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De qui proviennent ces extraits d’un texte célèbre mais un peu oublié ?
Peut-on le comparer à l’actualité et à laquelle ?
Quel est donc le personnage auquel vous pensez tout de suite ?
Chacun, (e), pourrait apporter sa contribution en gardant la hauteur de vue et bien sûr l’ironie pour commenter ce texte et l’affubler au personnage politique qu’il trouve aussi détestable que celui évoqué dans ce texte.
A vos claviers ….
Babeuf 42
Le 4 septembre 1870, quand les ouvriers de Paris proclamèrent la république, qui fut presque instantanément acclamée d’un bout à l’autre de la France, sans une seule voix discordante, une cabale d’avocats en quête de places, avec Thiers pour homme d’État et Trochu pour général, s’empara de l’Hôtel de Ville.
Ces gens étaient alors imbus d’une foi si fanatique dans la mission dévolue à Paris de représenter la France à toutes les époques de crise historique que, pour légitimer leurs titres usurpés au gouvernement de la France, ils crurent suffisant de produire leurs mandats périmés de représentants de Paris.
Dans notre seconde Adresse sur la récente guerre, cinq jours après l’avènement de ces hommes, nous vous disions qui ils étaient. Toutefois, les véritables dirigeants de la classe ouvrière étant encore bouclés dans les prisons bonapartistes et les Prussiens déjà en marche sur la ville, Paris, pris à l’improviste, toléra cette prise du pouvoir, à la condition expresse qu’il ne serait exercé qu’aux seules fins de défense nationale. Cependant, comment défendre Paris sans armer sa classe ouvrière, sans l’organiser en une force effective et instruire ses rangs par la guerre elle-même ? Mais Paris armé, c’était la révolution armée. Une victoire de Paris sur l’agresseur prussien aurait été une victoire de l’ouvrier français sur le capitaliste français et ses parasites d’État.
Dans ce conflit entre le devoir national et l’intérêt de classe, le gouvernement de la Défense nationale n’hésita pas un instant : il se transforma en un gouvernement de la Défection nationale.
La première mesure qu’il prit fut d’envoyer Thiers en tournée par toutes les cours d’Europe pour y implorer médiation, moyennant le troc de la république contre un roi. ….
Le masque d’imposture fut enfin jeté le 28 janvier 1871. Mettant un véritable héroïsme à s’avilir jusqu’au bout, le gouvernement de la Défense nationale apparut dans la capitulation de. Paris comme le gouvernement de la France par la permission de Bismarck, rôle si vil, que Louis Bonaparte lui-même, à Sedan, s’y était refusé avec horreur. Après les événements du 18 mars, dans leur fuite éperdue à Versailles, les capitulards abandonnèrent à Paris les preuves écrites de leur trahison, et, pour anéantir ces preuves, comme le dit la Commune dans son adresse aux départements, « ces hommes ne devaient pas hésiter à faire de Paris un monceau de ruines dans une mer de sang »….
Mais, pour s’acharner avec une telle ardeur à atteindre ce but, quelques-uns des membres dirigeants du gouvernement de la Défense avaient en outre des raisons à eux, des raisons bien particulières. …
Jules Ferry, avocat sans le sou avant le 4 septembre, réussit comme maire de Paris pendant le siège, à tirer par escroquerie une fortune de la famine. Le jour où il aurait à rendre compte de sa mauvaise administration serait aussi celui de sa condamnation. …
Thiers, ce nabot monstrueux, a tenu sous le charme la bourgeoisie française pendant plus d’un demi-siècle, parce qu’il est l’expression intellectuelle la plus achevée de sa propre corruption de classe. Avant de devenir homme d’État il avait déjà fait la preuve, comme historien, de sa maîtrise dans le mensonge. La chronique de sa vie publique est l’histoire des malheurs de la France. Allié des républicains avant 1830, il se faufile au ministère sous Louis-Philippe, en trahissant son protecteur, Laffitte. Il s’insinue dans les bonnes grâces du roi en provoquant des émeutes contre le clergé, au cours desquelles l’église Saint-Germain-L’auxerrois et l’archevêché furent pillés, et en se faisant l’espion-ministre, puis l’accoucheur-geôlier de la duchesse de Berry. Le massacre des républicains, rue Transnonain, et les infâmes lois de septembre contre la presse et le droit d’association, qui l’ont suivi, furent tous deux son œuvre. …
Quelques jours avant la Révolution de février, irrité du long exil loin du pouvoir et de ses bénéfices, auquel l’avait condamné Guizot, et flairant dans l’air l’odeur d’un soulèvement populaire prochain, Thiers, dans ce style pseudo-héroïque qui lui a valu le surnom de Mirabeau-mouche, déclara à la Chambre des députés :
Je suis du parti de la révolution, non seulement en France, mais en Europe. Je souhaite que le gouvernement de la révolution reste entre les mains des modérés ; mais si le gouvernement tombait entre les mains des ardents, fût-ce des radicaux, malgré cela je n’abandonnerais pas ma cause. Je serais toujours du parti de la révolution.
