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EN CINQ COUPS A BOUT PORTANT

dimanche 24 juillet 2005

de Franca Maï

« L’homme tué par des policiers vendredi à la station de métro Stockwell dans le sud de Londres n’était pas lié à l’enquête sur les attentats jeudi dans la capitale britannique, a annoncé samedi Scotland Yard »
L’homme avait la peau dorée du soleil Pakistanais.

L’homme était vêtu d’un épais manteau rembourré.
En plein Eté
Les pieds ancrés dans la rame de métro.
A-t-on idée de se promener avec une épaisseur de textile anormale ?
Peut-être l’homme avait-il froid ?
Ce froid qui glace l’intérieur des tripes lorsque l’on se sait, traqué, par la couleur d’une peau
Qui parle à votre place
Etoffant les préjugés
D’autres hommes en sueur
Guidés par la paranoïa débordante
Mutilant
En cinq coups à bout portant
Le crâne d’un homme
A même un quai débordé par des silhouettes
Aux paupières horrifiées.
 
Un pistolet noir automatique dans une main gauche
Des doigts noueux qui pressent la détente
Au nom de l’opération terroriste en cours
Sésame approuvé et éprouvé
Du tout sécuritaire...

Un témoin, Mark Whitby, a vu l’homme monter dans un wagon du métro. « Il est monté dans le train et j’ai regardé son visage. Il regardait de gauche à droite, mais il avait vraiment l’air d’un lapin, d’un renard traqué ». « Il avait l’air absolument mort de peur », a-t-il ajouté. Les policiers, explique-t-il, étaient à moins d’un mètre derrière lui. « Ils ont déchargé cinq coups sur lui. Je l’ai vu. Il est mort, cinq coups, il est mort ».

L’homme avait la peau dorée du soleil Pakistanais
L’homme était vêtu d’un épais manteau rembourré
L’homme est entré dans le métro en trébuchant
Peut-être l’homme parlait-il mal l’anglais ?
Il ne comprenait plus la langue
Elle lui échappait
Il courait en hallucination désoeuvrée
Ralenti dans sa course effrénée
Par l’épaisseur de ses oripeaux
Et les hommes en sueur
Continuaient à le traquer
A la station de Stockwell
Dans le sud de la ville
En cinq coups à bout portant
 
Un pistolet noir automatique dans une main gauche
Des doigts noueux qui pressent la détente
Au nom de l’opération terroriste en cours
Sésame approuvé et éprouvé
Du tout sécuritaire...


« Il faut comprendre que chaque mort est profondément regrettable mais, à ma connaissance, l’homme a reçu des sommations et refusé d’obéir aux instructions de la police

L’homme avait la peau dorée du soleil Pakistanais
L’homme était vêtu d’un épais manteau rembourré
Il n’avait ni pistolet, ni arme dans la main
Seulement cette couleur de peau
Indélébile
Peut-être que l’urine de la trouille
Coulait entre ses jambes ?
Mais il ne pensait qu’à courir
Et à attraper le premier wagon d’évasion
Pour retrouver sa maison
Et respirer à l’intérieur des murs familiers
Sans crainte du regard des autres
Kamikazé
En cinq coups à bout portant
Le crâne d’un homme
A même un quai débordé par des silhouettes
Aux paupières horrifiées.
 
Un pistolet noir automatique dans une main gauche
Des doigts noueux qui pressent la détente
Au nom de l’opération terroriste en cours
Sésame approuvé et éprouvé Du tout sécuritaire.
 
Une bavure
Un fait divers
Un épais manteau trop rembourré...
 
La fusillade est justifiée
Par l’opération terroriste en cours
Terrorisons les terroristes
Les passants et les hommes à la peau sucrée.
 
Aux racines du soupçon
Sans sommation


Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

Scotland Yard a exprimé ses regrets d’avoir abattu un innocent. La police britannique a par ailleurs arrêté deux suspects vendredi et les interroge.

Le maire souhaite que 200 policiers patrouillent les quais du métro.

En cinq coups à bout portant

Ca vous rassure ?

