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Cachemire : danger !

jeudi 20 octobre 2005 - Contacter l'auteur - 2 coms

de Bernard Lallement

Le séisme qui a ravagé le Cachemire, le 8 octobre, aurait fait, à ce jour, plus de 47 000 morts et trois millions de personnes sont toujours sans abri. 120 000 enfants restent inaccessibles à tout secours, dont 10 000 d’entre eux susceptibles de mourir de faim et de maladies.

L’aide humanitaire peine à s’organiser et à être acheminée. Seul un tiers des demandes de l’Unicef a été pourvu. Rien à voir avec le Tsunami du 26 décembre 04 qui avait suscité un élan exceptionnel de solidarité, au point de voir des ONG refuser des dons. Il est vrai que parmi les 150 000 victimes figuraient nombres d’habitants de pays riches venus passer, dans le Pacifique, les fêtes de Noël.

Le ravage de la Louisiane par Katrina a bien plus mobilisé les médias, et les commentateurs de la blogsphère, que la catastrophe touchant cette zone du Pakistan, à la frontière de l’Inde, où tout n’est que ruine et désastre. Il s’agit d’une des parties les plus démunies et les plus peuplées du monde.

Notre compassion devient sélective en fonction de l’intérêt que nous y prenons. L’Indonésie, la Thaïlande voyaient venir les occidentaux en vacances. Sans cela, on peut imaginer, avec effroi, que la solidarité internationale aurait pu être moindre. La Louisiane c’est l’Amérique, le pays phare du monde libre, même si la tragédie qui a frappé les Etats du sud en a révélé la face cachée. Mais le Cachemire personne ne s’y rend en tourisme et des fondamentalistes islamistes vont même s’y entraîner en vue du grand Djihad !

Encore une fois, il faut relever combien les pauvres sont toujours les plus durement touchés. Faut-il, encore et toujours, rappeler que 40 % de la population mondiale vit en dessous du seuil de pauvreté. Dans un demi siècle, si rien n’est entrepris, ce sera la moitié de l’humanité qui sera réduit à survivre dans la plus grande précarité. Et les tragédies qu’elle sera amenée à subir n’auront comme seule réponse que la parcimonieuse charité octroyée par les plus puissants. Car les pays riches ne leur concèdent guère plus de 0,25 % de leur PIB comme aide.

Peut-on sérieusement envisager comme viable, sur le long terme, une société générant de plus en plus de pauvres et une concentration des richesses dans un nombre sans cesse plus restreint d’hommes qui achèteront leur quiétude par une aumône ?

Les timides réformes ne sauraient y apporter de réponses pérennes. Il devient urgent d’envisager une alternative résolue, un changement radical de nos systèmes de valeurs.

Il faut n’avoir plus rien à espérer pour être tout à fait brave disait Alain. C’est de cette religion là que se nourrissent les terroristes et les kamikazes. Et ce qui se passe actuellement ne peut que renforcer leur conviction.

Article paru dans le blog "SARTRE" de Bernard Lallement

- http://sartre.blogspirit.com

Mots clés : Bernard Lallement / Catastrophes - Accidents / Dazibao / International / Solidarité /

Messages

  • je veux tout ce qu’on veut sur la mauvaise conscience des pays riches qui donnent pour leurs lieux de tourisme ou de debauche , mais il faut aussi constater que le pakistan ne se soucie pas trop de son propre peuple lorsqu’il refuse l’aide que l’inde lui a proposée !
    D’accord ils se font la guerre depuis soixante ans pour ces morceaux de montagne , mais l’occasion etait belle de marcher a plus vive allure vers la paix en acceptant l’aide proposée .
    N’oublions pas non plus que le cachemire pakistannais à été peuplé parfois de façon tres dirigiste justement en fonction du conflit indo-pakistanais.
    claude de toulouse

  • Je suis d’accord avec beaucoup des choses qui ont été dites dans ce papier d’humeur, mais pour connaître très bien ce pays, et particulièrement la zone la plus touchée, je dois dire que les réalités géographiques et pratiques restent le principal obstacle à une action de secours d’urgence.

    Même en temps normal, cette région est très difficile d’accès. Surtout en automne, avec l’arrivée des pluies, qui ont la sale habitude de couper les quelques routes de montagne qui permettent la circulation. Le tremblement de terre a visiblement détruit toutes les infrastructures dignes de ce nom. C’est un véritable cauchemar pour logisticiens. Et l’argent n’y fera rien, malheureusement.

    Attention à ne pas faire de comparaison hasardeuse avec le tsunami qui, bien qu’extrêmement destructeur, n’a pas empêché la mobilisation de moyens locaux massifs. Le tsunami a été brutal, a fait des ravages, puis s’est retiré en laissant des dizaines de milliers de morts, mais sans pour autant interdire toute action.

    Par contre, l’essentiel du Cachemire pakistanais vient d’être rasé. Toute intervention devra se faire de l’extérieur, dans des conditions terribles. Même la multiplication des moyens aéroportés ne sera qu’un pis-aller. La situation restera malheureusement dramatique pendant des semaines, le temps que la région soit suffisamment désenclavée.

    Quant à la mobilisation médiatique, effectivement il y a moins de caméras et de touristes à Balakot qu’à Phuket, mais c’est un fait, pas un complot...

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