Survint la Révolution de février. Au lieu de remplacer le cabinet Guizot par un cabinet Thiers, comme le petit homme l’avait rêvé, elle remplaça Louis-Philippe par la république.
Au premier jour de la victoire populaire, il se cacha soigneusement, oubliant que le mépris des travailleurs le mettait à l’abri de leur haine. Pourtant, avec son courage légendaire, il continua de fuir la scène publique, jusqu’à ce que les massacres de juin l’eussent nettoyée pour son genre d’activité. Alors, il devint le cerveau dirigeant du « parti de l’ordre » et de la République parlementaire, cet inter-règne anonyme pendant lequel toutes les factions rivales de la classe dirigeante conspiraient ensemble pour écraser le peuple, et l’une contre l’autre pour restaurer chacune la monarchie de son choix.
Alors, comme aujourd’hui, Thiers dénonçait les républicains comme le seul obstacle à la consolidation de la république ; alors, comme aujourd’hui, il parlait à la république comme le bourreau à Don Carlos : « Je vais te tuer, mais c’est pour ton bien ». Aujourd’hui, comme alors, il pourra s’écrier au lendemain de sa victoire : « L’empire est fait ! » En dépit de ses hypocrites homélies sur les « libertés nécessaires » et de sa rancune personnelle contre Louis Bonaparte qui avait fait de lui sa dupe et flanqué dehors le parlementarisme, - et hors de son atmosphère factice, ce petit homme, il le sait bien, se ratatine et rentre dans le néant, - Thiers a trempé dans toutes les infamies du Second Empire, de l’occupation de Rome par les troupes françaises, jusqu’à la guerre avec la Prusse, à laquelle il poussa par ses farouches invectives contre l’unité allemande, - non pas parce qu’elle servirait de façade au despotisme prussien, mais parce qu’elle serait une atteinte au droit traditionnel de la France au morcellement de l’Allemagne.
Aimant à brandir à la face de l’Europe, avec ses bras de nain, l’épée de Napoléon 1er dont il était devenu le cireur de bottes historique [5], sa politique étrangère a toujours eu pour couronnement l’humiliation totale de la France, depuis la Convention de Londres en 1841 jusqu’à la capitulation de Paris en 1871 et à la guerre civile actuelle où il lance contre Paris les prisonniers de Sedan et de Metz avec la haute autorisation de Bismarck.
Malgré la souplesse de son talent et l’inconstance des desseins qu’il poursuit, cet homme a été enchaîné sa vie entière à la routine la plus fossile. Il est évident que les courants profonds de la société moderne devaient lui demeurer à jamais cachés ; mais même les changements les plus manifestes à sa surface répugnaient à une cervelle dont toute la vitalité s’était réfugiée dans la langue. Aussi ne se lassa-t-il jamais de dénoncer comme un sacrilège tout écart du désuet système du protectionnisme français [6].
Ministre de Louis-Philippe, il dénigra les chemins de fer comme une folle chimère ; et, plus tard, dans l’opposition sous Louis Bonaparte, il stigmatisa comme une profanation toute tentative pour réformer le système pourri de l’armée française.
Jamais, au cours de sa longue carrière politique, il ne s’est rendu coupable d’une seule mesure, si minime fût-elle, de quelque utilité pratique. Thiers n’a été conséquent que dans son avidité de richesse, et dans sa haine des hommes qui la produisent. Entré pauvre comme Job dans son premier ministère sous Louis-Philippe, il le quitta millionnaire. Son dernier ministère sous le môme roi (celui du 1er mars 1840) l’exposa à des accusations publiques de concussion à la Chambre des députés, auxquelles il se contenta de répondre par des larmes, denrée qu’il prodigue avec autant de facilité que Jules Favre ou tout autre crocodile. A Bordeaux, sa première mesure pour sauver la France d’une ruine financière imminente fut de se doter lui-même de trois millions par an, premier et dernier mot de la « république économe », qu’il avait fait miroiter à ses électeurs de Paris en 1869. Un de ses anciens collègues à la Chambre des députés de 1830, capitaliste lui-même et néanmoins membre dévoué de la Commune, M. Beslay, apostrophait dernièrement Thiers dans une affiche publique :
L’asservissement du travail au capital a toujours été la pierre angulaire de votre politique, et depuis le jour où vous avez vu la république du travail installée à l’Hôtel de Ville, vous n’avez jamais cessé de crier à la France : Ce sont des criminels !
Passé maître dans la petite fripouillerie politique, virtuose du parjure et de la trahison, rompu à tous les bas stratagèmes, aux expédients sournois et aux viles perfidies de la lutte des partis au parlement, toujours prêt, une fois chassé du ministère, à allumer une révolution, pour l’étouffer dans le sang une fois qu’il y est revenu avec des préjugés de classe en guise d’idées, de la vanité en guise de cœur menant une vie privée aussi abjecte que sa vie publique est méprisable, - il ne peut s’empêcher, même maintenant où il joue le rôle d’un Sylla français, de rehausser l’abomination de ses actes par le ridicule de ses fanfaronnades.
Conseils : trouver des noms d’emprunts pour caractériser le personnage que vous visez ; ceci pour éviter du travail au modérateur.