Messages

  • Après le plombier polonais, l’électricien brésilien ; mais c’est plus grave.
    L’assassinat d’un quidam par des "forces de l’ordre" entièrment en tort, est ici qualifié de "bavure".
    Il fuyait des bandits armés qui le porsuivaient ("policiers" peut-être mais EN CIVIL certainement) après l’avoir filé : il est peu vraisemblable qu’il y ait eu mise en demeure.
    Tony expliquera qu’il était porteur d’armes de destruction massive...

    Scotland Yard a maintenu ses instructions : s’il y a "présomption", les "policiers" doivent viser la tête.
    Si le but des "terroristes" (pas les policiers en civil, les quatre bombeurs) était de faire perdre la tête aux autorités britanniques, il est atteint.

    Les "policiers" assassins seron-ils jugés - et condamnés- ou décorés ?

    AF

    • Selon N.Sarkozy, un collège de magistrats qui a entériné, avec toutes les précautions que l’on sait, la libération d’un récidiviste, doit "payer pour sa faute" ; le peuple, paraît-il, ne comprendrait pas qu’il n’en soit pas ainsi, leur attitude ayant eu pour conséquence (??) l’assassinat d’un innocent.
      J’attends les commentaires de notre ministre de l’intérieur sur l’attitude qu’il convient d’avoir vis-à-vis des policiers londoniens.

    • Bavure, effectivement, à savoir encore combien de temps l’on pourra se satisfaire du mot "bavure" puisque dans des situations de terrorisme, les autorités finiront bien par trouver un autre terme que celui de bavure. Du genre de celui de l’erreur, erreur d’interprétation, comme pour s’excuser.
      Mais on pourrait les excuser les bavures puisque la première erreur est d’avoir entretenu, au prix d’efforts considérables, des foyers de rébellions prédisposés au terrorisme.
      Erreur et bavure d’avoir enclenché la terreur. Comme par étonnement sur la radio un journaliste déclare qu’on finira même par regreter l’époque des attentats en l’air, dans les airs, certainement "moins dérangeants" ? ?
      (ichlo)

    • C’est radical et un peu facile de vouloir donner des leçons politiques lorsqu’un pays est touché par des attentats, c’est pas à Sarkozy de juger la justice anglaise même si il faut parler de coopération en matière de lutte contre le terrorisme, quand on choisi surtout d’y aller avec un électorat d’extrême droite qu’on estime acquis à sa cause, n’est-ce pas Nicolas ?

  • Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

    C’est en tout cas ainsi que les Hommes meurent...

    Laure.

  • Cette mort n’a rien de d’extraordinaire : elle est a inscrire au décompte des "dégats collatéraux" de la guerre Blairo-Bushienne.
    En Droit on notera sipmplement que la police de sa majesté est désormais habilitée à procéder à des exécutions sommaires de suspects.
    Nul doute qu’avec ce haut fait d’armes la démocratie va encore gagner de nombreux admirateurs.

    Valere

    • Quand on fait référence à l’article du TCE qui donne quasiment le droit de vie et de mort à la police en cas de périodes troubles, certains parlent d’affabulations.

      Changeront-ils d’avis pour autant ?

    • Bonsoir,

      Pour ce qui est du TCE les "autorisations" concernaient les emeutes, ici ce n’est pas la même chose.
      Mais je suis qd même horrifié par cette devise que je viens de voir à la tv "shoot to kill" (ou qq chose comme ça).On flingue et on reflechi après, le premier coup est une bavure mais ça ne pose pas de problème à la majorité des anglais. Je suis horrifié.

    • Ben si justement cette mort est extraordinaire , scandaleuse, irréparable, inqualifiable.
      La victime de cette méprise fatale est un électricien brésilien de 27 ans, Jean Charles de Menezes, qui vivait depuis trois ans à Londres en toute légalité.

      Jean-Charles

    • Pas seulement les émeutes : état d’urgence, guerre, terrorisme... Je cite de mémoire, mais il et facile de vérifier.

      Et puis où se situe la frontière entre une manifestation qui dégénère, par la faute de provocateurs, et une "émeute" ?