéral pour traverser la mauvaise passe. Il
faut vraiment avoir la foi capitaliste. D’un point de vue politique,
d’ailleurs, le gouvernement se retrouve plutôt en situation de faiblesse sur
ce sujet : il ne manquerait plus que la grogne sous-jacente dans le milieu
du cinéma fasse jonction un jour avec celle des intermittents (les
professions étant éminemment connexes, comme on s’en doute) pour que leur
impact symbolique soit autrement embarrassant. On a bien cru entendre,
d’ailleurs, un responsable des intermittents en colère menacer, après avoir
eu la peau d’Avignon, de faire un sort analogue au Festival de Cannes... Vu
la cataplexie dans laquelle a chuté la vigueur politique du cinéma français,
à la ville comme à l’écran, on se dit que ce serait presque un truc à
tenter : après tout, la précédente interruption est l’épisode le plus glamour
de mai 68 et continue de fournir à Cannes les plus riches heures de ses
archives. En ce début 2004, voilà ce qu’on souhaite le plus sincèrement au
cinéma français : de ne pas se laisser crever.

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